SALONS DE 1809 ET DE
arrêté, elle n'empêcha pas qu'il fut très remarqué. Il se garda, du reste, de tout temps de ce danger qu’il appelait la bcmalophobie.
« Quelle que soit la valeur d’une idée, l’exécution seule la met en lumière et « la consacre, a-t-il écrit en son carnet de 1896, on en peut gâcher une admi- « rahle comme en faire valoir une banale ».
Plusieurs journaux en parlèrent et notamment dans son article du 6 juin 1869, Théophile Gautier en rendit compte en ces termes :
« L 'Amour et Psyché de M. Dalon (sic) forment un groupe d'une grâce « exquise. Le jeune dieu tient, assise sur ses genoux, Psyché, qu’il enlace du « bras et qui se laisse aller doucement à cette étreinte, tout en rejetant un peu « en arrière, comme pour éviter le baiser, sa tête charmante dont les paupières « se baissent. L’artiste a exprimé avec une suavité naïve les formes jeunes, « presque enfantines encore, de ce groupe idéal de h amour embrassant Pâme ».
Et puisque Théophile Gautier parle ici de la grâce, voici comment Dalou la concevait et la définissait :
« La grâce, c'est l’absence d’effort ainsi que d’affectation. En deux mots : le « naturel ».
En 1871. le plâtre de Y Amour et Psyché existait encore â batelier de la rue dé Yaugirard. Etant en Angleterre, Dalou a donné ordre de le détruire. Il n’en reste plus d’autre trace qu'un médiocre dessin de Dalou fait de mémoire pour une revue artistique qui se publiait en Suisse.
Cédant aux instances du décorateur Lefebvre, son patron, sou voisin el son ami, il consentit, non sans peine, â envoyer au Salon de 1870 La Brodeuse dont il se déclarait trop peu satisfait.
La Brodeuse fit grande sensation. Ce n étaient plus seulement les artistes et les connaisseurs qui s’arrêtaient devant cette statue de grandeur nature, c’était également le vrai public, succès rare pour un sculpteur. On faisait cercle autour d’elle pour la voir sous tous ses aspects, on se baissait pour lire le nom de l’artiste écrit sur le socle. Son succès fut tel que l’Etat en fit l’achat et en commanda le marbre.
Les critiques d’art, peu nombreux alors, lui consacrèrent tous une part de leurs articles. Obligé de ménager la place dans son feuilleton, toujours plus chargé qu'il ne l’eût voulu, Théophile Gautier en parlait en ces termes, le 8 août 1870.
« La Brodeuse de M. Dalou est une statue charmante, de la plus gracieuse « réalité. Ce n’est rien qu’une pauvre fille qui brode, la tète doucement inclinée « vers son ouvrage, mais elle a, dans la naïveté de son attitude, dans la candeur
« de ses traits, dans la chasteté de ses formes une séduction pénétrante ».
Avec l'unanime suffrage des connaisseurs, et du grand « tout le monde », commençait la célébrité. L’achat par l’Etat permettait d’entrevoirie moment prochain, où les commandes fourniraient à. Dalou la facilité de vivre de son art.
La statue ne fut point rapportée rue de Vaugirard, elle alla directement chez le praticien qui devait l’ébaucher dans le bloc de marbre, déjà livré p,ar l’administration des Beaux-Arts. Dalou avait l’espoir de la produire à nouveau, éclairée par la beauté du marbre. 11 se réjouissait surtout d’en pouvoir corriger les imperfections qu’il y trouvait encore très nombreuses.
Le sort en décida autrement. La guerre venait d'éclater. Le 10 août c’était Reischoffen, le 4 septembre c’était la chute de l’Empire, c’était la défaite, c’était l’invasion et c’étaient dès lors tle nouveaux devoirs qui s’imposaient à tous.
Les industries de luxe avaient disparu instantanément, un artiste ne pouvait songer à trouver aucun travail rémunérateur, ni à plus forte raison à s'engager dans des dépenses telles qu’en comportent la mise au point et la pratique d’une statue aussi importante que l’était La Brodeuse.
Modèle et marbre furent donc provisoirement abandonnés, en attendant des jours meilleurs. Ce provisoire devait durer près de dix ans.
Ce fut seulement en 1880, lorsque Dalou revint d’Angleterre, que l’exécution en marbre de La Brodeuse fut reprise. Mais au cours de ces dix années, écoulées dans un travail de tous les instants, Dalou avait fait des progrès tels qu’il ne pouvait sans impatience regarder cette œuvre où les inexpériences de sa jeunesse lui semblaient des défauts intolérables. Tant qu’il crut pouvoir les « rattraper » dans le marbre il patienta, mais, un jour, il désespéra d’y arriver et, en trois coups de massette, il fit sauter la tête et abattit les deux bras ; puis, sans plus tarder, sa massette s’abattit sur le modèle de plâtre et, en quelques instants, il n’en resta plus rien que des gravois jonchant le sol.
Et il ne resterait plus rien de La Brodeuse sans deux circonstances tout à fait fortuites :
Tout d’abord, en janvier 1871, comme les obus tombaient rue Mayet et rue du Cherche-Midi, l’esquisse en fut recueillie, malgré Dalou, par un ami qui, ayant offert l’hospitalité aux Dalou, les avait aidés dans leur petit déménagement. Et quand, après le retour d’Angleterre, l’ami en question voulut la lui rendre; il s’y refusa objectant qu’il désirait ne pas même la revoir. C’était trop mauvais disait-il. Heureux incident sans lequel cette dernière trace de la Brodeuse eût. été également détruite. Et, ensuite, — deuxième circonstance, — M. Legrain, ayant obtenu de Dalou, lorsqu’il venait d’arriver à Londres , l’autorisation