‹ Dahomey et dépendances (volume 2)Chapitre 19 sur 70 · ETHLNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY MOEURS ET COUTUMES — RELIGION · texte numérisé non relu

ETHLNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY MOEURS ET COUTUMES — RELIGION

SOMMAIRE

Les nègres de la Côte des Esclaves. — Caractères physi<[ues et moraux. — Tatouages. — Vêtemenls et parures. — Le costume.

— La coiffure. — Le chapeau. — Ornements et bijoux indigènes.

— Propreté des noirs. — Habitations. — Mobilier et ustensiles de ménage. — Nourriture des indigènes et préparation des aliments. — Industries locales et cultures. — Foires et marchés. — Monnaies. — Numération des noirs. — Division du temps. — Rôle du bâton au Dahomey. — Attributs et marques de dignité du roi et des cabécères. — Langues et idiomes. — La monarchie au Dahomey et l'administration indigène. — Obligations imposées aux Européens par les autorités dahoméennes. — KUxi social des noirs. — Le noir en famille. — Naissance. — Mariage.

— Deuil et funérailles. — Relations sociales. — Jeux. — Musique. — Chants et danses. — La traite des noirs. — Les esclaves au Dahomey. — Religion. — Le fétichisme. — Culte des serpents. — Féticheurs et fétichcuses. — Sacrifices humains et autres. — Fêtes des coutumes.

Les nègres de la Côte des Esclaves. — Caractères

physiques et moraux.

Au point de vue anthropologique, on peut diviser les nègres de la Côte des Esclaves en trois types distincts, offra

eux beaucoup d'analogie quant à la constitution physique, mais présentant des différences notables de caractères : ce sont le Mina, le Dahoméen et le Nago.

Mais ces trois familles se rattachent à un type uniforme : peau noire, chaude et luisante; crâne comprimé, front fuyant légèrement en arrière, nez ordinairement large et épaté, narines dilatées, lèvres fortes, belles dents, cheveux crépus, laineux et noirs, voix gutturale.

Hommes et femmes sont de haute stature, à la charpente osseuse, au corps bien découplé, vigoureux, bien musclé, avec le cou et les épaules robustes.

Le plus beau type de nègre est le Mina, qui est grand et bien proportionné, sa taille varie entre 1 m. 70 etl m. 80 ; ses traits sont réguliers, son nez est bien fait, son menton carré ; sa physionomie ouverte exprime Tintelligence et la bonté ; il porte de la barbe contrairement aux autres nègres qui en sont dépourvus. Le Mina est estimé par son bon sens, sa douceur, sa bravoure et sa fidélité; on le dit aussi plus rusé, plus chicaneur, plus nonchalant que ses congénères.

Le Dahoméen diffère du Mina par sa taille qui est moindre, son visage carré, son front bas, ses yeux enfoncés, son nez plus épaté et sa couleur variable entre le brun marron et le rouge jaune ou foncé.

Au moral, c'est le pire des nègres de la Guinée. Sa physionomie stupide et hypocrite est peu sympathique ; il est menteur et voleur, faux, paresseux et gonllé d'orgueil pour son pays et sa race.

L'homme du peuple est totalement imberbe. Seuls, les chefs dahoméens ou porto-noviens, laissent croître la barbe; ils se reconnaissent d'ailleurs facilement de leurs sujets par un aspect généralement distingué.

Le Dahoméen est très fier et son dédain envers le blanc est un des traits saillants de la fierté de sa race.

Le Nago ressemble au Dahoméen, sauf que sa taille est en moyenne supérieure (1 m. 65 à 1 m. 75) et que sa physionomie plus ouverte est moins antipathique. Le Nago est bon, bien- "veillant, consciencieux, sincère et très serviable.

Il est plus sociable que le Dahoméen et ne manque pas de jovialité; il est actif au travail, aux affaires; il y a dans son <îaractère de la loyauté et de la prévenance. C'est avec lui que les relations sont les plus faciles et les plus sûres.

Dans rintérieur du Dahomey, la race nègre est plus pure et plus noire que le long de la côte où les croisements avec les l)lancs lui donnent une couleur plus claire, plus rougeâtre.

Le nègre, quoique fort, est assez maigre, il est rarement obèse ; son tempérament, généralement alcoolique, se reconnaît aux filets sanguins dont se teintent les coins des yeux.

Beaucoup de noirs sont marqués de la petite vérole ; ils ont tous bonne vue et bonnes dents ; quelques-uns liment certaines de leurs dents par coquetterie, ce qui leur permet alors de cracher à plusieurs mètres de distance.

La calvitie est rare chez le nègre, h l'exception des portefaix qui font reposer les charges sur la tète.

Le défaut dominant du nègre est la curiosité ; il est très observ'ateur et suit le blanc dans tous les détails de sa conduite.

L'ivrognerie est sa passion favorite.

L'intelligence du nègre est très développée, et elle est même plus précoce que celle du blanc; elle se développerait plus rapidement si Tàge de puberté n'arrêtait chez les noirs l'essor des facultés de 1 ame.

11 comprend et raisonne très bien; ce qui lui manque, c'est la volonté, l'énergie, la suite dans les idées que possède l'Européen.

Comme le dit l'abbé Bouche, il y a dans le noir plus d'in-

Le Dahomey. i7

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tuition et moins c/erc/ïex/on, quant àrintelligence. Quant à la volonté, il y a plus de spontanéité que de constance. L'énergie fait défaut au nègre s'il faut la soutenir, et s*il en a dans un premier mouvement elle tombe aussitôt.

A cause de leur intelligence, il est permis d'espérer qu'au contact de notre civilisation, et après avoir acquis un peu d'instruction, les indigènes perdront bien vite les mauvais instincts inhérents à leur caractère sauvage.

Malheureusement, dès qu'ils sont un peu instruits, ils deviennent orgueilleux et se servent de ce qu'ils ont appris pour mentir et mieux tromper leurs semblables. De sorte que le nègre ignorant est bien souvent préférable au nègre instruit.

Cependant, les Anglais ont trouvé parmi eux d'excellents instituteurs, des employés de commerce habiles^ des docteurs en droit et en médecine gradués dans les Universités européennes. Un noir est même devenu évêque anglican en juin 1864, sous le nom de Samuel Growther.

A défaut d'énergie, le nègre a la force de Tinertie, et à force d'inertie, il devient patient et vertueux, indifférent et impassible. Son indolence native explique comment il a pu subir, sans réagir, l'absolutisme des féticheurs, le despotisme du roi, les exactions des chefs, les rigueurs du maître, et jusqu'aux horribles coutumes des sacrifices humains.

Astucieux, très rusé et de mauvaise foi, le noir attaque rarement les difficultés de front ; il biaise toujours, évitant de rien laisser transpirer avant d'être sûr d'atteindre son but.

II se met rarement en colère, surtout avec le blanc; il est très patient avec lui et l'accable de protestations hypocrites et de paroles inutiles.

Il est peu rancunier et possède une excellente mémoire. II assouvit sa haine par le poison, instrument ordinaire de ses rancunes, lorsqu'il a à se venger personnellement.

Le nègre est, en général, excessivement douillet et supporte

icilement la douleur physique. Pour un rien, il gémit, a

mrs au féticheur et se bourre de drogues ; mais il faut recon-

ûtve que quelques-uns endurent cependant le mal avec insen-

^bilité.

Le noir est habituellement très gai, aime la plaisanterie et

^^t à propos de tout, s'amuse comme un enfant avec rien ; il

^ime passionnément la danse et le jeu, qui sont ses plus grandes

^stractions. Le nègre promet toujours ce qu'on lui demande,

^ais il tient parole le plus tardivement possible. On ne peut

^uère se fier à lui.

Le noir est très insouciant sous tous les rapports, le malheur et la mort même ne le touchent guère. 11 jouit du présent sans souci de Favenir.

Sa paresse est excessive, il ne travaille que par nécessité et pour gagner juste sa nourriture. 11 aime bien dormir et fumer ; hommes et femmes fument la pipe dès Tâge le plus tendre.

Le cultivateur ne travaille que pendant la saison propice à la récolte ; dès que sa terre est ensemencée, il attend sans rien

faire.

Et il en est ainsi de tous les métiers.

LiOrsque le noir n'a plus la force de travailler, il meurt de faim et de misère dans ses vieux jours.

Dans les relations entre noirs règne une grande délicatesse, une honnêteté remarquable, ils ont tous im grand sentiment de la justice et une grande confiance dans les décisions du blanc qu'ils prennent souvent pour arbitre.

I^ femme dahoméenne est plus petite que l'homme, très bien faite de corps, gracieuse, mais, nubile de bonne heure et mariée très jeune, elle ne tarde pas à être flétrie avant l'âge par la maternité et les durs travaux auxquels elle est soumise.

Elle a généralement les seins très développés. Au moral la négresse est femme, et malgré sa peau noire elle est coquette.

C'est la femme Mina qui règne en souveraine maîtresse sur le littoral guinéen. Son visage gracieux, son allure espiègle, sa petite taille, son nez presque aquilin, ses narines elliptiques et frémissantes, ses lèvres à peine relevées, sa peau luisante comme du satin, ses mains et ses pieds minuscules, en font la Vénus noire de la Côte des Esclaves.

La durée moyenne de la vie chez le hoir de Guinée est de 60 ans au maximum ; à 25 ans il est homme fait, père de grands enfants à 35 ans et vieux à 45 ans; h 50 ans c'est un vieillard ; à 60 ans, un patriarche vénéré.

Les cas de longévité ne sont pas rares, et Ton trouve au Dahomey beaucoup de vieillards presque centenaires.

La femme est encore plus précoce que Thomme ; à 13 ou 14 ans elle est mère; à 20 ans elle est fanée; à 30 ans elle est vieille et à 35 ans elle est grand'mère.

Tatouages.

Les noirs des diverses contrée s du Dahomey se distinguent par la manière dont ils sont tatoués. Chaque tribu et même chaque famille a un signe particulier qui la fait reconnaître au premier aspect.

Les signes cabalistiques plus ou moins bien faits, variés et nombreux qu'ils portent sur les tempes, sur les joues, sont des marques distinctives entre les différents individus, et quelquefois des traces d'initiation à tel ou tel fétiche.

On distingue le tatouage d'origine, qui se porte généralement à la figure, et le tatouage de fantaisie, qui se fait sur le corps.

Le Mina a trois petites barres horizontales sur la pommette de la joue.

Le Dahoméen de la côte porte deux grosses barres verticales sur la pommette de la joue ; dans le nord du pays, une marque verticale au bout du nez, ou quatre et jusqu'à six sur la joue, aux tempes, au front, au menton, etc.

Les Nagos ont des marques rondes, en forme de demi-pois entremêlés avec les traits verticaux ou horizontaux ;

Les Mahis ont les tempes zébrées, etc.

Par tradition, les parents imposent les tatouages aux enfants et les ornent dès leur jeune âge des marques dont ils seront fiers plus tard.

Dès que Tenfant a atteint Tàge de cinq à six ans, la vieille mère ou un spécialiste fait une incision peu douloureuse au moyen d une lancette, met dans la plaie une composition végétale ou un onguent composé principalement de suie et d'huile de palme, verse de Thuile sur le tout et au bout de quatre jours les cicatrices apparaissent indélébiles.

On pratique aussi le tatouage en couleurs au moyen d'aiguilles ou d'épines et l'on introduit sous l'épiderme des teintures végétales diverses.

Les tatouages offrent des dessins très variés ; les uns indiquent la nationalité, le rang, la condition ou la profession; d'autres sont de purs ornements.

Les rois, les princes, les grands font marquer leurs esclaves d'un signe particulier destiné à les empêcher de fuir ou d'être volés. La noblesse, les grandes familles ajoutent ordinairement un petit signe au tatouage plébéien.

Le tatouage de fantaisie est subordonné au goût de chacun. Les hommes se dessinent sur la poitrine des pointillés, des barres, des croix, des cercles, des étoiles, des fleurs, etc.

Les femmes ont souvent sur le ventre, comme ornement, plusieurs lignes de points.

Mais ce sont surtout les féticheurs et les féticheuses qui sont les gens les plus tatoués.

Outre leur pagne, les Nagos portent encore une culotte courte et étroite, qui n'arrive qu'aux genoux et appelée chocoto.

Leurs femmes ne font pas usage de cet habit.

Le costume des femmes dahoméennes consiste en un, deux ou trois pagnes, selon leurs moyens — mais elles ne s'en revêtent pas de la même manière que les hommes; — les négresses les roulent autour du corps en les disposant avec une coquetterie vraiment séduisante.

Le premier pagne, qui sert à les couvrir, est simplement roulé sur les hanches, de façon h retombera mi-cuisse ; l'autre, par dessus, atteint le bas du mollet. L'un de ces pagnes peut se relever sur la poitrine, pour couvrir les seins. Quelquefois un troisième pagne est négligemment jeté sur la tête ou sur Tépaule et pend de chaque côté.

Un morceau de tissu roulé sert généralement alors de ceinture ; c'est le cas des femmes mariées.

Les jeunes filles, au contraire, ne portent que deux pagnes qui ne leur couvrent jamais le torse.

La mère, au lieu de porter son enfant sur les bras, l'attaclie sur son dos avec un pagne. Elle l'attire en avant, par-dessous le l^ras, lorsqu'elle veut lui donner à téter. Elle vaque ainsi aux travaux du ménage, et Ton voit fréquem ment des négresses aller de la sorte, avec des marchandises sur la tête, qu'elles vont vendre de maison en maison et même de ville en ville.

Les pagnes de différentes couleurs, rouge, jaune d'or, grenat, noir ou vert foncé, ne sont portés (jue par la classe aisée. Le peuple dahoméen n'a que des pagnes écrus ou blancs, qu'il change en moyenne une fois Fan, et qui peu à peu prennent un ton gris perle, gris foncé et gris noir.

Le pagne bleu foncé est un vêtement dont les femmes en deuil se couvrent la tête.

Dans le vêtement des Dahoméens toute couleur ou parure est formellement interdite.

Les Popos, au contraire, font usage du genre de vêtements que leur permettent leurs moyens.

Les femmes éoués s'habillent de pagnes multicolores. Elles sont généralement vêtues dun léger pantalon et d'une pièce de toile qu'elles enroulent et déroulent au-dessous de la poitrine.

Les hommes portent même des tricots, des bonnets brodés, etc.

Le pagne du pauvre est ordinairement en bleu indigo .

Quant aux jeunes filles, elles ne sont couvertes, jusqu'à leur mariage, que d'une bande de tissu, simplement fixée à la taille, sans prolongement et appelée godé.

Les autres peuples du Dahomey sont habillés suivant les usages de leur pays d'origine : ainsi les Brésiliens de la côte sont revêtus de couleurs voyantes et de bijoux, les Musulmans portent le costume arabe, etc..

Mais depuis l'occupation française, on voit fréquemment dans les villes les grands négociants noirs s'habiller à l'européenne. Gibus aux dimensions majestueuses, longues redingotes noires, cravates aux couleurs criardes, souliers vernis, un parasol ou une badine, des breloques et des chaînes de montre énormes, des lorgnons à verre fumé servent à leur donner le cliic du blanc, comme ils disent.

Leurs épouses indolentes sont aussi revêtues de falbalas d'un goût très scabreux, corsage très court, jupe longue qui laisse une traînée de poussière et dégage une odeur particulière mêlée à des parfums frelatés.

On voit même parfois des noirs en redingote, mais sans souliers, avec un vieux chapeau bosselé, et fumant une pipe « môme chose blancs ! »

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