‹ DalilaChapitre 13 sur 13 · C.ARNIOLI · texte numérisé non relu

C.ARNIOLI

Pense à la Sicile, André... pense nu Cha7il dn Calvaire.

HOSWEIN.

Je le chante, le Chant du Calvaire !

Pas si vile, que diantre! Voilà une horrible nuit... 11 y a des moments où ma raison me

IIALILA. tu

quitte... Si je croyais à l’enfer, je croirais y être !... Nous perdons notre temps, te dis-je.

BOSWEIN.

Avançons ! Je vois un point sombre là-haut.. . n’cst-ce pas une voiture?

CARNIOLI.

Le ciel nous en préserve! Moi, je ne vois rien... La nuit est noire comme la face du diable... Je vais, d’uneminute à l’autre, tomber à la mer avec mon cheval , et j’en rirai , tant je suis gai!

ROSWEIN.

J’ai entendu le bruit d’un fouet, j’en suis certain. Hop là ! (Il presse son ehcval écumunt.) Ab ! saints du ciel ! que va-t-il se passer?

CARNIOLI.

Donne-moi tes pistolets, André ! tu n’es pas maître de toi!... Je veux bien te servir de témoin contre ce jeune homme... mais si tu prétends me faire assister au meurtre d’une femme... corps du Sauveur! je n’en suis plus!

Une femme! est-ce que c’est une femme?...

Et puis que m’importe?... Gomment! on fera ce

qu’elle a fait... on fera litière sous ses pieds de tout ce qu’il y a de sacré et d’inviolable, on fera vingt fois le jour de la parole un mensonge, du sourire et des larmes une comédie, de l’âme d’un homme un hochet, du nom même du ciel une lâche trahison... et on en sera quitte pour dire : << Je suis une femme!... » Non, de par Dieu! Ah! les vois-tu, maintenant?... Arrête

là-bas ! (On aperçoit une voiture qui gravit la côte.) CARNIOLI.

Donne-moi tes pistolets, malheureux enfant!... Je te jure que je te les rendrai pour tout combat digne de toi.

ROSWEIN.

Halte-là, postillon!... Arrête ou je te brûle!

Il saute à bas de cheval. Gamioli l’imite aussitôt. Tous deux s’approchent en courant de la voiture, qui est arrêtée.

CARNIOLI.

C’est une méprise !... André, prends garde!... Cette voiture n’est pas la sienne !

ROSWEIN.

Nous allons voir.

Ils arrivent près de la voiture. Rosweiii ouvre violemmeni la portière ; il aperçoit le vieux Sertorius assis près d’una

bière coiiverlc d'un dnip blanc et semée de fleurs. — Il recule en poussant un cri terrible. — Carnioli l’éloigne de la main et se place devant lui comme pour lui cacber ce spectacle.

SEIlTOniUS, ({'une voix sourde et Iremblaiile.

Qu’y a-t-il?... Que voulez-vous, messieurs?

Je l’emporte en Allemagne, elle l’a désiré. C’est ma fille, messieurs... (Sa voix se brise, ma fille unique... mon unique enfant ! Que voulez-votis de moi ?

CARNIOLI.

Monsieur, n’ayez aucune crainte.

SERTORIUS

Je ne crains rien... Vous êtes des voleurs... des bandits... vous n’êtes pas des artistes. Je ne crains que les artistes, messieurs. C’est un artiste qui a tué ma fille. Un de vous en aurait eu pitié. . . un tigre l’eût épargnée !...

CARNIOLI.

Passez en paix, monsieur! passez en paix.

SERTORIUS

-Merci, messieurs, merci. Je l’emporte en Âilçmâ^gne, elle l’a désiré.

■•.>.^,ûi,'tn.oï^sieur, allez en paix. Que Dieu vous

soit en aide ! (il ferme la portière. La voiture se remet on marche et disparaît peu à peu dans l'obscurité. Cariiioli se retourne.) André... OU CS-tu, mon André? (Il aperçoit le jeune homme assis sur le bord de la falaise; il court à lui.) Souffres-tu, mon enfant?,.. Comme tu es pâle!... Donne-moi ton pouls... Ab! miséricorde !... ^

ROSWEI.'y.

Écoutez !

On entend un bruit de chants et de musique sur lu nier ; une barque pavoisée de feux apparaît, doublant la pointe de la falaise. Les sons deYiennent plus distincts ; la voix de Leonora s’élève, chantant les adieux à Grenade. Roswein pousse un gémissement étouffé et s’affaisse sur le rocher.

CARNIOLI, se dressant sur le bord de la falaise, sans quitter la main de Roswein, et criant d'une voix toqnante :

Le cygne dalmate expire, et tu chantes, canaglia ! (La barque s'éloigne. Carnioli tombe sur ses genoux et pose sa main sur le cœur du jeune homme.) Plus rien !... Pauvre enfant!... pauvre enfant!... (il l’embrasse et sanglote.) Ah ! prie pour moi ! (Lc.s chants s'éleigiient dans le lointain.)

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