‹ Dahomé, Niger, TouaregChapitre 53 sur 66 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Descente du Niger. — D'Arenberg" à la mer. Résumé de l'hydrographie du Niger.

Nos bons amis de Géba, de Rabba, d'Igga. — MM. Nikolson, Watts, Lister et Wallace. — Les officiers anglais à Lokodja. — Le vapeur la Française. — A bord du Borna. — Sir Claude Macdonald et les tempérants anglais. — Le gouverneur de Lagos. — Profil en travers du Niger. — Profil en long. — Régime hydrologique du Niger. — Il a deux crues au lieu d'une. — La deuxième alimente très longtemps son débit navigable. — Erreur d'estimation commise à mon départ. — Réservoirs et barrage. — Sécurité des cultures.

J'étais arrivé à Arenberg épuisé, l'absence de quinine et de laudanum m'ayant causé des séries de crises dont chacune m'affaiblissait d'autant.

Mais l'air pur que je respirai sur la colline, dans un logis aéré, confortable et propre, les médicaments que je retrouvai dans la réserve de pharmacie du poste, tout contribua à améliorer mon état et, lorsque le 14 juillet, deux jours après mon arrivée, je me rembarquai pour continuer à descendre, j'étais déjà beaucoup plus dispos.

J'avais devant moi une navigation facile sur un fleuve profond et sans chutes, dans une embarcation spacieuse où je n'avais plus l'encombrement du matériel nécessaire pour une expédition à longue portée, où seuls douze rameurs, mon boy et quelques provisions de bouche

constituaient tout le chargement. Je pouvais compter en quinze jours atteindre Cotonou, ou un paquebot, c'està-dire la France.

Dans ces conditions c'était presque une partie de plaisir : par le beau temps et dans une embarcation plus confortable, on y eût invité des dames. Mallioureusement la saison des pluies est toujours priiiblo, et il était nécessaire d'être sans cesse aux agu«^ts pour se mettre à l'abri d'une tornade, c'est-à-dire d'une catastrophe.

Le courant était vif sans être gênant, et le panorama superbe, se déroulait devant nous sans fatigue, assez vite pour exciter et soutenir l'intérêt.

Dès le 15 au matin, j'arrivais à Géba. J'y trouvais les dispositions des gens à mon égard bien changées. Les Anglais sont gens pratiques, qui ne s'insurgent pas devant le fait accompli et sont toujours prêts à le reconnaître. Wilhem à ce titre était bien Anglais, car au lieu des tracasseries qu'il avait cru devoir employer lors de ma première visite, il me fit une réception enthousiaste : friandi.scs, boîtes de lait concentré, pain biscuité, tout son magasin fut mis à ma disposition. Il me donna en outre une dinde qui, tout à fait exotique pour la région, était une rareté. Je lui lis m revanche cadeau de plomb de chasse dont il était privé. A Rabba, je passai une heure chez mon ami Thomas, autre noir ([ui tenait un dépôt de marchandises anglaises. Rabba a perdu, comme cité indigène, toute l'importance qu'elle avait autrefois. Ce n'est plus qu'un petit village encore assez bien fortifié, et dans une jolie position sur la rive gauche du fieuve.

Ni Wilhem, ni Thomas, n'avaient vu passer l'embarralion de MM. Targe et de Pas » et je devais rester encore quelque temps sans avoir de leurs nouvelles.

1 Jai '^u V'hi^ tard que ces messieurs étaient passés de nuit à Gella et à Uabba. — Celte ignorance des deux prétendus agenU

La navigation à vapeur n'avait pas encore repris à Rabba le 15 juillet, et bien que le fleuve fût en période de croissance presque continue, nous ne pouvions pas nous engager dans tous les bras indistinctement. Quelques-uns d'entre eux étaient encore presque à sec.

Deux jours après nous dépassâmes le confluent de l'A von ou Cadouna, grosse rivière venant de la région de Bida, qui était déjà arrivée à la période des hautes eaux et versait dans le fleuve des masses énormes de liquide boueux et jaunâtre. Le courant du fleuve en était interrompu et même renversé en certaines places à plus de 2 kilomètres vers l'amont où le reflux de ces eaux impétueuses commençait déjà à se faire sentir

A partir de ce confluent, le Niger a désormais 2 mètres d'eau partout, et nous n'avions plus à faire appel aux connaissances de notre pilote.

La rivière d'Igga, grossie également, vint au bout de peu de temps augmenter encore ce volume d'eau.

C'est à Igga que je trouvai le premier Anglais établi sur le fleuve.

C'était un jeune homme nommé Nikolson qui me reçut courtoisement. Il me donna des nouvelles de MM. Targe et de Pas, qui, surpris par une tornade avant d'avoir pu s'abriter, avaient chaviré et perdu tout ce qu'ils emportaient. Leurs embarcations, leurs armes, leurs collections, tout avait disparu; le naufrage ayant eu lieu alors qu'il ne leur restait plus que quelques Dcètres à faire pour atteindre la rive, ils avaient pu se sauver à la nage.

M. Nikolson m'offrit l'hospitalité, des guides et des moyens de transport. Je n'en avais aucun besoin et le remerciai avec la même cordialité qu'il mettait dans ses offres prévenantes.

Deux jours après nous arrivions à Lokodja.

politiques de la Compagnie prouve assez clairement qu'aucun des riverains du fleuve ne leur rend compte de rien.

On n'attend pas de moi que je fasse du fleuve, dans cette région où M. le commandant Mattéi et ses employés ont autrefois séjourné plusieurs années, où le lieutenant de vaisseau Mizon et M. Maistie ont passé, une description qui serait une redite. Lokodja n'est pas plus à découvrir qu'à admirer.

Du plus loin que je l'aperçus, cette ville, que sa situation au confluent de la Benoué appelle à un avenir considérable, attira mon attention par les toitures d'aspect européen qui émergeaient des paiHotes. Je comptai treize de ces maisons ou hangars.

C'était vraiment là une station européenne, et au sens où ce mot est employé à la côte, une factorerie.

De grands vapeurs peuvent y accoster : les agents blancs y ont des installations confortables.

Je sentis le ridicule que je courais en montrant le pavillon de mon pays sur une barque assurément glorieuse, mais incapable de lutter contre des steamers de 500 tonneaux. Je pouvais encore passer avec mon équipage, comme un révolté, comme un indépendant qui brave tout, mais non plus comme un maître.

Jusqu'ici j'avais été chez moi. A partir de Lokodja j'étais chez d'autres. — Il fallait bien reconnaître, au risque d'être taxé d'aveuglement ou de mauvaise foi, que si la Compagnie n'était pas maîtresse à Lokodja, du moins elle y avait des intérêts respectables, un établissement sérieux et une position supérieure à la notre.

J'allai donc rendre visite à M. Watts qui était l'agent de la Compagnie. Je trouvai près de lui M. Willam Lister, autre employé, et tous deux me reçurent comme je pouvais l'attendre d'hommes bien élevés, sympathiques malgré tout à l'effort que je venais de fournir, capables de quitter le terrain des récriminations ou des compétitions, pour demeurer sur celui de la courtoisie internationale, et de l'expansion réellement civilisatrice et humanitaire de la race blanche en Afrique.

Il ne fut pas question une seule fois, pendant tout mon séjour chez ces messieurs, des deux lettres que M. Watts m'avait écrites et de l'attitude agressive qu'il avait cru devoir prendre.

Le vapeur la Française^ que M. Watts m'avait offert pour descendre à Ouari ou à Forcados, avait besoin d'une réparation urgente. J'attendis pendant que ce travail s'effectuait et eus le loisir de faire connaissance avec les officiers de Lokodja. Ces messieurs étaient installés dans une confortable maison, où j'eus toutes les peines du monde à refuser de m'installer. Trois d'entre eux, dont le capitaine Morgan, étaient à la chasse sur les plateaux qui dominent Lokodja.

Les deux sous-lieutenants, l'un de lanciers, l'autre d'artillerie, qui étaient restés pour garder la maison, m'en firent les honneurs avec une grâce et un tact parfaits et avec un luxe tout anglais.

Ces messieurs avaient des journaux. C'est là que j'appris que M. Casimir-Perier, au nom de qui j'avais conclu tous mes traités, n'était plus rien depuis six mois.

A bord de la Française, je montai seul avec mon équipage et un pilote que me donna M. Watts. M. Wallace, directeur de la Compagnie, était arrivé à Lokodja le matin de mon départ à bord du Nupé. Notre entrevue fut des plus courtoises. Il voulut m'approvisionner luimême, sur ses réserves personnelles, des vivres qui m'allaient être nécessaires pendant nos deux ou trois jours de descente : il se conduisit en galant homme jusqu'au bout, et m'informa que je pourrais atteindre le Borna, en chargement dans le Forcados, avant son départ pour Lagos (c'est-à-dire Porto-Novo). Nous nous séparâmes sans autre souvenir pénible que celui des libations excessives auxquelles mon estomac délabré avait dû se livrer pour faire honneur à tant de fastueuses réceptions.

Sur le Borna, vapeur de la British and African Co que

j'atteignis avant son départ du rio Forcados, je liai connaissance avec sir Claude Macdonald, jeune chef de bataillon écossais • qui exerçait sur la côte les fonctions de résident du protectorat des Rivières d'huile.

Il s'en revenait avec sa femme, mandé par son gouvernement pour être consulté sur la suppression du commerce des spiritueux en Afrique.

Il ne tarissait pas sur l'étrange spectacle donné par les sociétés de tempérance européennes : ces gens (jui vivent au milieu d'alcooliques invétérés et condamnés au delirium tremens, s'évertuent en toute conscience à empêcher de boire à leur fantaisie des populations dont ils ignorent le nom, les mœurs et surtout la résistance à la boisson. Ils mériteraient vraiment que tous les noirs fissent une croisade en Europe pour réprimer l'intempérance des blancs, plaie sociale autrement répandue et dangereuse chez nous que chez eux.

C'est un des points sur lesquels, Anglais ou Français, quiconque a fréquenté les noirs a la m«'mc opinion, et nous nous rencontrions volontiers sur ce terrain.

Lorsque je débanjuai à Lagos, la première parole du gouverneur de cette grande colonie fut pour exprimer le même sentiment. Sir Gilbert Carter avait coutume de dire à l'évèque de Lagos : t Je ne vois qu'un seul moyeu de sauver ces pauvres noirs de l'ivrognerie, c'est de les convertir à la foi musulmane! > Ce n'est pas nous (jui nous permettrions de demander à un ecclésiastique de pousser aussi loin la philanthropie.

Lagos, qui est une ville considérable (60 à 80 000 habitants), à huit heures seulement de Porto-Novo, sur la même lagune, présente une ligne de quais superbes parcourus par des voitures élégantes et très animés par un mouvement commercial intense.

1. Sir Claude vient d'être nommé ministre de la Heine à Pékin (mai 1896).

Malheureusement l'embouchure du fleuve de Lagos s'obstrue tous les jours davantage : la barre y est très dangereuse et pendant tout le mois que je restai à Cotonou, aucune chaloupe à vapeur ne put la franchir^.

Il y a là une situation qui peut faire la fortune du warf de Cotonou, pour peu que les communications par la lagune deviennent plus fréquentes et mieux organisées.

Enfin, le 3 août à six heures du soir, je grimpais joyeusement les fondrières de la place Amiral-Cuverville et faisais ma rentrée à Porto-Novo.

Après quelques jours agréables consacrés, soit chez différents colons, soit autour de la table hospitalière du gouverneur, à la joie d'e retrouver des compatriotes, je partais pour Cotonou et m'embarquais à destination de Marseille.

RÉSUMÉ DE I, 'hydrographie DU NIGER

L'exploration du Niger dans la partie qui conduit du Sahara à la mer n'a pas eu seulement pour but de déterminer les contours du fleuve dans les parties de son cours où il était absolument inconnu, comme de Gomba à Saye, ni de les préciser dans les régions où il avait seulement été soupçonné, comme dans tout le parcours au nord de Rabba, mais d'examiner tous les caractères de navigabilité qu'on peut apprécier au cours d'un voyage, en suivant son thalweg deux fois, d'abord à l'époque des eaux moyennes , puis à celle des plus basses eaux.

Ces caractères de navigabilité dérivent de trois éléments : 1° le profil en travers du fleuve, qui donne la largeur et la profondeur du chenal offert à la batellerie :

1. On me dit que la barre de Lagos ne s'est plus rouverte depuis mon passage (juillet 1896).

de là le navigateur conclut le tirant d'eau maximum des bateaux qu'il peut employer; 2*^ le profil en lont? qui donne l'inclinaison du fond et renseign»' en partie sur les courants, les rapides, les chutes, et la nature de ce fond. Sur cette nature du fond le pilote a besoin d'être renseigné pour savoir s'il est mouvant et par suite incertain i sables) ou immuable, mais offensif \ rocheux), s'il se prête ou non à l'ancrage.

Quand on a affaire à une batellerie rudimentaire qui emploie la perche ou le halage à la cordelle, on doit joindre au profil en long des renseignements sur les rives, qui peuvent être plates, découvertes, praticables, ou accidentées, boisées, marécageuses, inaccessibles par suite des joncs ou impraticables.

Le troisième élément est l'hydrologit-, <: cst-a-dire l'examen des quantités d'eau que reçoit le fleuve. Suivant cette quantité d'eau le niveau baissera ou montera dans la cuvette formée par le profil en travers, le courant se ralentira ou deviendra plus impétueux et modifiera, pour l'ensemble des eaux, la pente résultant pour le filet le plus bas du profil en long, la hatellerie subira, des retards ou même des empêchements. Dans les régions tropicales où s'établissent deux saisons, l'une de sécheresse absolue, l'autre de pluies torrentielles, l'influence hydrologique domine souvent celle des profils en travers ou en long, au point qu'on a pu dire qu'après la saison des pluies tous les cours d'eau sont navigables, et que cette crue passée, aucun d'eux ne l'est plus.

Nous verrons comment et pourquoi le Niger échappe à cette loi désastreuse et générale.

Pi'ofil en travers. — Le fleuve a pu presque partout prendre à l'aise la place nécessaire pour le débit de ses eaux. Nous n'avons relevé que trois étranglements : < » ii\ de Géba, de Ouro et de Goncoubélo. — Un qua- Iri'ijie était déjà connu, c'est celui do Tosaye ou Boroum, au-dessous de Tombouctou

A Géba rétranglement n'est qu'une pittoresque apparence, un bras du fleuve s'engage entre deux colonnes de roches majestueuses : on pourrait craindre que la moindre variation du débit dans le canal étroit où le fleuve ne peut s'étendre, produise des courants d'une extraordinaire impétuosité. Il n'en est rien, un autre bras, beaucoup plus large et sur les rives duquel la rivière peut s'épanouir à son aise, contourne l'île de Géba par la gauche.

A Ouro le fleuve vient frapper contre une colline de granit qui limite l'expansion de sa rive gauche.

A droite il peut se décharger au travers de bancs rocheux qui donnent passage aux eaux au moment des grandes crues. Cet étranglement serait redoutable, même s'il n'y avait pas la pente qui fait de ces 800 mètres le passage le plus rapide et le plus dangereux de tout le Niger.

A Gongoubélo, le fleuve serpente entre des masses rocheuses qui ne lui laissent qu'un canal de 110 mètres de large. Si le niveau s'élève, le Niger ne gagne que peu de largeur en montant; mais il y a dans cette partie du fleuve si peu de pente générale que la vitesse du courant, entièrement due aux apports d'amont, ne peut jamais devenir torrentueuse comme c'est le cas à Ouro.

Enfin à Tosaye le fleuve se trouve également resserré, mais là aussi les pentes d'amont et d'aval sont très faibles, de sorte que la navigation ne peut rencontrer d'ostacle permanent.

En dehors de ces quatre passages, le Niger a généralement un lit dont les berges sont déterminées par le plein du fleuve aux eaux moyennes, novembre-mai, et le plafond se tient environ 10 mètres au-dessous du niveau de ces berges.

La largeur varie entre 300 et 4000 mètres.

Profil en long. — Le profil en long est beaucoup plus accentué que ne me l'avait fait pressentir la compa-

raison entre les altitudes respectives de Tombouctou et de Lokodja. Il est pour moi certain (ju'il y a une plus grande dilTcrence d'altitude que celle qui était admise en 189 P.

La pente est relativement douce et sans ressaut depuis la mer jusqu'à Géba.

Elle s'accentue depuis Géba jusqu'à H kilomètres au-dessus de Yékédé (15 kilomètres nord d'Arenberg).

Un premier ressaut d'environ 3 mètres a lieu à Yékédé. Cette dilTérence de niveau, répartie sur environ 1800 mètres, donne lieu à de petits rapides qui ne présculfiil i>i danger, ni difficulté sérieuse.

Puis la pente reprend sa régularité jusqu'au pied du rapide d'Ouro.

Là se dressent une série de marches d'escalier très rapprochées les unes des autres, au point de former une pente presque continue qui grimpe de 20 mètres environ en un court trajet de 800 mètres.

Le chenal en cet endroit est très profond, les berges assez praticables, et bien qu'il y ait des rochers aigus près des bords et que le rayon de la courbe décrite par le fleuve soit assez court, un navire calant 2. mètres pourrait peut-être sans folie, en s'aidant de la vapeur et des amarres, essayer de le remonter.

Entre les ressauts de Ouro, de Patachi et de Garafiri, le neuve court dans des l»iefs assez réguliers, avec une vitesse comparable à celle du Rhône à Avignon.

Le relief de Patachi est moins accentué que celui de Ouro. il est réparti sur un trajet plus long, mais il

1. Celte dilTérence d'altitude avait été déterminée au baromètre; comme c'est également le baromètre qui était mon seul instrument de mesure, il n'y a pas lieu de corriger l'une de ces observations par l'autre. Elles se vaudraient, quant à l'inexactitude. Mais la succession de hauteurs relevées suffit pour déuiontrer que cette dilTérence de niveau est plus forte qu'on ne le croyait en 1894.

comprend trois marches de 2 à 3 mètres de haut chacune, qui produisent en trois endroits différents des rapides tumultueux aux grandes eaux, des chutes aux basses eaux.

En revanche le chenal est rectiligne, profond, et lorsque les eaux sont hautes, un navire à vapeur n'a pas besoin de l'aide des amarres pour essayer de le franchir.

Le rapide de Garafîri, présente à peu près le même genre de difficultés que celui de Patachi, mais les marches y sont de 3 à 4 mètres et le chenal n'est pas rectiligne, de sorte qu'il faudrait au marin qui cherchera à le remonter avec un vapeur, faire en canot une étude très soignée des courants et de l'aptitude de son navire à gouverner avant de le lancer dans l'effort de remonte.

Au-dessus de Boussa, on rencontre encore avant d'arriver à Ouara quelques brisants, mais ce sont plutôt des rochers isolés que des barrages proprement dits.

Depuis un point situé à 3 kilomètres nord de Boussa jusqu'à Tchakaki, on retrouve le Niger tel qu'il est entre Badjibo et Géba.

Enfin de Tchakaki à Lamordi (deux jours au nord de Saye), on traverse un grand bief d'eau tranquille où on ne rencontre pas d'autre difficulté que quelques bancs de roches situés au-dessous de Kirotachi.

Au-dessus de Lamordi et jusqu'à Tibi-Farca , le fleuve a partout un courant assez vif, analogue à celui qu'on rencontre entre Badjibo et Géba, mais la profondeur d'eau est beaucoup moindre en raison du grand épanouissement du fleuve qui circule dans une très large vallée.

On voit donc qu'au-dessus de Géba on trouve d'abord une pente douce (Géba-Yaouri) de 200 kilomètres, coupée en son milieu par trois marches d'escalier, — puis un

palier de pente presque insensible qui va sur 400 kilomètres de Yaouri à Lamordi, puis une nouvelle pente.

Le fond est terreux et sableux sur le méplat qu'on vient d'indiquer et généralement rocheux dans les deux pentes, il y est parsemé de témoms granitiques qui constituent des écueils trôs offensifs. — Certains de ces témoins sont (à Ouro) trancliants comme une lame d'acier.

Hy'ir;)logie. — Mais c'est le régime hydrologique du bassin du Niger qui, plus que le profil en travers et le profil en long, influe sur la navigabilité de ses eaux et lui donne un caractère unique.

Chacun sait que le Niger, depuis sa source jusqu'à Rabba, décrit un vaste demi-cercle dont la convexité dirigée vers le nord circule au travers du Sahara méridional.

Cette particularité qui l'a fait comparer à un serpent qui se mord la queue, fait aussi qu'une goutte d'eau tombée dans le fleuve vers ses sources passe deux fois par la même latitude à quelques mois d'intervalle.

Ceci rappelé, il faut savoir aussi que le bassin du Niger est soumis à deux climats différents, le climat équatorial et le climat tropical.

Le premier, qui règne à peu près jusqu'au parallèle 8«, comporte quatre saisons par an, deux saisons sèches et deux saisons pluvieuses. Le deuxième, qui comprend à peu près une zone de dix degrés, ne comporte que deux saisons, une sèche et une pluvieuse, l'axe de cette nire météorologique est donnée par le IS*' parallèle.

De juin à octobre, la pluie tombe presque tous les jours le long de ce 13« parallèle.

De sorte que le fleuve, qui reçoit en juillet, août et septembre, les eaux tombées aux environs de Saye. par exemple, grossit comme tous les cours d'eau tropicaux et a sa crue normale d'août iï fin novembre.

Mais, en même temps que la pluie tombe à Saye, elle tombe aussi tout du long du même parallèle, vers Kankan, dans la branche supérieure du Niger.

Grâce à la faible pente du Niger supérieur, cette crue n'atteint son maximum à Tombouctou qu'à la fin de janvier de l'année suivante K

De plus, affaiblie et ralentie par ce long trajet, elle perd le caractère d'inondation brusque et se fait sentir progressivement dans le Niger moyen (au-dessous de Zinder), de manière qu'elle provoque seulement un exhaussement de 2 à 3 mètres suivant les localités, et maintient l'eau à un niveau moyen assez élevé pendant fort longtemps.

Pour préciser, voici ce qu'on constate à Badjibo, par exemple :

Au commencement de juillet les eaux sont au plus bas;

Du 15 juillet au 15 août, elles montent progressivement de 6 à 8 mètres;

Du 15 novembre au le"" janvier, elles descendent de 3 à 4 mètres;

Du 1*5'^ janvier au l^*" février se produit en pleine saison sèche une nouvelle crue inexpliquée pour les habitants du pays, et qui peut atteindre 2 mètres. (C'est la crue provoquée par les pluies de juin-juillet de l'année précédente dans le Niger supérieur.)

Cette dernière crue maintient le fleuve à peu près au même niveau (eaux moyennes) jusqu'à la jRn de mai.

Ainsi on voit que, grâce à la double origine de ses crues et à la lenteur d'évolution de la deuxième crue, le Niger moyen conserve un niveau convenable pour la navigation depuis le 1^"^ août jusqu'au 15 juin.

La batellerie ne connaît donc de morte-saison que pendant deux mois (juin et juillet) et je parle ici seule-

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