‹ Dahomé, Niger: Tonareg; récit de voyageChapitre 41 sur 53 · Cette expression est de M. Leroy-Baulieu · texte numérisé non relu

Cette expression est de M. Leroy-Baulieu

voir consacrer les droits du premier exploitant, de rinventeur, dans les pays neufs d'où nous revenons.

Limités dans leurs prérogatives, les concessionnaires composant cette société brevetée devraient aussi éviter de sacrifier à la folie de l'étendue qui a fait périr plus d'établissements qu'elle n'en a enrichi.

Enfin si ce n'était point entrer à l'avance dans de trop grands détails, nous voudrions voir chacun des établissements coloniaux à créer sur le Niger occuper les deux rives et non pas être séparés par le cours d'eau. — Un fleuve, on le sait, forme toujours une très mauvaise frontière entre des États : c'est un lien, ce n'est pas un obstacle; il en est pour ces districts coloniaux, qui entre eux auront quelques rivalités, quelque concurrence à exercer, comme des grands États. Ils voudront être (ihez eux et on n'est pas chez soi quand les voisins n'ont qu'à passer l'eau pour entrer chez vous.

Reste à examiner le rôle de l'État souverain. Il est certain que ce qu'il y aurait pour lui de plus simple et de moins coûteux serait d'aliéner ses droits à une Compagnie : mais nous avons vu que ces droits sont fort onéreux pour une Compagnie honnête et très dangereux entre les mains d'une Compagnie sans scrupule.

Du moins l'État doit-il chercher à simplifier son action et à restreindre ses sacrifices en se déchargeant dans la plus large limite possible des soins d'administration et de police intérieure des concessions. Restreinte à un rôle de surveillance générale et de haute moralité, son action n'en sera pas moins un bienfait pour le pays et pour les concessionnaires eux-mêmes à qui incomberont les frais de cette administration supérieure.

Quant à l'action extérieure, dont la principale, presque l'unique raison d'être, sera d'empêcher la capture d'esclaves, c'est l'État seul qui doit s'en charger. C'est en effet la répression des guerres de capture, devant amener très rapidement la suppression de la traite à Fin-

3i5ê DAHOMB, m&IMf lOUAREG

Urieur, qm légitime à elle seuleFioterventioii d' mie puissance civilisée. Le dérelc^pemcnt économique du pays justifie rinstallation des pariiculieF&, la suppression des chaisaes à Tesclaye jnistifiera Fétablissemeat des pour Toips métropolitains.

Le commissaire dn gouvernement dépositaire de ces pouvoirs, disposant d^une force coloniale même assez fedble, sera touJ4>urs en état de faire face au msadat qu'il aura reçu comme protecteur de Thumanité. La circulation sur le Niger moyen est en effet assez facile et assez rapide pour permettre de porter rapidement d'un point à l'autre de so«i immense parcours telle force qu'oo jugera nécessaire en une région déterminée, pour réprimet tme guerre à captifs. Limité à ce rôle, un bataillon €Pinfanterie organisé en un point central, comme réaer>^e toujours disponible, suffirait en portant rapide*ment une ou deux compagnies sur les points menacés ptiHir rendre à jamais impossibles les dévastations el les boucheries humaines dont j'ai été le témoin.

Les peuples qui se partagent la vallée du Niger diepuis Rabba jusqu'à GÔgo sont d'ailleurs assez, divers d'origine et assez divisés de tendances ou d'intérêt powir qu'on n'ait jamais à redouter de révolte d'ensemble^ et po«r qui'on soit certain de trouver chez les wns les éléments de recrutement cte'ta force coloniale nécessaii^e pour tenir les autres en respect.

Sur quels territoires devrait porter cette organisatioit? Les sphères d'influence française, anglaise et alleniandfe — dans le bassin du bas et du moyen Niger — soM en ce moment indécises ou remises en question. Une commission internationale s'est réunie à cet effet, m'a fait l'honneur de m'appeler devant elle, j'y ai fait valoir nos droits que je considère comme supérieurs et déBni^ tifs, nos compétiteurs en ont opposé d'autres qia'ilspr6tendent antérieurs et imprescriptibles. Jiene me crois pat

autckrisé à jeter dans le public cette dtscussîoû, oà rnxBL risque toujours d'avancer des argiuneats trop désagîréables à ses adversaires, mais il est permis de dire ce ^pw je considère comme désirable, avanta^geux pour lioiis salis être dommageal^ po<ur autrui.

Il est certain que dans cette discussian nos voisins sont au fond tout disposés à faire bon marché 4e la cabane en terre où gîte Byron-Macaulay. J'ai dit qu'e^ dehors de ce nègre, ils ne potssédaient ni intérêts ni r^résentant, blanc ou iioir, au-dessus de Géba. D'ailleurs le moyen Niger ne conduit à rien d'anglais, de dévolu aux Anglais^ ni d'avantageux pour^s Anglais ; il n'est en aucune façon en territoire anglais et on peut tenir leurs prétentions au-dessus d'igga pour de pures feintes de stratégie diplomatique.

Nous avons, au contraire, rintérét le plus puissant à nous réserver par le bas et le moyen Niger l'accès à nos immenses possessions soudaniennes dont le moindre défaut est d'être inabordables.

Pour que cette voie soit utilisable pour nous, il laut que nous disposions du fleuve avant le point où les rapides apportent un obstacle au moins momentané à la navigation des grosses embarcations de rivière. U y aura longtemps au-dessousdeBoussa — plus exactement au-dessous de Yétédé — un transbordement soit sur des navires plus légers, soit sur des véhicules destinés à cheminer par terre au-dessous de Boussa.

Si la puissance qui possède le fleuve au-dessus des rapides ne possède pas au-dessous un tronçon lui permettant de faire ce transbordement chez elle, il lui faudra renoïK^er pour jamais à s'en servir et les stipulations de l'acte de Berlin destinées à assurer la liberté de navigation du Niger fourniront un nouvel obstacle k l'exercice de cette navigation.

Voici comment : le passage de Boussa peut être« comme tous les passages difflciles, amélioré d'une fsuçoa

notable, soit en faisant sauter quelques rochers, soit en construisant des. écluses, soit en aménageant un chemin de halage, soit en construisant une voie ferrée latérale.

Or, d'après l'acte de navigation de Berlin (1885), tous les aménagements, voies latérales, écluses, chemins de halage, etc., établis sur le fleuve, sont à la disposition de tous les riverains tant en amont qu'en aval, sans qu'aucun tarif différentiel puisse être établi pour l'usage de ces améliorations.

Dans ces conditions, quel intérêt pourrait trouver l'Angleterre à améliorer le passage, du moment qu'il ne conduit que chez nous et ne sera jamais qu'à notre usage?

Ainsi, si on la laisse occuper les rives jusqu'au pied des rapides, nos bateaux viendront dans un cul-de-sac où ils ne pourront trouver un port de transbordement, et s'ils obtiennent par faveur grande une tolérance de déchargement, il faudra renoncer à voir jamais leur cargaison continuer la remonte par des moyens moins primitifs et sur des eaux moins dangereuses qu'aujourd'hui.

Nous avons donc un intérêt majeur à descendre notre zone d'occupation au-dessous des rapides, et l'Angleterre n'a aucun intérêt à nous en empêcher.

Mais si l'Angleterre n'a aucun intérêt à nous chicaner sur une question vitale pour notre empire soudanais et insignifiante pour ses propres domaines coloniaux, il n'en est pas de même de la Compagnie chartered à qui elle a, momentanément du moins, délégué ses droits sur le bas Niger. Il n'est pas de bon commerçant qui ne serait heureux de voir naître au travers des établissements qu'il possède un important trafic transitaire, mais de même que pour des motifs inconnus, sinon inavouables, la Chartered entretient à grands frais des troupes sur le Niger, de même, pour des motifs encore moins avouables, la Compagnie ne tolère non seulement aucun

concurrent, mais aucun témoin dans les eaux qui traversent son territoire. Tous ses soins ont eu pour but, et jusqu'ici pour résultat, d'écarter, au mépris des stipulations les plus soîennelles de l'acte de Berlin, quiconque pourrait, en usant de la liberté de navigation proclamée par cet acte, se rendre compte et rendre compte au public européen de ses pratiques politiques, administratives et commerciales.

Ainsi plus de 1000 kilomètres navigables d*un des plus grands fleuves du monde, proclamés ouverts à la navigation de tous les pavillons, sont depuis onze ans, non pas seulement semés d'obstacles douaniers ou commerciaux, mais pratiquement interdits à qui que ce soit, Anglais ou étranger, qui n'est pas de la Compagnie. '

Il est inadmissible que pour prolonger une situation dont le seul intérêt est de prononcer le huis clos sur les opérations de la Compagnie, les diplomates de la Grande-Bretagne cherchent à contrecarrer les efforts de nos représentants; il n'est pas davantage admissible que nous le tolérions.

Étant donné que nous pouvons espérer voir consacrer nos droits sur le Niger jusqu'au-dessous des rapides de Boussa, c'est-à-dire jusqu'aux environs du 0«» degré, quelle est la ligne de communication que nous devons rechercher entre notre position sur le fleuve, supposée maintenue h Arenberg, et notre colonie du Dahomé ?

Cette ligne de communication est toute tracée par ritinéraire du commerce qui, partant de Porto-Novo, se dirige par Kétou, Tchaki, Kitchi, sur Badjibo. On a là une ligne d'étapes jalonnées par des bourgs populeux, pleins de gens paisibles, industrieux et dévoués à notre cause.

Il est vrai que cette ligne traverse entre Kétou et Tchaki le méridien d'Adjarra pris comme limite provisoire d'influence entre Imagos et Dahomé; mais elle

OAHOMÉ, NIOEn, TOUAREG. 21

36S DAIIOMÉ, NIGER, TOUxVnCG

nltrutit ru[»idement le 9° degré, autre limite provisoire, au-dessus duquel Kitchi ne peut nous ôtre refusé.

Cfiniiiie on ne peut se contenter d'une frontière tracée par un méridien dont Tincertitude atteint et dépasse souvenÉ GO kilomètres; comme un méridien, fût-il très exactement déterminé, tranche des zones de pays qui, géo graphiquement, politiquement et ethnographiquemf^nt, ijc peuvent être divisées, on doit rechercher une Riilre limite.

On connaît notre répugnance à l'égard des limites formées par des cours d'eau. Les limites de partage des eaux des bassins sont autrement sérieuses et efiicaces, ot à ce titre la limite orientale du bassin de rOinBnié et de ses affluents aurait pu être recherchée, mais ri fte ligne de crête est assez indécise et la vérilablc dtmarcation entre les deux colonies est formée par la ligne de crête qui borde du côté oriental l'itinéraire Kétou,Tchaki, Kitchi, en se tenant à environ 25 kilomètrt^s <iù la ligne des villages.

C'est là ce que nous devons demander et ce que nous poiivi>]j!s obtenir.

Nous îiurons par là la ligne de communication la plus diref;li\ la plus peuplée, la plus facile à suivre, la plus naturelle en un mot, et entièrement française, entre notre colonie du Dahomé et le Niger moyen.

Nous aboutirons ainsi au point où nos bateaux pourront eux mêmes faire enfin escale en rivage français, et de là une ligne continue d'établissements français arrosés et desservis par le fleuve, échelonnés en ceinture autour (!e notre énorme et trop continentale possession de la Imucle du Niger, formeront l'ensemble le mieux pourvu i\e tous les cléments de prospérité que nous ayons dans tout notre empire colonial africain.

Dans cette zone féconde et déjà bien peuplée, nous aurons rhonorable devoir d'amener et d'assurer la paix, uûua aurons l'incontestable profit d'y attirer en retour

une population peut-être décuple de celle qui y végète, qui nous devra l'ordre, la liberté et même la vie, et nous apportera, en échange, du travail, des consommateurs et des produits, c'est-à-dire tout ce qui fait une colonie grande, avantageuse et prospère.

Page 1