DEPART POUR LONDRES
de préfet de police, le chef de division Lecour » en date du (3 juillet 1871.
11 est visé au dos, et de la même date par le ministère des Affaires étrangères.
Dalou a donc dans la journée du 6 juillet 1871, et bien que sous le coup d’un mandat d’amener, circulé librement, à travers Paris, au vu et au su de la préfecture de police, couvert par elle.
Le matin il était allé déjeuner avec Mme Dalou chez le décorateur Lefebvre, rue Bloinet, c’est-à-dire bien loin de la rue Yivienne. Au cours du déjeuner, où l'on avait parlé de la vie de transes où l’on était depuis six semaines, M. Lefebvre père avait émis cette opinion que le mieux serait de payer d’audace et de profiter du moment où l’autorité s’occupait surtout de rechercher les hommes ayant joué un rôle politique et militaire. Il conseilla à Dalou et à sa femme de se mettre en toilette, aussi correcte et élégante que possible, et d’aller droit à la préfecture demander un passeport. D’accord avec sa femme, Dalou accepta ce conseil. Elle, cependant, prit un revolver chargé, le mit dans sa poche et annonça que si on arrêtait son mari, elle brûlerait la cervelle à celui qui l’arrêterait. Ceux (pii l’ont bien connue, ne douteront point qu’elle eût fait comme elle avait dit. Heureusement le coup d’audace réussit sans aucune difficulté.
Le soir même, accompagné de sa femme et de sa iillelte, Dalou prit le chemin de l’Angleterre. Mais, quand arrivé sur le bateau, il entendit le gendarme réclamer les passeports de chaque passager, et quand il lui eut remis le sien, il eut, en attendant qu'il lui fût rendu, un quart d’heure d’angoisses terribles, lorsque le gendarme vint rapporter les passeports en faisant l'appel de chacun de leurs propriétaires, le cœur lui battit à tout rompre jusqu’à ce qu’il eût entendu appeler son nom et repris possession du précieux exeat. A ses côtés, tenant sa iillette entre ses bras, sa toute jeune femme, dominant son émotion, attendait, en apparence inébranlable, ou la catastrophe finale ou le définitif salut. Et la contagion de ce courage lui fit affronter l'épreuve commune sans qu’une imprudence en compromit le succès.
Inutile de dire quel bien-être ils éprouvèrent lorsqu’ils eurent franchi la jetée.
Quelques heures plus tard, Dalou était à Londres. Legros, ce grand artiste et ce grand cœur, l’attendait à la gare. Il se jeta à son cou, l’embrassa comme un frère retrouvé et, tout heureux, l’emporta dans sa maison.