XXIV INTRODUCTION
par ma femme, il lui contait les multiples agréments d'une expédition en Indo-Chine\ Détrompé par elle, et apprenant que nous allions dans l'Afrique tropicale, il répondait immédiatement que peu lui importait le pays. Du moment qu'il partait, il était heureux. Peu importe en effet. Pour lui, comme pour bien des braves gens qu'on peut encore trouver dans l'armée, l'essentiel est d'agir, de mettre à l'épreuve la vigueur de sa jeunesse, la confiance dans ses vingt-cinq ans, et aussi le cœur solide qui se dévoue tout entier et sans arrière-pensée, au chef, et par lui — souvent pour lui — aux intérêts supérieurs du pays.
Pour Sédira, le Sud de l'Algérie, c'est le pays de la soif et des Touareg, et d'autant plus sec et d'autant plus Touareg qu'on va plus au sud. Il ne sera détrompé que par l'expérience des marécages et des forêts de la zone torride.
Aussi ne faut-il pas s'étonner si, dans l'état d'imprécision qui était celui de nos connaissances sur le théâtre de notre mission, sur les moyens dont nous allions avoir à disposer, nous passions notre temps à nous instruire, soit par des conversations, soit par des lectures, plutôt qu'à regarder l'horizon.
Pourtant, à l'approche du détroit qui va nous ouvrir la porte de l'Atlantique, un paysage force l'attention : c'est Gibraltar.
Gibraltar a cessé d'être un nom propre ; on dit : un petit gibraltar, le gibraltar de telle mer, comme on dit les thermopyles d'une contrée. C'est un mot tellement consacré qu'il éveille à l'instant l'idée d'un
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détroit commandé par une forteresse imprenable. Aussi, quand il passe devant ce prototype du genre, devant l'aïeul de celte famille de forteresses maritimes, un militaire ne peut s abstenir de le saluer du regard et d une heure de réflexion.
En examinant un croquis du détroit, on aura une idée assez exacte de celle que le coup d'oeil donne au vovageur. et un peu d'attention permettra de faire la part qui revient à la légende dans la réputation de Gibraltar.
La première idée qui vienne au profane, c'est que, si Gibraltar était au commencement du siècle la clef de la Méditerranée, les canons qui arment ses remparts doivent, aujourd'hui que la portée de l'artillerie a au^^menté, commander encore bien mieux le passage entre les deux colonnes d'Hercule.
Ce serait vrai, si le rôle de cette artillerie était de barrer le passage en le tenant sous son feu ; mais il n'en est pas, il n'en peut être ainsi. Il y a 22 kilomètres entre Gibraltar et la terre du Maroc et l'on n*a pas encore trouvé de canon qui empêche un navire de passer à 22 kilomètres de son embrasure. Si les canons étaient autrefois redoutables, ce n'était point du tout parce qu ils commandaient tout le détroit; mais parce qu'ils dominaient la seule pas*-» fréquentée par les navires à voiles. L'eau est loin d'êVre calme, en effet, dans le détroit. D'un côté l'Océan, mer immense à marées puissantes, imposante par la seule respiralion de ses flots, de l'autre un lac bleu, terrible à ses heures, mais inerte après ses courtes colères. Il