LE PALMIER A HUILE
La plus importante production du Dahomey est le palmier à huile. Les indigènes^ encouragés par son merveilleux ren-
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demenl, n’avaient jamais cherché, avant la conquête, à développer les autres cultures.
D'immenses et épaisses forêts de palmiers oléifères couvrent le Dahomey jusqu'à la latitude d'.-\bomey; c'est un arhre précieux, car, par l'huile et les amandes de palme qu’il fournit, il forme la principale richesse du pays.
Cet arbre se multiplie lui-même et ne demande aucun entretien.
L'arbre femelle seul est productif; les bonnes années de récoltes on compte de 12 à 14 régimes de noix de palme (environ 150 noix par régime). L’arbre mâle, qui croit dans la proportion de 1 pour 200, est reconnaissable par son grand nombre d'épines et par les nombreuses lianes qui apparaissent autour de scs branches, tandis que les arbres femelles sont débarrassés périodiquement de ces lianes parasites.
La végétation du palmier à huile est lente, il forme pendant longtemps une sorte de grosse touffe. Peu à peu le tronc s'élève, mais reste couvert de la souche des vieilles feuilles; à la longue, il devient presque lisse.
La hauteur de l'arbre varie de 7 à 10 mètres, le diamètre de son stipe est de 10 à 13 centimètres.
Les feuilles sont pennées, à rAchis jaunâtres, épineuses sur les côtes, portant des folioles d’un beau vert, longues quelquefois de 0 m. 70 et disposées sur deux rangs.
Les fleurs, qui paraissent plusieurs fois par an , sont monoïques portées sur des régimes dilTérents.
Les fruits ont l'apparence de grosses cerises arrondies à leur base et composées également de chair et de noyaux. Cette chair ou pulpe est fibreuse et imprégnée de matières grasses. Elle est jaune safran ou rouge sang, selon la région, et plus la couleur rouge est prononcée, plus le fruit est riche en principes huileux, .
PRODUCTIONS DU DAHOMEY
Dans les beaux fruits, la pulpe a jusqu’à 9 millimttrcs d'épaisseur; les indigènes en extraient l'huile par dépression. Le noyau du fruit contient l'amande, dont on tire également une matière grasse, blanche et solide, pouvant servir, lorsqu’elle est fraîche, aux memes usages que le beurre.
Le palmier à huile donne des fruits au bout de quatre ans seulement, mais alors ils sont encore sans valeur.
On fait régulièrement deux récoltes par an ; celle du gros régime, la plus importante, a lieu pendant les mois de janvier, février, mars et avril ; le petit régime se cueille en août et septembre. Ces récoltes sont sûres et ne craignent pas les intempéries.
Dans le palmier à huile, tout est utilisé par les habitants. Outre l'huile à manger, à brûler et à parfumer qu'il donne, il a encore d'autres avantages. Des cellules intérieures du tronc, on tire, par des incisions pratiquées à sa partie supérieure, une moyenne journalière de 3/4 de litre de vin de palme. Des feuilles de bananier sont disposées pour servir de rigoles et sur le sol une calebasse ou un pot en terre recueille le liquide incolore, rafraîchissant et sucré. Ce vin fermente avec rapidité, devient pétillant et peut s’absorber au bout de quelques heures. Après deux ou trois jours de fermentation, la boisson devient blanche et épaisse comme du lait, prend un goût âpre et enivre comme l’eau-de-vie ; le breuvage exhale alors une odeur prononcée de vieux cuir. A la bonne saison il remplace en partie les horribles produits chimiques que, sous le nom de gin, de tafia, d'alongou, les négociants européens importent en quantités considérables.
Le bourgeon terminal de l'arbre fournit le chou palmiste, amas de feuilles blanches et tendres que l'on mange en salade ou que l’on confit dans du vinaigre pour s’en servir en guise de cornichons.
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Les feuilles, larges, longues et dures, servent, après avoir été préalablement séchées, pour couvrir la toiture des maisons, & faire des balais, des jumiers, etc...; le pétiole des feuilles tombées sert de bois it brûler ; le tronc, malgré sa faible consistance, est utilisé parfois dans les construetions, mais ses fibres très flc.xiblcs .sont surtout employées itla fabrication des cordages, et même des tissus gro.ssiers se rapprochant, il est vrai, plus de la natte que de l'étoffe.
Le rendement d’un palmier est estimé de 3 ù 4 francs par an. Souvent les propriétaires de palmiers louent leurs arbres à des cultivateurs û rai.son de 2 fr. 50 par pied et par année.
Le palmier ti huile étant la vraie richesse du Dahoméen, est rarement abattu; on compte une moyenne de 16 à 1.800 palmiers par kilomètre carré, dans la région comprise entre Allada et Abomey ; on estime la superficie de cette plantation naturelle h un million d'hectares.
Les ressources de cet arbre sont immenses pour la colonie et paraissent inépuisables.
Le palmier-dattier qui est si productif en Algérie ne réussit pas au Bénin.
FABRICATIO.N DE l'hLILE DE PALME
Pour la cueillette des régimes, les noirs grimpent sans échelle au sommet du palmier, en s'aidant simplement d’une corde très raide fermée en anneau, enroulée autour de l’arbre et qui les soutient par le milieu du eorps. En se tenant au palmier d'une main et pressant du pied de bas en haut, ils s’élèvent par secousses successives le long du stipe. Arrivés au sommetilscoupentle régime au moyen d'une hachette passée dans leur ceinture, et le descendent à terre avec une corde-
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leUe pour éviter de le détériorer. Deux hommes peuvent ainsi récolter plus de .")0 régimes dans une matinée.
Ijcs régimes sont cueillis dès que les fruits sont rouges ; jetés d'abord 6 terre en tas sur lesquels viennent picorer les
Fabrication de l'buUo de palme.
volailles, on les laisse fermenter pendant quelques jours, puis on les coupe en morceaux. Si les fruits sont encore difficiles à détacher, on les mouille légèrement pour activer la fermentation et par suite faire tomber tous les grains. Ces grains sont ensuite triés, dépouillés de leur pulpe et entassés dans un vaste récipient rempli d’eau — très souvent une pirogue — où les noix sont écrasées par les indigènes avec les pieds ou les
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mains; hommes, femmes et enfants participent h ce broj-age rudimentaire.
Mais lorsque la récolte est importante, on jette les fruits dans un bassin carré en terre glaise entouré d’un petit mur. On verse par-dessus une certaine quantité d’eau chaude, puis deux ou trois femmes descendent dans la fosse, et, soutenues par deux espèces de béquilles, se servent de leurs pieds comme pilons pour écraser les fruits de manière ti en détacher la pulpe. Ce travail de piétinement dure plusieurs heures; les noyaux sont enlevés dès qu’on les rencontre, la bouillie devient plus épaisse au fur et à mesure que l’huile sort des fibres et se mélange à l’eau chaude.
Lorsqu’on juge que les pulpes ont été suffisamment pressurées, on verse encore de l’eau dans les récipients, on agite cette eau avec des bâtons et on laisse ensuite reposer. .
L’eau s’isole des parties huileuses et une .sorte d’écume jaunâtre surnage alors à la surface. C’est la première huile, la plus pure, fraîche et comestible. La couche d’eau, bien distincte, est en dessous, et nu fond du bassin reste la pulpe fibreuse dépourvue d’huile et mélangée aux péricarpes des fruits.
On enlève avec précaution cette huile au moyen de calebasses et on la recueilledans de grandesjarrcs placées sur un feu violent pendant vingt-quatre heures, où elle subit une ébullition afin de faire évaporer les parcelles aqueuses qu’elle pourrait encore contenir. On la tamise ensuite dans de grands vases, on l’écrème, et l’huile de palme est prête â être livrée au commerce.
La proportion d'huile ainsi obtenue est de C5
Cette huile, â la saveur douce, est d’une belle couleur jaune orange, très liquide et répand, lorsqu’elle est chaude, une odeur agréable rappelant un peu celle de l’iris ou de la
rnODCCTioNs du Dahomey
violette; elle concrète il la température ordinaire et prend alors une teinte plus claire ; son point de fusion est de 30 k 32».
Au contact de l’air, elle se rancit, s'acidifie et abandonne de la glycérine, lorsqu'on la traite par l’eau. Elle exhale, lorsqu’elle est vieille, une forte odeur de vieux cuir.
Elle forme avec les alcalis, tels que la potasse et la soude, des savons de couleur jaune. L’huile est également employée dans la parfumerie.
C’est dans l’est du Dahomey que se récoltent les huiles les plus riches en couleurs et en matières grasses; celles des autres régions sont beaucoup moins estimées sur les marchés.
Les indigènes reconnaissent à l’huile de palme des propriétés médicinales; on l’emploie pour guéiir les maux de ventre et d’oreilles. On en frotte les nouveau-nés pour leur donner de la vigueur.
L’huile de palme est livrée au commerce à raison de 5 francs h G fr. SO la mesure de 20 litres, suivant les cours d’Europe.
Les principaux marchés d’huile, où elle est généralement appelée huile de Lagos, sont : Marseille, Liverpool et Hambourg.
La tonne d’huile se vend en Europe de 5 à GOO francs; sur place le prix du kilo varie entre 0 fr. 10 et Ofr. 25.
Les huiles sont exportées dans des anciennes futailles ayant contenu de l’alcool, d’une capacité de 150 litres ou dans des futailles spéciales de 750 à 800 litres appelées ponchons.
Les huiles de palme de tout le territoire de Porto-Novo sont réputées comme étant très supérieures aux autres huiles de la côte occidentale d’.\frique.
Elles sont incontestablement préférables aux huiles de Ceylan.