‹ Dalou; sa vie et son œuvreChapitre 6 sur 52 · NOUVEAUX TRAVAUX DÉCORATIFS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX TRAVAUX DÉCORATIFS

l’ornementation en cours. C’est ainsi que sur une grande porte xvme siècle, se trouve, emmanché dans des rinceaux, un masque de vieillard à longue barbe, tout à fait admirable et deux têtes de bélier. Dans un cartel de lm,20 de haut, de style Louis XIV, il y a un Soleil à figure de femme d’une rare beauté et deux statues d’enfant, un garçon et une fille de demi-grandeur nature dont l’une surtout, — (la petite fille), — est d’une grâce exquise et d’une exécution de premier ordre. Tout ceci si excellent que ce soit, d’ailleurs, n’est pas très personnel.

A signaler, de la même époque,, neuf médaillons en ovale très coquets et très soignés, têtes de femmes représentant les neuf Muses, qu’on appliquait, et qu’on applique encore, dans les panneaux xvme siècle.

Mais voici maintenant, après les petites statues, les grandes. Les deux importantes figures allégoriques placées au fronton de la préfecture de Tulle ont été faites par Dalou à l’atelier de M. Lefebvre.

Elles flanquent, de droite et de gauche, l'horloge du pavillon central, assises chacune sur une console, en arc de cercle. L’une symbolise l’Agriculture, portant la corne d’abondance, l'autre l’Industrie, armée d’un marteau. Celle-ci est coiffée d’une couronne à tourelles, l’autre d’épis; toutes deux sont entièrement drapées, dans la manière de la Renaissance, les bras seuls sont nus, ainsi qu’une partie de la jambe droite de l’Agriculture. Ces deux grandes statues, d’ailleurs, ne se distinguent de tant d’autres analogues, que par des beautés d’exécution qui, en majeure partie, échappent à la vue là-haut où elles sont placées.

Par ailleurs, Dalou a exécuté, non plus une ou deux figures, mais la décoration tout entière de la façade du célèbre hôtel Menier, au Parc Monceau. Il n’est guère de Parisien, curieux des beautés de la rue, qui ne connaisse cette admirable façade, il n’en est aucun — et moi le premier — qui ait été jusqu’ici avisé du nom de son auteur. La tête de Mercure qui orne la clef de voûte de la porte principale, les deux lions qui soutiennent le balcon de la fenêtre qui la domine, le groupe de chevaux marins qui sort du fronton, dont cette large baie est coiffée, sont de Dalou. De lui aussi, la tête entourée de roseaux qui en orne le comble. Les masques de faune placés au-dessus des baies latérales d’entrée, les huit masques de femmes qui se trouvent au-dessus des croisées latérales du premier étage et à toutes celles de l’étage supérieur sont du même auteur.

A l’époque où il produisait cette façade, M. Lefebvre avait fait exécuter par Dalou les modèles de quatre cariatides : les quatre parties du monde : L’Europe, portant le sceptre, le livre et le marteau, l’Asie aux yeux allongés et nonchalants, aux pommettes écartées, un turban sur la tête et des perles au front, au col et aux bras, vêtue de la robe à palmettes et portant d’un geste assoupli le

chasse-mouche de plumes. L’Afrique aux cheveux crépus, aux lèvres charnues, au nez épaté, le h uste moulé dans une étoile unie cl la peau de lion tombant

des reins. L’Amérique, à la face anguleuse, et coillée de la couronne de plumes. Ces quatre fort belles cariatides étaient destinées à l’hôtel d’un riche propriétaire, — que je me dispenserai de nommer. Il les trouva si belles, que pour parer au seul inconvénient que son amour-propre y trouvait, à l’absence de notoriété de leur auteur, il les ht copier littéralement par un sculpteur, très médaillé, très décoré, très officiel, qui consentit à cette indélicate besogne. Je ne relaterai ici que ses initiales, V. D. Son nom a été donné à une des rues de Paris. Les cariatides signées de son nom sont encore là où il les a fait exécuter par ses praticiens et les modèles de Dalou ainsi que les feuilles de paie de M. Lefebvre père sont encore dans des archives à Arcueil pour prouver la paternité de Dalou. M. Lefebvre, qui étant la droiture même, n’admettait point ce genre de mauvaise farce — pour ne rien dire de plus — voulut d’abord faire un procès mais, après intervention amicale de Barbedienne, il y eut arrangemen l amiable .

A l’achèvement de l'hôtel Menier, il fut l’ait, par Dalou, une grande médaille commémorative, mesurant soixante centimètres de diamètre. Au centre, un cartouche porte le plan de l'hôtel ; à droite de ce cartouche, et s’y appuyant, une figure nue symbolise les Arts; tandis que, à gauche, une figure habillée, qui s’appuie également, représente la Fortune. Divers ornements et attributs accessoires complètent cette composition, qui vaut surtout parla merveilleuse exécution des deux figures. Cette médaille fut fondue, à un seul exemplaire, en argent, et à un très petit nombre d'exemplaires, en bronze, l'exemplaire en argent appartient à M. Menier, et les exemplaires en bronze aux deux ou trois principaux collaborateurs de l’édifice, parmi lesquels M. Lefebvre. Le modèle, retouché sur le plâtre par Dalou a été religieusement conservé par M. Faut Lefebvre fils. Dans ce même atelier de la rue du Cherche-Midi, Dalou a exécuté, en ronde-bosse trois dessus de porte qui se trouvent placés dans des niches carrées, très profondes, à droite et à gauche de la porte centrale du grand salon de I hôtel André, rue Matignon, (acquis il \ a quelques années par l’ingé-

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