‹ Dahomé, Niger, TouaregChapitre 46 sur 66 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Descente du Mg-er. — De Farca à Kîrotachin Deuxième attaque des Touareg".

Les Touareg de Boubakar disparaissent. — Influence française au-dessus de Zinder. — Arrivée à Tibi-Farca. — Relations du pays avec Tombouctou. — Les basses eaux favorisent l'étude du fleuve. — Grande rapidité de la marche. — Échouages, sinuosités. — Forcement des passes défendues par Boubakar. — Boubakar rassemble tout son personnel. — La mission se prépare à forcer le passage. — Arrivée à Zinder, état des lieux et dispositions de l'ennemi. — Combat pied à pied. — Conduite du personnel. — Descente du fleuve en aval de Zinder. — Rapides insoupçonnés. — Conduite des Touareg. — Difficultés inattendues. — Prévisions pénibles, état moral du personnel. — Nos prisonniers. — Prestige de la mission à son retour.

Kirotachi, 17 juin 1895.

« Monsieur le Ministre,

« Ainsi que j'avais l'honneur de vous en rendre compte le 6 courant, j'ai cru nécessaire de remonter au delà de Zinder, pour manifester que ma rencontre avec Boubakar n'avait pu m'arrèter.

« Dès la soirée du premier jour de remontée, les cavaliers touareg, qui, du haut des dunes bordant la vallée, nous accompagnaient en nous épiant, avaient

rebroussé chemin. Nous pûmes donc continuer notre route en amont sans en retrouver davantage.

€ Déjù les Sonnerayes et les Foulbés de Zindcr m'avaient parlé des Français de Tombouclou. Ils connaissent leurs luttes avec les Touareg qu'eux-mêmes détestent, tout en les supportant. Ils me demandaient à faire comme les gens de Gogo et environs, qui sont venus Tannée dernière, faire leur soumission au colonel Joffre. Ne voulant pas moi-même aller à Tombouctou, incertain si les nouveaux protégés que j'y amènerais seraient bienvenus auprès des autorités du Soudan français, déjà plus encombrées de sujets que de crédits, je ne pouvais accueillir leur demande.

« Toutefois, je prenais acte avec plaisir de ces dispositions francophiles et j'augurais avec joie de rencontrer un état d'esprit analogue, sinon meilleur, chez les populations que j'avais au-dessus de moi.

« C'est ce qui se produisit en effet. Le 12, en particulier, les habitants de Tibi-Farca me firent un accueil excellent, me parlant du colonel comme de leur père, et me le dépeignant de telle façon que je ne pouvais douter qu'ils l'eussent vu. Ils me proposaient de m'acconipagncr auprès de lui.

€ Parvenu en ce point où notre influence se faisait si visiblement sentir, je n'avais d'autre intérêt à aller à Tombouctou que la vaine satisfaction d'ajouter 200 kil. aux 4500 que j'aurai parcourus m rentrant *.

l. Il me faut pour laisser subsister ces lignes la ferme volonté où je suis de livrer au lecteur le texte même de cette correspondance, avec les illusions et les erreurs du moment où elles furent écrites. Il suffît en effet de jeter les yeux sur la carie jointe à ce volume pour se rendre compte que j'avais plus de •JOO kilomètres à remonter pour atteindre un poste français, mais je ne pouvais alors comprendre — et je ne m •'X|)li<|ue pas encore — pourquoi la flottille du Niger ne circulait pas sur tout le bief de plain-pied qui s'étend de Toulimandio à Ansongo, l'ignorais en outre que le chef de Gogo eût une influence aussi

« En revanche, l'eau était déjà très basse, je me trouvais juste en mesure d'effectuer mon voyage de descente pendant les six semaines de basses eaux annuelles où se présentait l'occasion unique devoir sortir de l'eau et de relever tous les récifs dangereux aux eaux moyennes. Grâce aux provisions si facilement achetées à Zinder *, j'allais pouvoir faire en un seul mois un travail plus utile que onze mois d'hydrographie à une autre époque de l'année ^ Seulement, il fallait encore que l'eau me permît de naviguer. Je ne pouvais y compter qu'à condition de nager jour et nuit pour devancer le courawt, et, par suite, la décrue des eaux : c'est ce que j'ai fait.

« C'est aussi ce qui explique que j'aie pu vous écrire de Kirotachi, aujourd'hui 17, après être parti de Tibi- Farca le 12. J'estime en effet que nous avons fait pendant ces cinq jours une moyenne de 65 à 70 kilomètres par vingt-quatre heures.

« Durant ce trajet, nous nous sommes maintes fois échoués, et nous aurions fait certainement le double de chemin si nous étions partis sept jours plus tôt, comme je l'aurais fait en rebroussant chemin à Zinder, si je

lointaine et, recevant hommage de ses gens, je me croyais bien plus proche de lui. Les gens de Zinder me parlaient de Dori (à gauche et en arrière de moi) comme d'un point où je pouvais diriger ma correspondance : je me sentais donc en plein milieu français. Enfin je ne pouvais corriger mon point astronomique avant d'avoir retrouvé, dans un milieu civilisé, la véritable date de mes observations. (Voir la note de la page 278.)

Page 1