‹ DAMIENS Étude de psycho-pathologie historiqueChapitre 16 sur 27 · AS TR · texte numérisé non relu

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ainsi que Jésus-Christ dans les douleurs et les tourments » réplique-t-il.

Le garde des sceaux arrive et ordonne de lui brûler les jambes avec des pincettes rougies au feu. Damiens se décide à dire : « Que M. le dauphin ne sorte point de la journée; que ses PAIRRCES Se sont bien loin, qu’on ne les trouvera plus. »

Du salon des gardes, Damiens est transporté dans la prison de’ Versailles. I] est obligé de garder le lit en raison de ses brûlures. Deux lieutenants de la Prévôté de l'Hôtel l’interrogent.

Il est venu à Versailles avec l’intention de tuer le roi, puis il se reprend aussitôt, « tuer c'était trop fort et s’il avait voulu le tuer il en était le maître ». Damiens est trop fier pour avouer son échec.

Quand on le questionne sur les raisons qui l’ont poussé à accomplir son geste, il répond : « la reli-' gion », puis il explique : il a conçu son projet depuis le temps des affaires de l’Archevêque et du Parlement, au moment des premiers refus de sacrements et de l'exil des magistrats.

Il n’aime pas les jésuites, il a vécu chez eux par politique, mais il haït leur façon de penser. Quant aux molinistes ils croient apparemment deux Dieux et professent une doctrine « fort relâchée qui souffre beaucoup de libertinage ».

C’est la éonsidération des mauvais traitements

chan

qu'on a fait subir aux meilleurs prêtres, ainsi que le triste état où le peuple est réduit qui l’ont déterminé à d'action qu'il a commise sur la personne du roi.

Son but est désintéressé. Il a agi pour le bien public. Il expose avec complaisance les mobiles de son crime. € Il a entendu dire que tout le peuple de Paris périt et que malgré toutes les représentations que le Parlement fait, le roi n’a voulu entendre à aucune. Il a été frappé des plaintes du peuple de Paris et des provinces qui périssent, il a entendu parler de cela depuis si longtemps à tout le monde et publiquement dans les rues de Paris, que croyant rendre un grand service à l'Etat, cela l’a déterminé

au malheureux coup qu’il a faït. »

Après plusieurs jours de détention, Damiens ne semble plus considérer comme un honneur suprêéme de mourir dans les souffrances et même il cherche à obtenir sa grâce. « S’il plaïsait au roi de lui accorder la vie, il s’expliquera plus clairement, quant à ses complices, il les dénoncera s’il a la vie sauve et n’est pas enchaîné. »

Il paraît dévoré de remords, « il ressent vivement l’énormité de son crime et s’en repent fort, maïs il n’est plus temps ».

Un exempt de la prévôté, nommé Belot, cherche à tirer parti de ces bons sentiments. Il gagne la confiance de Damiens et lui fait écrire une letre au roi,

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. « Sire,

« Je suis bien fâché d’avoir eu le malheur de vous approcher, mais si vous ne prenez pas le parti de votre peuple, avant qu’il soit quelques années d'ici, Vous et monsieur le Dauphin et quelques autres périront. Il serait fàächeux qu’un aussi bon prince, par la trop grande bonté qu’il a pour les ecclésiastiques, dont il accorde toute la confiance, ne soit pas sûr de sa vie; et si vous n’avez pas la bonté d’y remédier sous peu de temps, il arrivera de très grands malheurs, votre royaume n'étant pas en sûreté. Par malheur pour Vous que vos sujets vous ont donné leur démission, l'affaire ne provenant -que de leur part. Et si vous n’avez pas la bonté pour votre peuple d’ordonner qu’on leur donne les sacrements à l’article de la mort, les ayant refusé depuis votre lit de justice, dont le Châtelet a fait vendre les meubles du prêtre qui s’est sauvé, je vous réitère que votre vie n’est pas en sûreté, sur l'avis qui est très vrai, que je prends la liberté de vous informer par l'officier porteur de la présente, auquel j'ai mis toute ma confiance. L’Archevêque est la cause de tout le trouble par les sacrements qu’il a fait refuser. Après le crime cruel que je viens de commettre contre votre personne sacrée, l’aveu sincère que je prends la liberté de vous faire, me fait espérer la clémence des bontés de votre Majesté.

« Signé : DAMIENS. »

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Il y joint un billet sur lequel sont indiqués les noms de sept conseillers au Parlement. Belot prétend qu’il les à désignés comme ses complices.

Le lendemain, à l’interrogatoire on demande à Damiens s’il en est bien ainsi. Il proteste avec véhémence, déclare qu’il n’a jamais voulu dire cela. I] biffe sa signature et dit qu’il ne signera plus rien tant il est fâché qu’on l’ait soupçonné d’une pareille action. Il revendique avec vigueur la responsabilité de son acte: « C’est lui seul qui a commis le crime, personne n’y a eu part, ce serait très mal à propos que l’on inquiéterait du monde. »

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