SERMON SUR L'IMPORTANCE DU CULTE PUBLIC. GH
tion particulières , il est plus difficile de lui inspirer des sentiments de morale et de religion. Les hommes de cette classe, forcés, dès qu'ils sont sortis de la première enfance, de travailler pour gagner leur subsistance, passeraient leur vie entière dans l'ignorance la plus grande de tous les principes sacrés et de ceux de la morale , s'il n'existait point pour eux des assemblées publiques dans lesquelles ils entendent les paroles de Jésus-Christ et reçoivent les instructions qui leur inspirent la crainte du Dieu de la justice qui les jugera selon leurs œuvres, et leur départira les récompenses ou les punitions qu'ils auront méritées. Fermez les temples dans lesquels ils se rendent avec un saint respect, supprimez pour eux toutes les idées et les instructions religieuses , que pourrez-vous espérer de la conduite qu'ils tiendront ? L'expérience n'a que trop souvent résolu cette question, La foMle aveugle, débarrassée des remords de la conscience et de la crainte de la vengeance divine, n'obéira plus qu'à ses passions les plus impétueuses. Bientôt vous la verrez s'abandonner à tous les excès qu'elle pourra commettre avec impunité. Dès les premiers âges du monde , les législateurs furent contraints de recourir au pouvoir de la religion pour former les sociétés humaines et pour leur apprendre à combattre la fougue des désirs et la férocité des penchants. Ce fut en persuadant aux multitudes grossières qu'elles devaient s'assembler à des époques déterminées et dans des lieux fixes , pour adresser des adorations, des offrandes et des chants à la Divinité , que les premiers sages adoucirent la violence des hommes , qu'ils les accoutumèrent à se soumettre , et qu'ils les civilisèrent.
Après que le laps de temps eut multiplié les assemblées religieuses, c'est, n'en doutons pas, aux grands avantages que les peuples ont tirés de leur réunion dans les églises, qu'ils ont dû les progrès qu'ils ont faits dans la civilisation. Suivons de même la marche de leur morale, et nous reconnaîtrons que l'habitude de se réunir dans un ordre régulier et dans l'extérieur le plus décent, a dû les humaniser et polir leurs manières ; elle a donné plus de consistance et de force aux liens sociaux, en faisant naître des relations amicales parmi ceux qui vivaient dans les mêmes contrées et se livraient aux mêmes occupations. Il n'est pas jusqu'à la distribution des jours de la semaine, qui ne doive plaire à l'esprit humain; le septième jour, également consacré par tous au repos, annonce à l'indigence qu'elle a le droit de suspendre ses travaux journaliers, et qu'il lui est permis de jouir du bien-être etdt's plaisirs que permet sa situation. Ce jour est en quelque sorte le seul qui lui donne l'occasion de reconnaître qu'elle appartient à la classe générale des êtres. Elle trouve l'assurance de SOU égalité avec ceux qui lui sont supérieurs en rang et en fortune, dans la loi religieuse, qui l'es c-ontrainl de s'unir avec elle pour offrir les mêmes actes d'adoration et pour se prosterner comime elle en présence
du Dieu Tout-Puissant. Les sociétés humaines ne pouvant subsister sans maintenir les distinctions, il est nécessaire qu'il y ait des occasions où l'homme se rencontre avec l'homme comme avec un frère. Cette association instruit la grandeur à réprimer son orgueil, et console les inférieurs, en leur donnant l'assurance que s'ils remplissent leurs devoirs, le Dieu de l'univers leur accordera des récompenses aussi magnifiques que celles qu'obtiendront les grands et les riches vertueux.
Personne ne contestera combien les formes du culte public et les instructions religieuses sont isîiportantes pour la masse du peuple et pour le maintien de l'ordre et de la sûreté générale ; mais parmi ceux qui confessent cette vérité, plusieurs sont portés à croire qu'il faut les réserver pour la multitude. Quels avantages, disent-ils, ceux dont l'éducation a été libérale etdont l'espritest éclairé peuvent-ils tirer d'entendre répéter par des hommes dont souvent la capacité est inférieure à la leur , ce qu'ils savent déjà. Soyons indulgent pour celte jactance, abandonnons-les à leurvanilé et supposons pour un instant qu'ils peuvent se dispenser d'adorer Dieu publiquement, mais demandons à ces hommes orgueilleux combien de temps ils espèrent que la multitude respectera les réunions religieuses , lorsqu'elle les verra dédaignées et désertées par ceux que la supéiiorité de leur rang, de leur fortune et de leur esprit lui fait craindre et respecter. Ne savent-ils pas que les classes inférieures, naturellement disposées à copier toutes les manières des grands, à suivre tous les exemples des classes supérieures, ne sont jamais plus tentées de les imiter que dans ce qui les dégage de la contrainte et leur permet de se livrer à la licence? S'ils conviennent qu'un culte public est nécessaire pour contenir la multitude , comment osent-ils affaiblir et même détruire ce but de la religion, en paraissant le mépriser? Par quelle funeste inconséquence les voit-on dédaigner les cérémonies publiques de la religion, dans les moments mêmes où ils rédigent des lois et des statuts pour prévenir les crimes et pour contenir la foule aveugle dans les bornes qu'elle ne doit pas franchir ? Ne devraient-ils pas sentir que leur mépris pour le culte public, détruit la contrainte morale dont l'influence est bien plus grande, plus générale et plus forleque toutes les lois qu'ils peuventétablir? Qu'ils cessent de se plaindre de l'infidélité de leurs serviteurs, des insolences de la populace, des vols et des poignards de l'assassin. Ils ont concouru par leur exemple à multiplier tous les désordres. Leur dédain pour les institutions religieuses a laissé croire à l'homme du peuple qu'il pouvait se livrer à la débauche, ils ont rompu les digues que la conscience oppose à tous les excès, et si la terre est couverte de crimes, s'ils en deviennent eux-mêmes les victimes, c'est eux seuls qu'ils doivent en accuser.
III. Je vais prouver combien il est important pour chaque individu, quel que soit sod
bÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. BLAIR.
rang, de participer aux actes publics d'adoralion. Chacun de nous a, comme homme, à remplir des devoirs, dont nulle position ne peut le dispenser. Si la pratique du culte divin n'avait d'autre effet que d'affermir une institution salutaire, cette raison seule nous ferait un devoir de nous y soumettre, mais il y a plus, notre intérêt personnel nous le commande, car rien n'est plus favorable au bien de l'homme, que de prendre les moyens qui peuvent conserver et fortifier toutes les vertus, et telle est la tendance naturelle et directe de toutes les institutions chrétiennes. Elles échauffent la piété, elles donnent de la solennité à la vertu. N'est-il pas rempli d'un fol orgueil, celui qui croit pouvoir se priver de pareils secours, et qui se persuade que sans eux, il agira toujours dignement au milieu de ce monde, si rempli de corruption et de folie?
Ne cherchons pas seulement à savoir si la fréquentation des lieux destinés au culte public étendra les connaissances de ceux qui jouissent des avantages d'une éducation distinguée. Les grands principes de la morale et de la piété onl un caractère d'évidence qui les rend faciles à connaître ; mais lors même qu'il serait démontré que les instructions communiquées dans la maison de Dieu ne sont point nouvelles pour quelques personnes, n'ont-elles pas une foule d'autres motifs pour la fréquenter ? C'est là que, rappelées sans cesse au souvenir des grandes vérités religieuses, elles sont, en quelque sorte , forcées d'éprouver leur influence. C'est-là que réveillées de leur engourdissement, elles sentent la nécessité de réfléchir plus profondément; c'est-là qu'invitées conlinuellement à cultiver toutes les bonnes dispositions de leur cœur, elles se persuadent que la modération et la sagesse doivent toujours régler leur conduite. De pareils avantages ne sont-ils pas assez grands pour convaincre l'homme raisonnable et réfléchi qu'il doit les aller recueillir au milieu des temples sacrés ? Lorsqu'il se rend au milieu de leur sanctuaire, il est séparé pour quelques instants dessoucis, des inquiétudes de la vie, du tumulte du monde et des passions ; il n'entend plus parler que de l'éternité vers laquelle il s'avance, son cœur se purifie en se livrant à cette pensée si grande, et les maux de la terre qui le surchargeaient auparavant, lui semblent moins terribles en se souvenant qu'ils finiront. Qu'il retourne après ces méditations aux travaux ordinaires de la vie, et ce repos religieux n'aura fait qu'accroître ses forces.
Mais je demande à ceux qui croient pouvoir se dispenser du culte public, si nous n'allons dans la maison de Dieu que pour y recevoir des instructions ? L'adoration du Créateur de l'univers n'est-elle point le principal objet de ces assemblées et ce devoir n'est-il pas sacré pour tout iiomme dont l'esprit est raisonnable et sage ? Dans le temple du Tout-Puissant, le riche, le pauvre, le souverain, le sujet, sont tous des suppliants ,^ qai viennent implorer protection et bonté. '^' cœur, il ajoute à la décence des manières;
« Homme faible et misérable qui ne pourras te soustraire à la mort, quelles quesoientaujourd'hui ta grandeur et ta puissance, gardetoi d'oublier que cette protection ne t'est pas moins nécessaire qu'elle l'est à l'homme obscur que tu remarques à peine au milieu de la foule, tuas besoin, comme lui, d'adorer avec une humble vénération, le Dieu detoutes les générations et de tous les mondes. Le soleil de la prospérité brille à présent sur ta tête, un vent favorable le fait voguer doucement sur le fleuve delà vie; mais que le Très-Haut le veuille, qu'il parle, et la tempête s'élèvera contre ta frêle barque, il la poussera dans l'Océan, et ses abîmes l'engloutiront ». J'ai dit dans ma prospérité : Je ne serai jamais abattu , mais vous. Seigneur, vous avez caché votre face et fai été accablé.
« Vous qui refusez d'offrir les hommages publics de votre reconnaissance à celui qui dispose du sort de l'humanité tout entière , regardez avec effroi la main terrible de la Providence, sous laquelle se courbent toutes les têtes ; souvenez-vous de l'instabilité des choses humaines et tremblez. » Quoique vous viviez plusieurs années et goûtiez de la joie dans toutes; souvenez-vous des jours de ténèbres, car ils seront nombreux.
Après avoir combattu les objections les plus générales , je sens que l'on pourra répondre encore que plusieurs de ceux qui se sont soumis à toutes les institutions religieuses ne paraissent pas en avoir beaucoup profité. Leur conduite morale, me dira-t-on, ne s'est point perfectionnée ; souvent même ils ont montré moins de zèle à remplir les différents devoirs de la vie, que quelques-uns de ceux qui ont paru négliger le service de l'Eglise. Ces derniers , par leur exactitude , n'ont voulu respecter que les apparences du culte, et les substituer à la place des préceptes les plus essentiels de la loi.
L'aveu qu'il existe de pareils exemples ne servira qu'à prouver que la corruption humaine peut abuser des moyens les plus capables de la ramener à plus de perfection. Il n'est que trop vrai que des hommes ont espéré faire croire à leur vertu, par leur atten« tion à toujours observer les apparences extérieures du culte ; on ne peut trop les avertir qu'ils sont coupables. Mais parce que la faiblesse humaine peut abuser des meilleures choses , en conclurons-nous qu'elles sont inutiles, et qu'il faut les supprimer? On a vu dans tous les temps des hommes faire un pernicieux usage de l'instruction, du pouvoir de raisonner et des meilleures règles de discipline; il n'est cependant personne qui veuille contester leur utilité. Se persuaderat-on que les institutions religieuses ne produisent aucun bien, parce que celui qu'elles font n'est pas aussi complet qu'il serait à désirer? gardons-nous de raisonner aussi mal. Si le culte public ne perfectionne pas entièrement la morale des hommes, il sert du moins à la rendre moins perverse, il contraint la débauche à se montrer avec moins d'éclat, il soutient les bonnes dispositions du