‹ Dahomé, Niger: Tonareg; récit de voyageChapitre 12 sur 53 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

évitei de faire connaître au public et notre départ et notre direction*. Les journaux envoient toujours des reporters aux courriers de la côte, or j'avais — on Je devine — les meilleures raisons pour me soustraire à leurs investigations, et pour épargner à mon personnel les inévitables ambassades et les non moins inévitables questions qui se font au départ de tout paquebot. L' « Isly » partait de Marseille dans la nuit du 20 au 21; nous n'allâmes même pas sur le quai, mais, comme le navire, presque entièrement chargé à destination de Cotonou, devait aller faire du sel à Port-de-Bouc, c'est dans cette bourgade que nous le rejoignîmes le lendemain, après un court trajet en chemin^de fer.

Je ne trouvai à bord d'autre passager que M. Borelli, de la maison Mante frères et BoreUi, de Marseille, qui allait faire un voyage d'inspection dans les factoreries de cette maison établies sur la côte. Il avait le même intérêt que nous à ne pas être trop tôt annoncé.

On n'attend pas de moi le récit d'un voyage en Méditerranée; les carnets des jeunes miss que l'Angleterre envoie soigner leurs gorges délicates aux îles Ioniennes ou au Caire, fournissent- une ample moisson de renseignements à ceux qu'intéressent les détails de la vie du bord, le charme des couchers de soleil sur la mer toujours bleue, et les couleurs de la

1. La compagnie de navigation mixte n'avait pas encore organisé le service régulier de paquebots entre Marseille et la côte occidentale d'Afrique dont elle est aujourd'hui chargée.

INTRODUCTION XXIH

terre entrevue. Au demeurant, il semble que cette mer bleue ait imprimé un caractère commun à toutes les terres qu'elle baigne. Il n'y a pas à proprement parler de côte française, italienne, algérienne, il n'y a qu'une côte méditerranéenne. Collines sèches, finement découpées, arbres rares au feuillage foncé, , villas blanches et roses aux petites et rares fenêtres, faux toits absents, c'est le môme paysage qu'on retrouve tout autour de ce grand lac.

, La côte d'Espagne, que je longeais pour la prèi mière fois, n'a pas modifié cette impression. Aussi, [ après quelques coups d'œil distraits sur les caps les i plus saillants, revenions-nous vite à nos réflexions et I à nos entretiens sur ce qui nous intéressait le plus, c'est-à-dire sur l'objet de notre mission.

Nous n'étions, ni les uns ni les autres, initiés au 'monde noir. Avant d'aller au Tonkin, j'avais bien fait campagne en Afrique, mais j'étais resté exclusivement tunisien et algérien, ayant limité à Ouargla mes tournées dans le sud.

M. de Pas avait remonté le Nil en dahabieh jusqu'à la deuxième cataracte, mais ce pays n'est pas encore l'Afrique noire ; les visages « couleur de suif » qui firent le cauchemar de Gordon forment le fond de la population jusqu'au delà de Syène.

Quant à Doux, rentré à Avignon après quatre ans de campagnes en Annam, prévenu par moi que je comptais partir et l'emmener, il s'était préparé avec enthousiasme : quelques jours seulement avant notre départ, il était venu à Paris, et, reçu en mon absence

S3MV ntraornicnoin

pan ma femme; iLlui contait le» multiples agrément» dlune expédition em/nûto-CAtne! Détrompé par elle, eti apprenant qpe> nous allions dans F Afrique* tropicale; ilirépondait immédiatement que* peu lui importait lë pays. Du: momentt qu'il partait^ il était heureux. Peuj importe en: effet. Pour lui, comme pour bien des* bra)ves gens qui on peut encore trouver dans Parmée^ Tessentiel est d'agir, de mettre à Tépreuve la vigueur de sa jeunesse, la confiance dans ses vingt-cinq ans, et aussi le cœur solide qyi se dévoue tout entier et sans arrière-pensée, au chef, et par lui — souvent pour lui — aux intérêts supérieurs du pays.

Pour Sédira, le Sud de TAigérie, c'est le pays de la soif et des Touareg, et d'autant plus sec et d'autant plus Touareg qu'on va plus- au sud. IL ne sera détrompé que par l'expérience des- marécages et des forêts de la zone toriide.

Aussi ne faut^il pas s'étonner si^ dans l'état d'imprécision qui était celui de nos connaissances sur le théâtre de notre mission, sur les= moyens dont nous allions avoir à» disposer, nous passions notre temps à nous instruire, soit par des conversations» soit par des lectures, plutôt qu'à regarder l!horizon.

Pourtant, à l'approche du détroit qui va nous ouvrir la porte de l'Atlantique, un paysage force l'attention :. c'est Gibraltar,

Gibraltar a cessé d'être un nom propre; on dit : un petit gibraltar, le gibraltar de telle mer; comme on^ dit les thermopyles d'une contrée. C'est un mot tel^ lement consacré qu'il éveille à l'instant l'idée d'un

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détroit commandé par une forteresse imprenable. Aussi, quand ïl. passe- devant ce prototype du genre, devant Taieul de cette famille de forteresses maritimes, unimilitaire ne peut s'abstenir de le -saluer du Tegard et'd'une heure de réflexion.

Bn examinant un croguis dutdétroit,;on aura une

idée «ssez'èxacte de celle que letcoup d'œîl donne au

iroyageur, fCt un peu d'attention .permettra. de ifaire la

part qui revient à la légende ?dans la réputation de

Gibraltar.

'La première idée qui vienne au profane, c'est que, fli Gibraltar 'était au commencement du siècle la clef de la Méditerranée, les canons qui arment ses remparts doivent,iaujourd'hui que laiportéc de Tarlillerie a augmenté, commander encore bien mieux le passage entre les deux'colonnes d'Hercule.

Ce serait vrai, si le rôle de- cette. artillerie était de imrrer le passage en le tenant sous son feu; mais il n'en est pas, il n'en peut être ainsi. Il y a 22 kilomètres entre Gibraltar et la terre du Maroc et Ton n'a pas encore trouvé de canon qui empêche >un ina vire de passer à 22 kilomètres de son embrasure. Si les canons étaient autrefois redoutables, ce n'était point du tout parce qu'ils commandaient -tout le détroit; •màisparcequ41sdominaient)la>seule pass"^ fréquentée par les navires à voiles. L'eau est loin d'ÔVre calme, en effet, dans le détroit. D?un côté rOcéan,tmer immense à marées puissantes, imposante, par da seule respiration de ses flots, de Tautre un lac bleu, terrible à ses 'heures, mais iiierte après ses courtes colères. Il

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