‹ Dahomé, Niger: Tonareg; récit de voyageChapitre 13 sur 53 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

règne donc constamment entre la pointe d'Afrique et celle d'Espagne des séries de courants de toute nature, courants de mer et courants d'air, qui rendent la navigation à voiles pénible et incertaine. Obligés de raser la côte d'Espagne, les bâtiments se trouvaient exposés aux coups rapprochés des batteries de Gibraltar. Si, bravant les difficultés dont on vient de parler, ils se tenaient au large de ces feux, ils étaient peu maîtres de leurs manœuvres, se trouvaient désunis, incapables d'efforts d'ensemble, et exposés en conséquence à livrer combat, dans des conditions désavantageuses, au moindre garde-côtes parti du port.

Aujourd'hui, la vapeur permet aux navires de franchir le détroit hors de la portée des pièces du fort. Elle leur permet surtout de le franchir très vite, à leur heure et à leur guise.

Le port n'est plus dès lors qu'une embuscade et un abri.

Comme embuscade, c'est une embuscade connue de l'ennemi, éventée, par conséquent. Elle n'est redoutable que si l'occupant y est plus fort que le forceur de la passe, et aussi que s'il est toujours sur le qui-vive, prêt au combat, à l'heure et dans les conditions qu'il plaira à son adversaire de choisir et de lui imposer.

Comme abri, Gibraltar n'offre aucune des garanties que l'on recherche pour les grands ports militaires. Vaste amas de matériaux de construction et de réparation de toute sorte, qui font de son arsenal la

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machine militaire la plus vulnérable à Fincendie, un port de guerre ne peut remplir son double rôle de ravitaillement et de réfection que s'il offre aux matières emmagasinées une sécurité absolue contre rincendie. On cherche et on obtient cette sécurité par la distance à laquelle on tient éloignés les canons des navires ennemis (exemple : Porstmôuth, qui a toute l'île de Wight comme rempart) ou par des dispositions qui dérobent, sinon aux coups, du moins aux vues du large, les parties vitales de Tarsènal, comme cela a lieu dans certains de nos ports.

A Gibraltar, tout est exposé aux vues et aux coups du large. Tout, excepté les célèbres cavernes de la montagne, où les munitions sont emmagasinées. C'est là, certes, une protection d'une haute valeur, mais on n'a pas encore imaginé de bassins de radoub en caverne, ni trouvé le moyen de faire gravir les vaisseaux jusqu'à dea chantiers de construction établis sous casemate à flanc de coteau.

Toute la partie flottante ou nécessairement liée au rivage est exposée directement aux projectiles d'un ennemi, qui, invulnérable grâce à la distance, passerait à dix kilomètres en tirant sur la ville — dans le tas — des obus incendiaires.

Pour se garantir d'une semblable éventualité, Gibraltar doit entretenir sur place une défense mobile au moins aussi forte que l'ennemi qui voudra tenter le passage.

De sorte qu'en serrant la question d'un peu près, on n'aperçoit plus dans cette forteresse la clef légen-

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daire de la Méditerranée; c'est encore un magasin à munitions rhien ;abritées, et, au point dé vue «des combats, un champ de.bataille préparé. Mais TAngleierre ne.peutvy compter sur la victoirequ'à coiidition de s'y présenter avec des iforces supérieures à celles de Tènnemi; c'est-à-dire qu'on se trouvera devant Gibraltar,texadtement comme partout ailleuFs,ii.deux de jeu, au plus fort et, au plus brave.

Et, comme on ne ^peut passer en vue de ce rocher hérissé de canons sans que la conversation s'engage aussitôt sur cette monstruosité de géographie politique, afifront permanent infligé à une nation grande et fîère, quelqu'un remet sur le tapis la. question d'un échange proposé, paraît-il, par l'Angleterre, qui désirerait avoir les Canaries au lieu et place de Gibraltar. ^Certes Gibraltar vaut encore quelque chose, mais, même au point de vue unique des dépôts de charbon et des ravitaillements militaires, les îles Fortunées, placées à moitié chemin de Liverpool au G^p, rendraient autrement de services à l'Angleterre; et^i on tient compte de. la valeur intrinsèque de ice délicieux archipel, on voit que, pour :1a Grande-Bretagne, il ^'agit, tout simplement ^t une ffois de jplus, de donner un œuf pour avoir un bœuf.

îDéjà nous avons dépassé >la ligne continue d'écume blanche qu'on retrouve ici, comme à l'embouchin» d'un fleuve, et qui sépare les eaux de la Méditerranée de celles de l'Océan : à peine les oscillations cadencées du navire ont^elles «commencé à épouser les grandes houles ^venuesdu Nouveau-Monde, que bous

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