I.r. ()A1I(I|IIKV
qu'iiit cap Sainl-i'aul, cl <!c Ct'ilp tlc.t /;.tc/;#rrA jus<|ii*aii de Hcniii proprenioiit dil.
Celle OMe des ICsclaves csl liislenicnl cclcbit; par le Initie infâme des nègres ipic l'iiii pnitiqiiait jadis ; e'esl la (pie les niarehaiids d'esclaves allaienl s'approvisiniiner de préfi-iviice, d'uù Sun nuni sinistre.
C'esl celle côte (|ui forme la limile méridionale de nos possessions du Oaliomev ; elle est haigiu'e par la partie de l’Océan Alluntiipie dénommée Golfe de Guinée ou de Uénin.
Situation géographique du Dahomey et limites.
Iji colonie française du Duliomev el déiiendaiices .se Irouve il clieval sur le méridien de l’aris, entre 0"4I ouest et 0"2(ide loii};itudc est.
Klle .se présente tout d'abord, jus(|u'au 1)“' dej;ré de lalitudo nord, sous la fonne d'un vaste rectangle de 12ü kilomètres de largeur et dont les petits côtés font face au nord et au sud ; elle est limitée à l’est par la colonie anglaise de Lagos, et à l’ouest par la colonie allemande du Togo. A partir du 9* degré, le territoire du Dabomev s'élargit à droite, il .s'étend à l'est jusqu'à la rive droite du Niger, et à l'ouest il se rclie, par le Gourma et le Mossi, à nos possessions du Soudan el du Sénégal.
Sa frontière orientale a été li.xée, entre lu mer et le 9'' degre, ]>ar l'arrangement franco-anglais du II août 1889 et la délimitation de 1893; la convention du 1 1 juin iS98 a tracé la limite entre le 9' degré el le Niger (à 10 kilomètres en amont de Guiris); sa frontière occidentale a été définitivement établie par la convention franco-allemande du 27 juillet 1897, entre la mer et le II* degré, qui sépare (du sud de Paina à la Voila Noire) les j>usscssions frenvaiscs des territoires allemands du Togo et des territoires anglais de la Côte d'Or.
r.iïiH;ii \riiiK ui' uaiiomky 3
Ia‘S rOffioiis .soiulaii;iiscs du Daliomcy uni ôté rallacliôos au ■(ouvcmoiiienl général de l'Afrujiie occidentale îi Saint-Louis, jiar décix'l du 17 octobre 1899.
IIAS-.MGKH
Ivn outre, par l’article Vlll de la convention de 1898, 1a France a pris ii bail, moyennant une rente annuelle de 1 fr. à j)ayer à IWiigleterre, deux terrains d'uuc superlicie de 10 à .'50 bectan's situés sur le Niger, l’un près de lladjibu, l’autre sur l'une des embouchures.
Ces concessions serviront au transbordement des marchandises transitant par le Niger.
Aspect de la CAte.
A Côte des Esclaves offre une idiysionomie particulière.
Vue du large, elle est d’une désespérante monotonie ; e’est une longue bande de sable jaunâtre, sans la moindre découpure, cl ilont la direction est presque rectiligne.
La cote est partout basse et plate ; l'a'il n'apervoit dans le lointain aucune tiacc de colline. Seuls quelques palétuvici’S rabougris et de maigres boucpicts de cocotiers se détachent i;ù et là .sur le fond jaune de la rive.
L'Océan capricieux, (|ui la ronge constamment sur ccHains points, y amoncelle parfois sur d’autres des étendues considérables de sables.
L’accumulation et rentraînement de ces siddes sont dus à la violence des vents, à la quantité des pluies et à une foule
LE OAliUMKY
(rautres causes, mais surtout à la force tics deux grands courants qui existent dans le golfe de Guinée.
Le premier, dit éfjuatorial^ vient des Antilles, et, après avoir suivi les côtes du Sénégal, va se briser dans le fond du golfe îi Fernando-Pô.
Il est superficiel et dure toute Tannée ; sa vitesse est variable suivant les saisons. Il longe la côte du Dahomey, allant de Touest à Test d'une fa<;on continue, et rend ainsi impraticable aux voiliers le louvoyage de Test U Touest pour remonter cette côte.
Le second courant est sous-marin et se nomme le contreéquatorial. II arrive du Pacifique j;ar le détroit de Magellan et le sud du Brésil, et, coupant TAtlantique, rencontre le continent africain h la hauteur d’Angola. Cet obstacle le fait dévier, et, remontant vers le nord, en sens inverse de Vcquatorialy il “ quitte la côte au cap des Palmes peur reprendre le lai^.
Ces deux courants longent la Côte des Esclaves pour suivre, Tun dessus Tautrc dessous, une direction contraire. Pondant les mois de juillcl-aoùt-septcmbi'e et octobre, le contrc-équatorial Temporlc sur Véquatorial^ et Ton voit alors le courant descendre est-ouest.
I.a forme rectiligne du littoral dahoméen est duc W Tinflucnce du courant équatorial qui, agissant a peu près toute Tannée et avec force dans la même direction de Touest à Test, comble les enfoncements, clTace les promontoires et tend constamment à égaliser cette interminable plage de sable fin, qui offre une si faible résistance à Faction perpétuelle des flots.
A peu de distance de la terre, une ligne blanche et écumeuse indi(|ue la situation de la barre qui bruit sans discontinuer.
céoi;rapiiif. dl’ daiiomky
La barre.
La cùlo ilu Daliomey est loin d’OIrc facile atteindre; la mer, toujours a;;itéc, se pnîcipite sur la plage avec plus ou moins de violence et y forme une succession de vagues qu'on a surnommée la barre.
C'est un p!iénom’‘ne asseï commun sur toute la côte d'Afri<|uc, mais il est redoutable seulement sur le littoral de Guinée.
la; passage de la barre est toujours périlleux, même pour les indigènes les plus expérimentés, mais il est surtout diflicile j)Our les navires cpii veulent pénétrer dans les rivières ; il exige un beau temps, un vent favorable et des sondages continuels.
Les causes directes do la barre sont difficiles à préciser; les courants et les vents ont évidemment une gniiide influence sur sa formation et sa violence. La preuve, c'est (|u’aiix débouchés des fleuves dans la mer, leurs eaux .se précipitant avec violence éloignent les courants de la côte ou les coupent à leurs embouchures.
De même, lorsque les eaux sont rcfouléc.s dans le lit des fleuves par la marée montante, la barre rej)araîl peu après pour devenir aussi mauvaise que sur le reste du littoral.
C'est pendant les mois de juillet-aoùt-scptembre, lorsque le courant contre-équatorial entraîne les eaux vers l'ouest, que la barre est le plus dangcreu.se.
Les vents agissent aussi fortement sur la barre; elle augmente ou diminue selon l'impétuosité avec laquelle ils soufflent. Le vent de terre ou vent du nord la fait tomber, et c'est <piand il règne qu'elle se franchit le plus facilement.
Le phénomène de la barre est curieux à observer.
<• l.E D\[IOMKV
I.<»rs<jir<m voit do terre scs vagues, scnihlaldcs à des immtîignos d*eau. s’avancer calmes el majestueuses vers la ccMc, ridée *|u‘évo(|uc alors la barre esl celle <le TOcéan qui vn déborder jxmr tout engloutir sur le rivage. Le spectacle est grandiose et imposant â contempler et ne s’oublie janinls.
Voici l’origine (jue l’oii s’accorde à donner à la formation de la barre.
Les vents «lu sud-ouest <|ui régnent j)endant neuf mois de rannée dans le golfe de Guinée y seraient attirés par la rai^c^ faction «le Tair, due îi rinnuencc des rayons solaires répercutes par les sables bridants du vaste continent africain.
Sous leur action incessante, l’Océan se creuse en longues ondulations qui grossissent peu îi pou on se dirigeant vers la côte, cl celte grande houle de TAtlanliquc, n’ayant pas rencontré d’obstacles depuis les terres australes, vient se heurter perpendiculairement h la côte sablonneuse dont la déclivité vers la haute mer est presque insensible.
lx‘s lames giganles«jues, dont quelques-unes atteignent iO ;i 50 pietls «le liauteur, .sont arrêtées brusquement à leur base par le peu de profon«leiir «le la mer, tandis que leur partie .Mipérknire. «tbéissani h l’impulsion rc^uc et continuant sans obstacle sa c«»ursc furieuse, se roule en énormes volutes «jui viennent «léferler sur la plage avec un bruit terrible.' Les llids SC bris«>:il et retombent en bouillonnant avec fracas, étalant sur le s;dile une eau écumeusc qui se relire av«>c une rapidité inouïe. !^‘ choc a lieu avec d’autant plus de violence que le rrss;«c vient se j«>indre à r«»bstaclc formé par la cote pour internnnprc l’élan des lames.
Ia^s vagues forment ainsi, en rebondi.ssant, trois lignes de brisants, â pou pK‘S également espacées, el dont la première est ù 300 mètres environ du rivage; elles se poursuivent les unes les aulrt's. el souvent les vagues «le l’arrière passent par- «lessus les premières, tellement leur élan est irrésistible.
Digilized by Coogli.
im' nxiioMKY
1^‘s Irois li'çiu's ilo l)ris;iiits ;niisi fornu’cs s«»nl si-paroos j>nr <U‘H valliVs omlulôos pi‘U[)lôcs <le requins.
\a\ <lisl;mce onlrc les lames esl <ïe GO à 80 mèlres, el l'intervalle <le lemps (pii s'écoule enli*e l'an ivée des j;roupes do trois values varie de 10 à secondes, Sidon la force du vent; on le nomme embellie. Les va^ties. i» leur lormation, ont de 5 à la mètres de liauleur. selon l'état delà l>arre.
(l'csl sur la côte du Daliomev cpie la barre est la plus dangereuse'. Jdle s'atténue sur les autivs points du f;(dfe, et eliminue au furet à mesure (pie l'on se dirige soit à l'est, soit à l'ouest.
Dans le silence des nuits tropicales, la barre s'entend comme un roulement lointain et continu de toimeri'c jus<|u'à j)luMcui*s lieues dans l'intérieur.
Tel est le pbénomène en lui-méme.
Passage de la barre.
Le nmuillage des navires sur la Côte des ICsclaves est assez Slip. .V la sortie de la barre, on trouve des fonds de sable de 8 à 15 mctrt's; les vaj)eiii*s mouillent (U'dinairement i\ 200 mètres du troisième brisant, et les voiliers un peu plus au large.
Mais les gros bâtiments ne peuvent francliir les bris;ints, el ils communiquent avec la c(Me au moven d'embarcations .spéciales (surf-l)oats) montées par de vigoureux rameurs indigènes, nageui*s emerites et piroguiers expérimentés, cpie l'on recrute ii la (>ole d Ivoire (Accra ou (àipe-(à>asl] et à la Côte ^le Krou, près du cap des Pulnies.
(a* sont babituellement des Minas, qui, pour un modeste «alaiiv, ris<pient journellement leur vie dans ce dangei*oux auéticr.
LF. DAJIO.MeV
Los Luropôons (|ui font le comiDorce do la Côte les engagent à rannée, car les Dahoméens et les Porlo-Xoviens ont |>eur de la barre et n’ont aueune notion de navigation, même sur les lagunes de leur pavs.
Minas sont groupés par oejuipes ou compagnicsi chaque é([uipc laisse son cuisinier et son féticheur h terre. '
On alloue ii cha<pie homme 30 fnincs par mois, plus la ration de ri;^. On leur distribue, en outre, du tafia de traite, une bouteille par homme et par jour, une bouteille par vovage pour totit le monde et une gratification d’une bouleillc par trois voyages elTectués siuis accident, c’esl-h-dirc lors<jue aucun colis n’est tombé à la mer.
Seize voyages sont le maximum qu’on puisse atteindre en une journée de barre belle.
Minas S4ml généralement peu vêtus; leur chevelure, enduite de gonune, est relevée au moyen de ficelles, eh plusieurs mèclies raides qui, avec leurs dents blanches, leurs gencives rouges et leur face d'ébène, leur donnent un aspect diabolique.
surf-boafa sont des sortes de grandes baleinières renforcées par des couples en fer. Leur équipage se compose de 12 à i6 hommes, plus riiomme de barre qui est armé d'un aviron de queue (godille) en guise de gouvernail.
Ces hommes sont assis en amazone sur le bord de leur embarcation, et, munis de courtes pagayes à trois pointes, ils nagent en cadence avec un ensemble parfait.
Chaque fois qu'ils plongent la palette dans les flots, ils font une profonde inspiration, et, en se relevant, ils expirent bmyamment et en mesure, en faisant passer l'air entre leurs dents entr'ouvertes, et produisent ainsi un sifileinent prolongé.
Dans les moments |XTilleux, ils s’excitent mutuellement en poussant de grands cris.
nArH'-HAi’iiii': dc dahomkï
I,c |);isso"c (le Iii l)ai rc «•lonl Imijours dangoiviix, ils ohéisseiil pimcliu'llomciit au nmiiulre signe «lu pilule (|ui se lient ilelK>ut sur riirriére et dirige la manœuvre.
Kntre le navire et la première volute, tout marelie à peu près bien, si l'on a l'estomac s<dide; le barreur, l'œil fixé sur
(^Phot. tir M. r.\tl»iinhlralrur Jlnmlrley'). Passage (îc la !)arre.
les sijjnaux (juc lui fait do Icrre le féticliour» personnage inséparable des é(|uipcs de Minas, se maintient delnnil h la lame, prend son temps et avertit brusipicment, par un cri guttural, ses pagayeurs qu’il est temps de francliirla volute; le surf-l>oal part alors avec la vitesse d'un boulet de canon, monte sur le dos de la lame, fait un plongeon de 3 ou i métros, et, si les
LF. DAIlOMKr
dispositions ont «.‘lé bien prises, l'einbarcalion sc trouve complêiemcnt inondée ninis intacte dans un espace relativcniont i*aline.
Cest généralement apres ce premier rouleau de houle que les Minas profitent de l’elfarement de leurs pas.siigcrs pour les rançonner en leur laissant entrevoir que, faute par eux de donner de bonne grâce un petit cadeau, la pirogue pourrait bien chavirer à la pmchainc lame.
Celle perspective est, d’ailleurs, rendue peu rassurante par l'apparition, çâ et là, de nageoires dorsales triangulaires (jui ne disent rien de bon; les passagers s'exécutent donc assez facilement ; seuls, quelques gens à l'esprit mal fait, pourraient présenter eu guise d'argent le canon de leur revolver et faire comj)rendre au patixin de la pirogiic de quelle monnaie il sera pavé la moindre velléité de naufrage. .
I..a deuxième volute franchie sans accident, on abonle aussitôt la troisième, et, au niument d'atterrir, les derniei*s rouleaux poussent l’embarcation avec une rapidité vertigineuse sur la plage.
Dès que la quille de la pirogue louche le sable, toutes les pagaves sont vivement lancées à terre, les noirs sc jettent à I eau, poussent l’cnilïarcation au sec, si elle n'a pas fait panache en abordant, et, saisissant rapidement dans leurs bras huileux les passagers par la ceinture, les déposent avec déférence à terre, mouillés, moulus et contents d'en avoir fini avec une travei*séc si mouvementée. Il arrive souvent, surtout dans la mauvaise saison, (ju'unc lame vient balayer la pirogue cl tremper entièrement les malheureux passagers. Mais peu importe, on leur donne une pièce de monnaie et tout le monde sc trouve heureux.
Généralement l'obstacle est plus facile à franchir lors<ju*on vient de terre que loraquc l’on veut débarquer.
r.i>oi;nAi‘iiiK ih; nAiitt.MF.Y 11
Qiuiml les noirs veiiloiil j»nssc*r 1» horrc. ils n»u1ont leur j>iro{^uo sur lo subie jusnu im bon! «le IVau. la placent sur le revers «le la dune, «lr«»ile i\ la vaj^ue. et la foui «*iilrer dans la mer par secousses successives, profitant cluupie lois de Tarrivcc de lames «(ui s'étendent sur la pla^e en formant une écume l>ouillonnante.
I•'nlin. la piroj^uc est misi» à l'eau, et IVcpiipage s'cinbanpic pivstement, pemiant <juc le féticheur, debout sur le rivage, cherche à calmer le démon de la barre par «les gestes et des inv<K*alions. Il suit la pin»gue (h»s veux t«>ul en poussant des hurlements et lan«;ant des impivcations aux génies «le la mer, Quan<! le «langer est écarté, ce bravo ivr«)gne se couche à ciîté de scs i«loles et om>sc* de latîa les morceaux de bois et «le fer lichés «lans le s;d)le, barbouillés de sang de c«x( et d'huile «le palme, «[ui ligurent les emblèmes «les Xeptunes «lahomécns.
Mais revenons h nolix! pilote «pii, immobile, attend l'embellie. Il guette l’instant pr«»pice pour sortir «le la barre avec les meilleures chances; aussi la pirogue res!e-l-elle souvent stationnaire pemiant «pieltjues minutes en dedans de lu barre, laissant passer les lames sous sa «piille, à mesure «pi’elles se pn^sentenl. Puis tout à cou|), a un imlice particulier, le pilote, reconnaissant un immicnt favorable, pousse un cri et t«>ulcs les pagayes frappent violemmeul les «unies furieuses. I,cs noirs, animés par leurs exclamations imuiiciilées, font «les clforts si vigoureux «(u'ils paraisstuil surbumains. Pen«Iant ce lemps. le pilote, «lebout el reganlant la haule mer, <l«)ime des «irdres. en même temps «pi’il fait «les gestes «le la main «Iroilc, eomnie pour calmer lui aussi les vagues frémissantes. Des que la barre est passée, les m>irs lèvent buii’s pag;iyos en l’air, j)uis se inellent à ramer «le la fav«m tnimpiille el eailencéc qui leur est liabituolle.
Le péril naturel «prolîmd les élémcnls est c«unpli«|ué par présence d'uno «pnmtilé consitlérable «le reipiins.
LK DAHOMEY
Ces lerriblcs s<ju;iles pullulent clans la barre, cl, en cas cl accident, on riscpic fort d'être leur proie. Si une pirojçue prête le flanc dan.s une fausse manœuvre, si elle chavire, si elle prend l'eau, les noirs cpii la nionlc'nl se sauvent h la nage, mais il en manque presque toujours un à l'appel en arrivant à ten*c; s'il en réchappe, il reste horriblement mutilé parles requins voraces.
Ces requins se tiendraient, paraît-il, dans une espèce de canal creusé dans le sous-marin par les rouleaux de la barre, canal très rapproché de la plage et la suivant parallèlement.
Certains capitaines de navii*e distribuent h chaque pirogue des cartouches de dvnamilc qui, en éclatant, effraient ou blessent les requins.
C'est donc un dangereux métier que celui de passeur de barre, cl il est impressionnant de voir les nègres se jouer, dans leurs fivles embarcations, des colères do la nature et en triompher à force de courage cl d'adresse.
Mais, malgré toutes les précautions prises cl rcxpéricnce de leurs équipages, les pirogues chavirent fréquemment tellement les lames sont violentes.
I>cs faeloreries évaluent a 5 ®/o du total de l'envoi les perles causées en marchandises par le passage de la barre.
A ces perles, il faut ajouter celle des navires naufragés qui, jetés dans les lirisants, sont irrévocablement perdus cl mis en pièces en un clin d'œil Iors<|u'ils sont entraînés par la barre. Un vapeur même ne peut se sauver que s’il est sous pression.
1-orsqu'après plusieurs tentatives, une barque a chaviré, et si les noirs refusent de charger, le navire n'a plus que la ressource de communiquer avec la côte au moyen de signaux (un jeu de pavillons pendant le jour, des fusées d’artifice pendant la nuit).
Depuis quelques années, ces difficultés d'altcrrisfvage ont
Digilized by Go-
nil^ DL’ DAliOMKY 13
surniunlôos par la conslruclion d'un wharf à Kotonou, point de débanpiemenl habituel de notre colonie.
Le wharf de Kotonou.
Pour éviter les difficultés du déban|uoincnt en pirojjues, rAilininistralion «les (Colonies a fait entreprendre à Kotonou^ au mois de décembre 1891, la construction d*un wharf.
CVsl Iiii niagnificnie iipponloiiicnl en fer, d'une longueur j
(ulnle de 280 mètres ; il s’avance dans la mer jusqu'à 212 mètres •
de la côte et arrive, par conséquent, en avant de la barre. j
LF, ÜAIIO.MKV
(’/csl une solide jetée sur laquelle la nier a peu de prise; loi*s<[u\>n la pare(>url on voit jKisser sous ses pie<ls d'innnonscs volutes d'eau salée qui se brisent avec éclat entre les piliers «le rappontoincnl.
MM. Davdé et Pillé, injçénieurs-conslrucloui's à Ci*cil (Oise), SC* sont chargés do l'exéculion de ce wharf gigantoscjuc.
Il a fallu six imûs aux ouvriers «le rcnlreprise pour nietlre â terre leurs maltViaiix et installer cet ouvrage hardi sur dos sables roulés par des vagues constamment en mouvement.
laîs «livei'ses pièces de fer, fixées à des flotteurs insubmersibles, étaient halées du navire à la plnge à l'aide d'amarres dis|>osées en va-et-vient. Huit cents tonnes de matériel furent ainsi «lébai'quécs .sans accident.
Iâ: wharf se divise en deux parties : la passerelle, de 230 mètres de longueur sur 5 ni. 30 de largeur, cl le débarcadère me.suranl 4i mètres de longueur sur 12 mètres de largeur.
. Pour supporter lu section de la passcix'lle la jilus pi*oche de
la cote (136 mètres de longueur) on s'est contenté de palées simples formées de deux pieux, distants de 8 mètres les uns des autres; mais, à partir de ccl endroit, on a dû employer un svslèmc de palées «loubles, rappelant les piles do ponts métalli«|ues, formées de qual>*c pieux entrelacés; ces piles sont espacées de 16 mètres.
plancher de la passerelle supporte deux voies de chemin de fer de 80 cenlimèlï*es d'éearlcmenl ; celui du débarcadère a quatre voies et est des,scrvi par quatre grues tournantes.
Ix*s pieux (jue l'on a employés pour la bmdalion de l'ouvrage sont en acier plein de 14 centimètres de diamètre; ils sont munis à leur extrémité inférieui*c d'une large vis en fonte de , fer. Au moyen d'une bigue s’appuyant sur la partie du travail
déjà faite, on présentait le pieu en place, et, pour le visser, on garnissait sa tète d'un tambour horizontal. Autour de ce
Gt'or.HM’Ilie DI DAIIII.MKY
tiiiiilMiui' s'eiiroiilnit une coixle qu'il sunisiiit ilc tirer ti l'aide de livuils |niur faii-c pivolcr le pieu sur lui-nièmc el le visser jusqu'au ix'fus dans le sidde eompact cl les lianes de coraux ipii rnrnienl le fond de la nier en cet endi-oil. L’ncfois ces pieux placés, on les réunissait par des entivtoises et un système de coutix’ventcinenl.
Destiné surtiiut au comnieix'e, le wliarf a été inauguré par la Guerre; le personnel et le matériel ont passé sans encombre par cette base d'opérations d'un nouveau genro.
lai construction <lu wliaiT a coûté illlO.OOO francs environ.
C'esl une société franvaise qui l’cxploile; son siège social est il Kolonou.
Ia's capitaux oui été ciilièrcnient fournis par elle, la Golonic n'ayant à sa charge qu'une garantie évcnluelle d'intéréts de 50. 000 francs.
l.'Klat n’a donc pas eu un cciitiinc ii débourser dans la construction du wharf.