U TRAITÉ DE MAI
cette cour, par des négociants ou autres particuliers de ses sujets, une somme de 6 millions de livres tournois à 5 p. 100, somme qui devrait être remboursée avec les intérêts en six années après la pacification >. Enfin, dans le cas où le Danemark serait attaqué pour l'occupation armée du Holstein ou au sujet de ce traité, on lui promettait un secours actif jusqu'à entier dédommagement. Aux neuf articles s'ajoute un article secret, aux termes duquel la compensation due au Danemark si l'accord avec le grand-duc ne s'effectuait pas ne pourrait être exigée sur les possessions actuelles des alliés. La France s'engageait enfin à obtenir dans le délai de deux mois l'accession ou la garantie de l'Autriche à ce traité. Cette garantie fut accordée en effet le 1™ novembre 1758, non sans que le comte de Kaunitz eût demandé quelques déclarations relativement à certains points d'un traité si décidément favorable au Danemark. M. P. Vedel a très finement remarqué que les armements promis, tout en contenant une menace à l'adresse de la Prusse, pouvaient aussi bien servir à assurer le Danemark contre les envahissements de la Russie, voire même à venir en aide à Frédéric II si les circonstances le demandaient, et ce fut précisément cette dernière alternative qui faillit se réaliser. Bernstorff conservait donc la neutralité danoise tout en évitant d'exciter trop d'alarmes, et il se ménageait la chance d'un accord souhaité au sujet du Holstein ou celle d'une compensation ; il partagerait les profits de la France et de l'Autriche sans courir leurs dangers.
Le duc de Choiseul, en arrivant au pouvoir, trouva ce traité trop onéreux pour la France au point de vue financier. Obligé de remédier aux fautes de l'administration à laquelle la sienne succédait, il proposa et obtint, par une convention spéciale du 20 mars 1759, que l'article concernant les avances promises au Danemark fût remplacé par une augmentation des subsides annuels stipulés par le traité du 30 janvier 1754 : le subside annuel de la France au Danemark fut fixé à 2 millions de livres au lieu de 1,500,000 '.
1. Voir le Leile de cette CoûTeotion à la page 167 des DantkeTraclattr, 1751-1 1 toL io-8*. 1882, publiés pu- M. P. Vœbl.
TRAITÉ DE MAI 17B8 lxi
Le plus important pour le Danemark, c'était de tirer profit de la clause concernant l'échange du Holstein. Il représenta plus vivement que jamais à la France qu'elle ne pouvait accepter la perspective d'une entière domination de la Russie dans le Nord ; il représenta à l'Autriche qu'il ne pouvait lui convenir que le czar, en devenant prince de l'empire, pût intervenir dans les affaires intérieures de l'Allemagne. Le môme danger existerait, à la vérité, si le grand-duc obtenait les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst ; mais Bernstoiff espérait que le Danemark pourrait acquérir le Holstein gotlorpien. sans se dessaisir pour cela des deux comtés. En effet, la traité du 4 mai avait stipulé que l'échange serait gratuit, c'est-à-dire sans aucun sacrifice financier à la charge du Danemark ; il incomberait donc au grand-duc seul de payer la dette du duché. Bernstorff comptait, au moment où les négociations auraient amené le grand-duc à trouver les moyens de s'acquitter, lui offrir d'avancer l'argent nécessaire en laissant les comtés en gage jusqu'à un remboursement, qui ne s'accomplirait jamais. Choiscul conseilla d'obtenir l'accession de la Russie au traité du 4 mai ; cette accession fut obtenue le 21 mars 4760, mais au prix d'un ajournement de ce qui intéressait surtout le Danemark.
A la suite des préliminaires signés le 3 novembre 1762 entre l'Angleterre et la France, la paix définitive fut conclue à Paris le 10 février 1763. L'Autriche et la Prusse s'accordaient de leur côté, le 15 février. Les alliés respectifs de ces deux dernières puissances étaient simplement visés dans l'article 20 du lriiik ; , qui les comprenait dans la pacification : un article séparé les désignerait expressément. Le gouvernement français ayant proposé à Copenhague qu'en celte occasion le Danemark figurât avec la France comme allié de l'Autriche, la cour danoise s'y refusa; n'ayant pas pris une part active à la guerre, elle ne voulait pas avoir à assumer les obligations qui pouvaient naître de stipulations communes.
Il paraissait d'ailleurs évident à BcrnstoHF qu'il ne pouvait plus guère compter sur le concours de la Fiance. Elle n'avait rien fait pour le Danemark quand il avait été menacé par la
Russie lors du récent avènement de Pierre III, en 1 "702 ; cl Choiseul montrait par le pacte de famille que sa pofitigp s'appuyait dorénavant sur les cours du Midi. Quand expira lu traité du 30 janvier 1754 {H murs 1164), les conditions exi^Vi par la France pour le renouvellement sans subside* furent refusées. Par contre, le renouvellement en 17G5 {'28 tVvrur- 11 mars) d'un traité de 1746 (10 juin) avec la Russie acheva de montrer que c'en était lini de celte alliance française qui durait depuis 1742 : le Danemark était décidément voué à une politique qui devait l'éloigner de nous toujours davantage. L'Instruction donnée au marquis de Blosset recommandé a œ ministre de rechercher si des articles secrets accompi le nouveau traité. Ces articles, on les connaît aujourd'hui, termes du premier, si la Russie était attaquée par les Turcs Danemark l'assisterait, à son choix, soit d'un secours niartli soit d'un subside annuel de 400,000 roubles. Le second ai visait la question du Ilolstcin-GoUorp. Dans celle même ou dans la prochaine, suus attendre la majorité du grand-di on négocierait en vue d'un traité provisionnel pour mellre à tous les dissentiments sur le Slesvig et le Holstein. L'échai avec les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst était désij comme une solution entre plusieurs autres. L'alliance déft sive était conclue pour huit années. Un troisième ;irli> secret obligeait les deux cours contractantes à travailler concert pour maintenir en Suéde la constitution de 1720.
Peu de temps après, le 11-22 avril 1767, un traité dit pi visoire ou éventuel était signé en effet entre les deux coi de Russie et Danemark sur l'échange de la partie grandcale de Holstein contre les deux comtés 1 , et toutes ces marches préparatoires aboutissaient à l'important « Tri d'alliance entre Sa Majesté le roi de Danemark et de Norvi et Sa Majesté impériale de toutes les Russies louchant affaires de Suéde, fait à Copenhague le 13 décembre 1769
Ce trailé de 1769 « touchant les affaires de Suède
l. DoHêkt Traelaltr, p. 229.
destiné par Catheriae II à parfaire le complot tramé contre la Suéde comme contre la Pologne par la Russie et la Prusse, unies déjà pour ce mauvais dessein par leurs traités de murs 17G4 et d'octobre 1769. Il s'agissait maintenant d'y attirer le Danemark, qui ne se fit pas longtemps prier.
Le texte n'en est connu que depuis quelques années. Le Répertoire historique et chronologique des traités conclus par la couronne de Danemarc... jusqu'à 1800 (Gëtlingue, 1826, in-8") publié par II.-C. De Reedtz, donne cette seule indication : Traité d'alliance entre le Danemark et la Russie louchant les affaires de la Suède, le 13 décembre f7b'9. — Non imprimé. On le trouvera dans le volume des Danske Tractater.
Chaque article, à vrai dire, y est de grande importance. II font tin .ivi'c attention un pareil document pour comprendre la politique française envers le Nord à celle date, pour rendre justice à M. de Vergcnnes et à Gustave 111. Si la courte faveur de Struensée à la cour de Danemark (1770-72) avait pu faire croire à quelque rapprochement du cabinet de Copenhague vers la France et la Suède, la désillusion avait été prompte : le coup d'Etat de 1772 à Stockholm sauva certainement la Suéde d'un suprême danger '.
1. V. Gustave III et la cour de France, 1867, t. I", p. *2 et euiTantes. Voici les principal"- h do 1769 :
AftT, II. — Les deux hautes parties contractantes à tant également convaincues que l'intérêt immédiat de leurs couronnes est attaché au maintien de la Forme du douyernement de la Sufde, et voulant déterminer le point par lequel cet intérêt ao trouverait essentiellement bles>é, ont irrflc que le bouleversement de la constitution de 1720 en tout ou même dans uns seule de ses parties, en tant que l'altération faite i celle partie tendrait & restreindre le pouvoir des États et à étendre les prérogatives du pouvoir souverain, sera regardé pu les deux couronnes comme une agression de la part de la Suéde et constituera lui aucuns explication ou discussion ultérieure .-le caïus de leur alliance.
Art. V. — Les deux hautes parties contractantes «'obligent l'une envers l'autre
: wnir prflls dès à présent sur leurs frontières vers la, Suéde, chacune un corps de 20,000 hommes, pourvu d'artillerie et de tout ce qui est nécesasaire pour Us opérations de la campagne, afin do pouvoir le faire entrer et le l'aire agir en Slh> Je aussitôt que le besoin l'exigera.
Art. VI. — Comme, dans te cas d'une rupture avec la Suide, il ne sera pas
oins nécessaire que les deux couronnes agissent rigoureusement par mer que par terre, elles promettent et s'engagent formellement, l'une vîs-i-vis de l'autre, d'équi- ■et de tenir prêt pour le printemps prochain tout ce qu'elles ont de forces navales, fa(on qa'aussitot que la navigation sera ouverte, elles puissent établir leur croire dans la Baltique, selon la situation où seront alurs les affaires de la Suéde,
Art. X. — Sa Majesté (mpèrult de toutes les Russîes promet et s'engage que, ma le eu de la guerre contre la Suède, I laqud! - Se Majesté Danoise participera.
Lxvî PROSPÉRITÉ COMMERCIALE DU DANEMARK
Cella puissante ligue fut singulièrement favorable commerce danois, fort étendu et prospère pendant toute c période, principalement avec les Indes et dans la Méditerrani De 1181 à 1183, i0"> bâtiments danois allèrent dans 1m s Indes orientales; et, dans la seule année 1183, une vali 3 millions de rigsdales en marchandises fut importée 1 < hague par cette voie'. Le canal reliant le golfe de Kiel à der, creusé de 1111 à 1183, mettait la Baltique en immA communication avec la mer du Nord. Les revenus de la dou;
de l'Angleterre, le caractère d'une mesure hostile. Bernslorù* préférait ne s' qu'i la Russie, ce qu'il fil par sa noie du 2S septembre 1778. L 'impératrice Catherine ne sut pas apprécier ces sages considérations, et la négociation traîna en longueur. En attendant. Bernstorff négociait toujours à Londres pour procurer de meilleures conditions k la navigation danoise. 11 s'agissait surtout d'obtenir une interprétation plus raisonnable do l'article du traité de 16Ï0 sur la contrebande de guerre, d'obtenir notamment que ta viande salée et te poisson sec, les deux principaux objets de l'exportation danoise, ne fussent pas compris dans la contrebande confiscablo, A la (In, il réussit k faire signer une contention le i juillet 1780 en ce sens. Mais aianl que celle convention lût conclue, l'impératrice avait ebangé d'idée, ayant appris la participation de l'Espagne a la^uerre et la capture d'un bâtiment rusie par les Espagnols. Elle lança ?a déclaration du 58 fcvrier-IO mare 1780, dam laquelle elle proclama tous lus droits des neutres, y compris celui de couvrir la marchandise par le pavillon neutre ; et elle convia toutes les puissances nenlres i accéder a. ce manifeste. — Benistorff fut très peu satisfait de cette démarche précipitée. En réalité, le Danemark n'avait nullement préjugé la question de son accession A celte déclaration par la convention du 1 juillet, qui ne regardait que l'interprétation d'un article du traité de 1670, lequel resterait toujours en vigueur ; mail BernslorfT fut très mécontent de l'invitation .\ tous les états neutres A accéder; il prévoyait que l'Angleterre verrait, dans la proclamation hautaine des nouveau! principes une provocation . Néuiiiii-iris le gouvernement danois dut s'exécuter, et il accéda par la convention du 9 juillet au manifeste de Catherine 11. Bientôt cependant le gouvernement russe apprit que le Danemark était tombé d'accord a»ec l'Angleterre sur une interprétation de « contrebande de guerre •■, et il devint furieux do la hardiesse d'un État qu'on aimait k Pétersbourg k regarder comme vassal de ,1a Russie. 11 est vrai que ce que le Danemark avait obtenu était une concess; importante au commerce des neutres; mais on avait négocié avec sans avoir demandé la permission de la Russie, voire même sans l'a L'impératrice et le comte Panin ne trouvèrent pas de termes assex violents p flétrir une pareille outrecuidance. De son coté, A.-P. Bernstorff répondit fl ment & l'accusation de duplicité et de mauvaise foi que le comte Panin avait toemuléa officiellement contre lui- Les rapports entre le Danemark et la Russie devinrent très tendus, et BernstortT, qui ne s'attendait pas a d'heureux résultats de l'initiative russe, fut toujours beaucoup plus disposé k s'arranger i l'amiable aree f Angleterre, qui sa montrait disposée k venir au-devant des demandes danoin Mais le prince héréditaire de Danemark, conseillé par Hogh Guldberg, craij la colère de l'impératrice, et A.-P. Bernstorfl fut invité a donner sa déni' qui fut acceptée le li novembre 1780. — Quatre ans après, la révolution d eut lieu par laquelle le prince héritier Frédéric (plus tard Frédéric VI) 1 régence, et le premier acte du nouveau régent fut de rappeler Bemslorfl', qui r ministre des affaires étrangères jusqu'à sa mort en 1707. I, Allen, llitlnire du Vaut-mark, II, 211.
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PROSPERITE COMMERCIALE DV- DANEMARK iavii
du Suud augmentaient ; le trésor public s'enrichissait. Aussi futce bien malgré lui que le Danemark dut coopérer avec la Russie dans une guerre engagée par celle-ci contre la Suède. Il reprit dés qu'il lui fut possibe son rôle prudent de neutralité, cl lorsque les premières agitations de la Révolution française troublèrent l'Europe, il sut résister, sous la sag'c direction d'André Pierre de Bornslorff, aux excitations des puissances qui voulaient l'entraîner dans la coalition contre la République française.
l'ne telle conduite lui permit, dans un temps si troublé, une singulière activité commerciale. On sait par quel terrible désastre celte prospérité fut brusquement interrompue au commencement du siècle.
Le Danemark expia sous les coups de l'Angleterre, dans l'horrible journée du 2 avril 1801, sa persévérance à défendre le droit contre la force. La déclaration de Louis XVI du 26 juillet 1TÏ8, son manifeste du 25 avril 1780 pour la liberté des mers et le respect des pavillons, le manifeste de l'impératrice de Russie du 26 février de la même année, onl marqué une nouvelle période dans le droit maritime. Si la fortune a refusé au Danemark l'honneur d'écrire le premier dans les traités européens la reconnaissance complète des droils des neutres, il est permis de croire que l'exemple de ses malheurs héroïquement soufferts pour une si noble cause en a préparé le triomphe par les universelles sympathies. V. Arthur Desjardins, Introduction historique à F étude du droit commercial. — E. Cauchy, Le dmit maritime international, lome IL
Une autre fois encore, de nos jours, on a vu le petit royaume du Danemark lutter bravement contre plus puissant que lui ; et à d'autres aussi qu'à lui-même sa défaite a été déplorablement funeste.
C'est pour moi un très cher devoir de remercier ici, pour l'aide qu'il m'a prodiguée pendant tout le cours de ce travail, M. P. Vedel, directeur général du ministère des affaires étrangères à Copenhague,
M. P. Vedel est bien connu pour les services qu'il a rendus à la littérature historique. Se servant tour à tour de sa langue nationale et de la langue française, qu'il manie avec une élégante sûreté, il a tiré des archives danoises les matériaux d'un ouvrage sur le ministre J.-H.-E. Bernstorff qui éclaire singulièrement les rapports entre la France et le Nord pendant la fin du xviii siècle, ceux de plusieurs études diplomatiques et d'un recueil de traités, et des correspondances comme celle de Clioiseul, intéressante pour l'histoire des lettres aussi bien que pour l'histoire politique.
J'ai connu jadis, dans ce petit et honnête royaume de Danemark, plus d'un de ces bons esprits dont on a si malheureusement dédaigné les avertissements et les remontrances. Pèset-elle assez lourdement sur la fin de ce siècle, l'infortune subie il y a quelque quarante années par le Danemark! Nous étions quelques-uns — un petit nombre — qui nous efforcions, dans la Revue des Deux Mondes et le Journal des Débats, d'informer l'esprit public en France, de l'éclairer, de lui faire entrevoir l'avenir. Et nous avions, pour nous aider à faire connaître ce qui concernait les affaires du Nord, le continuel secours de quelques éminents politiques du Danemark
Lxxn
soucieux d'être utiles à leur pays. Tel d'entre eux nous a laissé le plus respecté souvenir. J'ai encore des volumes, ce n'est pas trop peu dire, de notes manuscrites que nous envoyait le vénéré Auguste Rothe, ancien professeur à l'université de Soroe. Après que la fatigue de l'âge l'avait forcé de renoncer à son enseignement, il consacrait sa retraite à cette autre tâche laborieuse d'informer les publicistes sur les affaires de son pays. 11 le faisait avec une ardeur juvénile, mais aussi avec une expérience, avec une dignité, avec un dévouement qui nous inspiraient la plus profonde estime.
M. P. Vedel était son ami. Lui aussi, il voulait tendre la main à quiconque, dans les revues et journaux les plus estimés, témoignait d'un intérêt sérieux envers sa chère patrie. Nul n'a plus applaudi à la publication projetée des Instructions diplomatiques concernant la Suède et le Danemark. La période qu'embrasse notre présent volume, de 1648 à 1789, est fort embarrassée par les relations complexes qui liaient le Danemark à l'Allemagne. Des éclaircissements tels que ceux que m'a prodigués M. Vedel m'ont certainement préservé de beaucoup d'erreurs ; qu'il en soit sincèrement remercié.
A. Gefproy.
CHEVALIER DE TERLON
Il y a eu certes plusieurs missions françaises à Copenhague avant celle-ci. Claude de Mesmes, comte d'Avaux, s'y rend en juin 1634; mais c'est pour assister au mariage du prince Christian, (ils aîné du roi Christian IV, et qui ne régna pas. Le sieur de Meules est accrédité en 1643 à Copenhague, mais en même temps a Hambourg. Le comte de la Thuillerïe n'y va que pour négocier la pair de 1645 entre les deux royaumes Scandinaves. Le baron d'Avaugour, en 1654, est désigné pour la Suède et • sur son passage » pour le Danemark. Il est présenté au roi Frédéric III le 6 août. On trouvera sur ces missions et quelques autres des indications diverses dans notre liste des Agents diplomatiques de France en Danemark, à la lin de ce volume.
Ce n'est guère qu'avec le chevalier de Terlon que la mission danoise devient fixe et permanente. Encore est-il, comme d'Avaugour auquel il succède, accrédité parfois auprès des deux cours, de sorte qu'il convient, pouravoir uneentente complète de son action dans le Nord, de lire, outre celle que nous publions ici, ses Instructions pour la Suède aux dates suivantes : 1662, 11 août 1664, 30 juin et 3 juillet 1665 (V. notre volume de Suède, p. 31-71.)
L'Instruction à Terlon que nous avons dû réserver pour le présent volume est spéciale aux affaires danoises. Conservée au registre Suède, n" il, des Archives du ministère des affaires étrangères, à Paris, elle est sans date. Mais il y est question d'une ambassade du commencement de 1661, connue d'ailleurs, ayant eu Heu, est-il dit, depuis trois ans; on y rappelle la condamnation à mort de CorhlzUlfeld.qui cal du 21 juillet 1663. D'autre part, tes lettres de créance pour Terlon, conservées aux Archives de Copenhague, sont du 16 juillet l(i64;
RECUEIL DES 1NSTR. MPI.. XIII. — 1
I CHEVALIER DE TERLON
il arriva le 30 octobre et lit son entrée le I' novembre. Il a eu dcui audiences du roi de Danemark le 8 et le 14 de ce mois, dan» lesquelles la conversation a touché plusieurs des points essentiel* de cette Instruction. Il y a donc lieu de penser que cette pièce a été rédigée avant le départ de Paris pour cette mission, qui est dit prochain, et vers la tin de l'été 1664. Si ou y parle de la paix des Pyrénées, du mariage du roi, de la naissance d'un dauphin, quoique plusieurs années soient écoulées depuis ces événements, cela vient sans nul doute de ce que les rapports diplomatiques directs n'avaient pas été fréquents entre les deux cours. Toutefois nous trouvons la signature de Terlon à un traité entre Suède et Danemark <b, 18-28 février 1658, à la paix de Roeskilde, 26 févricr-8 mars de la même année, a la paix de Copenhague, 11 mai-6 juin 1660, actes conclus sous la médiation de la France.
Noua connaissons Terlon par ces premiers travaux. C'est un gentilhomme du cardinal Mazarin, auquel il est dévoué. Il a laissé des mémoires sur la période de 1656 & 1660 qui ont été imprimés. V. Il notice que lui a consacrée M. le comte F. U. Wraugel dans u Liste des diplomates français en Suède, 1541-1891. Stockholm, 1891, in-qiiarlo.
Terlon devra travailler à resserrer toujours davantage l 'amitié entre Sa Majesté et les deux rois du Nord. Il remerciera le roi de Danemark de l'ambassade envoyée pour féliciter Sa Majesté de la paix avec l'Es pagne, de son mariage et de la naissance d'un dauphin. Aussi Sa Majesté a-t-ellc bien accueilli l'ambassadeur extraordinaire Aunibalik Sehcsted, lequel a conclu un nouveau traité decommerce très privîUgU suivi d'une autre alliance étroite. Il diraau roi de Danemark qu'il est chargé de communiquer le traité aux électeurs cl princes de l'empire alliés de la France, et de les amener à donner assistance, au besoin, au roi de Danemark. Sa Majesté ne prendra elle-même aucun engagement contraire. Il faut communiquer â la Suède le traité du 3 août sans les articles secrets.
Sa Majesté a été touchée d'apprendre l'attentat de CorClz Ulfeld. Elleacoulribué aux mesures à prendre même contre des Français ses complices. — Félicitations pour le rétablissement de l'autorité royale. — Visite du prince de Danemark en France. — Sa Majesté a été de ses fonctions le sieur Sorbiôre, auteur d'un livre favorable a Ulfeld. Étudier les sentiments du ministère danois. Regrelte-t-on l'ancienne alliance avee- la maison d'Autriche? Comment la monarchie héréditaire a-t-elle été rétablie ? Quel mariage souhaite-t-on pour le prinec royal!" A-t-on perdu tout espoir de recouvrer la Scanieî Quels rapports y a-t-il entre les rois de Danemark et de Pologne?
CHEVALIER DE TERLON 3
Sonder les sentiments du roi de Danemark sur le duc de Lunebourg, son beau-père, concurrent du candidat français au trône de Pologne.
Pourrait-on mettre On par quelque mariage à la jalousie entre la maison royale de Danemark et celle de Holsteinï Savoir si tes Suédois ne la fomentent pai. Où an est la prétention du roi de Danemark sur la ville de Hambourg? Comment est-il avec l'empereur ï
MÉMOIRE DU IVOI POUR SERVIR d' INSTRUCTION AU SIEUti CHEVALIER DE TERLON, AMBASSADEUR DE SA MAJESTÉ VERS LES ROIS DU BORD 1 .
Le Roi ayant résolu d'envoyer dans le Nord quelque personne donl la probité et la suffisance lui soient connues, Sa Majesté a jeté les yeux sur le sieur chevalier de Tcrlon, lequel, y ayant réside* pendant plusieurs années en qualité de son ambassadeur, s'est acquis une connoissance très particulière île toutes les affaires de ces quartiers-là. C'est pourquoi Sa Majesté a jugé qu'il pourrait, mieux que tout autre, l'y servir dans la conjoncture présente, étant parfaitement instruit des intérêts de la Suéde et du Danemark, qu'il a longtemps traités avec beaucoup de prudence et de dextérité pendant le cours de cette importante négociation dont Sa Majesté l'avoit chargé pour pacifier les troubles et différends survenus entre ces deux couronnes, lesquels furent heureusement terminés à la gloire de Sa Majesté et à l'avantage desdits rois par le traité de *, dont ledit sieur chevalier fut le médiateur au
nom du Roi.
El d'autant que Sa Majesté considère ces deux rois comme ses amis et alliés et qu'Elle est persuadée que leur bonne intelligence est non seulement utile, mais même nécessaire pour affermir la paix et la tranquillité publique, Sa Majesté désire d'entretenir avec eux une étroite et parfaite correspondance, et