‹ Dahomé, Niger: Tonareg; récit de voyageChapitre 38 sur 53 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Descente 4ii Nigrer. — D'Arenbergr à la mer.

Résumé de l'hydrog^raphie du Nig^er.

Nos bons amis de Géba, de Rabba, d'Igga. — MM. Nikolson, Watts, Lister et Wallace. — Les officiers anglais à Lokodja. — Le vapeur la Française, — A bord du Borna, — Sir Claude Macdonald et les tempérants anglais. — Le gouverneur de Lagos. — Profil en travers du Niger. — Profil en long. — Régime hydrologique du Niger. — Il a deux crues au lieu d'une. — La deuxième alimente très longtemps son débit navigable. — Erreur d'estimation commise à mon départ. — Réservoirs et barrage. — Sécurité des cultures.

J'étais arrivé à Arenberg épuisé, Tabsence de quinine et de laudanum m'ayant causé des séries de crises dont chacune m'affaiblissait d'autant.

Mais l'air pur que je respirai sur la colline, dans un logis aéré, confortable et propre, les médicaments que je retrouvai dans la réserve de pharmacie du poste, tout contribua à améliorer mon état et, lorsque le 14 juillet, deux jours après mon arrivée, je me rembarquai pour continuer à descendre, j'étais déjà beaucoup plus dispos.

J'avais devant moi une navigation facile sur un fleuve profond et sans chutes, dans une embarcation spacieuse où je n'avais plus l'encombrement du matériel nécessaire pour une expédition à longue portée, où seuls douze rameurs, mon boy et quelques provisions de bouche

constituaient tout le chargement* Je pouvais compter en quinze jours atteindre Cotonou, ou un paquebot, c'està-dire la France.

Dans ces conditions c'était presque une partie de plaisir : par le beau temps et dans une embarcation plus confortable, on y eût invité des dames. Malheureusement la saison des pluies est toujours pénible, et il était nécessaire d'être sans cesse aux aguets pour se mettre à l'abri d'une tornade, c'est-à-dire d'une catastrophe.

Le courant était vif sans être gênant, et le panorama superbe, se déroulait devant nous sans fatigue, assez vite pour exciter et soutenir l'intérêt.

Dès le 15 au matin, j'arrivais à Géba. J'y trouvais les dispositions des gens à mon égard bien changées. Les Anglais sont gens pratiques, qui ne s'insurgent pas devant le fait accompli et sont toujours prêts à le reconnaître. Wilhem à ce titre était bien Anglais, car au lieu des tracasseries qu'il avait cru devoir employer lors de ma première visite, il me fît une réception enthousiaste : friandises, boîtes de lait concentré, pain biscuité, tout son magasin fut mis à ma disposition. Il me donna en outre une dinde qui, tout à fait exotique pour la région, était une rareté. Je lui fis en revanche cadeau de plomb de chasse dont il était privé.

A Rabba, je passai une heure chez mon ami Thomas, autre noir qui tenait un dépôt de marchandises anglaises. Rabba a perdu, comme cité indigène, toute l'importance qu'elle avait autrefois. Ce n'est plus qu'un petit village encore assez bien fortifié, et dans une jolie position sur la rive gauche du fleuve.

Ni Wilhem, ni Thomas, n'avaient vu passer l'embarcation de MM. Targe et de Pas * et je devais rester encore quelque temps sans avoir de leurs nouvelles.

1. J'ai su plus tard que ces messieurs étaient passés de nuit à Géba et à Rabba. — Cette ignorance des deux prétendus agents

334 DAHOafÉ, NI€EER, TOCAHEG

La lumgation à vapwir n'avait pas encore rcpri» à R»bba le 15 juillet, et hitn que le fleuve fût en période de croissance presque continue, nous ne pouvions pas n«Hi& engager dans tous les brais indistioctement. Quelques-uns d*entre eux étaient c»core presque à sec.

Deux jours après oous dépassâmeâ le confluent de TAvon ou Cadouna, grosse rivière venant de la régM>n de Bida, qui était déjà arrivée à la période des bautes eamx et versait àwas le fleuve des masses énormas de liquide boueux et jaunâtre. Le courant du fleuve e» ét»H interron^pu et m^ème renversé en certaiaes places à phis de 2 kilomètres vers Faoïont où le reflux de cea eaux impétueuses comn)en<^it déjà à se faire sentir

A partir de ce confluent, le Niger a désormais 2 mètres d^e&n partout) et nous n'avions plus à faire appel aux connaissances de notre pilote.

La rivière d'Igga, grossie également, vint au bout de peu de temps augmenter encore ce volume d'eau.

C'est à Igga que je trouvai le premier Anglais établi sur le fleuve.

C'était un jeune homme nommé Nikolson qui me reçut courtoisement. Il me donna des nouvelles de MM. Targe et de Pas, qui, surpris par wne tornade avant d'avoir pu s'abriter, avaient chaviré et perdu tout ee qu^ils emportaient. Leurs embarcations, leurs armes, leurs collections, tout avait di^naru ; le naufrage ayant eu lieu alors qu'il ne leur restait plus» que quelqiaes œètres à faire pour atteindre la rive, ils avaient pu se sauver à la nage.

M. NikolsoB m'offrit l'hospitalité, des guides et des moyens de transport. Je n'en avais aucun besoin et le remerciai avec la même cordialité qu'il mettait dans ses offres prévenantes.

Deux jours après nous arrivions à Loko^la.

politiques de la Compagnie prouve assez ciairefiauent qu^aucun de» h-yeraÎQS do fleuve ne leuv rend compte de riea*

DESCENTE mj NIGER 3a&

On n'attend pa& de moi que je fasse du fleuve, dans ceite région où M. le commandant Mattéi et ses employés ont autrefois séjourné plusieurs années, où le lieutenant de vaisseau Mizon et M. Maistre ont passé, une description qui serait une redite. Lokodja n'est pas plus à découvrir qu'à admirer.

Du plus loin que je l'aperçus, cette ville, que sa situation au confluent de la Benoué appelle à un avenir considérable, attira mon attention par les toitures d'aspect européen qui émergeaient des paillotes. Je comptai treize de ces maisons ou hangars.

C'était vraiment là une station européenne, et au sens où ce mot est employé à la côte, une factorerie.

De grands vapeurs peuvent y accoster : les agents blanes y ont des installations confortables.

Je sentis le ridicule que je courais en montrant le pavillon de mon pays sur une barque assurément glorieuse, mais incapable de lutter contre des steamers de 500 tonneaux. Je pouvais encore passer avec mon équipage, comme un révolté, comme un indépendant qui bra:ve tout, mais non plus comme un maître.

Jusqu'ici j'avais été chez moi. A partir de Lokodja j'étais chez d'autres. — Il fallait bien reconnaître, au risque d'être taxé d'aveuglement ou de mauvaise foi, que si la Compagnie n'était pas maîtresse à Lokodja, do moins elle y avait des intérêts respectables, un établissement sérieux et une position supérieure à la nôtre.

J'allai donc rendre visite à M. Watts qui était l'agent de la Compagnie. Je trouvai près de lui M. Willam Lister, autre employé, et tous deux me reçurent comme je pouvais l'attendre d'hommes bien élevés, sympathiques malgré tout à l'effort que je venais de fournir, capables de quitter le terrain des récriminations ou des compétitions, pour demeurer sur celui de la courtoisie internationale, et de l'expansion réellement civilisatrice et humanitaire de la race blanche en Afrique.

336 DAHOMÉ, NIGER, TOUAREG

Il ne fut pas question une seule fois, pendant tout mon séjour chez ces messieurs, des deux lettres que M. Watts m'avait écrites et de l'attitude agressive qu'il avait cru devoir prendre.

Le vapeur la Française, que M. Watts m'avait offert pour descendre à Ouari ou à Forcados, avait besoin d'une réparation urgente. J'attendis pendant que ce travail s'effectuait et eus le loisir de faire connaissance avec les officiers de Lokodja. Ces messieurs étaient installés dans une confortable maison, où j'eus toutes les peines du monde à refuser de m'installer. Trois d'entre eux, dont le capitaine Morgan, étaient à la chasse sur les plateaux qui dominent Lokodja.

Les deux sous-lieutenants, l'un de lanciers, l'autre d'artillerie, qui étaient restés pour garder la maison, m'en firent les honneurs avec une grâce et un tact parfaits et avec un luxe tout anglais.

Ces messieurs avaient des journaux. C'est là que j'appris que M. Casimir-Perier, au nom de qui j'avais conclu tous mes traités, n'était plus rien depuis six mois.

A bord de la Française, je montai seul avec mon équipage et un pilote que me donna M. Watts. M. Wallace, directeur de la Compagnie, était arrivé à Lokodja le matin de mon départ à bord du Nupé. Notre entrevue fut des plus courtoises. Il voulut m'approvisionner luimême, sur ses réserves personnelles, des vivres qui m'allaient être nécessaires pendant nos deux ou trois jours de descente : il se conduisit en galant homme jusqu'au bout, et m'informa que je pourrais atteindre le Borna, en chargement dans le Forcados, avant son départ pour Lagos (c'e&t-à-dire Porto-Novo). Nous nous séparâmes sans autre souvenir pénible que celui des libations excessives auxquelles mon estomac délabré avait dû se livrer pour faire honneur à tant de fastueuses réceptions.

Sur le Borna, vapeur de la British and African C® que

j'atteignis avant son départ du rio Forcados, je liai connaissance avec sir Claude Macdonald, jeune chef de bataillon écossais * qui exerçait sur la côte les fonctions de résident du protectorat des Rivières d'huile.

Il s'en revenait avec sa femme, mandé par son gouvernement pour être consulté sur la suppression du commerce des spiritueux en Afrique.

Il ne tarissait pas sur l'étrange spectacle donné par les sociétés de tempérance européennes : ces gens qui vivent au milieu d'alcooliques invétérés et condamnés au delirium tremens, s'évertuent en toute conscience à empêcher de boire à leur fantaisie des populations dont ils ignorent le nom, les mœurs et surtout la résistance à la boisson. Ils mériteraient vraiment que tous les noirs fissent une croisade en Europe pour réprimer l'intempérance des blancs, plaie sociale autrement répandue et dangereuse chez nous que chez eux.

C'est un des points sur lesquels, Anglais ou Français, quiconque a fréquenté les noirs a la même opinion, et nous nous rencontrions volontiers sur ce terrain.

Lorsque je débarquai à Lagos, la première parole du gouverneur de cette grande colonie fut pour exprimer le même sentiment. Sir Gilbert Carter avait coutume de dire à l'évêque de Lagos : « Je ne vois qu'un seul moyen de sauver ces pauvres noirs de l'ivrognerie, c'est de les convertir à la foi musulmane ! > Ce n'est pas nous qui nous permettrions de demander à un ecclésiastique de pousser aussi loin la philanthropie.

Lagos, qui est une ville considérable (60 à 80 000 habitants), à huit heures seulement de Porto-Novo, sur la même lagune, présente une ligne de quais superbes parcourus par des voitures élégantes et très animés par un mouvement commercial intense.

1. Sir Claude vient d'ôtre nommé ministre de la Reine à Pékin (mai 1896).

338 DAHOMÉ, NIGER, TOUAHEG

Malhei^reusement rembouehure du fleuve de Laga» s'obstrue tous les jours davantage : la barre y est très dangereuse et pendant tout le mois que je restai à Cotonou, aucune chaloupe à vapeur ne put la franchir*.

Il y a là une situation qui peut faire la fortune du warf de Cotonou, pour peu que les communications par la lagune deviennent plus fréquentes et mieux organisées.

Enfin, le 3 août à six heures du soir^ je grimpai» joyeusement les fondrières de la place Amiral-CuverviUe et faisais ma rentrée à Porto- Novo.

Après quelques jours agréables consacrés, soit chez différents colons, soit autour de la table hospitalière du gouverneur, à la joie de retrouver des compaiçiotèis, je partais pour Cotonou et m'embarquais à destination de Marseille.

RÉSUMÉ DB l'HYBUOGRAPHIB MI NIGER

L'exploration du Niger dans la partie qui conduit an Sahara à la mer n'a pas eu seulement pour but de déterminer les contoors du fleuve dans l«s parties de son cours où il était absolument inconnu , comme de Gromba à Saye, ni de les préciser dans les régions où il avait seulement été soupçonné, comme dans tout le parcours au nord de Rabba, mais d'examiner tous les caractères de navigabilité qu'on peut apprécier au cours d'un voyage, en suivant son thalweg deux fois, d'abord à l'époque des eaux moyennes, puia à celle des plus basses eaux.

Ces caractères de navigabilité dérivent de trois éié^ ment&: ï^ le profil en travers du fleuve, qui donae la largeur et la profondeur du chenal offert k la bentellerie :

1. On me dit que la barre de Lagos ne s'est plus rouverte depuis mon passage (juillet 1896).

I^ESCENTE VG MK^l ^3^9

cle là le navigatecr conclut le tirant d'eau ma^mum des bftleaox qu'il peut employer ; ^ le profil en long qui donne rinclinaiso«Q du fond et renseigne en partie sur ks courants, les rapides, les chutes, et la nature de ce fond. Sur cette nature du fond le pilote a besoin d'être renseigné pour savoir sll est mouvant et par suite incertain (sables) ou immuable, mais offensif (rocheux), s'il se prête on non à l'ancrage.

Quand on a affaire à une batellerie rudimen^aire qui emploie la perche ou le halage à la eordelle, on doit joindre au profil en long des renseignements sur les rires, qiai peuvent être plates, découvertes, praticables, on accidentées, boisées, marécageuses, inaccessibles par suite des joncs ou impraticables.

Le troisième élément est l'hydrologie^ c''est-à-dire l'examen des quantités d*eau que reçoit le fleuve. Suivant cette quantité d'eau le niveau baissera ou montera dans la ewvette loroiée par le profil en travers, le courant se ralentira ou deviendra pins impétueux et modifiera, pour l'ensemble des eaux, la pente résultant pour le filet le phis bas du profil en long, la batellerie subira des retards on même des empêchements. Dans les régions tropicales où s'établissent deux saisons, l'une de séchM^sse absolue, l'autre de pluies torrentielles^ Finfiuence hydrok>gique domine souvent celle des profils en travers ou eh long, au point qu'on a pu dire qu'après la saison des pluies tous les cours d'eau sont navigables, et que cette crue passée, aucun d'eux ne l'est plus.

Nous verrons comment et pourquoi le Niger échappe à cette loi désastreuse et générale.

Profil en travers. — Le fleuve a pm presque partout pvendre à l'aise la place nécessaire pour le débit de ses eaux. Nous n'avons relevé que trois étranglements : ceux de Géba, de Oor© et de Gongoubélo. — Un quatrième était déjà connu, c'est celui de Tosaye ou Borocun, au-dessous de Tombouctou.

340 DAHOMK, NIGER, TOUAREG

A Géba rétranglement n'est qu'une pittoresque apparence, un bras du fleuve s'engage entre deux colonnes de roches majestueuses : on pourrait craindre que la moindre variation du débit dans le canal étroit où le fleuve ne peut s'étendre, produise des courants d'une extraordinaire impétuosité. Il n'en est rien, un autre bras, beaucoup plus large et sur les rives duquel la rivière peut s'épanouir à son aise, contourne l'île de Géba par la gauche.

A Ouro le fleuve vient frapper contre une colline de granit qui limite l'expansion de sa rive gauche.

A droite il peut se décharger au travers de bancs rocheux qui donnent passage aux eaux au moment des grandes crues. Cet étranglement serait redoutable, même s'il n'y avait pas la pente qui fait de ces 800 mètres le passage le plus rapide et le plus dangereux de tout le Niger.

A Gongoubélor, le fleuve serpente entre des masses rocheuses qui ne lui laissent qu'un canal de 110 mètres de large. Si le niveau s'élève, le Niger ne gagne que peu de largeur en montant; mais il y a dans cette partie du fleuve si peu de pente générale que la vitesse du courant, entièrement due aux apports d'amont, ne peut jamais devenir torrentueuse comme c'est le cas à Ouro.

Enfin à Tosaye le fleuve se trouve également resserré, mais là aussi les pentes d'amont et d'aval sont très faibles, de sorte que la navigation ne peut rencontrer d'ostacle permanent.

En dehors de ces quatre passages, le Niger a généralement un lit dont les berges sont déterminées par le plein du fleuve aux eaux moyennes, novembre-mai, et le plafond se tient environ 10 mètres au-dessous du niveau de ces berges.

La largeur varie entre 300 et 4000 mètres.

Profil en long, — Le profil en long est beaucoup plus accentué que ne me l'avait fait pressentir la compa-

raison entre les altitudes respectives de Tombouctou et de Lokodja. Il est pour moi certain qu'il y a une plus grande différence d'altitude que celle qui é^it admise en 1894 *.

La pente est relativement douce et sans ressaut depuis la mer jusqu'à Géba.

Elle s'accentue depuis Géba jusqu'à 3 kilomètres au-d,essus de Yékédé (15 kilomètres nord d'Arenberg).

Un premier ressaut d'environ 3 mètres a lieu à Yékédé. Cette différence de niveau, répartie sur environ 1800 mètres, donne lieu à de petits rapides qui ne présentent ni danger, ni difficulté sérieuse.

Puis la pente reprend sa régularité jusqu'au pied du rapide d'Ouro.

Là se dressent une série de marches d'escalier très rapprochées les unes des autres, au point de former une pente presque continue qui grimpe de 20 mètres environ en un court trajet de 800 mètres.

Le chenal en cet endroit est très profond, les berges assez praticables, et bien qu'il y ait des rochers aigus près des bords et que le rayon de la courbe décrite par le fleuve soit assez court, un navire calant 2 mètres pourrait peut-être sans folie, en s'aidant de la vapeur et des amarres, essayer de le remonter.

Entre les ressauts de Ouro, de Patachi et de Garafiri, le fleuve court dans des biefs assez réguliers, avec une vitesse comparable à celle du Rhône à Avignon.

Le relief de Patachi est moins accentué que celui de Ouro, il est réparti sur un trajet plus long, mais il

1. Cette différence d'altitude avait été déterminée au baromètre; comme c'est également le baromètre qui était mon seul instrument de mesure, il n'y a pas lieu de corriger l'une de ces observations par l'autre. Elles se vaudraient, quant à l'inexactitude. Mais la succession de hauteurs relevées suffit pour démontrer que cette différence de niveau est plus forte qu'on ne le croyait en 1894.

34S DAHOMi, ITIGER, TOUAREG

comprend trois marches de â à 3 mètres de haut eh»enne, qui produisent en trois endroits différents des rapides tumultueux aux grandes eaux, des chutes aux basses eaux.

En reranche le chenal est rectiligne, profond, et lorsque les eaux sont hautes, un narire à rapeur n'a pas besoin de faide des amarres pour essayer de le franchir.

Le rapide de Garafîri, présente à peu près le même genre de difficultés que celui de Patachi, mais les marches y sont de 3 à 4 mètres et le chenal n'est pas rectiligne, de sorte qu'il faudrait au marin qui cherchera à le remonter avec nn vapeur, faire en canot une étude très soignée des courants et de l'aptitude de soo navire à gouverner avant de le lancer dans l'eÊfort de remonte.

Au-dessus de Boussa, on rencontre encore avant d'arriver à Ouara quelques brisants, mais ce sont plutôt des rochers isolés que des barrages proprement dits.

Depuis un point situé à 3 kilomètres nord de Boussa jusqu'à Tchakaki, on retrouve le Niger tel qu'il est entre Badjibo et Géba.

Enfin de Tchakaki à Lamordi (deux jours au nord de Saye), on traverse un grand bief d'eau tranquille où on ne rencontre pas d'autre difficulté que cjuelques bancs de roches situés au-dessous de Kirotachi.

Au-dessus de Lamordi et jusqu'à Tibi-Farca, le fleuve a partout un courant assez vif, analogie à celui qu'on rencontre entre Badjibo et Géba, mais la profondeur d'eau est beaucoup moindre en raison du grand épanouissement du fleuve qui circule dans une très Wge vallée.

On voit donc qu'au-dessus de Géba on trouve d'abord une pente douce (Géba-Yaouri) de 2Ô0 kilomètres, coupée en son milieu par trois marches d'escalier, — puis om

|)alier de pente presque insensible qui ya sur 400 kilomètres de Yaouri à Lamordi, puis une nourelle pente*

Le fond est terreux et sableux sxat le méplat qu'an vient d'indiquer et généralement rocheux dans les deux pentes^ il y est parsemé de témoins granitiqEbes qui constituent des écueils très offensifs. — Certains de ces témoins sont (à Ouro) tranchants comme une lame d'acier.

Hydrologie. — Mais c'est ïe régime liydrologiqiae du bassin du Niger qui, plus que le profil en trarcars et le pr<^ en long, inOue sur la navigabilité de ses eaux ei haà donne im earactère unique.

Chacun sait que le Niger, depuis sa source jusqu'à Babba, décrit un vaste demi-cercle dont la convexité dirigée vers le nord circule au travers du Sahara méridiioiial.

Cette particularité qui l'a fait comparer à un serpeol qoT se mord la queue, fait aussi qu'mie goutte d'eau tombée dans le fleuve vers ses scmrees passe deux fois par la même kditiide à quelques mois d'intervalle.

Ceci rappelé, il faut savoir aussi que le bassin du Niger est soumis à deux climats difEéreats, le climat équatortal et le climat tropical.

Le premier, qui règne à peu près jusqu'au parallèle 8«, comporte quatre saisons par an, deux saisons sèches et deux saisons pluvieuses. Le deuxième, qui comprend à peu près une a:one de dix degrés, ne comporte que deux saisons, une sèche et une pluvieuse, l'axe de cette aire météorologique est donnée par le id^ parallèle.

De jmn à octobre, la pluie tombe presque tous les jours le long de ce ï^ parallèle.

De sorte que le fleuve, qui reçoit en juillet, août et septembre, les eaux tombées aux environs de Saye, par exemple, grossit comme tous les cours d'eau tropicaux et a sa crue normale d'aopùt à lin novembre.

344 DAHOMÉ, NIGER, TOUAREG

Mais, en même temps que la pluie tombe à Saye, elle tombe aussi tout du long du même parallèle, vers Kankan, dans la branche supérieure du Niger.

Grâce à la faible pente du Niger supérieur, cette crue n'atteint son maximum à Tombouctou qu'à la fin de janvier de Tannée suivante *.

De plus, affaiblie et ralentie par ce long trajet, elle perd le caractère d'inondation brusque et se fait sentir progressivement dans le Niger moyen (au-dessous de Zinder), de manière qu'elle provoque seulement un exhaussement de 2 à 3 mètres suivant les localités, et maintient l'eau à un niveau moyen assez élevé pendant fort longtemps.

Pour préciser, voici ce qu'on constate à Badjibo, par exemple :

Au commencement de juillet les eaux sont au plus bas;

Du 13 juillet au 15 août, elles montent progressive^ ment de 6 à 8 mètres ;

Du 15 novembre au l®»" janvier, elles descendent de 3 à 4 mètres;

Du l^"" janvier au i^ février se produit en pleine saison sèche une nouvelle crue inexpliquée pour les habitants du pays, et qui peut atteindre 2 mètres. (C'est la crue provoquée par les pluies de juin-juillet de l'année précédente dans le Niger supérieur.)

Cette dernière crue maintient le fleuve à peu près au même niveau (eaux moyennes) jusqu'à la fin de mai.

Ainsi on voit que, grâce à la double origine de ses crues et à la lenteur d'évolution de la deuxième crue, le Niger moyen conserve un niveau convenable pour la navigation depuis le !•' août jusqu'au 15 juin.

La batellerie ne connaît donc de morte-saison que pendant deux mois (juin et juillet) et je parle ici seule-

Page 1