LE CŒUR TRÉPASSÉ
LE GCEUR TRÉPASSÉ
A Vittorlo P Ica.
Il y a des jours, il y a des ans ! (ainsi parla ce vieillard au bord de la mer), je cessai de le sentir remuer au dedans de moi. Cette meule active qui, chez les hommes, broie, pour en faire le pain de la vie, l’ivraie et le grain pur, je compris qu’après tant de tours et de tours à tourner dans le vide de mon être, elle allait s’arrêter enfin, — cette meule qui distille aussi l’huile dont s’oignent nos jours.
En vérité (car ces choses alors n’arrêtaient pas ma pensée, je ne pouvais supputer par quels lents périodes d’agonie — mais ce fut lentement, cela seulement je le sais — passa mon coeur avant d’en arriver là,
avant d’entrer en ces ténèbres. La mort ne fut pas pour lui la porte qu’une rafale clôt sur le jour et après laquelle, une fois dépassée, il n’est plus que le silence immuable des ténèbres. Au contraire, une main sans violence lui persuadait de descendre, comme à petits pas, les marches de la crypte vers les sarcophages, insensiblement et doucement le mena par des crépuscules et des tunnels de nuit ensuite, jusqu’à l’endroit où il cessa d’être mon cœur. Mais alors déjà, tandis qu’à petites fois, comme un fruit secoué sur l’arbre, il se détachait (ou comme un fruit cueilli par des doigts prudents), ce n’était plus que le spectre de mon cœur. Oui, une image pâlie et lointaine de ce que mon cœur en un autre temps avait été, — un cœur orageux, certes, un cœur comme une forêt où la meute de mes désirs, par les halüers et les lacs, traquait le fauve péché. Et voilà, ce cœur ainsi devant moi décrût dans les spirales crépusculaires; je le vis