SOIR SILENCIEUX
Nul bruit dans le lointain. — Seuls, de tristes abois
De chiens, se lamentant au silence des bois.
Au ciel, le clairsemis lumineux des étoiles,
Et sur les champs brumeux, un flottement de voiles
Blancs. — C'est l'enivrement céleste des beaux soirs,
Où le couchant mystique a mis ses reposoirs
De nuages sanglants. — C'est l'Aurore du Rêve ■
Et le Soleil brillant d'un éclat d'ostensoir
Me semble un jeune Dieu, descendu pour s'asseoir
Sur la Mer, dont les flots se meurent vers la grève.
C'est maintenant qu'il faut rêver, ô pauvre cœur !
Dont les coups du Destin hâtèrent les blessures ;
Qu'il faut laisser s'épandre, ainsi qu'une liqueur
Le sang qu'ont fait gicler d'ironiques morsures.
L'être n'est plus, qui fut un pauvre être souffrant ;
Morts sont tous les mépris, vaines les infortunes.
Plus de cris de douleur, de plaintes importunes.
C'est maintenant qu'il faut rêver, ô Juif-Errant !