Observation de M. le lieutenant de vaisseau Jaiine
ment de la grosse batellerie, car c'est justement pendant ces deux mois qu'avec des bateaux .calant 50 centimètres, j'ai navigué sur tout le Niger de Tibi-Farca à la mer.
Revenant à l'évolution de la seconde crue , je crois utile de dire quelques mots sur la cause de cette lenteur du mouvement ascensionnel des eaux, dont Télolgnement n'est pas la seule raison.
Les lacs de Debo, de Faguibine et autres que M. le colonel Joffre m'avait signalés avant mon départ comme capables d'absorber dans le bief de Tombouctou une très forte partie de l'inondation du Niger, jouent en effet le rôle de réservoirs.
La porte d'écoulement de ces réservoirs, formée par l'étranglement de Tosaye, achève de modérer les variations du niveau.
Il est certam par exemple que si une quantité d'eau était capable d'élever de 10 mètres le niveau du fleuve dans un lit de 2 kilomètres, elle ne relèvera que de 50 centimètres au-dessus d'un lit épanoui sur 40 kilomètres de large. Si à cet épanouissement succède un étranglement de 1 kilomètre, conduisant à un lit moyen de 2 kilomètres, cette crue qui n'aura atteint que 50 centimètres dans l'étranglement, donnera seulement en s'épanouissant dans le lit moyen un exhaussement de 25 centimètres *.
C'est ce qui explique comment de la succession de l'étranglement de Tosaye aux épanouissements des grands lacs de Tombouctou résulte pour le régime hydrologique de l'aval une si grande régularité.
Cela explique également que cette régularité n'est nullement due aux profils du fleuve en aval de Tosaye,
1. Toutes choses égales d'ailleurs. La profondeur et ta vitesse» qui influencent également le débit, modifient les chiffres de ces conclusions, sans toutefois en changer le sens.
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et une aotre preuve en est donnée par le caractère de soudaineté et de violeiMse de la crue produite par les «aux tombant directement dans le bassin d*a¥aL
Enfin on ne saurait trop insister sur les heureux effets que cette régularisation des eam produit au point de vue agricole sur toute la région qui s'étend de Sa^e à Kindadgi (trois journées nord de Zind^*) au moins.
Tout le long de cette belle et iai^ Tallée, le laboureur sait que tel point sera inondé et qu'il le sera de tdile à telle époque, il peut donc en toute sécurité, et le plus souvent par simple tradition, approprier sa culture à ces conditions d'arrosage, et voit succéder san§ mécompte les récoltes aux récoltes. Il serait trop heureux, si rhomme ne venait contrecarrer les vues de la nature, et si son existence n^était empoisonnée par la crainte peipétudle des Touareg.
Utilisalion possible da Ni§rer moyen :
1® comme voie de commanleatioii;
â"" comme rêgrion à coloniser.
Rendement considérable des transports par eau, même avec la batellerie actuelle. — Morte-saison de la batellerie réduite à deux mois par an. — Rapidité des évacuations par eau. — Économie. — Importance du fort d'Arenberg. — - Peu de 'wariété des éléments d'échange dans la vallée du Niger. — Absence de richesses minières. — Difficulté des entreprises coloniales : l*pour les isolés; 2° pour des associés; 3* pour des sociétés anonymes. — Nécessité .du recours aux compagnies brevetées. — Inutilité et danger de leur conféTer des droits régaliens. — Conduite louche des Chartered anglaises. — Les Anglais n'ont aucun intérêt à nous disputer le Niger moyen- — Seule la Compagnie y a un intérêt inavouable.
Intérêt pour la France d'acquérir la ligne Ketou-Tchaki- KStchi-Arenberg.
En ce qui concerne les relations de nos possessions soudanaises avec la mer, il» est presque inutile d'insister sur rimportance de la voie de communication offerte par le moyen et le bas Niger.
Nous avons des agents à Dori, à hauteur de Zinder. Pour revenir à la côte par la voie du Sénégal, ces agents ne peuvent le faire à moins de quatre mois. — En voyageant avec toutes les facilités possibles, telles qu'on peut les offrir à un gouverneur, à un commandant supérieur,
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il faut trois mois pour revenir de Tombouctou à Saint- Louis.
Or dans ma descente de Tibi-Farca à la mer, juste au milieu de la période de chômage que j'ai signalée, retardé par quatorze naufrages, par la perte de douze embarcations, je n'ai mis que vingt-sept jours de navigation.
Il n'est nullement téméraire de penser qu'avec une hauteur d'eau moyenne, un courant soutenu, tel que celui que j'aurais trouvé à Tibi-Farca le 15 février par exemple, j'aurais pu descendre en quinze jours. Cette rapidité, c'est le salut pour les malades et les blessés qu'on peut évacuer.
Mais ce n'est pas seulement par la vitesse du déplacement, c'est par son rendement, ses commodités, son faible prix de revient que se recommande cette voie de communication.
Six Baribas dans trois barques grossières me transportaient deux cents charges, tenant ainsi lieu de deux cents porteurs, sans qu'il y eût ni escorte à fournir, ni encadrement à organiser, ni ravitaillement à prévoir, ni avaries résultant des manutentions de charges qu'on jette par terre et qu'on recharge dix fois par jour, sans nécessité de fractionner le chargement en paquets de 25 kilogrammes.
Voilà pour la montée.
Quant à la descente — pendant les six semaines où l'eau tombe en cascades, c'est évidemment un sport hydrographique assez dangereux; tout le reste de l'année, c'est une pure partie de plaisir si on la compare au pèlerinage/' de haute mortification qui attend un blanc suivi d'un demi-millier de porteurs.
Tous ces avantages sont interdits à qui ne possède pas au moins un point de relâche au-dessous des rapides de Boussa, et c'est pourquoi le gouvernement avait prescrit d'y fonder un poste, c'est pourquoi ie l'y ai si fortement constitué.
Reste à examiner Tusage qui peut être fait delà vallée du Niger moyen comme région à coloniser.
Il est certain qu'une colonie qui comprendrait la vallée du Niger profiterait en toute première ligne des facilités d'accès et de transport qu'on vient de signaler.
Présenterait-elle un intérêt sérieux à la colonisation? C'est là une très grave question qu'on doit résoudre par l'affirmative, mais avec les réserves découlant de ce qui va suivre.
Si on y trouve des richesses minières, il n'y a pas à hésiter; mais je suis quant à moi tout à fait incapable d'en signaler : à part une carrière d'agate à Kirotachi, je n'ai rien vu qui puisse me permettre d'affirmer l'existence d'un minéral précieux. Je ne sais pas encore ce que donneront à l'analyse les échantillons que j'ai rapportés.
Je n'ai même pas pu constater, bien que je l'ai recherchée avec ardeur, la présence de \a pierre à chaux.
En matière de richesses végétales croissant naturellement, on n'y exploite guère, pour le moment, que le carité, ou arbre à beurre, le palmier à huile (rare) et les pâturages formés par le célèbre bourgou, sorte de gigantesque chiendent sucré dont les animaux sont très friands.
En fait de produits de culture, on y trouve les quatre céréales (blé, maïs, mil et riz), ainsi que le coton et le chanvre, en grande quantité et à vil prix. Enfin pour semer et récolter 'ces productions de la surface, pour exploiter les végétations vierges, ou pour fouiller le soussol, si on découvre intérêt à le faire, il existe plusieurs noyaux de population dense, laborieuse et sufïisamment organisée. On a déjà dit que cette présence de l'homme était la condition nécessaire de la réussite de toute entreprise coloniale en pays tropicaux.
Il n'est pas douteux qu'un pays où on trouve en abondance tout ce qui peut servir à donner à l'homme
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Dourrihire et vèlemeat, où vit une populatioii suffisante pour récolter, extraire o« transformer ces produits, soit un pays utilisât^.
Faut-fl en conclure qu'on poisse dire aux individus : € AUez-y, vous fercE fortune • , et à FÉtat : « Emparezvous-en pour prolég€ff Tafflux de vos nationaux >?
Noni
Supposons un individu jeune, nche, TÎf^areux et intelligent. C'est une idée fausse de vieillard blasé — ceux de tous les humains qui en ont le plus -— que de croire qu'il n'existe pas en France de jeunes gens riches, vigoureux et intelligents, désireux de s'expatrier pour acquérir dans une oolonîe Tespace, rîndépendanoe, les chances de réussite que limitent d'une façon trop rigide les cadres étroits de Tordre social métropolitain. îi existe de tels jeunes gens, et beaucoup. Beaucoup à hmmi retour sont venus me trouver; me demandant slls devaient aller dans les pays d''où je viens. J'ai dû rèp&&dre en leur montrant les difficultés qui les y attendent, d qui dépassent de beaucoup celles qu'un homme isolé peut affronter.
Voici ces difficultés. D'abord la mortalilé qui frappée les hommes ordinaires è raison de 3% pour iOO la piiemière année, 50 pour 100 en deux ans, 60 pour i«90 en trois ans.
La mort d'un isolé entraîne la ruine complète de son entreprise. D'abord ses frais de voyage, d'rnstaltettion, d'apprentissage de la vie comptent pour zéro dans l'actif de sa succession. Personne n'ayant charge ou ne pouvant avoir souci dans un pays inorganisé de prendre . la suite des affai-nes engagées, le principal intéressé « donc une chance ssur trois de trouver dans &(^ entreprise non seulement la mort, mais la ruine. Si cette entreprise nécessite deux, trois ans de séjour, c'est cinquante, soixante chances pour cent.
Eh bien, cette considération arrête fort peu de gens.
CONCXUSIONS ^0^1
Telle est la difficulté que chaeun éprouve oa croit éprouTcr à faire son chemin, que beaucoup samî prêts ou seraient prêts à courir de paretls risques, s^iis avaient espoir dans la réussite finale.
Un deuxième obstacle à celte réussite tient à ce que tous les colons connaissent sous le nom de « conspiration de l'indigène ». Cette conspiration existe partout : elle commence en France, où un Parisic© perdu dans la campagne se voit appliquer les procédés réservés à € ceux de dehors ». EHe est pius grave en Algérie, où, pour l'Arabe, le colon, le roumi, est Fennemi liturgique; en Tunisie, où avecmoiias de violence, mais avec un succès plus certain, TéléoBent levantin Fenlaee et Fahurit dans les mailles d'une législation élevée tout eutière contre l'étranger; auj Tonkiii, où chaque article indigène a deux prix : Fun pour les naturels, l'autre, quatre, six, dix fois plus éievé, pour F Européen; à la côte d'Afrique, où un aoir se fait payer pour ne riea faire auprès d'un blanc, vingt fois le revenu annuel du dad de son village.
Sans doute l'homme qui arrivera dans Un pays entièrement neuf, comoM le moyenn Niger, ne trouvera pas organisé coatre lui le système de sorpaiement dont je viens de parler.
Personne avant lui ne sera venu « gâter les prix ». Mais la coaaspiration de Pindigène ne se fera pas moins . sentir sous- une forme difîérentcL Quelle habileté, quelle énergie, que d'empire sur soi-même seront nécessaires à notre compatriote poor entrer en relations avec des populations naturellentent défiantes, et pour cause ! — Considéré avec raison comme un être d'essence supérieure, comment va-t-il entrer en contact avec son nouvel entourage? Jusqu'à quel point doit-il risquer de décboir pour chercher à les mettre en confiance? Surtout qu'en sa qualité de demi-dieu, il évite de maniiester qu'il ait besoin de quelqu'un.
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Si on s'aperçoit que ce besoin est sérieux, on lui marchandera aide ou assistance, mais on les lui refusera carrément, si ce besoin devient une nécessité urgente.
Il lui faudra donc non seulement apprendre la langue des indigènes, mais connaître le chemin de leur cœur. Il devra rechercher les moyens de les employer à son commerce ou à son industrie, chercher dans quelle branche économique, le minimum d'efforts dont ils sont susceptibles peut lui procurer des éléments commerciables, et quand il aura trouvé cette voie, faire l'éducation de tout un peuple pour lui enseigner le moyen de tirer partie des ressources locales, et d'en tirer parti à son avantage, à lui colon.
Il aura donc à travailler comme étudiant pour s'initier aux langues et aux mœurs; comme observateur, chercheur, inventeur pour créer une industrie même rudimentaire et des courants commerciaux; enfin, comme industriel et comme commerçant pour tirer parti de toute cette préparation.
C'est là une tâche surhumaine pour un seul homme ; il sera mort, ou obligé de s'en revenir mourant, avant d'atteindre la troisième phase de ses efforts, celle de l'exploitation fructueuse, si tant est qu'il ait bien choisi son terrain, ses moyens et le genre d'affaires à traiter.
Et si par extraordinaire, par impossible, il est arrivé à créer une exploitation prospère, il verra venir presque aussitôt un imitateur qui, renseigné par son exemple, n'ayant pas à tâtonner comme lui, profitera de l'éducation industrielle et commerciale si péniblement donnée aux naturels, et jetant dans la lutte commerciale des réserves toutes fraîches en matériel, argent et santé, viendra le battre sur son propre terrain.
Conséquence : n'essayez de rien faire tout seul. V« soli! Vous aurez déjà beaucoup moins de chances contre vous si vous avez un associé. Il pourra vous suppléer quand vous serez malade, vous représenter en
France pour les achats ou pour les ventes pendant que vous resterez sur place. Enfin à deux vous aurez plus de ressources contre Tennui, plus de ressources en argent aussi, et peut-être verrez-vous arriver la période rému néralrice avant d'avoir atteint le fond de votre caisse. Les associations à deux réussissent le plus souvent dans les pays qui ne sont pas trop meurtriers, comme la Tunisie, mais le succès ne peut guère être garanti par une aussi faible coopération dans les pays à climat pernicieux comme l'Afrique tropicale.
Il faut atteindre la société en commandite à plusieurs tètes ou la société anonyme pour obtenir la surface de résistance et la longévité nécessaires pour entreprendre la colonisation d'exploitation dans les pays neufs.
Encore, et si puissante que soit la force colonisatrice qui fournira le premier effort, elle n'échappera pas à la loi de la concurrence faite par les tard-venus. Ceux-ci auront pour eux tous les avantages, sauf la différence de valeur qui existe toujours entre l'expérience des autres et la sienne propre.
De sorte que si par une suite d'efforts d'assimilation, d'investigation, d'invention, par des sacrifices d'hommes, de santé ou d'argent, vous êtes arrivé à créer une exploitation commerciale donnant par exemple annuellement 25 pour 100 du capital engagé, ceux qui viendront engager le même capital après votre période de gestation, sans apporter ni les mêmes efforts, ni les mêmes risques, ni le même mérite, en un mot, pourront en obtenir 40 pour 100, puisqu'ils n'auront rien dépensé inutilement, et non seulement ils pourront prendre une part imméritée dans vos bénéfices, mais, à force égale, ils pourront, en baissant leurs prix, vous évincer totalement.
11 semble que ce soit là pure phrase de philosophie commerciale et industrielle, on peut croire que de tout temps il en a été de même, et cependant plusieurs de