‹ Dalou; sa vie et son œuvreChapitre 9 sur 52 · LE SIÈGE DE PARIS · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE PARIS

d’éditer en bronze La Brodeuse en avait fait faire deux réductions remarquables. La plus grande servit à fondre un modèle en bronze qui fut admirablement ciselé. L’autre existe encore à l’état de modèle tout prêt à être remis au fondeur. La vue de ces deux reproductions rend plus cruel encore le souvenir de la destruction de l’œuvre originale.

Dalou, enfant de Paris, portait en soi ce que Michelet appelle « l’âme de

La Brodeuse.

Paris ». Pour Paris qui depuis tant d’années n’avait cessé de manifester sa haine du régime impérial, l'avènement de la République avait été une grande joie, et aussi, une grande espérance. La première République avait vaincu l’Europe entière, la troisième saurait bien chasser l’Allemagne seule du territoire par elle envahi. Après quoi la République Française, crainte et respectée, tière du devoir accompli, reprendrait son œuvre de sagesse, de travail et de justice. Ainsi rêvait le peuple de Paris; ainsi rêvait Dalou, républicain d’origine, fds de républicains irréductibles, mari d’une femme passionnément et résolument républicaine.

Sous le coup de celle première impression et pour célébrer l'avènement <le la République il en fit un petit buste allégorique.

Le buste une fois terminé, Dalou le fil mouler et ne s’en occupa plus aucunement. Les événements se précipitèrent, Dalou alla habiter l’Angleterre et il abandonna ce buste entre les mains d’un praticien dépositaire de La Brodeuse cl de diverses autres ouvragés. Par quel concours de circonstances, ce modèle arriva en la possession de l’Association ouvrière des Sculpteurs-Mouleurs, peu importe ; toujours est-il qu’il lui fut remis comme étant certainement de Dalou. Mais il n’était point signé et le directeur de l’association des Sculpteurs-Mouleurs, M. Carlier, tout en étant convaincu de son authenticité, eût été désireux de la voir confirmée par Dalou lui-même. 11 en remit plusieurs exemplaires dans les bureaux de l’Hôtel de Ville de Paris, où il pensait que Dalou aurait lieu d’aller. L’un des chefs du service des Beaux-Arts, M. Maillard, le fit placer sur la cheminée de son cabinet. Là Dalou, après hésitation, la reconnut. Et comme M. Maillard en vantait les qualités, il lui répondit '< Oui... c’est un péché de jeunesse. » Péché de jeunesse ou non, c’esl un péché des plus avouables. On peut lui reprocher une insuffisance de modelé, mais ce qu’on ne peut lui contester c’est la vigueur de l’allure. Aujourd’hui, l’authenticité de ce buste est matériellement établie par la note inscrite sur le journal de Dalou à la date du 20 janvier 1895. relatant la scènè de sa reconnaissance.

« J’ai également vu Brown (le chef du service des Beaux-Arts) et Maillard, « dans le bureau duquel, chose inattendue, j’ai retrouvé une tète de République, « faite au commencement de la guerre de 1870, de septembre à octobre et que « je n’avais pas revue depuis cette époque. Je ne savais si c’était bien la « mienne, cependant cela me rappelait celle que j’avais faite à ce moment. « Enfin j’ai été fixé. C’était bien un enfant de moi. »

D’autres travaux de Dalou durant le siège de Paris ou la période de la Commune, on ne trouve aucune indication.

Au moment du siège il avait environ trente-deux ans, il était marié et père de famille et se trouvait compris dans la catégorie des hommes qui n’étaient astreints qu’au service intérieur de Paris. H en était même dispensé de droit, ayant été réformé lors de son tirage au sort : « Pieds plats » dit son certificat de libération. Et, en effet, il ne pouvait marcher un peu longtemps sinon dans des chaussures munies d’un ressort. En outre, l’état général de sa santé avait toujours été, et était encore plutôt précaire.

Mais peu lui importait. Malgré sa situation de famille, malgré sa santé, il s’engagea dans les bataillons de marche et il alla se battre, laissant derrière lui,

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