MADAME DE GENLIS
moi. Ah ! mes enfants, que j'ai besoin de me flatter que les heureux germes que vous aviez annoncés dans votre première enfance ne sont qu'étouffés et qu'un jour l'amour et le devoir vous porteront à rendre à la meilleure des mères ce qu'elle aurait droit d'attendre de vous ! »
Ces petits êtres, enveloppés de mensonge, adoraient leur pauvre maman lointaine. Mais autour de ces quatre cœurs prisonniers veillait implacablement la Cabotine.
UN comité de daines anglaises vient de se former, pour coopérer avec le comité de dames françaises qui se propose d'élever à Paris une statue à Mme de Staël. » Cette courte dépêche a fait le tour de la presse sans y produire d'agitation. Les personnes qui songent encore à Corinne se font de plus en plus rares. Aussi, pour se mettre à la mode, ses admiratrices de France et d'Angleterre ont-elles pris le parti de se syndiquer. Elles viennent de créer une confédération fermée. La Suède, la Suisse, l'Allemagne, l'Italie, la Russie ne seraient-elles pas en droit de réclamer ? Une des grandeurs de Mme de Staël, la plus belle de ses beautés spirituelles, fut dans le caractère européen de son pouvoir d'aimer. Elle a cherché la sagesse politique à travers les nations et demandé son propre bonheur un peu partout. Sans doute, mais à la fin de ses vagabondages elle pensait avoir trouvé l'amour chez un jeune mari, et dans la Constitution anglaise la vérité. Elle trépassa en odeur de parlementarisme et en état parfait d'uxorité. L'Angleterre, pays classique des vertus conjugales et terre natale du libéralisme, a le droit de la revendiquer comme une fille d'adoption. Aussi bien, comme disait Albert Sorel, « ce fut l'Angleterre son véritable pays d'utopie ».
Alors que fillette turbulente, Germaine Neeker échappait à la direction de la plus pédagogique des mères, quel enchanteur emportait son esprit voya-