‹ Dame MélancolieChapitre 5 sur 41 · SOIR SILENCIEUX · texte numérisé non relu

SOIR SILENCIEUX

Nul bruit dans le lointain. — Seuls, de tristes abois

De chiens, se lamentant au silence des bois.

Au ciel, le clairsemis lumineux des étoiles,

Et sur les champs brumeux, un flottement de voiles

Blancs. — C'est l'enivrement céleste des beaux soirs,

Où le couchant mystique a mis ses reposoirs

De nuages sanglants. — C'est l'Aurore du Rêve ■

Et le Soleil brillant d'un éclat d'ostensoir

Me semble un jeune Dieu, descendu pour s'asseoir

Sur la Mer, dont les flots se meurent vers la grève.

C'est maintenant qu'il faut rêver, ô pauvre cœur !

Dont les coups du Destin hâtèrent les blessures ;

Qu'il faut laisser s'épandre, ainsi qu'une liqueur

Le sang qu'ont fait gicler d'ironiques morsures.

L'être n'est plus, qui fut un pauvre être souffrant ;

Morts sont tous les mépris, vaines les infortunes.

Plus de cris de douleur, de plaintes importunes.

C'est maintenant qu'il faut rêver, ô Juif-Errant !

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