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SUR L'IMPORTANCE DU CULTE PUBLIC

•Seigneur, j'ai aimé le séjour de votre maison, el le lieu où voire gloire habile.

(Ps. XXVI,8.)

Dieu est un esprit, et ceux qui Vadorent, doivent l'adorer en esprit et en vérité'. La religion consiste dans un principe intérieur de bonté; el c'est par le pouvoir qu'elle a de purifier le cœur et de réformer la vie, qu'elle prouve sa valeur el son efficacité. Voilà des vérités qu'aucun esprit juste ne conteste. Toutes les cérémonies extérieures du culte qui n'ont pas cette tendance ne sont point la religion, elles ne sont qu'une superstition sans utilité pour les hommes, et que Dieu rejette. Telle est la cause de l'indignation et du mépris avec lesquels les saintes Ecritures les flétrissent lorsqu'elles prétendent être suffisantes pour dispenser des importants devoirs d'une vie vertueuse.

Cependant il est certain qu'un culte extérieur est indispensable dans le système religieux, et celui qui voudra faire une juste distinction entre les moyens et le but de la religion, discernera facilement quand et comment il doit s'exercer. Il est évident que les hommes placés entre la nécessité du culte extérieur et l'abus que l'on peut en faire, ont pu s'égarer, et leurs erreurs n'ont été que trop nombreuses. Après que l'observation eut appris que l'esprit humain est disposé naturellement à donner trop d'importance aux cérémonies extérieures de la religion, des doutes commencèrent à s'élever sur leur nécessité. Il fut un temps où l'on imagina que la religion, pour purifier le caractère et compenser toutes les taches dans la conduite morale, pouvait se borner à la pratique des devoirs de l'Eglise et à la vénération des objets sacrés ; cet extrême entraîna dans un autre qui fit regarder comme indifférent tout ce qui tient au culte public, et l'on oublia trop que si la superstition est un mal (et sans doute elle en est un très-grand), l'irréligion, ou plutôt l'abandon de tout culte public n'est pas moins funeste. Les formes de la piété peuvent encore se laisser apercevoir après que sa puissance a cessé d'exis-

ter ; mais cette puissance se détruit aussi, lorsque les formes sont entièrement écartées.

Les paroles du Psalmisle renferment des principes plus certains et plus purs ; elles expriment à la fois son esprit de dévotion et son respect profond pour les lois divines et les préceptes de la vertu. 11 oubliait l'éclat qui l'environnait; il suspendait les soins de la royauté pour exprimer au Créateur de l'univers combien il trouvait de délices à le servir publiquement dans son temple. Il se plaisait à répéter sans cesse : Seigneur, j'ai aimé le séjour de votre maison, et le lieu où habite votre gloire.

Ces paroles vont me servir à démontrer l'importance du culte public, et je considérerai les bienfaits que nous en pouvons tirer, sous trois points de vue différents : par rapport à Dieu, par rapport au monde et par rapport à nous.

I. Par rapport à Dieu. S'il existe un Etre suprême créateur de l'univers , n'est-il pas naturel et même nécessaire que les créatures l'adorent avec toutes les marques extérieures de la soumission et du respect? C'est surtout ici que nous avons le droit d'en appeler au témoignage de tous les hommes. Ne sentons-nous pas tous au fond de nos cœurs que nous devons offrir les hommages solennels de notre reconnaissance, nos adorations, nos prières et l'aveu de notre dépendance à l'auteur de notre existence, au père dont nous attendons toutes les miséricordes, à celui qui nous a donné pour demeure ce monde magnifique, au milieu duquel tant de bienfaits et de consolations nous environnent? De pareilles obligations exigent plus que les sentiments secrets et silencieux de nos cœurs ;ellesdoivent nous conduire à nous unir tous ensemble, pour que la solennité de notre culte soit un témoignage authentique de noire gratitude et de notre respect envers la Divinité. Puisque les bienfaits se partagent entre tous , l'obligation de les reconnaître devient commune à tous. L'homme sincèrement et profondément reconnaissant, loin de cacher ou de combattre ses tendres émotions, voudrait avoir le monde entier pour témoin

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des sentiments que son bienfaiteur a fait naître en lui.

Lespril humain a trouvé ces principes tellement conformes à ses sentiments naturels, que toutes les nations de la terre se sont unanimement accordées pour instituer des formes de cuite, et venir à certaines époques honorer leurs prétendues divinités. Portons notre examen sur les sociétés humaines dans leur état le plus grossier ; parcourons les déserts de l'Afrique, les contrées immenses et sauvages de l'Amérique, les îles les plus lointaines de l'Océan, nous y trouverons des cérémonies religieuses ; et partout où nous rencontrerons des hommes vivant ensemble, nous découvrirons, sous des formes quelconques, des autels, des temples, des offrandes et des sacriûcaleurs ; les superstitions même les plus absurdes sont un témoignage que tous les hommes trouvent gravé au fond de leur cœur le principe qu'ils doivent adorer le pouvoir invisible qui gouverne le monde ; mais ces faibles lueurs sont toutes effacées par le flambeau de la religion chrétienne ; c'est surtout par ses instructions sur la nature simple et spirituelle du culte, qu'elle prouve son excellence et sa perfection. Elle délaisse toutes les cérémonies inutiles, son rit est pur et digne de son divin auteur ; ses institutions positives et peu nombreuses nous apprennent clairement ce que nous devons faire pour bien vivre. Combien donc sommes-nous inexcusables si, placés dans une position si heureuse, nous étouffons en nous le sentiment qui nous porte à rendre au Tout-Puissant le culte et les adorations publiques que, d'après les lumières naturelles, les nations même les plus sauvages ont regardés comme indispensables ?

La subtile philosophie s'est pressée d'objecter que la distance inflnie qui nous sépare de la Divinité doit la rendre indifférente à notre culte extérieur, et que les expressions de louange et d'honneur ne peuvent convenir à celui qui s'élève au-dessus de toute louange et de tout honneur. Renoncez donc, nous dit-elle, à l'espoir de plaire à Dieu par vos hommages inutiles et frivoles. — Qu'elle réponde à son tour. Osera-t-elle assurer que les expressions de reconnaissance et de respect deviennent inconvenantes uniquement parce que le bienfaiteur auquel nous les adressons est trop au-dessus de nous pour avoir besoin de notre reconnaissance ! Si quelques philosophes ont obtenu des faveurs qu'il était hors de leur pouvoir de payer, ce motif a-t-il sufQ pour leur persuader quils devaient se taire? ont-ils vraiment senti que leur cœur était quitte de toute obligation ? Une semblable réponse les ferait trop rougir, et bientôt on les entendrait avouer que plus le bienfaiteur est grand et désintéressé, plus la reconnaissance doit enflammer un cœur généreux et l'exciter à proclamer hautement et sans cesse ses sentiments d'admiration et de dévouement. — Le Tout-Puissant , il est vrai, n'a besoin ni de nos services, ni de nos hommages ; mais aussi ton qu'il est puissant, îl daiane les accepter lorsqu'ils sont l'expres-

sion sincère d'un cœur pénétré de reconnaissance. Si l'orgueil et la suffisance de soi-même étouffent en nous le souvenir de la dépendance où nous sommes de notre Créateur, si l'amour des plaisirs et notre légèreté nous font entièrement négliger de reconnaître les bienfaits dont nous avons été comblés, cette dureté de l'âme et cette corruption de nos affections ne montrent-elles pas notre indigne ingratitude, et ne sentons-nous pas que nous méritons que le ciel nous punisse ? Voyons en Dieu le père de l'univers, et nous comprendrons qu'il peut se plaire à voir ses enfants s'unissant tous ensemble et venant se prosterner devant leur bienfaiteur suprême, pour exprimer dans leurs actes d'adoration la reconnaissance , l'amour et la vénération qui les pénètrent. Dans ces solennités, on verra toutes les vertus se joindre naturellement au sentiment affectueux qui portera les hommes à s'assembler, à s'exciter entre eux pour chanter la louange et proclamer les bienfaits et la bonté de leur Créateur.

Venez, adorez, prosternez-vous et fléchissez le genou devant le Seigneur notre Créateur ; car il est notre Dieu et nous sommes son troupeau. Entrons dans son temple avec des actions de grâce, et dans sa cour avec des louanges. La prière des justes fait ses délices ; elle monte devant lui comme de l'encens, et leurs mains élevées sont comme le sacrifice du soir.

II. Après avoir prouvé la nécessité du culte public par rapport à Dieu, considérons-le par rapport au monde. Lorsque nous observons généralement la conduite des hommes, nous les trouvons continuellement occupés de pourvoir aux besoins de la vie, empressés de se livrer au plaisir ou travaillant avec zèle à leurs divers intérêts. La plus légère réflexion doit sufflre pour nous convaincre que dans une pareille situation, l'homme oblierait facilement les pensées , si au-dessus de lui, d'un pouvoir invisible qui le gouverne, et d'une autre existence qui l'attend, si le retour flxe des jours sacrés, et les invitations les plus solennelles à célébrer le culte divin ne venaient point les lui rappeler. S'il est important pour maintenir la paix et le bon ordre des sociétés, que les hommes aient la croyance d'un Dieu protecteur de la justice et tirant vengeance des crimes ; s'il est important qu'ils soient instruits qu'il viendra pour tous un jour de jugement, ou chacun de nous rendra compte de ses actions les plus secrètes et recevra des récompenses ou des punitions éternelles pour prix de ses œuvres; certes, de pareils principes ne peuvent être solidement établis que par des instructions religieuses, et ces instructions étant une portion considérable du culte public, il est bien démontré que l'un et l'autre sont également indispensables pour assurer le bonheur et le repos général.

Considérons à présent la nécessité du culte public par rapport à la classe la plus nombreuse des peuples , celle de la multitude. Il est généralement reconnu que, privée des avantages d'une éducation et d'une instruç*

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