I.NDL'STIUE — COMMERCE
Ou arrivera facilement ainsi à former un ensemble de surfaces concédablcs dont la culture produira le revenu nécessaire jiour constituer le complément de la garantie d’intérêts îi paver ï la société d'exploitation du chemin de fer.
Ces terrains seraient mis des le début des travaux à la disposition de la société, afin qu’elle puisse les défricher et les replanter ; elle bénéficiera ainsi des recettes qui parfois, comme pour la culture du palmier, ne donnent leur complet rendement que sept ans après le défrichement.
Une importante concession qui vient d’être accordée récemment, est celle de la Gjmpagnie de VOuémé-Dahomey, elle est située tt 80 kilomètres environ de la mer, sur la rive gauche du fleuve, et sa première factorerie se trouve h Dogba.
Sa superficie est de 136.000 hectares; le caoutchouc s'y rencontre it l'état naturel en grandes quantités; les indigènes s'adonnent U la culture du coton et la main-d'œuvre est abondante. Les factoreries font déjà un commerce actif d’huile et d’amandes de palme.
Dans certains milieux un a été surpris de voir accorder une aussi grande étendue de territoire à une seule compagnie. La raison politique a joué un rôle dans cette alTaire; la concession se trouvant en bordure de la colonie anglaise de Lagos, le gouverneur a pensé qu’il y aurait intérêt à porter notre commerce sur ce point, afin de réglementer l’exploitation du caoutchouc, d'en faire profiter nos nationaux et d'attribuer au port de Cotonou les riches produits de ce territoire qui, jusqu’alors, prenaient la direction de Lagos.
Produits domaniaux. — Les concessions sont gratuites pour nos nationaux, mais les droits à acquitter pour les concessions faites aux étrangers à titre provisoire sont de 1 00 francs par hectare et par an.
I.A)rsquc les concessions deviennent définitives, les conccs-
LE DAIIO>IEy
sionnairos acquittent une somme calculée sur le pied de 10 centimes par mètre carré pour les terrains situés sur le littoral, et de 1 centime par mètre carre pour les autres terrains (arrêté du 18 février 1890).
La main-d'œuvre.
Iji question de la main-d’œuvre peut être facilement résolue au Dahomey, car elle est tout entière à la disposition des rois et des chefs de villages qui nous sont complètement soumis, et dont les indigènes reconnaissent et redoutent l’autorité.
La population est assez dense dans le Bas-Dahomey, mais l'indigène est paresseux et versatile, il n’a jamais eu jusqu’ici l'habitude de travailler par instinct ou par devoir; la force seules pu, au temps des rois du Dahomey, l'obliger à produire d’une manière suivie. Les anciennes coutumes dahoméennes ne sont certes pas h regretter, mais il est avéré que depuis la libération des esclaves, le noir ne cultive plus que ce qui lui est absolument nécessaire pour vivre ; il jouit sans remords et sans impatience d'une liberté que d’autres lui ont conquise ; de temps en temps, il veut bien récolter les produits du palmier, travail qui n’exige aucune peine. Auprès de certaines familles seulement, auxquelles sont restés attachés par insouciance ou intérêt les anciens esclaves devenus aujourd’hui libres, on peut trouver de la main-d’œuvre. 11 ne faut pas cependant désespérer de l’avenir, car depuis la conquête les indigènes ont pris des habitudes nouvelles. Un certain nombre d’entre eux qui, aussitôt après la suppression de l’esclavage, étaient retournés dans leurs villages n’y ont pas trouvé, par suite de changements de personnes ou de situation, l’accueil qu’ils espéraient. Plusieurs sont, revenus à la côte où le bienêtre est plus grand et ils commencent !> s’intéresser aux essais
AGRICL'LTI'HE l>Dl'STRIE COMSIERCE 133
(le cultures nouvelles. La main-d'ocuvre indij^ne est peu coûteuse.
Le travailleur est payé de 10 à 15 francs par mois, plus une parcelle de terrain ou une petite part dans les récoltes de plantes alimentaires. Dès maintenant ce salaire est compensé par les récoltes de maïs, manioc, haricots, patates, etc... C'est de cette manière seulement (pie ,1a question de la main-d’œuvre pourra être résolue.
Il est facile, en temps ordinaire, de recruter dans la population dahoméenne, douce et soumise, les travailleurs dont on a besoin, à la condition toutefois que leur nombre ne soit pas trop élevé. Dans le cas contraire, il faut avoir recours aux chefs de village qui désignent des corvées ; c’est ce qui a lieu pour la construction de la voie ferrée qui a été confiée au génie militaire plus à même de conduire les 2.200 terrassiers nécessaires à la bonne marche des travaux.
L’ouverture de la ligne aura pour effet de supprimer les nombreux porteurs indigènes employés jusqu’ici aux transports de la côte h l'intérieur et réciproquement, ce qui augmentera encore le nombre de bras disponibles.
Malgré sa médiocre activité, la main-d'œuvre indigène suillt à tous les besoins et ne réserve rien à la main-d’œuvre européenne.
En général, le climat du Dahomey ne permet pas à l’Européen de travailler par lui-meme. Il le confine dans un rôle de direction et lui interdit l’c.xploitation personnelle.
Le travail de la terre, formé d'un humus séculaire, serait malsain pour les blancs qui doivent toujours recourir aux cultivateurs indigènes.
Des immigrants isolés qui ne viendraient au Dahomey (pi’avec leurs deux bras et leur seule énergie pour tout capital n’y trouveraient aucun travail rémunérateur, et leur pauvreté les
Le i)âlM>m«y.
LE DAHOMEY
exposerait aux intempéries du climat et au mépris du noir, habitué à considérer le blanc comme un être supérieur, riche en toutes sortes de marchandises.
L'outillage.
De ce côté tout est h faire ; le noir gratte h peine le sol avec la pioche indigène qui est à la fois lourde et incommode. Cependant la régularité du terrain, dépourvu de souches et de pierres, permettrait d'employer facilement la charrue attelée, non pas avec des chevaux, mais avec des bœufs ou des mulets.
Cet emploi s'impose ; il donnerait des bénéfices certains et assurerait au pays une production très abondante.
Il est nécessaire aussi d’introduire au Dahomey des instruments aratoires, des machines agricoles, des presses à amandes de palme, des machines h tapioca, des alambics, etc., etc.
Les agronomes et les capitalistes trouveraient des bénéfices assurés, s'ils voulaient consacrer leurs connaissances et leur fortune à la mise en valeur de la colonie.
Les capitaux.
L’argent ne manque pas dans le pays, cependant il ne serait pas suffisant pour organiser la grande culture.
D'autre part le créole ou l'indigène aisé serait assez disposé h s’associer avec l'Européen, mais il faut agir avec beaucoup de circonspection.
Le noir est aussi timide après un premier échec qu'il est confiant dès qu'il obtient un premier succès ; il est donc nécessaire de ménager son impressionnabilité.
Il est évident que dans une association de cette nature, le rôle de chacun se trouve déterminé par scs aptitudes mêmes, l’un aidant l'autre et le complétant. L'Européen s’occupera
AGRICUUTLBE