‹ Dahomé, Niger, TouaregChapitre 54 sur 66 · Observation de M. le lieutenant de vaisseau Jaime · texte numérisé non relu

Observation de M. le lieutenant de vaisseau Jaime

ment de la grosse batellerie, car c'est justement pendant CCS deux mois qu'avec des bateaux calant 50 centimètres, j'ai navigué sur tout le Niger de Tibi-Farca à la mer.

Revenant à l'évolution de la seconde crue , je crois utile de dire quelques mots sur la cause de cette lenteur du mouvement ascensionnel des eaux, dont l'éloignement n'est pas la seule raison.

Les lacs de Debo, de Faguibine et autres que M. le colonel Joffre m'avait signalés avant mon départ comme capables d'absorber dans le bief de Tombouctou une très forte partie de l'inondation du Niger, jouent en eflet le rôle de réservoirs.

La porte d'écoulement de ces réservoirs, formée par l'étranglement de Tosaye, achève de modérer les variations du niveau.

Il est certain par exemple que si une quantité d'eau était capable d'élever de 10 mètres le niveau du fleuve dans un lit de 2 kilomètres, elle ne l'élèvera que de 50 centimètres au-dessus d'un lit épanoui sur 40 kilomètres de large. Si à cet épanouissement succède un étranglement de 1 kilomètre, conduisant ii un lit moyen de 2 kilomètres, cette crue qui n'aura atteint que 50 centimètres dans l'étranglement, donnera seulement en s'épanouissant dans le lit moyen un exhaussement de 25 centimètres ^

C'est ce qui explique comment de la succession de l'étranglement de Tosaye aux épanouissements des grands lacs de Tombouctou résulte pour le régime hydrologique de l'aval une si grande régularité.

Cela explique également que cette régularité n'est nullement due aux profils du fleuve en aval de Tosaye,

1. Toutes choses égales d'ailleurs. La profondeur ot la vitesse, qui influencent également le débit, modifient les chiffres de cet conclusions, sans toutefois en changer le sens.

et une autre preuve en est donnée par le caractère de soudaineté et de violence de la crue produite par les eaux tombant directement dans le bassin d'aval.

Enfin on ne saurait trop insister sur les heureux effets que cette régularisation des eaux produit au point de vue agricole sur toute la région qui s,'étend de Saye à Kindadgi (trois journées nord de Zinder) au moins.

Tout le long de cette belle et large vallée, le laboureur sait que -tel point sera inondé et qu'il le sera de telle à telle époque, il peut donc en toute sécurité, et le plus souvent par simple tradition, approprier sa culture à ces conditions d'arrosage, et voit succéder sans mécompte les récoltes aux récoltes. Il serait trop heureux, si l'homme ne venait contrecarrer les vues de la nature, et si son existence n'était empoisonnée par la crainte perpétuelle des Touareg.

Utilisation possible du Nig^er moyen :

1° comme voie de communication;

2*" comme rég'ion à coloniser.

Rendement consi<lérable des transports par eau, même avec la batellerie actuelle. — Morte-saison de la batellerie réduite à deux mois par an. — Rapidité des évacuations par eau. — Économie, — Importance du fort d'Arenbcrg. — Peu de varit'té des éléments d'échange dans la vallée du Niger. — Absence de richesses minières. — Difficulté des entreprises coloniales : 1° pour les isolés; 2° pour des associés; 3" pour des sociétés anonymes. — Nécessité du recours aux compafjnies brovetées. — ' Inutilité et danger de leur conférer des droits rt-tra liens. — Conduite louche des Chartered anglaises. — Les Anglais n'ont aucun intérêt à nous disputer le Niger moyen. — Seule la Compagnie y a un intérêt inavouable.

Intérêt pour la France d'acquérir la ligne Ketou-Tchaki- Kitchi-Arenberg.

En ce qui concerne les relations de nos possessions soudanaises avec la mer, il est presque inutile d'insister sur rimportance de la voie de communication otTerte par le moyen et le bas Niger.

Nous avons des agents h Dori, à hauteur de Zinder. Pour revenir à la côte par la voie du Sénécral, ces agents ne peuvent le faire à moins de quatre mois. — En voyageant avec toutes les facilités possibles, telles qu'on peut les offrir à un gouverneur, à un commandant supérieur.

il faut trois mois pour revenir de Tombouctou à Saint- Louis.

Or dans ma descente de Tibi-Farca à la mer, juste au milieu de la période de chômage que j'ai signalée, retardé par quatorze naufrages, par la perte de douze embarcations, je n'ai mis que vingt-sept jours de navigation.

Il n'est nullement téméraire de penser qu'avec une hauteur d'eau moyenne, un courant soutenu, tel que celui que j'aurais trouvé à Tibi-Farca le 15 février par exemple, j'aurais pu descendre en quinze jours. Cette rapidité, c'est le salut pour les malades et les blessés qu'on peut évacuer.

Triais ce n'est pas seulement par la vitesse du déplacement, c'est par son rendement, ses commodités, son faible prix de revient que se recommande cette voie de communication.

Six Baribas dans trois barques grossières me transportaient deux cents charges, tenant ainsi lieu de deux cents porteurs, sans qu'il y eût ni escorte à fournir, ni encadrement à organiser, ni ravitaillement à prévoir, ni avaries résultant des manutentions de charges qu'on jette par terre et qu'on recharge dix fois par jour, sans nécessité de fractionner le chargement en paquets de 25 kilogrammes.

Voilà pour la montée.

Quant à la descente — pendant les six semaines où l'eau tombe en cascades, c'ect évidemment un sport hydrographique assez dangereux; tout le reste de l'année, c'est une pure partie de plaisir si on la compare au pèlerinage de haute mortification qui attend un blanc suivi d'un demi-millier de porteurs.

Tous ces avantages sont interdits à qui ne possède pas au moins un point de relâche au-dessous des rapides de Boussa, et c'est pourquoi le gouvernement avait prescrit d'y fonder un poste, c'est pourquoi ie l'y ai si fortement constitué.

Reste à examiner l'usage qui peut <*tre fait de la vallée du Niger moyen comme région à coloniser.

Il est certain qu'une colonie qui comprendrait la vallé« du Niger profiterait en toute première ligne des facilités d'accès et de transport qu'on vient de signaler.

Présenterait-elle un intérêt sérieux à la colonisation? C'est là une très grave question qu'on doit résoudre par l'aflirmative, mais avec les réserves découlant de ce qui va suivre.

Si on y trouve des richesses minières, il n'y a pas à hésiter; mais je suis quant à moi tout à fait incapable d'en signaler : à part une carrière d'agate à Kirotachi, je n'ai rien vu qui puisse me permettre d'affirmer l'existence d'un minéral précieux. Je ne sais pas encore ce que donneront à l'analyse les échantillons que j'ai rapportés.

Je n'ai même pas pu constater, bien que je l'ai recherchée avec ardeur, la présence de la pierre à chaux.

En matière de richesses végétales croissant naturellement, on n'y exploite guère, pour le moment, que le carité, ou arbre à beurre, le palmier à huile (rare) et les pâturages formés par le célèbre bourgou, sorte de gigantesque chiendent sucré dont les animaux sont très friands.

En fait de produits de culture, on y trouve les quatre céréales (blé, maïs, mil et riz), ainsi que le coton et le chanvre, en grande quantité et ù vil prix. Enfin pour semer et récolter ces productions de la surface, pour exploiter les végétations vierges, ou pour fouiller le soussol, si on découvre intérêt à le faire, il existe plusieurs noyaux de population dense, laborieuse et sulTisamnicnt organisée. On a déjà dit que cette présence de l'homme était la condition nécessaire de la réussite de toute entreprise coloniale en pays tropicaux.

Il n'est pas douteux qu'un pays où on trouve en abondance tout ce qui peut servir à donner à l'homme

nourriture et vêtement, où vit une population suffisante pour récolter, extraire ou transformer ces produits, soit un pays utilisable.

Faut-il en conclure qu'on puisse dire aux individus : «Allez-y, vous ferez fortune », et à l'État: < Emparezvous-en pour protéger l'afflux de vos nationaux »?

Non!

Supposons un individu jeune, riche, vigoureux et intelligent. C'est une idée fausse de vieillard blasé — ceux de tous les humains qui en ont le plus — que de croire qu'il n'existe pas en France de jeunes gens riches, vigoureux et intelligents, désireux de s'expatrier pour acquérir dans une colonie l'espace, l'indépendance, les chances de réussite que limitent d'une façon trop rigide les cadres étroits de l'ordre social métropolitain. Il existe de telsjeunes gens, et beaucoup. Beaucoup à mon retour sont venus me trouver, me demandant s'ils devaient aller dans les pays d'où je viens. J'ai dû répondre en leur montrant les difficultés qui les y attendent, et qui dépassent de beaucoup celles qu'un homme isolé peut affronter.

Voici ces difficultés. D'abord la mortalité qui frappe les hommes ordinaires à raison de 33 pour 100 la première année, 50 pour 100 en deux ans, 60 pour 100 en trois ans.

La mort d'un isolé entraîne la ruine complète de son entreprise. D'abord ses frais de voyage, d'installation, d'apprentissage de la vie comptent pour zéro dans l'actif de sa succession. Personne n'ayant charge ou ne pouvant avoir souci dans un pays inorganisé de prendre la suite des affaires engagées, le principal intéressé a donc une chance sur trois de trouver dans son entreprise non seulement la mort, mais la ruine. Si cette entreprise nécessite deux, trois ans de séjour, c'est cinquante, soixante chances pour cent.

Eh bien, cette considération arrête fort peu de gens.

Telle est la difficulté que chacun éprouve ou croit éprouver à faire son chemin, que beaucoup sont prêts ou seraient prêts à courir de pareils risques, s'i7s avaient eafioir dans la rcussifc finale.

Un deuxième obstacle à cette réussite tient à ce que tous les colons connaissent sous le nom de « conspiration de rindi<?ène ». Cette conspiration existe partout : elle commence en France, où un Parisien perdu dans la campagne se voit appliquer les procédés réser\'és à « ceux de dehors ». Elle est plus grave en Al2^< rie. où, pour TAraiic, le colon, le roumi, est l'ennemi liturgique; en Tunisie, où avec moins de violence, mais avec un succès plus certain, l'élément levantin Tenlace et Tahurit dans les mailles d'une législation élevée tout entière contre l'étranger; au Tonkin, où chaque article indigène a deux prix : l'un pour les naturels, l'autre, quatre, six, dix fois plus élevé, pour l'Européen; à la côte d'Afrique, où un noir se fait payer pour ne rien faire auprès d'un blanc, vingt fois le revenu annuel du chef de son village.

Sans doute l'homme qui arrivera dans un pays entièrement neuf, comme le moyen Niger, ne trouvera pas organisé contre lui le système de surpaiement dont je viens de parler.

Personne avant lui ne sera venu « gâter les prix ». Mais la conspiration de l'indigène ne se fera pas moins sentir sous une forme différente. Quelle habileté. <pi«*lle énergie, que d'empire sur soi-même seront nécessaires à notre compatriote pour entrer en relations avec des populations naturellement déliantes, et pour cause! — Considéré avec raison comme un être d'essence supérieure, comment va-t-il entrer en contact avec son nouvel entourage? Jusque quel point doit-il risquer de déchoir pour chercher à les mettre en conliîincr.' Surtout qu'en sa qualité de demi-dieu, il évite de manifester qu'il ait besoin de quelqu'un.

Si on s'aperçoit que ce besoin est sérieux, on lui marchandera aide ou assistance, mais on les lui refusera carrément, si ce besoin devient une nécessité urgente.

Il lui faudra donc non seulement apprendre la langue des indigènes, mais connaître le chemin de leur cœur. Il devra rechercher les moyens de les employer à son commerce ou à son industrie, chercher dans quelle branche économique, le minimum d'efforts dont ils sont susceptibles peut lui procurer des éléments commerciables, et quand il aura trouvé cette voie, faire l'éducation de tout un peuple pour lui enseigner le moyen de tirer partie des ressources locales, et d'en tirer parti à son avantage, à lui colon.

Il aura donc à travailler comme étudiant pour s'initier aux langues et aux mœurs; comme observateur, chercheur, inventeur pour créer une industrie même rudimentaire et des courants commerciaux; enfin, comme industriel et comme commerçant pour tirer parti de toute cette préparation.

C'est là une tâche surhumaine pour un seul homme ; il sera mort, ou obligé de s'en revenir mourant, avant d'atteindre la troisième phase de ses efforts, celle de l'exploitation fructueuse, si tant est qu'il ait bien choisi son terrain, ses moyens et le genre d'affaires à traiter.

Et si par extraordinaire, par impossible, il est arrivé h créer une exploitation prospère, il verra venir presque aussitôt un imitateur qui, renseigné par son exemple, n'ayant pas à tâtonner comme lui, profitera de l'éducation industrielle et commerciale si péniblement donnée aux naturels, et jetant dans la lutte commerciale des réserves toutes fraîches en matériel, argent et santé, viendra le battre sur son propre terrain.

Conséquence : n'essayez de rien faire tout seul. Vœ soli! Vous aurez déjà beaucoup moins de chances contre vous si vous avez un associé. Il pourra vous suppléer quand vous serez malade, vous représenter en

France pour les achats ou pour les ventes pendant que vous resterez sur place. Enfin ù deux vous aurez plus de ressources contre Tennui, plus de ressources en argent aussi, et peut-être verrez- vous arriver la période rému nératrice avant d'avoir atteint le fond de votre caisse. Les associations à deux réussissent le plus souvent dans les pays qui ne sont pas trop meurtriers, comme la Tunisie, mais le succès ne peut guère être garanti par une aussi faible coopération dans les pays à cliniat pernicieux comme l'Afrique tropicale.

Il faut atteindre la société en commandite à plusieurs tètes ou la société anonyme pour obtenir la surface tlo résistance et la longévité nécessaires pour entreprendre la colonisation d'exploitation dans les pays neufs.

Encore, et si puissante que soit la force colonisatrice qui fournira le premier elTort, elle n'échappera pas à la loi de la concurrence faite par les tard-venus. Ceux-ci auront pour eux tous les avantages, sauf la dilTérence de valeur qui existe toujours entre l'expérience des autres et la sienne propre.

De sorte que si par une suite d'efforts d'assimilation, d'investigation, d'muenfion, par des sacrifices d'hommes, de santé ou d'argent, vous êtes arrivé à créer une exploitation commerciale donnant par exemple annuellement 25 pour 100 du capital engagé, ceux qui viendront engager le même capital après votre période de gestation, sans apporter ni les mêmes efforts, ni les mêmes risques, ni le même mérite, en un mot, pourront en obtenir 40 pour 100, puisqu'ils n'auront rien dépensé inutilement, et non seulement ils pourront prendre une part imméritée dans vos bénéfices, mais, à force égale, ils pourront, en baissant leurs prix, vous évincer totalement.

Il semble que ce soit là pure phrase de philosophie commerciale et industrielle, on peut croire que de tout temps il en a été de même, et cependant plusieurs de

ceux qui ont tenté fortune en pays neufs y ont réussi, y ont même édifié de colossales fortunes. Non, ce n'est pas de la philosophie, c'est de l'histoire contemporaine, c'est peut-être malheureusement l'histoire de demain pour les trop audacieux.

Sans doute les Swansea, les Régis et bien d'autres ont réussi en pays neufs! mais au temps où ils opéraient, ni la vapeur, ni le télégraphe, ni le service des renseignements commerciaux n'avaient atteint le développement qu'ils ont aujourd'hui.

Une maison qui prospérait sur la côte d'Afrique ne voyait pas comme aujourd'hui ses procédés étudiés et dévoilés par un touriste qui peut être, en six semaines, parti puis revenu, ni ses chargements, inventoriés par les statistiques des douanes, publiés et répandus aux quatre coins du monde par la presse maritime et commerciale, ni ses prix dévoilés par des mercuriales.

Après la période des déboires, des recherches, des dépenses infructueuses, quand arrivait la période de rendement, l'éloignement, la lenteur des communications, l'obscurité dQS renseignements recueillis, fournissaient à l'heureux colon un répit de dix, quinze, vingt ans pour jouir en paix du résultat de son opération. Ces conditions particulières de son établissement lui permettaient ainsi l'exploitation du véritable brevet d'inoenon coloniale qui devrait être acquis à quiconque fait acte de fondateur dans un pays neuf.

C'est un inventeur dans tous les sens du mot. Il lui a fallu la recherche avant la découverte, le flair ou le génie suivant l'importance de la chose découverte; il lui a fallu les longs efforts et les sacrifices d'argent qui sont le lot de l'inventeur, même du plus heureux.

Plus qu'aucun inventeur il a affronté les risques de mort, et en tout cas sacrifié délibérément sa santé.

Aussi, après avoir vu les individus isolés échouer,

les associés échouer, les sociétés en commandite et les sociétés anonymes échouer, on a dû recourir, après l'ère des découvertes qui s'est ouverte depuis 1875, comme après celles de T Amérique et des Indes, à la création de sociétés plus fortes que toutes les autres, les sociétés privilégiées; oii est arrivé aux compagnies A charte, aux compagnies souveraines, à droits régaliens. Du coup on est allé trop loin.

Quand Stephenson a eu construit sa locomotive, on lui* a donné un brevet et non un royaume; quand une compagnie de chemin de fer construit une ligne, on lui garantit qu'aucune autre ne sera autorisée à construire la même ligne à côté, mais on ne lui donne pas droit de haute et basse justice sur les cantons quelle traverse, ni même sur les voyageurs quelle

transporte.

Qu'un prospecteur revenu d'une forêt tropicale examine avec anxiété les substances qu'il a recueillies, qu'il recherche à grand'peine les moyens d'en retirer du caoutchouc, de la gutta-percha, de l'huile, des textiles, des minéraux, de faire jaillir du néant quelque rhose qui, sans lui, restait inconnu ou improductif, ce nest point U\ une raison pour lui donner, suivant la formule de Colbert, « le droit de faire la paix, de déclarer la guerre, « battre monnaie, fondre boulets et canons », mais c'est pure justice de lui dire : Vos recherches ont porté sur tel pays où vous dites avoir inventé un commerce ou une industrie; vous avez les ressources nécessaires pour en exploiter telle surface : je vous donne permission d'essayer et vous garantis que pendant tant d'années personne ne viendra vous y faire concurrence. Voilà votre brevet d'invention coloniale.

C'est pure justice, et c'est aussi l'intérêt «jénéral, car qui donc oserait faire les dépenses néces>itées par l'ouverture d'une mine, par exemple, d'une exploitation commerciale quelconque, avec cette seule alternative,

OU de se ruiner si ses essais sont infructueux, ou, si son entreprise prospère, d'avoir travaillé pour enrichir autrui, c'est-à-dire, encore, pour se ruiner.

Quant aux droits régaliens, un bon commerçant, un bon industriel, un bon colon n'en a que faire. Qu'il puisse faire chez lui une police restreinte comme celle du garde particulier dans un domaine ou des agents dechemin de fer sur leur réseau, c'est tout ce qu'il peut et doit désirer.

Sans vouloir faire ici le procès de personne, il faut reconnaître que les droits régaliens comportant des magistrats et des corps de troupe pour les faire respecter sont tellement onéreux que la concession de pareils droits cache toujours quelque secrète pensée, quelque projet inavoué, soit de la part de ceux qui les concèdent, soit de la part de ceux qui en acceptent l'aléatoire bénéfice.

On a dit par exemple que toutes les Chartered africaines créées par la Grande-Bretagne avaient pour but de former rideau * et de permettre sous le couvert de ces Compagnies des invasions commerciales de territoires, disponibles ou non, sans engager ni dépenses ni responsabilité pour le gouvernement de la Reine. En tout cas, si les chartes n'ont pas été concédées dans cette intention, le but n'en a pas moins été atteint, et supérieurement, et l'intérêt de l'État britannique a été bien servi par ce moyen détourné. Quant à l'intérêt que peuvent trouver les Compagnies à entretenir des troupes, on ne peut guère critiquer que je l'aie qualifié de peu avouable, si l'on songe au dernier et criminel usage qu'a fait de sa force armée la Chartered de l'Afrique du Sud.

De tels exemples ne sont pas faits pour nous séduire, et c'est par des concessions très limitées en dehors des droits industriels et commerciaux, que nous désirerions

Page 1