JULIETTE ET JULIE
rency, doyen de la corporation ; l'innocent bonhomme Ballanche, désespéré et persévérant, et Chateaubriand, celui de tous qui supportait le moins bien la frugalité et qu'on soupçonnait vaguement de commettre au dehors des écarts de régime... Ampère fils vint faire un quatrième à ce whist de la continence.
Le pauvret subit cinq années de travaux forcés du désir. « N'avez-vous jamais, s'écriait-il, entendu parler de certains supplices où une sensation douce, irritante, prolongée, finit par faire expirer le patient dans des convulsions ? Eh bien, c'est là mon histoire. » La tortionnaire, si chaste, — oh ! combien ! — s'interdisait de le dédommager autant que de le décevoir. Elle lui ordonnait de courts voyages en manière de médication. Il lui écrivait des lettres hurlantes de douleur : il y en a cent dix. « Nos destinées ne peuvent s'unir. C'est maintenant que cette idée m'accable, maintenant que vous êtes loin, maintenant que je n'ai plus l'espoir d'appuyer sur vos genoux ma tête découragée ! )> Que de formes diverses s'amuse à prendre la vertu ! Il est mille moyens pour une dame bien intentionnée de calmer un adorateur trop hardi. Il ne faut pas discuter les méthodes. C'en est une, semble-il, pourtant un peu singulière, pour décourager une tête de vingt ans, que de lui offrir deux genoux parfumés, comme oreiller de renoncement. Après cinq années de cette cure, le patito se donna lui-même une commutation de peine : il s'enfuit jusqu'en Laponie chercher une atmosphère plus réfrigérante que celle de l'Abbaye enchantée. C'était ainsi que badinait Juliette, en son quarante-troisième printemps.
Et dire que ce fut le grand Ampère qui eut l'idée d'amener son fils au jardin d'Armide ! Si candide qu'ait été ce saint de génie, il dut regretter plus d'une fois le jour de l'an de 1820. Comme a osé l'écrire Cuvillier Fleury, qui n'était pas un pamphlétaire
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violent, la rencontre de Mme Récamier fut fum « au vif rejeton de l'inventeur de l'électricil inique . On ne laurail mieux di
Lui, le père, ce n'< dansun boudoir qu'il avait
appris l'art d'aimer. On < onnall i e! exquis p< amours d*Andn Ai Canon,
l'idylle SI l'r S P '::•'•
une des pages les plus Main) , »toire tk
Ce timide amour <lu futur grand h< : dut celle
qu'il nommait ss Julie . quel moraliste invenl rien de meilleur ? La 1 elle jeune fille, d'une sant riche, faisait des fous p i on in.su. Elle
choisit librement celui de tous qui p : • • 1 1 . - • i r i s
digne d'elle, ce laid g ••. l'hum-
ble André, d moquait. An nsfiguré
par l'amour, connut les ruses du séducteur; il s'acheta des cuk • et un chapeau de t«>iip cirée. Il
devint astucieui : il feignil d'oublierson parapluie chei les parents de Julio, dans le dessoin & 1 l< rat de r< la jeune Bile. Il eut des hardiesses. I n soir, il consij dans son Journal : « J'ai mangé une cerise qu'elle avait touchéel i Après trois ans de telles fiançailles. André Ampère épousa Julie. Peu après, la mort lui enlevait celle qui avait é t o si amoureusement maternelle à son cœur sublime d'éternel enfant.
Au fait, il y a à Lyon un lycée Ampère, celui des garçons. Pourquoi, si l'on est embarrassé de bapt le lycée de filles, ne l'appellerait-on pas « lycée Julie »? Ce serait le placer sous l'invocation d'une des plus pure- mémoires féminines qu'on puis r.-r.
Quant à Juliette, on consacrerait son souvenir sur l'enseigne d'un marchand d'éventails.