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LA MORT DU PAGE

Nonchalamment étendue sur des coussins de velours grenat brodés de fleurs de lis d'or, la châtelaine rêvait.

A quoi rêvait-elle, la tant doulce, nonchalamment étendue sur les coussins ?

Elle écoutait, attentive, un rondel que murmurait son page chéri, s'accompagnant sur la viole d'amour ; et son regard errait, là-bas, bien loin, sur la campagne, à travers l'étincellement des vitraux multicolores. — Elle écoutait attentive un rondel.

La voix qui psalmodiait les vers avait un timbre angélique, des accents d'une langueur infinie; et le rondel disait :

« Aye\ pitié de moy, ma Chastelaine, Vous qui save% que je me meurs d'amour ; Et lairreî choir du hault de rostre tour La fleur du lys ou de la marjolaine.

Sur l'oreiller qu'embaulme vostre haleine, Que je voldrois reposer ung seul jour.

Ayei pitié de moy, ma Chastelaine, Vous qui save^ que je me meurs d'amour. De doulx parfums, quand vostre alcôve est pleine. Accepte^ -moy pour vostre troubadour.

Je resterois vostre page, ô ma Royne, — Page charmé qui vous fera la cour. — Aye^ pitié de moy, ma Chastelaine, Vous qui save^ que je me meurs d'amour. »

La voix qui psalmodiait les vers avait un timbre angélique.

Or, comme il était à ses pieds, la châtelaine frôlait de sa main pâle les boucles blondes de l'enfant, et lui se pâmait, les sens captifs, sous cette caresse endormeuse, et ses grands yeux couleur d'azur mendiaient l'aumône d'amour.

Or, comme il était à ses pieds, la châtelaine frôlait de sa main pâle les boucles blondes de l'enfant.

Elle lui mit au front un baiser, — un baiser de sœur aînée.

Il érait si frêle, le pauvret, que cette caresse le fit mourir d'amour; — rien que pour un baiser au front, un baiser de sœur aînée.

Consolez-vous, ô châtelaine!

Les asphodèles ont fleuri sur la tombe de votre page. — Plus de vains regrets! — Il est mort avec, dans l'àme, son rêve de poète.

Mais, que vois-je ? Des pleurs dans vos beaux yeux! Ah ! vous aimiez cet enfant? Consolez-vous, ô châtelaine !

L'Envol des Heures

Rien ne peut arrêter ta fuite, ô temps doré de ma jeunesse! C'est en vain que je te rappelle... Tu cours précipiter tes ondes dans la mer de l'éternité!

(Schiller.)

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