‹ Dames d'autrefoisChapitre 41 sur 57 · JULIETTE ET .1 L" L I E · texte numérisé non relu

JULIETTE ET .1 L" L I E

Un bruit étrange nous arrive de Lyon. Nous le recueillons sous toutes réserves, et avec la quasi-certitude que c'est un faux bruit. Est-il vrai, toutefois, que quelqu'un ait songé, sur les rives de la Saône voluptueuse, à placer un lycée de jeunes filles sous l'invocation de Jeanne-Françoise-Adélaïde-Julie Bernard, plus connue sous le nom de Mme Récamier ?

Encore que Lyon soit la patrie de Guignol, ce n'est pas une cité réputée pour ses aptitudes à l'espièglerie ? On y dissimule mal un peu de dédain pour la frivolité parisienne. Aussi nous refusons-nous à admottre que ce projet, d'une galante fantaisie, ait pu germer dans un cerveau lyonnais. Ou bien alors, la divine Juliette aurait-elle fait là une suprême conquête ? Parmi la foule dolente et résignée de ses victimes, il y eut des Lyonnais et non des moindres. Enerverait-elle encore les énergies de ses compatriotes « par delà le tombeau » ? Les hommes de Lyon dont elle endormit la conscience, le bon Ballanche, Jean-Jacques Ampère, ont pour excuse d'avoir eu sous les yeux l'ensorceleuse, parée de tous les prestiges de la vie. Ils pourraient nous dire : « J'aurais voulu vous y voir, vous qui parlez ! Vous y auriez passé comme les autres. »

Il est infiniment probable qu'aucun de nous n'aurait échappé au délicieux mal qui eut le caractère d'une épidémie européenne. Mais enfin, elle n'est plus là,

cette Circé, pour les austérité* on roucoule-

ments. Et ■■ masculin a de la

.. ] i ::, et l'ombre de ses sorti-

I ,f:l penser que la r e acquisition par 1" nausée de Lyon du buste de Ghinard a rendu à Mme Récamier tout On vienl de nous envoyer deux photographies de ce chefd'œuvre révélateur. Vuede face, l'effigie do Juliette no

ru'innocence et pudeur. On l'imagine très bû n, . ni d'un colli lies, symbolisant

les vertus inscrites au programme. Est-ce avec une intention perfide que 1«' photographe a pris u e autre épreuve, eu regardant le buste de côté ?Sp >nd

poinl de vue, Mme Récamier, perd soudain toute autorité pédagogique. Ah ! mademoiselle, disait 1 d'autrefois, pourquoi

avez-vous ce diable de petit nés ? H est adorable, le nez de Juliette, si mutin, si frémissant, si gourmand fruits défendus ! et tout ce que vous voudrez encore, mais absolument incompatible avec ce que représente • ignement secondaire, — incompatible et absolument.

II se moque de nous encore aujourd'hui, ce nez do grisette déifiée. Il se retroussait ainsi depuis quarantetrois ans, lorsque Jean- Jacques Ampère lui fut présenté. C'était le 1er janvier 1820, à l'Abbaye-au-Bois. Le jeune étudiant lyonnais commençait sa vingtième année: il venait de lire Obermann ,il avait résolu de quitter les sciences physiques et naturelles pour la poésie. Déjà, le Théâtre-Français lui avait refusé des tragédies ; il était mûr pour une grande passion. Mme Récamier lui apparut voilée d'une brume de mousseline, telle qu'une radieuse matinée d'automne. Autour d'elle, « un Sénat d'amoureux. » Trois surtout, entraînés à la contemplation pure : Matlùeu de Montmo-

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