‹ Dahomey et dépendances (volume 2)Chapitre 16 sur 70 · VL · texte numérisé non relu

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Avant la conquête, le territoire du Dahomey, sauf le littoiil, était peu connu. Quelques négociants ou oiRciers européens étaient bien montés parfois jusqu'à Abomey, sur rinvitatifiA du roi ; d autres avaient essayé de remonter pendant quelques mill s le cours de TOuémé, mais la baisse des eaux et Thostilité des riverains soumis au Dahomey les obligeaient à rebrousser chemin, sous peine d*étre emmenés en captivité dans la capitale.

Après la défaite de Béhanzin, on ne connaissait du pays que les levés topographiques exécutés à la hâte par les officiers du corps expéditionnaire.

A la (in de 1892, le Gouvernement avait songé à confier au capitaine Binger la mission d'explorer larrière-pays du Dahoniev. M. Hin<i;;er lit à cette occasion un travail préparatoire des plus intéressants ; mais il était tout désigné pour adminis> trc*r la colonie de Grand-Bassam qu'une organisation nouvelle avait rendu indépendante de la Guinée française.

Dans le courant de Tannée 1893, le commandant Decœur, de l'artillerie de marine, avait commencé à parcourir toute la région du Haut-Mono jusqu'au pays des Baribas, accompagné du lieutenant Baud, de l'infanterie de marine. Mais la saison étant trop avancée, il dut rentrer en France et remettre à l'année suivante la suite de ses explorations.

En juillet lS9i, quand M. Ballot eut rejoint son poste de

gouverneur de la colonie, il résolut de remédier à ce manque de renseignements géographiques sur les régions nouvellement conquises qu'il avait à administrer.

D'un autre côté, tout en s'occupant activement de l'organisation et de l'administration de la colonie, M. Victor Ballot ne voulait pas négliger son expansion temtoriale, surtout qu'il était urgent de mettre son hinterland sous notre domination, afin de le soustraire aux ardentes convoitises de nos voisins du Togo et de Lagos qui, à l'époque, préparaient la mise en route de deux missions. Tune allemande dirigée par le docteur Gruner, l'autre .anglaise commandée par le capitaine Lugard.

Nos rivaux avaient tout intérêt à nous devancer sur le Niger de façon à nous intercepter toute jonction du Dahomey avec le Soudan, et s'ils avaient réussi, le Dahomey n'était plus pour nous qu'une simple enclave côtière, puisque aux termes des dernières conventions passées avec l'Allemagne et TAngleterre, notre sphère d'inlluence sur les territoires situés au nord du Dahomey devait s'arrêter au !)•' degré.

Mais Anglais et Allemands, on fomentant leur projet, n'avaient pas compté sur la perspicacité du gouverneur.

Avant son départ de Paris, M. Ballot avait arrêté, d'accord avec M. Delcassé, alors ministre des Colonies, le programme des explorations à entreprendre. 11 ve(;u[ comme instruction formelle du Ministre de devancer, par tous les moyens possibles, nos rivaux qui menaçaient le (lourina et le Borgou, de manière à nous réserver, avec la plus grande étendue de territoire, le libre accès au Niger.

Grâce à l'habileté et à la diligence du gouverneur, la réussite du plan dont le ministre lui avait confié l'exécution eut lieu avec un entier succès. Dans ce but M. Ballot avait préparé à la hâte deux missions, Tune dont il prit le commandement en

LE DAHOMBT

personne, et raatre dont il confia 'la direction au commandant Decœur.

Les deux missions quittèrent Porto-Novo ensemble, mtis nous les suivrons Tune après Tautre dans leurs pérégrinations.

Première mission du gouTemeur Ballot- Fondation du poste de Camotvllle

{96 août au 98 octobre 4894).

Cette mission se composait de :

MM. le colonel Nénv, de Tinfanterie de marine, commandant supérieur des troupes;

Capitaine d artillerie Meunier, chef du bureau militaire du

gouvernement ;

Deville, administrateur colonial ;

Xavier Béraud, interprète principal.

I/escorte était composée de 25 gardes indigènes commandés par l'inspecteur Achille Béraud, etle convoi de 80 porteurs.

La mission s'embarquait le 26 août sur une canonnière rem<)r(|uanl deux {jurandes pirogues. Il en fut de même poiir la mission du commandant Decœur.

Los canonnières arriveront le soir même à Dogba, le 27 à

Sagon et le 28 août elles débarquèrent leur personnel et le matériel des deux missions à Ouémétou.

La mission Ballot se dirigea alors sur Zagnanado et Abomey où elle arriva le 29 août, pendant que la mission Decœur restait à Agony. Le 30 elle séjourna dans la capitale, revint le 31 à Zagnanado d*où elle partit le 2 septembre pour les Dbassas et Savé où elle devait se rencontrer avec la mission Decœur le 7 ou le 8 septembre.

La mission du gouverneur coucha le même soir à Gahingon, elle était le 3 à Kétou, où elle fit séjour le 4 ; le 5 elle arriva à Agony-Pao, le 6 à la rivière Ocpala, le 7 à la rivière Bessi, le 8 à Savé où elle retrouve le commandant Decœur avec une partie de sa mission, le reste ayant été dirigé ^ur Savalou avec le lieutenant Baud pour s'y réapprovisionner.

Le gouverneur reste le 9 h Savé, passe le 10 à Kaboua, le il h Kokoro, le 12 à Ouessé, le 13 à Vossa, le lia Dadjo où il rejoint de nouveau la mission Decœur.

Laissant dans ce village une partie de son convoi, M. Ballot traverse le 15 la rivière Bido et arrive enfin le M) septembre dans le village d'Aghassa. En raison de sa situation remarquable et de sa proximité des routes conduisant aux grands centres du Haut-Pays, le gouverneur établit dans ce village notre premier poste d'occupation et lui donna le nom de Carnotville.

Le 17 septembre la mission redescend à Dadjo, le 18 elle franchit rOuémé, le iî> elle atteint Diagbalo après avoir traversé rOdouo, arrive le 20 à Agoua, le 21 à Kokoboa, le 22 à Savalou où M. Mounier, adjoint des alîaires indigènes, venait de faire construire en quelques jours la résidence dont il fut le premier titulaire.

La mission séjourne dans ce poste le 23 et en profite pour reconnaître le cours de l'Agbado. Elle en repart le 24 et va coucher sur les bords du Zou.

La mission Decirur était à cette époque (io octobre) revenue aux environs de (^arnotville et perdait un temps précieux dans les environs de lîédou. Blé et de Manigri. C'est avec les chefs de ces villages ([u'elle conclut des traités inutiles qui parvinrent à M. Ballot le 21 octobre. Depuis cette époque, le gouverneur fut longtemps sans recevoir aucune nouvelle de la mission.

De (^arnotville la mission se dirigea, par Coda et AlaGa. surSazon, où elle arriva le 19 octobre. Le commandant voulait traiter avec le roi du Gambari, capitale Parakou. Le chef de Sa/on lit bon accueil à la mission et parut d'abord assez disposé à signer im traité au nom du roi de Parakou qu'il remplaçait, mais le lendemain il fit des objections et voulut prolonger inutilement les négociations. Le commandant décida (le rétrfïgrader vers le sud et de se rendre dans la région de Hassila, ville assez importante qu'assiégeait alors Acpaki, roi (le Parakou: il revint à (^arnotville par la même route, traversa rOut'iné et se retrouva le 2Î) octobre à Manigri.

De ce villa«;e il avait Tintention, au lieu de marcher directcmciil sur Nikki, de s.^ diriger siu* Kirikri, Aledjo, Séméré cl. dv ce point, <le suivre ensuite la route dijà explorée par W'oir en ISSÎ) jusqu'à Nikki, en passant par Ouangaw, Hariéina, Hoii, M'Dali, Tého, Borou, Peréré et Doroukparo.

Le i novembre, le commandant Decœur fut mis en présence d'Aepaki et lui pro|)osa de faire un traité de protectorat. 11 lui conseilla en même temps de faire avec Bassila une paix h(»n<n'al)le. Ae[>aki ne voulut pas se prononcer de suite, mais. \r soir, il alla voir le eonmiandant avec deux de ses C(»nseillers. lui «It'clara (|u"il ne j)<)uvail rentrera Parakou sans avoir pris^ r>;i^^il;i. e( sii^na a\ee lui un traité de ])rotectorat (|ui nous (Ininniil rairière-pavs dahoméen Jusiju à îl'^ 30 .

Sui- ( (S enlrelailes. M. le LjouM'rneur Ballot avait reou dt*N

M. Alhv quitta Porto-Novo le 7 novembre 1891 et réussit h informer par lettre M. Decœur de la marche des Ang'Iaissur Nikki. Hejoint à Manigri par le lieutenant Baud, le comniaundant Decceur et toute la mission se mirent en route le 8 novembre, et passèrent successivement a Kékélé, Pénésoulou, Pélala, Tankoni, Parataou, iVlédjo et Séméré où ils arrivèrent le 13 novembre, au lieu de marcher directement et précipitamment sur Xikki, comme Tordre en avait été donné parle Gouverneur, par Tintermédiaire de M. Alby.

Après avoir traité à Séméré, le Commandant passa à Ouangara, à X'Dali, où il retnmva la tombe de l'explorateur Wolf à la(|uelle il lit mettre un entourage et une croix, et arriva le 21) novembre à Nikki.

Là, il apprenait (pie des Anglais arrivant du Niger venaient de séjourner à Nikki ; c'était la mission du capitaine Lugard (pii avait devancé la sienne de quelques jours. Mais les Anglais, heureusement, n'avaient pu voir le roi et s'étaient contentés (le signer un traité avec Timan des musulmans.

Néanmoins le commandant Decceur concluait le 20 novembre un traité réj^ulier avec le roi de Nikki ; ce traité plaçait le Bor- ^'^ou sous le protectorat de la France.

Au lieu (le continuer sa route vers le Niger, le commandant DeciPur crut devoir encore rétrograder sur Carnotville, sous prétexte de réa[)j)rovisionner sa colonne. Il arriva dans ce poste le 1 0 (h'CtMiihre.

A pt"ine était-il [)arti do Nikki, qu'il rencontrait, arrivant de Porlo-Xovo et de (larnotville, M. Alby qui venait de par* cMnnir liHO kilonièti'es en 22 jours. .Vprès s'être ravitailla ii ( l.iriiolville. la mission Deeceur n»partit de cette villi' ^^ r.> (lr'i'enil>r«\ pour exéeuItT la deuxième partie de son pri>- ^^l'iinnnc.

l'Jlf se (liri^i'.'i (lireet»Mnent sur Ouangara, Kouandé et M;ikk;i. ofi elle ;irii\ .1 le *i I (léeenil)r(\

En cours de route, elle éprouva certaines diflicultés avec les chefs des villages de Birni et de Kouandé, qui, trois ans auparavant, avaient fermé les chemins au lieutenant allemand Kling, venu de Salaga pour reprendre la suite de la mission Wolf et pour tenter de ramener à la cote le corps de son compatriote inhumé à M'Dali. Quelques conversations dissipèrent les appréhensions des chefs, et la mission parvint sans encombre à Makka.

Là elle se divisa en deux parties. Le commandant Decœur chargea son second, le lieutenant Baud, de gagner Say sur le Niger par le chemin le plus court. M. Baud avait avec lui le lieutenant Vargoz, 23 Sénégalais et 73 porteurs, emportant 60 jours de vivres. Le commandant se dirigea sur Sansanné- Mango, accompagné du lieutenant Vermeersch, qui venait de remplacer le lieutenant de Portzamparc malade et de M. Molex, en traversant des pays complètement sauvages, où les indigènes sont entièrement nus. Ils ne trouvèrent sur la route que deux agglomérations, Ouavo et Makeri, dont les chefs consentirent à traiter.

A Sansanné-Mango, où la mission arrive le G janvier 1895, le chef déclare ([u'il avait traité, six mois auparavant, avec un oilicier indigène de la colonie anglaise de la (]ôte d'Or, le capitaine Fergusson. 11 montra en efl'et le texte d'un document autographié ([ui était un simple traité de commerce et d'amitié passé au nom du gouvernement de la reine et dans lequel était insérée une clause en vertu de la([uelle le chef s'interdisait de placer son pays sous le protectorat d'aucune puissance européenne. Le commandant Decanu* resta trois jours à Sansanné-Mango qu'il quitta le 9 janvier pour continuer sa route au nord à travers le Gourma, en essavant de distancer le second du docleur Gruner, le lieutenant allemand de Karnap, lancé en avant par son chef. Malheureusement il s'éloignait de Sansanné-

Le Dahomey. M

Mango sans avoir traité avec le chef. La missioD arriva à Pélélé, premier village du pays de Gourma, dont la capitale Noungou ou Fada N^Gounna est éloignée d*environ 150 kilomètres au nord. Au moment oik la mission quittait le village, renvoyant en arrière le docteur Danjou et les malades, owni arriver le lieutenant allemand de Kamap, parti à la hâte da Sansanné-Mango, oik le docteur Gruner, assisté du docteur Dering, était arrivé le soir même du départ du commandant Decœur et avait signé avec le chef un traité plaçant la régioa sous le protectorat allemand.

Le lieutenant de Kamap, après une entrevue très comioue avec les membres de la mission française , partit rapidement pour le nordy voulant, grâce à son faible convoi de 20 hommes, arriver à distancer notre mission, obligée à une marche phii lente à cause de ses approvisionnements.

Le lieutenant de Kamap allait vers Say et s'arrêta à Pami, où il signa un traité le 14 janvier. Puis apprenant que le àd de Pâma n*ëtait pas le vrai roi du Gourma, il continua m roule au nord sur Nando, qu'il supposait être la capitale de ee piys. Le roi de Nando étant à Kankantchari, il alla l'y trouver, lui lit sijçner un traité et attendit dans ce village rarrivce du docteur Gruner. Mais au lieu de son chef, ce fut le coffimandant Decivur qu'il vit arriver.

Ce dernier, arrivé à Pâma quelques heures après le lieutenant de Karnap. reçut du chef du village communication d*an papier que roffîcier allemand lui avait remis en lui disante* le conîmuni([uer aux « blancs » qui viendraient après lui. Ù papier, écrit en ara!>e, portait une note écrite en français, disant (pic le lieutenant de Karnap avait pris possession de Pania au nom de l'empereur d'Allemagne. Mais le comman- <lanl l>cc(Xiir apprit du chef de Pâma qu'il n'avait signé tu appi'ouvc aucun traité de protectorat, et, de plus, qu'il n était

qu^un chef de village dépendant du roi résidant à Noungou et qui commande tout le Gourma.

Aussi, pendant que roffîcier allemand continuait sa route vers Say , le commandant Decœur, certain que le lieutenant Baud arriverait le premier dans cette ville, se dirigea rapidement vers Noungou; il parcoiu^ut en trois jours les 140 kilomètres qui séparent Pâma de Noungou, trouva le roi Bantchandé d'autant plus disposé à traiter avec le chef de la mission française, qu'il était menacé sur ses frontières septentrionales par les bandes de notre vieil îul versa ire Ahmadou, réfugiées dans le Libtako, et qu'il n'ignorait pas que c'étaient les Français qui avaient chassé Ahmadou deXioro, deSégouet de Macina. C'est le 20 janvier iSî^o que ce traité fut signé. Le commandant Decœur ([uitta Noungou le 23 janvier pour continuer sa route par Nando sur Say. 11 continua à traverser le ffâys de Gourma complètement inconnu, et retrouva à Kankantchari le lieutenant de Karnap qui attendait ses compagnons venant à petites journées.

Trois heures après l'arrivée de lîi mission française, l'officier allemand arbora sur la case du chef le j)avill()n impérial. Le commandant Decceur, s'appuyant sur le traité conclu avec le roi du Gourma, dont font partie les villages parcourus depuis Pélélé par la mission allemande, rédigea une ])rolestation qu'il remit personnellement au lieutenant de Karn ip. Celuici, en prenant le document, se borna à répondre que toute difficulté serait réglée entre les deux gouvernements. La mission française quitta immédiatement Kankantchari et, au village de Boti, situé à 00 kilomètres au nord-est, le conmiandant Decœur trouva chez le chef, qui est de race peuhle et complètement indépendant, un traité de protectorat conclu quelques jours auparavant par le lieutenant Baud. Les deux missions se rejoignirent à Say le *A\ janvier, soit exactement

Le commandant Decœur et ses compagnons continuèrent à redescendre la rive droite du grand fleuve, jusqu'à ce qu'ils eussent rencontré une trace <j[e l'occupation anglaise. C'est au village de Léaba qu'ils constatèrent l'existence d'une factorerie de la Royal Niger Company, gérée par un noir de Sierra- Leone.

De Léaba, le .commandant Decœur revint à Carnotville en passant par Kayoma et en suivant, à partir de ce village, un itinéraire entièrement nouveau , passant par Beregourou, Seroupafa et Chaource, dépendants du chef de Parakou.

Le 20 mars, toute la mission était à Carnotville. Là, conformément aux instructions venues de Paris, le commandant Decœur revint en France, laissant au lieutenant Baud le commandement de la mission, dont l'escorte fut réduite à 50 hommes, placés sous le commandement du lieutenant Vermeersch.

luO commandant Decœur s'est embarqué à Kotonou le 13 avril, après huit mois de voyages ininterrompus, au cours desquels il a relevé 1.200 kilomètres d'itinéraires entièrement nouveaux, notamment le cours du Niger entre Say et Gomba.

Deuxième mission du Gouverneur Ballot

à Nikki et au Niger

[Du i3 janvier au ii mars 1895).

Inquiet à juste titre des progrès des Anglais et des Allemands, désolé de savoir que le commandant Decœur n'était

ORGANISATION DU DAIÏOMKY 215

arrivé à Nikki qu'après le capitaine Lugard, M. Ballot résolut de partir lui-même pour le Haut-Pays, aiin de suivre de plus près la marche des missions et de pouvoir mieux les diriger et les seconder au besoin.

Le Bas-Dahomey était tranquille. I^ création des postes permanents de Kétou, Dadjo, Badagba, Aj^oua et Garnotville, ainsi que l'installation définitive des résidents de Savalou, de Sagon et d'Athiémé avaient prouvé aux indigènes notre intention bien arrêtée d'organiser et de pacifier leur pays.

Rien ne s opposait donc au départ du gouverneur pour Textreme nord de la colonie.

M. Ballot partit de Porto-Novo le 27 décembre 1894, et

après avoir passé par Abomey-Galavi pour y organiser et

mettre en route la mission Toulée qui arrivait de France, il

continua sa route sur Abomey, où il parvint le 1'^'" janvier 1895.

Il arriva à Savalou le 6 et à Garnotville le 1 1 . Après avoir

envoyé des instructions aux missions Decœur, Baud et Toutée,

et organisé la mission Aiby, dont il sera parlé plus loin, le

gouverneur prépara son départ pour Nikki, capitale du Borgou.

Il voulait s'asîmrerpar lui-mùnio de l'existence et de la valeur

des traités passés par la Compagnie Royale du Niger avec les

chefs des provinces du Niger. 11 voulait aussi étudier de près

le Borgou et le Boussang, pays jusqu'alors inexplorés.

M. Ballot partit de Carnotville le 13 janvier, accompagné, comme lors de son premier voyage, du capitaine Mounier, de radminisirateur Deville et de l'interprète principal Xavier Béraud. Son escorte se composait de 25 tirailleurs sénégalais, commandés par le sous-lieutenant indigène Macodou M' Baye? et de 50 gardes civils, sous les ordres de l'inspecteur Achille Béraud. Deux cents porteurs, recrutés à Porto-Novo et à Abomey, constituaient le convoi.

Le 14 la mission était à Ilalafia, le 15 à Senou, le IG à Para-

kou, le 17 à la riyière Pésida, le 18 à Guinagourou et k Schori, le 19 à Péréré et le 20 à Nikki

A Nikki, M. Ballot put constater lexistence du traité sig^né en novembre 1894 par le capitaine LugarJ avec Timan des musulmans de cette ville; mais le roi luiaOirma que cette convention avait été passée à son insu et qu'il refusait de la reconnaître. Le gouverneur obtint du roi un acte authentique désavouant le traité Lugard.

Le 22 janvier, la mission quittait Nikki pour entrer dans le pays inexploré qui de cette ville s'étend jusqu'au Niger.

Le 23, elle passait à Yassikérah et Bétay, le 25 à Kayoma, le 27 à Ouaoua où elle reonnaît le cours de TOly, le principal affluent de la rive droite du Niger ; le 29 janvier la mission arrivait à Boussa.

Les chefs des villages du Boussanget du Borgou, que la mission venait de parcourir, pratiquent en grand l'exploitation des caravanes qui osent s'aventurer, dans leur pays, et le ran- <;onnage des voyageurs forme le plus clair de leur commerce et de leurs revenus.

Mais grâce à son escorte et k l'énergie de son chef, la mission Ballot put traverser ces pays de bandits, sans avoir été rançonnée et sans avoir eu une seule fois à faire usage d*^ ses armes.

A Boussa, le roi montra à M. Ballot deux traités : l'un du 10 novembre 1885, pour le compte de la *< National african (!lompany limited »; l'autre du 20 janvier 1890, signé par un agent de la « Royal Niger Company ». Ce dernier acte assurait à cette compagnie anglaise le monopole commercial du Boussa ng.

Après un repos de quel([ues jours à Boussa, M. Ballot en repart le 31 janvier, ensuivîint un autre itinéraire qu'à l'aller ; il passe à Zali le l'^'" février, à Louma le 2, à Goubli le 3, k Galondji le i, à Yagbassou le 5, à Pagnian et Dékala le 0, à Péhangou le 7, à Sakamandji et à Nikki le 8.

OKGAMSATION DU DAHOMEY 217

partir de ce point, la mission reprend la même roule qu'à arrivée; elle passe le 9 à Sia, le 10 à Ourobérou, le 11 et l^i ^ 2 elle fait séjour à Schori, le 13 elle passe à Guinaj^ourou, *^ "1 4 à Bégourou pour arriver le 15 février à Parakou.

-A. son passage à Ca mot ville, le gouverneur envoya chez les

odokolis le capitaine Mounier, qui signa le 24 février un traité

^'V'eclechefdecepays. En même temps, TadministrateurDeville

^"^Çut Tordre de pousser jusqu'à Kandi où il conclut, le 8 mars,

^ïx traité de protectorat avec le chef de cette province du

«orgou.

Le H mars 1895, le gouverneur rentrait à Porto-\ovo. Les documents géographiques et les rapports politiques tjue M. Ballot rapporta de sa mission sur les bords du grand fleuve offrirent le plus vif intérêt et furent très appréciés lors du règlement du litige pendant, dans la boucle du Niger, entre les diverses puissances européennes qui prétendaient réserver à leur influence ces régions nouvellement explorées. On peut en conclure que M. Ballot est, non seulement un gouverneur d'élite, mais encore un explorateur remarqual)le et ([u'il fut lame de toutes les explorations franco-aises de la boucle du Niger.

218 LK DAUOMEY

Mission de l'administrateur principal Alby

{Du 15 janvier i 895 au 31 mars 1895).

M. Ballot, craignant que la mission Decœur, insuffisamment rcnseig^née sur la marche des missions anglaise et allemande, n'obtînt pas assez rapidement tous les résultats que Ton espéniit, avait résolu de la faire doubler, indépendamment du voyage qu'il ferait lui-même au Niger, par Tadministrateur principal Alby, de retour deNikkiau mois de décembre 1894.

Ce dernier devait rechercher le commandant Decœur et le lieutenant Baud dans la direction de Sansanné-Mango, et comnmniquer au commandant les ordres du Ministre prescrivant son retour à la côte et la remise du commandement de la mission au lieutenant Baud. Il devait ensuite remonter jusqu*à Ouagadougou, capitale du Mossi, et passer un traité avec le chef de ce pays, de manière à relier le Dahomey au Soudan français, en passant parle Kaarga et le Gambakha, et en revenant, si possible, parla capitale du Gounna.

M. Alby repartit de (^arnotvillele lo janvier; il avait avec lui 14 giirdes indigènes et 50 porteurs. Il passa par Djougou, Ouangara, Birni, Kouandé, où il séjourna du 19 au 21 janvier. Le 27, il arrivait à Sansanné-M; ngo, mais il n'y retrouva pas le commandant Docteur ([ui se dirigeait aussi vite que possible sur Sav en essayant de distancer le lieutenant de Karnap.

Lo cipitaino Forgusson avait signé avec le chef deSansanné- Mango un traité de commorco et d'amitié en août 1891 pour le compte du gouvernement anglais de la Côte d'Or. Dans ce traité, le chef s'engageait à ne conclure aucune autre convention avec une puissance européenne s;ms en référer au préalable au gouverneur anglais.

ORGAMSATION Df DAHOMEY 219

Le commandant Decœur, sur le vu de ce papier, ne crut pas devoir conclure de nouvel arrangement.

Mais la mission allemande qui avait précédé celle de M, Alby ne pensa pas de même, et elle passa avec le chef de Sansanné-Mango un traité de protectorat. Dans ces conditions, M. Alby estima qu'il n'y avait pas de motif pour qu'il agît autrement et traita lui aussi avec le chef, ce qui fait que trois grandes puissances européennes purent prétendre à des droits politiques sur Sansanné-Mango, qui compte de il) à 20.000 habitants, et qui est un centre commercial important dans cette région. Malheureusement, le traité Alby était postérieur au traité allemand.

De Sansanné-Mango qu'il quitta le 29 janvier, M. Alby essaya de gagner Ouagadougou aussi rapidement que possible, par une route directe encore inconnue.

Il passe par Borgou, Pougno, Djébiga (1®*' février), Découi, Sanka, traverse le Yauga, le Boussangsi et entre sur le territoire du Mossi le 4 février. Il continue par les villages de Bani, Tingourkou (7 février), Béri, Boussourima ( 1 1 février) et Konbitchiri.

Malheureusement le sultan de Ouagadougou fut prévenu de son arrivée et lui interdit l'entrée de cette ville. M. Albv dut par suite séjourner pendant treize jours h Boussourima, à im jour de marche de lu capitale. Il envoya fréquemment des messagers au roi, qui les reçut fort bien, mais n'accorda pas l'autorisation demandée. Après avoir vainement essayé à plusieurs reprises de passer outre à cette défense, M. Alby profita de son séjour forcé pour explorer le pays et se mettre en rapport avec divers chefs du Mossi.

Il quitte Boussourima le 24 février.

M. Alby se proposait de redescendre par Noungou (Fada N'Gourma) et, en second lieu, de trouver une route directe de

cette ville à Pâma ou Kouandé, mais il dut renoncer h ce projet. Il fut obligé, par suite des troubles qui existaient alors entre le Mossi et le Gourma, de reprendre son premier itinéraire et de repasser par Tingfourkou d'où il gagna Pâma qu'il atteignit le 8 mars.

Il arriva le 14 à Konkobiri, puis continua sa route par Kombogou, Firou, Lambouti, Kouandé, Djougou, Ouari, Carnotville (22 mars) et Abomey où il entra le 31 mars.

M. Alby avait ainsi brillamment accompli sa mission en traitant, au sud du Gourma, avec les chefs des petits pays qui jalonnent la route allant du Haut-Dahomey au Mossi.

Mission des lieutenants Baud et Vermeersch. du Dahomey à la Côte d'Ivoire par Kong

{Du 96 mars 1895 au i'Jjuin 1895).

La mission Deccvur fut disloquée à Carnotville le 20 mars 189.*). Sans prendre un repos cependant l)ien mérité, le lieutenand Baud en repartit le 20 mars, assisté du lieutenant Vermeersch, chef de Tescorte. Conformément aux instructions données par M. Ballot, il allait compléter les explorations de la ré«i;ion de Touest, et contourner par le nord les territoires du To^oland et de la colonie anglaise de la Côte d'Or, pour

'''^J Ceindre par Kong, Grand Bassani de notre colonie de la Côte ^'X^^oire,

i-.e lieutenant Baud quitta Carnotville avec 30 tirailleurs et *^^ porteurs, se dirigeant au nord-ouest, vers Sansanné-

TlgO.

Kirikri, premier centre important traversé, les deux offîrs conclurent avec le chef un traité de protectorat. X)e Kirikri, la mission gagna Bafilo par une route qui traîne une chaîne montagneuse de 1.000 à 1.200 mètres par un X de 800 mètres. La mission arriva à Balilo le 3 avril. La ï^^^pulation est de 20.000 habitants. Le chef de Balilo n'ayant ^'ï'îiité avec aucun Européen, le lieutenant Baud passa avec lui "^n traité de protectorat. Le chef, comme celui de Kirikri, demandait rinstallation d*un poste militaire pour tenir en respect les Cafîris, population sauvage habitant la région montagneuse voisine.

De Bafilo par le village de Dako, la mission traversa le pays désolé des Cafiris, où Ton trouve diflicilement de Teau. Les indigènes tentèrent de s'opposer à la marche du lieutenant Baud, mais leurs manifestations restèrent vaines. On passa sans encombre, et les cadeaux apaisèrent le courroux des plus farouches Cafîris.

Le 12 avril, la mission parvint à Sansanné-Mango. C'est un centre qui ne manque pas d'autorités ; il y en a quatre : hî roi, qui règne sans gouverner; le daoudou, qui gouverne; Timan, qui conseille, et Tieba, le fils de l'ancien roi, qui contemple les trois autres.

Conformément au traité conclu par Tadministrateur Alby, avec ces chefs, le lieutenant Baud se mit en mesure de remplir les promesses faites par ses prédécesseurs. Cela surprit considérablement les gens du pays de le voir remplir les engagements pris par un autre. Ces chefs n'avaient pas tant de

scrupules, car ils avaient traité en août 1894 avec le mulâtre Fergusson, agent anglais; en février 1895, avec le lieutenant allemand de Karnap, et quelques jours après avec l'administrateur français Alby.

M. Baud ne s attarda pas à Sansanné-Mango ; le 18 avril, il atteignait Gambakka. Continuant aussitôt sa marche, il visitait successivement Liaba et Oua dans le Gourounsi, Bouna dans le royaume de ce nom. Dans cette dernière ville, apprenant que les troupes de Samory interceptaient les communications avec le pays de Kong, il résolut de descendre à la côte par le Barabo et Tlndénié, en suivant la rive gauche de la Comoé. Il traversa ainsi le Bondoukou et atteignit Nasian le 15 mai, Kouroupa le 17, Assikasso le 30, Zaranou le 4 juin, Bettié le 8, et arriva enfin à Grand-Bassam le 12 juin, après avoir parcouru en 77 jours 1 .500 kilomètres dans une région à peine explorée et avoir signé, avec les chefs des pays traversés, de nombreux traités nous en assurant le protectorat.

Les résultats géographiques de ce magnifique voyage furent considérables, et la jonction complète entre la colonie du Dahomey, d'une part avec la côte d'Ivoire et de l'autre avec le Soudan, fut assurée.

Aussi la croix de la Légion d'honneur ot les galons de capitaine vinrent, peu après son retour, récompenser la vaillante et patriotique ardeur du lieutenant Baud.

du commandant Toutée (1894-1895).

-^t. Toutée avait reçu du Ministère des Alfaires étrangères

r mission de remonter le Niger en bateau et d'at-

^ïxdre Tombouctou en traversant les rapides de Boussa.

^-•^s difficultés d'ordre diplomatique Tayant empêché de

^^ïxionter le grand fleuve dans la partie de son cours comprise

^5^ns la sphère d'influence anglaise, il se décida à emprunter

*^H. voie de terre en passant par le Dahomey.

Le commandant Toutée partit avec le lieutenant Targe, le ^ous-lieutenant de Pas et Tadjudant Doux à la iin de décembre

Il passe àTchaourou par Zagnanado et Savé. De Ui, tournant droit à Test, il arriva à Tchaki dans les premiers jours de février.

M. Toutée traita avec le chef et, un peu plus loin, avec celui de Kitchi, et il attt^nt le 15 février Hadjibo sur le Niger. Ayant constaté que ce point n'avait pas été occupé par les Anglais et qu'aucun bateau à vapeur n'y était venu depuis sept ans, il y fonda en conséquence un fort auquel il donna le nom d'Aremberg.

Après avoir redescendu le fleuve et s'être assuré que l'occupation anglaise ne commen<;ait réellement qu'à Egga (27(1 kilomètres au sud de Ba(ljibo)le conmiandant Toutée se décida k remonter le fleuve en pagayant et partit le 25 mars en laissant un poste à Aremberg.

Il franchit d'abord les rapides de Boussa, auprès desquels se noya Mungo-Park en 1808, jq^rès avoir rencontré à Léaba

un simple noir, se disant représentant de la Royale Niger Compagnie, qui voulut lui créer des diflicultés.

Puis il atteignit Boussa, Ilo et Say, déjà explorées par les missions Ballot et Decœur, et continua son voyage jusqu'à Gao dans une embarcation indigène, à peine escortée de quelques tirailleurs et laptots.

Craignant d'être empêché de pousser jusqu'à Tombouctou par les bandes de Touaregs qui parcouraient le pays, et dépourvu du reste de ressources, il se décida alors à redescendre le fleuve.

En résumé, les missions Ballot, Decœur, Baud, Alby et Toutée, par les traités qu'elles ont passé avec les rois de Nikki, du Gourma^ de Kouandé, Sansanné-Mango, Ouangara, Say, Ilo, Bikini, etc., nous ont donné sur nos rivaux des droits incontestables.

Ces actes furent très bien accueillis en France, mais il n'en fut pas de même à l'étranger, surtout en Angleterre, où la presse se montra fort agressive contre nos explorateurs.

Anglais et Allemands s'efforcèrent de prouver que nos traités n'étaient que de simples chiffons de papier, sans valeur aucune, tandis que les leurs, écrits en arabe, étaient les seuls bons.

Ce qu'ils omettaient de dire, c'est que maintes fois, pour vaincre la résistance des autorités indigènes, ils employaient les menaces quand, après les promesses et les cadeaux, les chefs de villages hésitaient encore à signer des conventions dont souvent ils ignoraient la valeur.

En faisant signer dans de telles conditions par ses missions des traités à tous les sultans, rois et chefs de villages rencontrés sur leurs routes, chaque nation put faire une abondante moisson de ces papiers.

Rentrées en Europe, les diverses missions étaient d'autant plus enchantées du résultat de leur campagne que chacune

L'éveil fut donné en avril 1896 par un télégramme venu de Brass signalant que le roi du Borgou maintenait avec fermeté le traité qu'il a signé en 1890 avec les Anglais, et qu'il refusait formellement de conclure des traités avec les missions des autres nations.

Le télégramme ajoutait que la Compagnie royale du Niger avait établi des stations militaires sur plusieurs points du royaume du Borgou et du pays d'Ilorin, à l'ouest du Niger.

L'opportunité avec laquelle cette dépêche arrivait pour tenter d'influer sur les négociations actuellement engagées entre la France et l'Angleterre, au sujet de la délimitation du Bas- Niger, prouvait que la Compagnie du Niger s'efforçait de détruire l'œuvre considérable accomplie par les missions françaises.

Quelques mois après, aucune entente n'ayant pu intervenir, les négociations étaient interrompues entre les deux nations.

Missions Bretonnet et Baud (1896-1897).

Pour défendre nos droits contestés à la fois au Mossi et sur le Niger, le gouvernement français conçut le plan d'occuper effectivement les territoires que nous revendiquions en faisant partir du Dahomey deux missions qui s'avançant vers le nord, pour ainsi dire en éventail, iraient, Tune sur le Niger pour s'y établir, l'autre dans le Mossi pour prendre contact avec la mission des lieutenants Voulet et Chanoine, à nos avantpostes du Soudan français.

Les deux missions furent placées sous la haute direction de M. Ballot, gouverneur du Dahomey, et furent confiées par lui :

La première, au lieutenant de vaisseau Bretonnet; la seconde, au capitaine Baud, de l'infanterie de marine.

228 LE DAIIOMRY

de conciliation qui ne rius^it pas, il se porta rapidement sur le village de More, très fortifié, où ! .500 hommes se trouvaient retranchés. Il donna un assaut qui réussit complètement, mais malheureusement M. Carrérot fut blessé mortellement par une flèche empoisonnée.

Le lendemain la mission livra un nouveau combat à Borou. Ce fut le dernier, et les Baribas terrifiés cessèrent dès lors toute résistance.

En résumé, nous étions installés sur toute la rive droite du Niger, du pays de Say à Boussa, et sur la ligne Boussa- Kayoma-Kissi au 9** degré.

Par suite de l'hostilité croissante des Baribas, M. Ballot avait dû faire renforcer la mission Bretonnet, et ce fut le lieutenant Brot qui fut chargé de lui amener 60 hommes.

11 quitta Porto-Xovo le 21 août 1807 et devait, coûte que coûte, rejoindre le commandant Bretonnet, alors sur le Niger.

En cours de route, à llesha, la petite troupe fut assaillie par plusieurs milliers de Baribas provenant des villages voisins; mais elle supporta vaillamment le choc de l'ennemi qu'elle réussit à mettre en déroute après lui avoir infligé de grosses pertes. Quinze de ses hommes furent mis hors de combat, et, quoique atteint grièvement de trois flèches empoisonnées, le lieutenant Brol poursuivit son chemin et réussit à rejoindre la mission Bretonnet à Kayoma le 2i septembre».

Nommé chef de poste, M. Brot resta à Kayoma jus(|u'au 15 décembre, date à lac[uelle la colonne Ricourt vint relever la mission Bretonnet.

MISSION TIALD

Pour comprendre le l)ul de la mission Baud, il est nécessaire de dire cjne la mission \'oiilet-(nianoine oj)érait dans le

OKGAMSATION DU DAHOMEY 229

Mossi qu'elle avait reçu l'ordre d'occuper, après la défaite des partisans d'Amadou Cheikou à Bandiagara, de manière à faire échec aux projets des Anglais et des Allemands sur ce territoire. Les lieutenants Voulet et Chanoine entrèrent à Ouagadougou le 1^*" septembre 1896, redescendirent jusqu'à Sati, où ils signèrent, le 19 septembre, un traité établissant notre domination sur le Gourma ; puis ils rentrèrent à Ouagadougou et de là à Bandiagara (Soudan).

Au moment où M. Ballot, gouverneur du Dahomey, était à Carnotville pour mettre en route les missions Baud et Bretonnet, il apprit qu'un ollîcier allemand, le lieutenant Von Sicfried, avait installé un poste à Bafilo, malgré le traité signé avec nous par le roi de cette ville et la présence d'une garnison française.

M. Ballot, en compagnie du capitaine Baud, se rendit aussitôt à Bafilo. Il fit réunir une assemblée du roi et des notables qui reconnurent la fausseté du traité que nous opposaient les Allemands et nous assurèrent de leur fidélité ; le roi intima l'ordre à la garnison allemande de se retirer et le gouverneur installa à Bafilo une nouvelle i^ariiison de 25 hommes.

La mission Baud (juitta Bafilo le () janvier 18ÎI7.

Après avoir mis MM. Baud et Vernieersch en route vers le nord, M. Ballot se rendit à Kirikri où il trouva la même situation qu'à Bafilo. Depuis le matin, le lieutenant Comte de Zech y avait établi une garnison d'une quarantaine de miliciens allemands, quoiqu'une garnison française y fût installée depuis plus de 18 mois. En réponse à une protestation de M. Ballot, M. de Zech répondit que cette occupation était fondée sur un traité passé depuis longtemps avec le roi de Sogaday, souverain des chefs de Bafilo et de Kirikri.

Le gouverneur fît également réunir les chefs qui reconnurent que Kirikri et Bafilo sont indépendants et avaient le droit de

menaçaient de compromettre les résultats si péniblement acquis, le gouverneur Hallot chargea le capitaine Vermeersch tout d'abord de dégager Kouandé. Il y arriva le 20 août, accompagné de MM. de Bournazel et de la Villéon, inspecteurs de la garde indigène, Lan, garde principal, et de 200 gardes indigènes.

Il décima les rebelles et nomma un nouveau chef.

Il reçut Tordre de se replier ensuite sur Parakou où arrivèrent en même temps que lui le capitaine Ganier, qui venait du Gourma avec 40 hommes ; M. Ballot faisait diriger en même temps, de la côte sur Parakou, une compagnie de tirailleurs auxiliaires sénégalais et une compagnie de tirailleurs auxiliaires haoussas. Toutes ces troupes firent leur jonction le l*"* novembre, avec une précision de mouvements admirable.

Le capitaine Ganier reçut du Gouverneur le commandement de la colonne, forte de 490 fusils, répartis en trois groupes commandés par les capitaines Dumoulin, Duhalde et Chanibert, et ayant pour chef d'état-major le capitaine Vermeersch. L'expédition quitta Parakou le i novembre. A peine eut-elle dépassé le village d'? Bégourou (ju'elle fut attaquée par une fraction des rebelles composée des gens de Bégourou, Bénassi, Guinagourou et Sinagourou. Mais après une rapide répression les révoltés s'enfuirent à Schoii où ils se concentrèrent. Là s'étaient réunis les guerriers de Péréré, de Bornou, de Tébo, de Daroupara, de Ouéniou et de Bori. soit au total environ 8.000 hommes.

Le 5 novembre^ après avoir traversé Bénassi, la colonne passa rOkpara et campa à la petite rivière Pésida. Elle traversa successivement Sinagourou et plusieurs villages peulhs, et Guinagourou, ville bariba qu'elle trouva évacuée.

Le <^ novcmhrc, elle se heurti dans la brousse aux rebelles partis de Guinagourou en plusieurs colonnes. La rencontre eut lieu dans un épais fourré, au delà des ruines de Tiare.

Après deux heures de combat pendant lesquelles l'ennemi chercha en vain h entamer le carré français, il s'enfuit dans une déroute complète.

Le 9 novembre, la colonne traversa Schori, puis successivement Ourobérou, Kénou, Gourou, Péréré, Daroupara et Sia.

Le i3 novembre, la colonne arrivait à Nikki. La ville était évacuée, un seul homme sV trouvait, un notable musulman, que le roi et Timan avaient laissé avec la mission d'entrer en relations avec les Français.

Le roi de Nikki, Sirré-Torou, faisait dire par son représentant qu'il était comjdètement étrang-er aux crimes que notre colonne venait punir, qu'il avait subi la loi de son entourage et qu'il désirait se rendre.

Pendant que l'on installait le poste, le 19, Sirré-Torou venait se soumettre.

Un acte constatant sa soumission et annexant son royaume à la colonie du Dahomey fut aussitôt dressé et signé par lui et par ses ministres.

Divers vassaux, les chefs de Schori et de Dounkassa, imitèrent son exemple, ([ui fut bienlôt suivi par Sinaouarigui, grand chef de guerre, rival du roi de Kayoma, avec lequel la mission Bretonnet avait dû soutenir une lutte acharnée.

Un fort fut construit à Nikki même, et 200 hommes y prirent garnison .

Le gouverneur arrivait à Nikki le 1''^ décembre avec le chef de bataillon Ricouit, qu'il nomma commandant supérieur des forces du llaut-Dahomev.

Pendant que M. Ballot revenait à la côte, le commandant Ricourt détruisait le repaire de Hétay où les habitants avaient massacré le garde principal Carré, occupait Kayoma, et plaçait des postes le long et un peu au nord du neuvième degré, ({ue les Anglais, quoi qu'on en dise, n'avaient jamais pu franchir.

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