‹ Dames d'autrefoisChapitre 39 sur 57 · DAMES D'A! WAA · texte numérisé non relu

DAMES D'A! WAA

geur .' Richardson ! L'enlèvement de Clarisse •• le grand événomenl de ma jeunesse. » Lovelace obtint les prémices de ce cœur voué aux déceptions. A dix-huit ans. elle i parler de mariage. M. et

Mme Ne ne pouvaienl accepter pour leur jeune muse qu'un protestant de race consulaire. !-<■ second iils de lord Chatham ■. I alors en France. William

Pitt apparut aux parents de Germaine comme le gendre rêvé : vingt-trois ans, et déjà ancien chancelier do l'Echiquier I Mettons-nous à la place d'un banquier genevois ambitieux et d'une mère philosophe. Las Neoker voyaient avec raison en de pareilles fiançailles une conjonction d'astres. Jusqu'où allôrenl les pourparlers de mariage ? On attribuée Pitt ce mot d'auteur: « Je suis déjà marié à mon pays. llr>t plus probable que la grande jeune fille refusa tout bourgeoisement le grand jeune homme. Elle voulait bien habiter en rêve la patrie de Clarisse Harlowe, s'y installer l'épouvanta. La future Corinne eut le frisson des brumes du Nord. Pitt fut dédaigné. Le père et la mère du Germaine s'expliquèrent mal ce caprice d'enfant gâtée, La jeune fille, cx'V'di'o de reproches, nota ceci dans son Journal : « Ile maudite, source présente de mes craintes, source à venir do mes remords ! a Elle faillit prendre l'Angleterre en horreur. Au fond, c'était Paris, et Paris seul, que voulait épouser cette chercheuse de gloire.

Vint un jour ou ii fallut liien le quitter, ce Paris ou l'ambassadrice du roj (i'' S;iède avait trôné pendant les derrières années de la monarchie. La Tille du 10 août devenait inhabitable pour la fille de Necker. Mme de Staël, fuyant les massacreurs, fit alors ce premier voyage d'Angleterre dont elle devait dire : « Quatre mois de bonheur échappés aux naufrages de la vie î » Tout la charma de celte nation dont les fils ne s'égorgeaient point. Elle en Lendit Pitt, son ancien

fiancé, applaudit Fox, fit la connaissance de Shakespeare, tint une cour charmante d'émigrés français : Lally, Montmorency, Malouet, Talleyrand. Elle avait vingt-cinq ans, toutes les espérances, toutes les illusions, et aussi toutes les audaces d'une princesse de l'esprit. Les Anglais lui agréèrent infiniment. Leur plut-elle ? Peut-être, avec cette magnanime loyauté qui fut son vice et sa vertu, ne dissimula-t-elle pas suffisamment que M. de Narbonne régnait sur son cœur. On s'en offusqua au pays du cant. Mme de Staël quitta l'ile de la pudeur au moment où elle allait la scandaliser.

Elle y revint vingt ans après, en proscrite, avec plus d'une plaie au cœur et bien des rides sous son turban. Mais cette inusable machine à sentir demeurait sous pression quand même. Son généreux cœur incorrigible battit plus ardemment que jamais lorsqu'elle aperçut « l'ile verdoyante qui seule avait résisté à l'asservissement de l'Europe ». La société anglaise reçut en prétendante exilée la plus illustre victime de Napoléon. Ce second séjour à Londres, c'est la revanche de Corinne contre l'homme qui avait prétendu la condamner au silence. Elle s'épanouit, elle se dilata sur cette terre promise des orateurs. Là enfin on pouvait parler! Et quel auditoire ! La reine, le régent, et tous les lords, et des ministres et des princes français ! Elle vit Louis XVIII au moment où il partait pour octroyer la Charte. En sa fureur d'optimisme, la noble illusionniste fit cette prédiction : « Nous aurons en ce prince un roi très favorable à la littérature.» Tout apparaissait alors à Mme de Staël à travers un prisme enchanté : la France de demain et l'Angleterre de toujours. Pour se faire mieux aimer encore, étant toute à tous, elle expliqua aux Anglais l'Angleterre.

Il y en avait un surtout, parmi ces fortunés insu-

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luircs, qu'elle s'était juré de séduire. Ii possédait, celui-là, tout ce qui ravissait Corinne, du lyrisme et do la scél( rat< Bse, ]<■ double don du génie et du scandait-. Lord I5vr.ni à vingt-cinq ans, I tewald italia

el satanique, Oswald damné. Elle entreprit, en bout bien tout honneur, la conquête de cel te proie superbe. Mme Récamier, qui n'était que belle, aurait eu raison de ( riâour ''ii trois i oups d'éventail. Mme de Staël n'avait à donner que son âme. Il semble bien que Byron jugea l'offrande insuffisante. Son terrible « Moi » battit en retraite devant le plus débordant des "Moi » féminins. La première fois que Byron vit Mme de Staël, < llf fraternisait, dans le salon d'un ami commun, avec l'Irlandais Curran. Le jeune lord s'attacha d'abord aux apparences : « Ils étaient tous deux si horriblement laids, que je me demandais avec étonnement comment les deux plus beaux esprits de la France et do l'Irlande avaient pu se choisir chacun de leur côté une telle résidence. » Byron demeura froid sous les feux d'éloquence et méchamment railleur. Elle cependant, toujours disputeuse et interrogante, l'entreprit sur sa conception de l'amour ; il se déroba. En politique, le malentendu fut pire encore. Elle admirait dans l'Angleterre « l'expression parfaite de la civilisation, le plus beau monument de grandeur morale qui ait été élevé par des hommes ». Il ne voyait, lui, que maquignonnages et basses cuisines dans la vie parlementaire. Et par raffinement de dandysme, il était bonapartiste avec insolence. Il laissait la prophète discourir toute seulo : « Elle parle des in-folio, disaitil. Ses ouvrages font mes délices. Elle aussi... pour une demi-heuro. »

Que n'était-elle belle ? Et pourtant il y avait en ectto incomparable femme, vieillie, ravagée, parfois moquable, tavt de rayonnement qu'à la fin le dandy féroce subit de son charme tout ce qu'il en

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pouvait subir. Tandis qu'il ne l'écoutait point, il regardait, en connaisseur, cette vivante statue de l'enthousiasme. « Sa taille n'était pas mal, ses jambes étaient passables et ses bras très beaux. Au total, je conçois qu'elle ait pu inspirer des désirs. Son âme et son esprit pouvaient faire naître des illusions sur tout le reste. » Et plus tard, lorsqu'il apprit que s'était tue pour jamais cette retentissante voix de loyauté, le Corsaire s'oublia jusqu'à s'attendrir. A la nouvelle de la mort de Mme de Staël, lord Byron écrivit dans son Mémorandum : « Elle laisse un grand vide. »

Le comité franco-anglais ne trouvera rien de mieux à inscrire sous la statue de la sibylle de la liberté.

MLadreit de Charrière vient de donner une édition . excellente dos Cahiers de Mme de Chateaubriand. Cette publication complète celle de Pailhès; elle nous permet de voir mieux encore cette figure effacée si longtemps dans l'absorbante gloire de René. Céleste Buisson de La Vigne a rempli ici-bas le rôle ingrat d'épouse légitime d'un illustre infidèle. Cet emploi, dans l'argot du théâtre, s'appellerait « une panne ». Il y a les pannes de la vie. En se résignant à son douloureux personnage, la femme de Chateaubriand a su montrer, plus d'une fois, les qualités d'un premier rôle. Et ce fut vraiment « quelqu'un », que cette honnête dame dont la postérité se soucie trop peu.

« La gloire en tiers dans le tête à tête ne fait que tout gâter », disait Sainte-Beuve. Est-il vrai qu'il y ait eu du tragi-comique dans le ménage Chateaubriand ? Une femme ordinaire, d'esprit moyen et de sensibilité courante, aurait trouvé mille raisons, — mille et trois — d'arracher les yeux d'un mari fait comme Chateaubriand. Quel dossier pour une instance en divorce que le tiroir secret du Vicomte! La Vicomtesse ne fouilla jamais dans ce tiroir. Elle avait beaucoup d'esprit. Cela n'eut point suffi à lui donner la parfaite philosophie conjugale. Le secret de son stoïcisme domestique fut en ceci : qu'elle n'était point, pour son bonheur, le moins du monde amoureuse de son magnifique scélérat d'époux.

Elle n'étail pas éprise de lui, elk l'aimait: d'une solide et loyale amitié, raisonnable et raisonnante, faite de clairvoyance el de mansuétude. Le hasard avait uni là les deux êtres les plus dissemblables qui aiont entrepris de faire côte à côte !•■ voyage de la vie. Lui, le nomade de la pas ion, un insatiable curieux d'aventures, un moi affolé d'orgueil, enivré de génie ; elle, une créature sédentaire, équilibrée, Bans imagination, la moins folle des femmes. Céleste de La Vigne naquit ebanoinesse. L'amour n'était pas de sa comp< tence. Elle ne manquait pourtanl point, en sa seizième année, d'une certaine grâce discrète. Chateaubriand s'amusa un jour, de Bouvenir, un portrait d'elle : « Blanche, délicate, mince .1 fort jolh ; elle laissait pendre comme un enfant, de beaux cheveux blonds naturellement bouclés.» Il est cruel de comparer ce léger crayon au médaillon que M. dreit de Charrière publie à la première page des Cahiers. Un long usage du mariage a transformé la poétique jeune fille en une sèche matrone, d'aspei t masculin, dont les lèvres ont un pli d'amertume. Un grand nez osseux domine ce visage fier et dévasté. Ne nous y trompons pas ; c'est ce nez-là qui a servi de gouvernail à Mme de Chateaubriand. Il l'a conduite, patiemment et sûrement, au port de la sagesse et du pardon. Ah ! que ce noble nez révèle de choses I

Chateaubriand ne parle jamais qu'avec une sorte de pitié insolente des dames nombreuses qui vinrent se brûler l'âme à son rayonnement. « Toutes ces femmes, dit-il, qui ont passé devant moi. » Il a regardé nonchalamment souffrir ces passantes : Pauline de Beaumont, l'agonisante du Colisée ; la blonde dame de Fervacques, Delphine de Custine, « héritière des longs cheveux de Marguerite de Provence » ; la duchesse de Mouchy, la Bianca du voyage d'Espagne ; la duchesse de Duras, Mme Récamier, — nous en

oublions. Il s'amusait languissamment de leurs langueurs, Mme de Custine écrivait à Chênedollé : « Je suis plus folle que jamais, je l'aime plus que jamais et je suis plus malheureuse que je ne puis dire. »

Et René de noter un nom de plus dans la comptabilité de ses victimes. Il le dit bien; toutes ces femmes passaient devant lui. Mme de Chateaubriand ne se mit ni devant, ni derrière. Elle s'installa, à sa droite, pas du côté du cœur ; une fois assise, elle ne bougea plus. Et c'est pour cela qu'elle n'a point passé.

Gardons-nous de croire d'ailleurs qu'elle resta, auprès du dieu, en posture d'humilité et de sacrifice. Cette chrétienne, née au siècle de Voltaire, était une ironiste accomplie. Le comte d'Haussonville, jeune attaché d'ambassade, assista, à Rome, au tête à tête du Vicomte et de la Vicomtesse ; il nous a laissé un récit piquant des petites vengeances de l'ambassadrice. « Elle prenait plaisir à contredire tout doucement, mais péremptoirement, les assertions souvent un peu risquées de l'auteur du Génie du christianisme, ou de redresser ses souvenirs personnels trop fantaisistes, en leur opposant des faits positifs, accentués d'une voix basse et comme indifférente, mais toutefois assez sèche et très nette. » Est-ce en songeant à ces taquineries un peu cruelles que Chateaubriand disait : « Je ne sais s'il a existé une intelligence plus fine que celle de ma femme. » Après tout, il lui rendait justice, avec un peu de crainte respectueuse ; elle l'intimidait.

« Mme de Chateaubriand, dit-il encore, m'admire sans avoir lu deux lignes de mes ouvrages. » Là-dessus encore, il est bon de ne pas croire le mari sur parole. La vicomtesse était lettrée et fort capable d'apercevoir le génie d'écrivain de son époux. Le malheur voulut qu'elle ne fût pas du tout romanesque et romantique encore moins. Le style de ses Cahiers a de la verve, de la netteté, le son des choses véridiques ; elle écrit dru,

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sans la pour du mol cavalier. Les deux conjoints n'appartenaient pas à la môme école littéraire. Le genre Chateaubriand devait porter sur les aerfs de madame. Et puis, s'il lui arrivait de lire le Dernier Abencerage, elle y trouvait Mme de Mouchy. Tous ces livres étaient pleins de ces « madames », comme elle disait en parlant des « passantes». Elle a dû les lire une fois, pour se rendre compte ; elle s'abstint ensuite d'y revenir par discrétion.

Ce n'était point uno femme de littérature. Par contre, elle aimait furieusement la politique. L'homme d'Etat que voulut être Chateaubriand trouva en elle une Egérie, un peu hargneuse, mais passionnément admirative. Lorsqu'il s'agit des ambitions de son mari, de ses mésaventures ministérielles, des congrès, des ambassades, des histoires de portefeuilles, la plus amoureuse des « madames » est dépassée par elle en aveuglement. Ce n'est ni la dame de Fervaoques, ni Paulino de Beaumont, ni Julie Récamier, qui a écrit cette phrase : « M. de Chateaubriand est à la messe. J'ai peur quelquefois de le voir s'envoler vers le ciel, car, en vérité, il est trop parfait pour habitor cette terre, et trop pur pour être atteint par la mort. » L'enragée politicienne devenait extatique, ni plus ni moins qu'une simple duchesse, en face du ministre dont elle portait le nom. Elle eut toutes les injustices, toutes les rancœurs, toutes les haines de la ministresse en disponibilité. Si l'on veut voir trousser les Bourbons de façon magistrale, c'est à cette légitimiste qu'il faut s'adresser. « Lorsque ces chers Bourbons sont revenus, » s'écriera-t-elle et l'on sent qu'ici la plume trempe dans de l'encre vinaigrée. Quant aux rivaux de Chateaubriand, chacun d'eux en prend pour son grade. Le « bourbeux ministère », c'est le cabinet Fouché-Talleyrand ; voici Pasquier « qui n'oubliait pas son métier de premier mouchard » ; voici

Blacas « un audacieux valet ». Les paladins de la Vendée ne sont point épargnés : « Le grand La Rochejacquelein, le héros de toutes ces histoires ne fut autre chose qu'un brouillon, un ambitieux, un homme sans talent et sans générosité.» — On dirait Mme Pernelle, distribuant autour d'elle les vérités comme des soufflets. Cette pieuse personne, cette émigrée, était bonapartiste dans le fond du cœur. « Vous êtes républicaine », lui disait parfois Chateaubriand. Il a dit encore :« Elle est meilleure que moi, quoique d'un commerce moins facile ». En effet, il était, en dépit de son égoïsme féroce, « plus bon » qu'elle ; elle fut meilleure. C'est quelque chose de très noble et de très fier que cette vie rageuse d'ambitieuse déçue, emprisonnée dans les tracas mesquins de l'infirmerie Marie-Thérèse. Céleste fabriquait du chocolat en rêvant d'un grand rôle politique ; elle soignait les rhumatismes d'un Don Juan retraité ; elle souhaitait secrètement une gloire tout autre que la gloire littéraire. Elle ne fut ni aimée d'amour, ni durablement ambassadrice. Il sied de l'estimer et de la plaindre. Elle a été l'honnête homme du ménage. Chateaubriand vaincu par cette patiente vertu sans grâce, a eu cet aveu, l'épitaphe à inscrire sur la pierre tombale : « Quand nous paraîtrons devant Dieu, l'un et l'autre, c'est moi qui serai condamné ! »

C<ette divine Récamier, dont on parlera toujours i posséda entre mille attraits cette grâce exquise de n'avoir point d'opinion politique. Née sous Louis XVI et mariée en pleine Terreur, devenue reine ellemême, elle regarda régner successivement ses confrères Barras, Bonaparte, Napoléon, les Bourbons, le Roi Citoyen, Lamartine, Cavaignac et le Prince Président. Elle fut indulgente à ces diverses modalités du bonheur public. Tous les partis se réconciliaient .1 s«>s pieds. Aujourd'hui encore, comme disait Gustave Flaubert, « elle les corrompt par delà le tombeau ». Deux nouveaux chevaliers servants viennent do prendre ses couleurs.

M. Herriot l'a célébrée en deux volumes, pleins de tendresse et d'érudition. Ces jours derniers, M. Jules Lemaitre la traitait, avec sa maîtrise coutumière, comme une figure de la Légende dorée. M. Herriot, maire de Lyon, étant radical, professe les opinions auxquelles 'semblent se plaire momentanément la majorité des Français. M. Jules Lemaitre ne dissimule point ses préférence pour un essai différent de sociologie. Sur tous les autres sujets, ces deux écrivains seraient ennemis, ou du moins adversaires. » Mes bonnes amies ne se querellent jamais, disait Liszt : elles s'aiment en moi. » Les adorateurs de Juliette atteignent inconsciemment ce bienheureux état d'âme. Même après sa mort, Mme Récamier pacifie lea

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cœurs. I été \ raimenf nno mani< re

d ainte. Mais < ■ pas trop de tout le Bavoir de

M. Herriol e1 d< i subtilité de Jules Lemattre

poui ■ l< monts multiples qui consti-

tuèrent sa sainteté. Et, malgré tout, i ipa-

rable créature demeure chimérique et inexplicable. Il y aura toujours un secret de Juliette ■ que ni les historiens, ni les poètes, ni les humbles chroniqueurs ne pourront pénétrer. Sa mémoire est h ainsi que I»; prévoyait l'excellente Mme Lenormant, à la profanation des conj< • tures Du vivant de l'irrésistible Juliette, il fallait bien immi telle, el l'adorer de gré ou de roree. ■ beaux cheveux, s'é< riait Benjamin Constant , cheveux qu'elle ne peut détacher sans nous remplir de trouble I Av< rguments pan il-, elle rei

infiniment incertaines les enquêtes psychologiq

- enfin, elle n'est plus là, l'ensorceleuse! une foli< • re aujourd'hui, que d'essayer d'arracher .son énigme Lte sphinge aux mines de pension*

naire ? Qui devinera le mystère que cachaient frisons châtains .' Notre père Sainte-Beuve, pou facile à tromper pourtant, préféra renonçai ; il accepta le bloc de Juliette, en y comprenant l'absolue pureté. M. Jules Lemaitre semble admettre que < • pureté abdiqua, sur le tard, devant Chateaubriand. S,ms doute, il n'y a là rien d'impossible, et Je Gra Vicomte en a fait bien d'autres. C'est égal, qu'il est donc singulier qu'une femme, une fée adorée par l'Europe, ait pu traverser intacte nue incandescence de désirs pour venir se brûler, après la quarantaine un volcan éteint ! Pour ma part, j inclinerais à croire ;'i la pureté continue, Chateaubriand lui-même ayant subi sa continuité. Et nous voilà forcés d'cntr'ouvrir l'oreille à ces bruits bizarres qui se chuchotaient dans les boudoirs du Consulat et de l'Empire. Passons

vite. Mérimée tenait, sur ce sujet délicat, des propos immodestes de carabin. Faut-il penser que la nature aurait eu cet atroce caprice de créer le charme infini et d'inachever méchamment son chef - d'œuvre ? Elle est capable de tout, la nature.

Plus on y songe, plus l'énigme s'obscurcit. Juliette, si miraculeusement séduisante, aura été l'Inutile Beauté. Mais pourquoi ? H y a bien l'explication édifiante, tout bonnement celle de la vertu. Ce serait flatteur, comme disait l'autre. Hélas ! méfions-nous des surprises du cœur. J'entends bien que la vertu peut, en jouant avec le danger, rester parfaite. Encore faut-il qu'elle apporte dans ce sport périlloux quelque prudence. La citoyenne Récamier promenait au bal de l'Opéra et à Longchamp des pudeurs téméraires. Jamais la vingtième année d'une jolie femme n'a provoqué plus négligemment, disons les hommages pour pester respectueux. Accordons à Mme Lenormant et au bon Ballancheque Juliette fut complètement chaste. Qu'ils nous permettent seulement d'insinuer qu'elle se conduisit parfois, pendant la noce directoriale et la fête consulaire, comme si elle ne l'avait été qu'à demi. Des médisants, mettons des calomniateurs, se sont permis de jaser. Nous pouvions recueillir, pas plus tard qu'hier, un écho de leur malveillance dans le livre que M. Alfred Marquiset consacre au souvenir de Mme Hamelin. H y aurait eu conflit entre ces deux merveilleuses : Julie Récamier, toute blancheur, et la créole Fortunée Hamelin, «brune à faire douter de la pureté de su.! sang ». Fortunée, qu'on nommait «la Jolie Laide », négrillonne endiablée, apportait aux danses une furia qui venait de Saint-Domingue. Elle faisait le bonheur du beau Montrond, un Lauzun de style Barras. Si non.-, eu croyons le général Thiébault, ce Montrond aurait eu la curiosité de comparer la grûc lyonnaise à l'ardeur des Antilles. Certain soir de 1805,

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il '-'.lii sorti d'un bal avanl la Gn, en emmei .lui'- imierdans un fis e aurail loué

un cabriolel et rattrapa les couj la barrière

Clichy. Il est vrai qu'on peut, -'-huit ai

la plus belle, monter en voiture, el la nuit, avec un militaire de mauvaise réputation sans i mal le

moins du mond< . Il convienl aussi dr> ne point oublier que '• I Thiébault était méchante langue

tisier avec délices. Tout indique d'ailleurs, mên n

tenant l'anecdote pour véridique, que Juliette sortit immaculée de l'aventure. Quelle invincible force donne à l'innocence 1«' Bentiment de l'impunité !

Comprenne qui pourra cette manière hardie d'être vertueuse I Juliette tns de • i

méthode. Personne mysl • et inconcevable

que voua lui écrivait Adrien de Montmorency.

L<> prince Auguste, un Prussien chevaleresque, obtint d'elle, mieui qu'un aveu, un billet à ordre, un chèque d'amour comme en pouvail signer la remme dun banquier : Je jure sur le i >nserver

dans toute su pureté le sentiment qui m'attache au prince Auguste de Prusse ; de faire tout ce que p< i l'honneur pour foire rompre mon ma ■ n'avoir

d'amour et de coquetterie pour aucun autre homme, de le revoir, le plus tôt possible et, quel que soit l'avenir, de confier ma destinée à son honneur et à son amour. Lo Germain naïf avait conclu de cette rédaction que Juliette était désormais sa fiancée. « C'est, disait de lui Napoléon, un jeune homme sans boussole. «Lorsqu'il apprit que l'engagement sacré ne tenait plus, Auguste faillit en devenir psychologue. « Soraitce une coquette ? » se dit-il. Pour un Prussien dépourvu de boussole, Auguste raisonnait là passablement. Benjamin Constant, moins candide, après une année d'agenouillement éperdu, finit par ce rugissement :« Je l'ai en horreur! » Et jamais ne fut

adressée à l'idole de plus touchante parole d'amour.

Etait-elle méchamment et gaiement cruelle ? Oh ! que non pas ! Elle fut une délicate virtuose de l'amitié avec de belles fidélités courageuses. Au procès de Moreau, elle alla bravement consoler le vaincu par un sourire. Son fantoche d'époux se ruinait de temps en temps. Elle passait de l'opulence à la gïnv avec une grâce tranquille. Parce que son schall coûtait moins cher, ses épaules allaient-elles changer? Avec un ruban de trente sous dans ses frisures, elle se passait gentiment de pierreries. Son peuple de victimes criait d'abord ; il finissait par roucouler à l'unisson. Un de ses plus sûrs sortilèges était dans son inlassable douceur.

Et puis, tout ceci dit, nous comprenons un peu moins qu'avant. Les psychologies les plus savantes ne nous en diraient pas davantage. Quelqu'un pourtant a failli deviner. Allons interroger une fois de plus le froid et délicieux portrait de David. On croit ignorer pourquoi le peintre et son modèle se lassèrent l'un de l'autre. David était alors, en cette année de Marengo, l'artiste officiel des souverainetés. L'Homme l'avait choisi pour son peintre. Une autre royauté, celle de la Femme, posait devant lui. C'était l'heure où Juliette incarnait triomphalementune France heureuse de revivre dans la gloire et dans la paix. Cette vivante image de la renaissance d'un monde ne pouvait qu'enchanter David et l'exalter. Mais chez l'artiste mythologue veillait un rude ouvrier de vérité. L'œil de David, implacable, a regardé la déesse sans trouble. 11 a tout stylisé, autour d'elle, selon le canon néo-païen. Mais, elle-même, il l'a montrée, telle qu'elle était : une dame à la mode, ce qu'on a appelé depuis «la petite femme». L'ancion jacobin laïcisa cet ange. David a vu un minois, la frimousse d'une grisette amusée, et il a peint Cf> qu'il voyait avec une loyale et sévère candeur. Quel

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