‹ Dalou, sa vie et son œuvreChapitre 12 sur 54 · NOUVEAUX TRAVAUX DÉCORATIFS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX TRAVAUX DÉCORATIFS

iiieiir Eiiïel). Les deux se faisant pondant et qui sont la répétition ou du moins l'analogue l'un de l'antre, comportent, an centre, un vase ornemental, à droite et à gauche duquel, reliés par un jeu de lignes de rinceaux, sont assis deux enfants. Ce sont deux merveilles. Mais la véritable merveille est le groupe central. Sur des nuages, dépassant un peu la moulure de la porte, un enfant attentif joue de la flûte, tandis qu'un autre place à sa droite tient la musique et écoute ; an fond, le soleil ('merge des nuages en un pétillement de rayons. Je ne crains pas de le dire, on aurait peine à trouver, parmi les chefs-d'œuvre de l'art décoratif du xyii"^ et du xviii'^ siècle, rien qui puisse être qualifié de supérieur à ce petit groupe. Ajoutons que M. Paul Lefebvre, et par piété filiale, et par admiration pour Dalou, a offert à la Ville de Paris, de lui donner gratuitement, pour être placés dans l'un de ses musées, les modèles ou les moulages de toutes les œuvi'es que Dalou a exécutées à la demande de son père. Les dessus, de porte ont été modelés, non sur une selle à l'atelier de l'artiste, mais en leur place définitive. On avait bâti une niche en charpente entourée de ses moulures, on y montait des pains de terre glaise et Dalou exécutait son travail à la iiauteur où le groupe devait être placé. Ces travaux de décoration furent pour Dalou une école précieuse entre toutes ; il y acquit la qualité maîtresse de ses grandes compositions en y apprenant ce que les sculpteurs savent le plus rarement, c'est-àdire l'art de mettre toutes leurs figures et tous leurs ornements à leur échelle juste; il y acquit l'habitude de voir les monuments dans leur totalité, cesl-à-dirc comme des conceptions d'un seul tenant et contraints à une tenue unique. Quand il entreprit l'exécution formidable de son monument de la place de la Nation, et quand il fit le monument d'Alphand, et, toujours lorsqu'il s'attaqua à de grands ensembles, il se rappela ces leçons et voulut traiter ses conceptions d'ensemble d'un seul coup d'iril, dùt-il, après cela, si les difficultés de détails l'y forçaient, les recommencer totalement, en subordonnant désormais, chaque partie à l'accomplissement du tout. Il voulait les posséder d'abord, il les exécutait ensuite.

M. do la Palisse, qui. à tort, passe pour un imbécile, parce qu'il dit de trop claires vérités, expliquerait son cas en disant que s'il fit de la sculpture décora

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live prestigieuse c'est parce qu'il avait été et était resté un maître-ouvrier décorateur. La décoration pour lui restait le but, et la sculpture était le moyen. La statue était subordonnée au groupe et le groupe était aux ordres de la composition d'ensemble.

Il s'en fallait de beaucoup que l'abondance régnât chez Dalou, mais on y vivait si modestement, avec tant de soins et tant d'ordre que, bientôt, on y eut quelque argent d'avance et que. tout doucement, la somme grossit assez pour qu'il fût possible de louer un petit atelier, voisin do celui de M. Lefebvrc. Là, Dalou commença à travailler pour lui-même, sans autre but que de mettre au jour une œuvre qui lui plût et dont il se croirait suffisamment satisfait. Ce travail d'artiste fut la récompense et la joie de son travail d'ouvrier. Là il accumulait les esquisses elles projets, les étudiait à fond, se préparant pour le jour prochain où il serait assez riche pour les réaliser en leur forme définitive.

Celui qui a dit que toutes les grandes pensées viennent du cœur a énoncé une vérité qui peut être vraie dans le domaine des spéculations philosophiques, mais qui n'est qu'une parcelle de la vérité, en art, et j'entends par art : la littérature d'art, la poésie, le théâtre, le roman, l'histoire même, aussi bien que les arts plastiques. En art, toutes les pensées vibrantes et pénétrantes, toutes, grandes et petites, viennent du cœur. Qu'on les habille (;omme on voudra, soit de la beauté du nu, soit de l'agrément du costume, tant qu'elles ne sont pas issues d'une émotion, elles ne seront pas viables. Qu'elles naissent delà pitié, de l'amour, de l'enthousiasme, de la haine, peu importe. Si le cœur n'a pas vibré, si, ce que j'oserais appeler le battement de cœur de la pensée n'a pas été la force, la lumière et la chaleur qui ont engendré l'œuvre, la forme n'en sera jamais ni vibrante, ni vivante. Les anciens traduisaient cela par la fable de Galatée.

Dalou qui n'avait pas de plus grande joie que de détruire tous ses dessins et ses croquis n'a jamais eu le courage de détruire un petit calepin de deux sous, où, en de très petits dessins à la plume, qui sont d'une naïveté et d'une chasteté délicate et semblent tracés par la main d'un jeune enfant, il a noté des souvenirs de son traditionnel voyage à Fontainebleau et des premiers jours de son mariage. Ce calepin, je viens de le regarder une dernière fois et je viens de le brûler. C'était mon droit et c'était mon devoir. C'est dans ce calepin que j'ai trouvé le secret de la première œuvre où la personnalité de Dalou s'est affirmée visiblement pour tous, bien que, enveloppée dans la form.ule mythologique de l'Amour et Pst/ché.

Dans un carton, presque seul parmi des gravures sans intérêt, Dalou avait

DF.SSfS DE PORTE. EXÉCITK POCR l'hÔTEL AxDRÊ EN 1868.

également laissé la vie sauve à un tout petit dessin — également à la plume — représentant une jeune femme assise, vêtue d'un peignoir à 19 fr. 95 du Bon Marché, et occupée à confectionner quelque vêtement, — probablement ceux de l'enfant attendu, et qui allait apporter un nouveau lien d'amour dans la maison ; c'est un de ces dessins dénués de caractère, dénués de proportion, dénués de tout et comme nous en avons tous fait ([uand nous avions dix ans ; sa puérilité même l'imprègne d'une touchante poésie.

Dalou avait longuement regardé sa femme, dont il admirait la haute intelligence, remplissant en toute simplicité son rôle de bonne ménagère, et cette contemplation attendrie lui avait dicté son premier chef-d'œuvre La Brodeuse. Elle lui avait donné sa formule définitive.

Dans la Brodeuse, statue moderne, prise telle quelle dans la vie courante, elle est plus neuve que dans f Amour et Psijché, groupe de figures nues, mais ces deux ouvrages, considérés l'un auprès de l'autre, aflirment, d'ores et déjà, dans leur tout, la note générale du talent de Dalou et la doctrine d'aj't qu'il adopta définitivement depuis lors. 11 l'a d'ailleurs résumée en ces termes :

30 janvier 1893. — « En art, se spécialiser est un véritable' contresens visce à-vis de la nature qui est multiple. Les vrais grands maîtres se sont efi'orcés '( de la rendre sous tous ses aspects, et ils y ont réussi ; donc à mes yeux, l'al- « ternance du nu et des draperies s'impose : ne faire que l'un ou l'autre est une « preuve de faiblesse, de plus la chose est insipide en soi. »

■ Les dimanches et les jours de fête étaient réservés à l'exécution des travaux personnels. Il était d'ailleurs devenu difficile de distraire aucune part du temps

réservé aux besognes du gagne-pain, car une fillelle était née qui allait créer de nouveaux devoirs et de nouvelles charges. Elle était arrivée beaucoup plus tôt qu'on ne l'attendait, et à la suite d'une chute qu'avait faite la mère, un jour qu'elle courait, en véritable gamine qu'elle était encore. Le médecin avait déclaré que la venue d'un autre enfant pourrait lui être fatale. La petiote était donc destinée à rester l'enfant unique, mais hélas ! cette enfant unique était venue au monde dans un état de santé déplorable, et qui nécessitait des soins de tous les instants. On l'aima d'autant plus qu'elle était plus fragile, mais la douleur de la voir soutl'rir, ouvrit au cœur de ses parents une plaie profonde et qui jamais ne s'est fermée. Lisez plutôt ceci qui est écrit le 1 i mai 18*Ji : « Anniversaire de la naissance de ma lille. Il y a aujour- « d'hui "21 ans! La destinée a été pour elle et pour nous « bien cruelle !» * "

Quand Dalou revenait de chez son orfèvre ou de chez ses décorateurs il revoyait avec une émotion chaque fois renaissante celte mère, choyant, berçant, allaitant cette enfant, et, contre tout espoir, luttant de toute la force de sa tendresse pour créer à nouveau en elle tout ce que la cruelle nature y avait laissé d'incomplet.

Et c'est du spectacle de cette maternité qu'il a tiré quelques-uns de ses chefs-d'œuvre les plus puissants par leur simplicité, les plus éclatants par leur originalité ! En lit-il les esquisses à Paris? Je n'en ai quant à moi aucun souvenir. A la suite des événements de 1870 ses esquisses ont dû être en majeure partie éparpillées ou cassées; peu importe d'ailleurs. Ce qu'il a conçu alors, il l'a, peu après, exécuté en Angleterre. Et cela a été, en premier lieu, la Paijsanne française allaïlani son enfant, puis la Boulonnaise allaitant son enfant, puis la Berceuse et vingt autres œuvres, redisant cette même scène ou en dérivant. Elles placent leur auteur de plainpied, à côté des maîtres bourguignons qui ont magnifié l'église de Brou et la cathédrale de Burgos. Malheureusement elles sont inconnues du public, étant toutes i-estées en Angleterre dans des galeries particulières et sur divers points du Royaume-lîni.

Ce ne fut que pour le Salon de 1869 seulement que Dalou fut en mesure d'exposer son groupe de Y Amour et Pysc/ié. La banalité du sujet ne l'avait point

Choqcis de Ualoi'

cl après sou ■ Amour cl Psyché . (oiivia^'c

disparu;.

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