‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 88 sur 202 · SUR L'IMMORTALITÉ DE L'AME ET SUR UN ÉTAT FUTUR · texte numérisé non relu

SUR L'IMMORTALITÉ DE L'AME ET SUR UN ÉTAT FUTUR

Nous savons que si celte maison de terre oii nous batjitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison, une maison qui ne sera point faite de main d'bomme, et qui durera éternellenient dans les cieux.

(II aux Corinthiens, V, 1.)

Ce passage présente à la fois la nature de notre état présent sur la terre, et l'objet futur de l'espérance chrétienne. Le stvie en

est figuré, mais ses images sont expressives et claires. Le corps est représenté comme une maison habitée par l'âme ou la partie pensante de l'homme. Mais c'est une maison terrestre, un tabernacle érigé seulement pour quelques moments , et ensuite être dissous, La demeure qui doit lui succéder est celle des justes, dont le bâtiment est construit par Dieu, dont la maison n'est pas faite de main

d'homme, mais durera éternellement dans les deux.

Ces paroles doivent fixer notre attention sur trois points de vue principaux : 1° sur la nature de notre condition présente; 2° sur l'état futur, objet de l'espérance des justes; 3" sur ce fondement certain de leur espérance : Nous savons que si notre maison terrestre est dissoute, nous avons un bâtiment de Dieu.

I. Les paroles du texte nous peignent clairement notre état présent où l'ame est placée dans un corps comme dans une maison terrestre, comme dans un tabernacle qui doit être dissous.

C'est dans cette maison terrestre , dans un frêle bâtiment de la terre qu'habite la substance immortelle et spirituelle qui a reçu de Dieu le souffle de la vie. Nos fondations, dit l'Ecriture, sont dans la poussière ; nos maisons sont d'argile. Aussi longtemps que cet humble séjour est la demeure de l'âme, il peut, avec justice, être considéré comme la prison qui la renferme. Les dilTércnts liens qui la tiennent enchaînée l'empêchent d'exercer complètement ses facultés. Elle ne peut agir et connaître que par des organes très-imparfaits; ne pouvant étendre ses regards au dehors que par le secours des sens, elle ne voit la vérité (]u' obscurément et comme à travers une glace. Sans cesse elle a besoin de résister aux nombreux désirs de mal faire qui naissent des appétits des sens. Le corps, sujet à mille besoins divers, la force de sympathiser avec lui pour les satisfaire, et des infirmilés étrangères à sa nature peuvent l'accabier, car elle se ressent de la fragilité des malériaux qui composent sa demeure ; elle lanfuit et se flétrit avec le corps ; les souffrances qu'il endure la blessent, et la plus légère altération de nos organes suffit pour interrompre ou déranger notre âme dans quelques-unes de ses plus hautes opérations.

Cette foule de circonstances n'atteste que trop la dégradation de la nature humaine. La demeure de l'âme correspond si mal avec l'intelligence et la capacité d'un esprit immortel, que la raison étonnée se trouve en quelque sorte forcée de penser que cet humble et misérable séjour n'est point celui qu'habiteront à jamais les âmes des hommes vertueux. C'était de cette sorte que, nous devions entrer dans la vie qui n'est qu'une conditiou d'épreuve et d'essai ; mais les combats de la nature humaine ne seront point éternels, et l'Apôtre, pour nous en donner l'assurance, appelle notre corps une maison terrestre, image qui peint le corps semblable aux tentes et aux tabernacles dressés pour recevoir quelques moments les voyageurs L'Ecriture fait souvent usage de cette métaphore , elle nous nomme des étrangers et des passagers devant Dieu comme l'étaient nos pères. La terre n'est donc pour nous qu'un vaste champ couvert le tentes, où des pèlerins paraissent et disparaissent tour a tour. Ces tentes, préparées pour les recevoir, ne leur sont laissées que pour le temps nécessaire et marqué pour l'épreuve; dès qu'ils ont achevé

de la subir, ils se retirent pour être remplacés par d'autres, qui s'avancent dans l'ordre qni leur a été fixé. Cest ainsi qu'une génération passe , et qu'une autre génération lui succède; mais la maison terrestre n'est pour tous que la maison de leur pèlerinage.

L'Apôtre ajoute : La maison terrestre doit être dissoute. Quelque étroite, quelque inséparable même que paraisse être l'union de l'âme avec le corps, elle n'est que temporaire, elle n'aura de durée que celle d'un tabernacle de poussière qui, par sa nature, tend vers sa ruine. La poussière ^/oî7 bientôt retourner à la poussière, et l'esprit à Dieu, qui l'a donné. Cette dissolution est pour le méchant un événement qui le remplit d'.effroi. La profonde obscurité qui couvre tout ce qui est au-delà de ce dernier période de sa vie ne lui laisse qu'inquiétude et terreur ; le juste lui-même s'effraie de cette dissolution, car la Providence a sagement ordonné que la vie nous sera chère à tous, malgré la foule des maux et des faiblesses qui surchargent notre élat actuel ; mais la mort qui le termine est toujours pour nous un objet de tristes et redoutables pensées. « Toi , qui pendant le moment présent es rayonnant de force et de santé, tes dernières heures verront ta tête accablée sous ce fardeau. Tes yeux se fermeront et ne seront plus éclairés par la lumière dij soleil. Il continuera sa course dans les cieux, il renouvellera les saisons, il rendra des fleurs à la terre, mais ce ne sera plus pour toi ; séparé de l'habitatation des homme? et rendu à la poussière, tout ce que tu chérissais sera vain pour toi, comine s'il n'avait jamais été. »

Tel est le sort de l'homme considéré comme mortel et comme habitant une maison terrestre toujours prête à se dissoudre. La suite du texte, pour nous relever et pour consoler nos pensées, nous montre le rayon qui sert à dissiper ce nuage. C'est après que la maison terrestre est dissoute, que le juste trouve préparé pour le recevoir, un bâtiment construit par Dieu, une maison qui n'est point faite par des mains d'homme; mais différons de traiter ce sujet pour faire quelques réflexions sur ce quia été dit précédemment.

Imprimons profondément dans notre esprit la distinction que l'Apôtre établit si clairement entre l'âme et le corps. La religion et la morale ont peu de ivérités plus capables que celte distinction de faire sur nous une forte impression. Comment arrive -t-il cependant que les hommes (du moins le plus grand nombre) s'en occupent si légèrement? Hs Semblent agir et penser comme s'ils croyaient n'avoir qu'une existence mortelle, et comme s'ils n'avaient pas d'autres intérêts que ceux de leur état corporel. Lorsque dans lenr délire il leur suffit de jouir d'une santé robuste, de satisfaire leurs sens et^ de contenter leurs besoins, n'est-ce pas oublier que le corps n'est que la maison terrestre et le tabernacle de l'âme? Comment ne senlent-ils pas que cette âme, cette partie pensante qu'il leur est impossible de confondre avec leur corps, est certainement plus noble que la

SERMON SUR L'IMMORTALITÉ DE L'AME, ETC

maison d'argile qu'elle habite ? Elle seule est le principe de toute vie. de toute connaissance, de toute action, et le corps n'est que l'instrument ou l'organe qui lui obéit. Si nous sommes forcés d'avouer que l'instrument est moins noble que la main qui l'emploie, reconnaissons de même que la dignité de l'âme est supérieure à celle du corps ; il n'est qu'une machine fragile et périssable ; elle fait plus que lui survivre, elle est éternelle.

Pendant que ces deux parties si différentes conser\ ent leur union, je suis loin de prétendre qu'il est nécessaire de négliger tout ce qui concerne le corps. Celle volonté serait vaine, et quand nous aurions ce pouvoir qui répugne aux lois de. notre nature, il ne serait ni nécessaire, ni même utile pour l'homme d'agir comme un être immatériel et pur. Mais celui qui cherche le plus ardemment à satisfaire ses sens ne doit-il pas admettre que si l'âme est la première et la principale partie de l'homme, elle doit avoir des intérêts qui lui sont propres et qu'il doit enseigner attentivement? Peut-il croire qu'il consulte vérilalîlement son inlérét ou son bonheur, lorsqu'il ne fait usage de la partie pensante de sa nature que pour contenter les besoins et les désirs du corps? Cette conduite n'entraîne-t-elle pas non-seulement la dégradation de son âme, mais le pervertissement de la constitution qu'il a reçue de son Créateur ? Soyons assurés que l'âme a sa santé, ses maladies, ses joies et ses|peines, qu'il ne faut point confondre avec celles du corps, et dont l'influence est très-puissante sur le bonheur ou sur la misère de l'homme. Celui qui néglige la santé de son âme, non-seulement se prépare une misère flnale lorsqu'elle sera délivrée des entraves du corps, mais il expose le cours entier de sa vie aux détresses les plus amères. Le crime et la folie blesseront son esprit, il paraîtra jouir de la santé du corps , mais les blessures de son âme saigneront souvent, et lui causeront des angoisses intérieures qu'aucun des plaisirs de la terre ne pourra soulager ni guérir.

Imprimons fortement dans notre esprit la distinction qui se trouve entre l'âme et le corps, et n'oublions jamais que leur étroite union doit jGnir en même temps que la vie. La maison terrestre de ce tabernacle doit être dissoute; mais l'âme qui l'habite existera toujours. Ayons, au milieu de celle maison périssable, les sentiments qui conviennent à des voyageurs qui se préparent'à s'éloigner de l'asile qu'ils ne doivent habiter que peu de jours. Les perfections de l'âme et le bien que nous aurons fait, voilà les seules possessions qui nous resteront à jamais, et que nous emporterons avec nous. Travaillons donc à nous détacher de tout ce qui ne flatte que nos sens , et persuadons-nous que la main divine a placé celte inscription au-dessus de tout ce qui tient à notre état corporel : Cest une maison terrestre qui s'avance vers sa ruine , c'est une tente qui doit être enlevée,

H. Cherchons des consolations dans la sublime pensée des biens que nous appor-

tera notre changement de {condition. Fixons toute notre attention sur l'objet de l'espérance des justes. La maison terrestre, dit l'Apôtre, sera changée en un bdiimenl de Dieu, en une maison qui n'est point faite par la main des hommes, et le tabernacle qui doit être dissous sera remplacé par une maison éternelle dans les deux.

Les expressions employées par l'Apôtre pour nous faire entendre la promesse faite aux justes ont un sens mystérieux; ce qu'elles suggèrent ne peut être conçu ni décrit. Les regards de l'homme vivant ne p<^uvent atteindre jusqu'à celte maison construite au plus haut des cieux, ils ne peuvent pénétrer dans ces habitations de rétornité, pour en prendre et pour nous en communiquer l'idée; un voile sacré couvre ces demeures de la gloire, mais, en général, cesparolt-s du texte signiiienl clairement que les esprits des hommes justes seront après la mort transportés d'un état imparfait dans celui d'une éternelle splendeur. Soit que l'intelligence pour s'expliquer ces mots : Le bâtiment de Dieu, la maison qui n'est point 'faite par des mains d'homme, entende les corps incorruptibles que les justes animeront à la résurrection, ou les habitations de la gloire céleste, il n'en résulte pas moins que ces termes donnent l'idée de la plus haute magnificence et de la félicité. La terre, séjour de l'homme, n'est que la région extérieure des espaces immenses où règne le Tout-Puissant. Nous ne l'habitons que pour y subir les épreuves préparatoires par lesquelles nous pouvons nous rendre dignes d'être admis dans le palais de l'Eternel. Une sainte espérance assure à ceux qu'il y recevra, qu'ils contempleront des objets bien supérieurs à ceux de l;i terre, elle leur permet également de jouir déjà de ces biens futurs, si préférables à ceux que nous poursuivons si vainement. Nos plaisirs présents et les faibles degrés de bonheur qui nous sont accordés convenaient à notre état présent, nous ne pouvions être éprouvés que par le mélange des biens et des maux ; il était même nécessaire de nous faire souvent sentir les infirmités et la détresse ; elles sont les déplorables restes de notre chute, elles sont les ruines de la nature humaine, que nos yeux attristés aperçoivent de toutes parts. Mais dans l'état de perfection, ce qui n'existe qu'en partie passera. La chute de la maison terrestre fera disparaître tout ce qui est défectueux et corruptible. Elle est semée en corruption, dit l'Apôtre, pour peindre les heureux changements qui se feront dans les hommes vertueux au moment de la résurrection, et elle s'élèvera en incorruptibilité ; elle est semée en déshonneur , elle s'élèvera en gloire ; elle est semée en faiblesse, elle s'élèvera en puissance ; elle est semée en corps naturel, elle s'élèvera en un corps spirituel ; car cette corruption engendrera fincoriuption, et cet état mortel engendrera l'immortalité (11 Cor., XV, 42, 53). Ces paroles suffisent pour nous assurer que la souffrance et les chagrins n'entreront jamais dans ce bâtiment del)ieu, que la main des hommes n'a pas construit.

fi^t DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. BLAIR

Tout ce qu'il contiendra sera forcé de contribuer à la félicité de ceux auxquels le Tout- Puisssnt a permis d'habiter en sa présence, et (le contempler sa face dans la justice.

L'Apôtre ne se borne pas à nous peindre la gloii-e et la perfection de cet état futur, il nous annonce sa durée. La maison qui n'est pas faite avec la main des hommes, est une maison éternelle dans les deux.

Le tabernacle que nous habitons maintenant est toujours près de sa ruine; mais la maison des cieux est stable, elle est le séjour de l'éternel repos. II est incontestable pour tous que la certitude de la mort enlève sa valeur à tout ce que nous possédons ici-bas. Chacune de nos jouissances cesse d'avoir du charme pour nous, lorsque no'is la voyons menacée de finir. Tout nous fait sentir que nous bâtissons sur le sable et jamais sur le roc ; tout ce qui nous entoure porte l'empreinte du changement et de l'instabilité; c'est presque toujours lorsque notre attachement pour nos amis ou pour les objets* devient le plus fort, qu'ils commencent à nous échapper. Mais dans la maison d'en haut, Taitération et la décadence sont inconnues. Chaque chose y continue d'une course ferme. Tous les plans commencés parviennent à leur fin. Les liaisons heureuses n'y sont point tout à coup formées, puis rompues. Les trésors qu'on y possède ne diminuent jamais. La mort n'y vient point moissonner nos amis et nous couvrir de deuil. Le soleil qui léclaircde ses rayons célestes n'a pointde soir, son calme n'est jamais interrompu, et le fleuve de la vie y coule sans cesse et sans jamais élre agité dans sa course.

Telles sont les espérances des hommes heureux ; telles seront dans le monde futur leurs félicités, que nous ne pouvons concevoir et peindre que d'une manière imparfaite. Mais comment démontrer que ces grandes espérances ne sont point des illusions flatteuses créées par notre imagination? Sur quel fondement repose ce puissant édifice que l'Apôtre présente pour être la consolation des chrétiens, et dont il dit avec tant de confiance : Nous smwns que si notre maison terrestre doit être dissoute, notis avons un bâtiment qui est construit par Dieu? Je vais m'efforcer de répondre à ces questions dans la troisième partie de ce discours; et ce sujet étant d'une importance si grande pour les hommes vertueux, je vais rappeler les différentes sortes de témoignages , sur lesquels est fondée notre croyance à l'heureuse immortalité.

1° Observons que la dissolution du tabernacle terrestre, au moment de la mort, ne fournit aucun motif pour croire que l'âme périt et s'éteint en même temps. Je vais d'abord traiter ce sujet, parce que les préjugés les plus forts contre l'immortalité de l'âme prennent leur source dans les apparences qui frappent le plus ordinairement les yeux au moment de la mort. Pendant la vie, l'âme et Ip corps sont unis par la plus étroite sympathie ; lorsque l'un souffre , l'autre est affecté ; tous deux semblent croître ensemble

jusqu'à la maturité de leurs facultés; souvent ils semblent tomber en même temps, et l'âme paraît recevoir un tel choc à l'instant de la mort, que si nous nous arrêtions à cette première vue, elle pourrait nous conduire à penser que l'âme et le corps viennent de subir le même sort. Malgré ces apparences, des preuves claires nous démontrent que l'âme et le corps, quoique élroilenient unis ensemble pendant la vie, par une suite de la volonté divine, sont cependant deux substances d'une matière entièrement différente. La matière dont le corps se compose, absolument morte et passive, ne peut se mettre en mouvement que par une impulsion extérieure. L'âme, au contraire , est un principe d'activité, de mouvement et de vie. 11 y a si peu de ressemblance, ou plutôt tant d'opposition entre les lois de la matière et l'action de la pensée, que le genre humain s'est généralement accordé à regarder l'âme comme une substance immatérielle , c'est-à-dire, d'une nature que nous ne pouvons mieux expliquer ou définir qu'en di > sant qu'elle est une substance tout à fait distincte de la matière. Ce principe une fois admis, il s'ensuit nécessairement que, puisque la pensée ne dépend pas de la matière, la dissolution de la partie matérielle ne peut nullement entraînera sa suite la destruction de la partie pensante de l'homme.

Aussi longtemps que par l'ordre du Créateur ces deux substances restent étroitement unies, il n'est pas étonnant que l'une d'elles souffre du désordre ou de l'indisposition de l'autre. Loin donc de conclure que la dissolution du corps peut suspendre ou faire cesser l'action de l'âme, il est plus naturel et plus nécessaire de croire qu'après la mort elle agira d'une manière plus complète et plus parfaite. Dans son habitation présente, elle est évidemment contrariée et bornée dans SCS opérations , mais sa liberté deviendra plus grande à sa sortie de cette maison terrestre. Expliquons ce raisonnement par un exemple analogue ; supposons-nous dans un lieu que le jour n'éclaire que par des ouvertures peu favorables et peu nombreuses. Si de nouveaux obstacles viennent intercepter la lumière, l'obscurité redoublera nécessairement, elle deviendra même totale lorsque le jour cessera de pouvoir pénétrer dans l'intérieur de ce lieu; si nous l'abandonnons pour venir jouir des effets de la lumière, nos yeux seront d'abord éblouis, mais ils distingueront plus complètement après un court intervalle de temps, toutes les formes des objets. Nos sens, pendant la vie, sont les passages à travers lesquels l'âme exerce ses facultés de perception. Lorsque les sens éprouvent du désordre, l'âme s'en ressent, mais séparée de son enveloppe terrestre, ces facultés ne trouvent plus d'obstacles, elles agissent d'une manière libre et dans une plus vaste sphère. J'avoue que ce raisonnement prouve seulement que 'l'âme peut séparément conserver son existence au moment où le corps périt. Mais le temps qui nous est accordé dépendant de la volonté de

SERMON SUR L'IMMORTALITE DE L'AME. ETC

celui qui donne la vie et la reprend à son gré, nous devons Iravailler à découvrir ce que nous avons lieu de croire être son intention concernant la vie future.

2° Si l'âme devait périr lorsque le corps meurt, l'état de lliomme ne pourrait se concilier avec la sage>.se et la perfection de l'auteur de son existence.

L'homme serait la seule créature qui semblerait avoir été faite en vain. Tous les autres ouvrages de Dieu sont concertés de manière à répondre exactement aux vues pour lesquelles ils ont été créés. Ils sont absolument incapables de connaître, ou ce qu'ils connaissent ne s'élève jamais au-dessus de l'état dans lequel ils sont placés ; leurs facultés sont donc parfaitement d'accord avec leur condition. Mais il n'en est pas ainsi de l'homme, il paraît être organisé pour quelque chose de plus haut et de plus grand que ce qu'il atteint ici-bas. Il faudrait franchir les bornes étroites qui le circonscrivent de toutes parts ; il connaît et déplore toutes les imperfections de son état actuel; sa soif ardente pour connaître, son continuel et pressant besoin d'être heureux, lout l'emporte au delà de sa situation terrestre. 11 cherche vainement des objets capables de le satisfaire, sa nature aspire et tend continuellement vers une félicité plus complète que celle que le monde peut lui procurer; et pendant qu'il s'abandonne à ses vœux, à ses recherches, il est soudainement interrompu; le jour d'hier l'a vu naître, et demain il ne sera plus; souvent l'obscurité vient le couvrir dès son entrée dans la vie, d'autres fois elle attend qu'il soit dans sa fleur, et que déjà revêtu de puissance, il ait pu commencer à remplir son rôle. Comment donc expliquer celte incertitude de la vie? Nous est-il possible de croire que la mort efface et détruit à jamais tout ce que faisaient admirer en eux les meilleurs et les plus vertueux d'entre les hommes. Les nobles facultés dont ils paraissent doués, les vues sublimes qu'ils concevaient, la vaste étendue de leurs désirs, sont autant de témoignages qui nous assurent qu'ils n'ont pas vu le jour, seulement pour respirer pendant quelques instants un air impur et grossier, et pour se perdre ensuite dans le néant. Tous les autres ouvrages de Dieu sont faits en poids, nombre et mesure, la main de l'ouvrier loul-puissant se fait reconnaître partout; supposerons-nous que son admirable sagesse a voulu négliger lé principal de ses ouvrages ici-bas ? N'a-t-il construit l'immense palais de l'univers, ne l'a-t-il rendu si magnifique et si beau , n'en a-t-il fait l'habitation de l'homme , que pour qu'il fût errant à l'aventure, et sans y laisser aucune trace de son passage ? Considérons de plus la confusion qui se fait reconnaître dans la manière inégale dont le bien et le mal sont distribués pendant la durée de la vie.

Les jouissances du monde, toutes passagères et misérables qu'elles sont, ne sont presque jamais le partage des hommes justes et vertueux. La portion la plus amère est

souvent celle qui leur est réservée. Il n'est pas rare de les voir accablés par les maladies, les infirmités et les chagrins, tandis que les impies fleurissent au milieu de l'abondance et de la joie.

Cet arrangement ordonné par la Providence, ou du moins permis par elle, peut-il s'accorder même avec les faibles idées que nous pouvons nous former de la sagesse et de la bonté du Dieu suprême, si nous supposons qu'il n'y aura point d'état futur? Mais dès que nous admettons l'immortalité de l'âme et des récompenses futures , toutes les difficultés disparaissent, le mystère est dévoilé. Le temps n'a besoin que de poursuivre son cours pour écarter les nuages, et faire briller à nos yeux la justice, la sagesse et la bonté du Très-Haut. Sans l'immortalité de l'âme les voies divines seraient entièrement inexplicables pour l'homme. Il serait forcé de conclure que Dieu n'existe pas , ou que s'il existe, il est loin de posséder les perfections que nous attribuons à la Divinité. « Vous, dont la vie entière s'est écoulée dans la piété, vous dont toutes les actions ont été vertueuses, et vous qui pour défendre la cause de la religion et de la vérité, avez enduré les tortures du martyre, si vos longues et pénibles souffrances devaient rester sans récompenses et périr au milieu de l'oubli, si le Tout-Puissant n'avait pas construit un bâtiment pour en faire votre demeure, s'il ne vous avait point préparé dans les cieux une maison éternelle, vous auriez le droit d'accuser sa sagesse, sa justice et sa bonté. »

La croyance à l'immortalité de l'âme, généralement admise par le genre humain, donne encore plus de force à ces raisonnements. Cette opinion n'est pas seulement celle de quelques philosophes plus ou moins éclairés ; mais jamais on n'a découvert sur la surface de la terre de nation si grossière et si barbare qu'au milieu de ses superstitions les plus sauvages, on n'y ait trouvé l'espérance et l'attente qu'après la mort les hommes vertueux jouiront d'un état plus heU" reux. Cette croyance universelle autorise suffisamment à croire que Dieu lui-même a implanté ce principe dans le cœur humain. Si cette vérité n'avait aucun fondement, nous serions réduits à supposer que le Créateur a jugé nécessaire pour le plan de son gouvernement d*introduire dans l'esprit de ses créatures un principe de déception universelle. Plusieurs des plus fortes passions de notre nature ont un rapport évident avec l'existence éternelle de l'âme. L'amour de la renommée, l'intérêt si vif que nous inspire l'avenir, les plans que nous préparons pour des temps inconnus, tout se rapporte à la pensée commune à tous les hommes qu'après leur mori des intérêts personnels leur resteront encore. La conscience des méchants et des bons porte également témoignage d'un monde à venir. Peu d'hommes quittent la terre sans éprouver de l'espérance ou de la crainte sur ce qui les attend à la SvOrtie de la vie. Cependant quelle que soit la force des arguments employés pour prouver

*35 DEMONSTRATION EVANGliLIQUE. BLAIR.

un état futur et l'immoitalilé de l'âme, ils ne sont que les efforts de la raison humaine, et dès lors il est toujours possible que l'erreur vienne s'y mêler. Notre existence, après la mort, est pour nous un objet d'une si grande importance, que nous avons besoin que celle croyance soit appuyée sur une certitude absolue, et le seul témoignage qui puisse nous donner une satisfaction complète, est la déclaration de Dieu lui-même.

Prosternons-nous en adoration et bénissons le Très-Haut d'avoir par la révélation chrélienne mis en pleine lumière la vie et Vimmortalité. Les premières révélations faites au monde par la voix des prophètes et par les livres saints de l'Ancien Testament ont posé les fondements de l'espérance et de la foi. La lumière a brillé de plus en plus dans les périodes suivantes, mais ces grandes découvertes n'ont été complétées qu'au

iplétées qi

moment ou le soleil de la jiislico s'est levé par l'apparition de Jésus-Christ sur la terre. C'est alors seulement que nous avons pu connaître en vérité, la cité du Dieu vivant, la nouvelle Jérusalem d'en haut, les demeures préparées pour les esprits des justes devenus parfaits. L'état de la félicité iulure na pas élé seulement proclamé par le Christ et par ses apôtres aux hommes vertueux, mais il a été présenté comme leur étant acquis par la mort de leur Rédempteur. Revêtu de son autorité divine, il leur dit : Je donne à mon troupeau une vie éternelle. Dans la maison de mon Père sont beaucoup de demeures; je vais vous y préparer une place {Jean, X, 28; XIV, 2j. Ce fut pour achever ce grand ouvrage qu'il descendit dans la tombe, et qu'il s'en éleva, comme les prémices de ceux qui dorment ; et montant dans le ciel, il s'y cacha dans le voile comme le précurseur de ses disciples, pour les assiiror que dans ces hautes régions tout est amical et bien disposé pour eux. Ainsi donc tons ceux qui meurent dans la foi et dans l'obéissance à Jésus-Chrisl, ont le droit

•Je dire avec l'Apôtre: Nous savons. Ils ne se bornent pas à dire :Nous espérons, nous raisonnons, mais : Nous savons que si celle maison terrestre vient à se dissoudre. Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison, un bâ timent qui ne sera point fait de main d'homme et qui durera éternellement dans les deux.

Le premier effet que doit produire en nous tout ce qui vient détre dit, est de nous inspirer une reconnaissance, un amour et un respect sans borne pour le suprême bienfaiteur du genre humain, qui non-seulement a fait connaître les bienfaits d'un étal futur pour les justes, mais qui a élevé pour eux une maison éternelle dans les deux, en consommant le grand ouvrage de leur rédemption.

Le second degré de perfection vers lequel nous devons tendre, est de diriger nos actions et noire vie entière comme il convient à ceux qui ont reçu l'espérance de ce bonheur. Leur intérêt et le devoir leur commandent également d'avoir une conduite pure et pleine de droiture et de dignité dans toutes les situations. Il ne leur est pas ordonné de renoncer à tous les emplois, à toutes les jouissances de la vie présente : ces opinions exagérées sont trop dangereuses et peuvent conduire à la superstition ; mais au milieu des aflaires, des attraits et des tentations du monde, leur conduite doit les rendre dignes de l'héritage divin qui leur est promis. Ils ne doivent jamais descendre à ce qui est bas et méprisable, ni se souiller par ce qui est corrompu, mais servir Diea avec ûdélité. Ils doivent se conduire envers les hommes avec la ferme magnanimité de la vertu ; ils doivent se montrer bienfaisants et conserver rhumanilé généreuse qui convient à des êtres iinmorlcls, aspirant à s'élever dans un état futur jusqu'à la perfection à laquelle parviendra leur nature lorsqu'ils seront en la présence de Dieu.

SERMON IKn

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