Voir le» Iiutructioni pour la Suède, p. uni
XL TRAITÉ DEFINITIF DE i ti 83
Les négociateurs au nom de Christian V étaient les comtes de Gyldenlôwe, d'Ahlefeld et de Revcntlow, et le conseiller d'État Bierman d'Ehrenschild. M. de Martangis, ambassadeur extraordinaire à Copenhague, signait pour la France. Quinze articles publics stipulaient pour dix années l'alliance réciproque ayant pour unique but de conserver de part et d'autre les anciennes possessions et celles qu'on avait acquises parles traités de Munster et de Nimègue. Huit articles secrets précisaient les conditions de l'alliance. Le Roi Très Chrétien assisterait le roi de Danemark si celui-ci se voyait obligé d'entrer en guette contre l'Espagne pour se faire payer des sommes que cette puissance lui devait. Il cédait au roi et à la couronne de Danemark tous les droits auxquels il pourrait prétendre, en qualité de suzerain et de seigneur suprême du cercle de Bourgogne, sur la principauté de lèvera ' ; il assisterait le roi de Danemark si le roi d'Espagne voulait inquiéter celui-ci à cause de cette cession. Le nombre d'hommes composant les secours réciproques était stipulé. En cas que le roi de Danemark dût fournir ces secours au Roi Très Chrétien, celui-ci lui paierait un subside annuel de 350,000 rixdales 3 . Si le roi de Danemark était attaqué dans le temps même où il fournirait ces secours, le Roi de France non seulement lui enverrait les secours stipulés, mais entrerait en guerre ouverte avec ses ennemis et ne ferait la paix que de son consentement. Les secours stipulas seraient augmentés s'il le fallait, et la partie requise prendrait même ouvertement part à la guerre, si la partie requérante le désirait. Le Roi de France s'engageait à payer au Danemark en temps de paix un subside annuel de 200,000 rixdales, et s'eflbrecrai t de faire entrer l'Electeur de Brandebourg dans cette alliance. Dès le 10 avril, c'est-à-dire quinze jours seulement aprèslasignaturedu traité définitif avec le Danemark, Louis XIV
1. V. iut cette question les Instructions & M. de Martangis, * décembre 1681, et au président Ogier, 8 août 1753.
2. Voici, au moins pour le xvir siècle, le rapport antre le rigsdaler danois et la franc d'argent flo (4,5 grammes). D vaut de 1601 à 1629, 5 fr. 76 c, — de 1630 i 1952, 5 fr. 62 c, — de 1653 à 1672, 5 fr. 50 c, — de 1673 à 1685, 6 fr. U c. de 1688 à 1693, 5 fr. 27 c., - de 1693 à 1695, 5 fr. 20 c, — de 1695 & 16», 5 fr. 10 c, — en 1700, 5 francs.
PRÉPARATIFS DANOIS CONTRE LA SUEDE xu
faisait expédier des lettres patentes pour la cession de la principauté de Ievern.
Le traité du 25 mars 1682, entre le Danemark et la France, fui suivi (t4 septembre de la même année) d'un traité entre le Danemark, l'Electeur de Brandebourg et l'éveque de Munster. Cette dernière transaction n'avait trait, disait-on, qu'à une réciprocité de défense ; mais il n'était pas douteux qu'elle n'eût réellement en vue une guerre possible contre la Suède. Cette puissance avait en effet entièrement rompu son atlinnce traditionnelle avec la France, dont le Danemark était devenu, par contre, l'allié. L'ancien antagonisme entre les deux couronnes du Nord avait reparu : les projets d'union Scandinave s'étaient complètement évanouis.
Le rapprochement entre le Danemark et la France devint plus que jamais effectif quand il fut évident après les longs et vains efforts de Feuquière à Stockholm, que le roi de Suède Charles XI et son ministre Oxenstierna ne se laisseraient pas détacher de l'alliance hollandaise. Feuquière, sur sa demande, fut remplacé par le conseiller et maître des requêtes Bazin, lequel, en passant par Copenhague, eut du roi Christian, le 20 juin, une audience dont il profita pour donner des assurances formelles de l'amitié du Roi de France. Ses Instructions lui enjoignaient, s'il parvenait a renouer avec la Suède, de ne rien accepter qui fût de quelque détriment pour le Danemark, rien notamment qui favorisât en quoi que ce fût le duc de Holslein-Gottorp.
Déjà l'on s'occupait à Copenhague de vastes projets d'action. Pendant que la Suède serait attaquée dans les duchés de Brème et de Verden, l'Électeur de Brandebourg envahirait la Poméranie suédoise, et la flotte danoise irait brûler la Hotte rivale dans le port nouvellement construit de Carlscrona, encore insuffisamment fortifié. Mais on voulait surtout parvenir à reprendre a la Suède les trois provinces de Scanie, Halland et Blcking, et le ministre de Danemark a Paris, le baron Henning Mcyerkronc, était chargé d'amener la France à garantir au Danemark la possession future de ces provinces, auquel cas la garantie de l'Electeur de Brandebourg sur ce
XLn PREPARATIFS DANOIS CONTRE LA SUEDE
môme sujet était promise. On fit à Copenhague des préparatifs de guerre considérables; le comte de Roye, officier distingue* au service de la France, fut invité à entrer, avec la permission de Louis XIV, dans l'armée danoise pour prendre le commandement suprême sous les ordres du roi. Arrivé en Danemark au printemps de 1G83, il fut aussitôt nommé général fcld-maréchal, avec un traitement élevé.
Mais celte belle ardeur ne plut pas à Versailles. Le marquis de Villars eut pour instruction de représenter au gouvernement danois qu'une attaque sur la Hotte suédoise amènerait immédiatement la flotte hollandaise, et que les ducs de Lunebourg empêcheraient l'envahissement de Brème et de Verden. 11 fallait donc se borner à être en force pour empêcher les transports des troupes suédoises en Allemagne ; et il parut bien que la flotte française, de vingt-deux vaisseaux, qui mouillait dans le Sund sous le commandement du marquis de Prévilly, n'avait pas d'autre but.
Quant au roi de Suède, il est clair qu'il devait tout faire pour se préserver d'une attaque qui eût été redoutable. Renonçant à faire passer des troupes en Allemagne, Charles XI concentra ses forces, retira de Carlscrona sa flotte, qui eut un abri plus sûr dans le port fortifié de Calmar, et bientôt une flotte hollandaise parut à Gôthcborg. Octobre força d'ailleurs la flotte française de repartir pour la France, où elle n'arriva qu'après avoir beaucoup souffert des tempêtes de la mer du Nord. La cour danoise n'en pouvait pas moins faire remarquer quels avantages la France avait tirés de son alliance et des arménien Is par lesquels la Suède s'était vue arrêtée dans ses projets; les mauvais desseins de la maison de Brunswick-Lûnebourg avaient été empêchés; la France avait pu, par suite, réduire la ville de Luxembourg ; les Hollandais enfin, aussi bien que l'Empereur, s'étaient vus obligés d'accepter l'armistice aux conditions que la France avait souhaitées.
Le Danemark se Hait plus intimement encore à la France, par un nouveau traité, du 6-16 novembre 1683 '. L'année
DROITS DU DUC DE HOLSTEIN xun
suivante, la trêve de Ratisbonne (15 août 1684), conclue avec l'Espagne et l'Empire pour vingt années, laissait la France en possession de Strasbourg et des territoires qu'elle avait enlevés à l'Allemagne, jusqu'à la conclusion d'une paix définitive dont les négociations devaient s'ouvrir sans délai. La cour de Danemark ne croyait pourtant pas à la durée de cet accord; elle était convaincue que l'Empereur le romprait des qu'il serait sorti lies inquiétudes où le siège de Vienne par les Turcs l'avaient plongé. On continuait donc d'insister, de Copenhague, pour que la France, pendant qu'il en était temps encore, mît la Suède hors d'état de nuire. En face de tant de représentations, le cabinet de Versailles parut hésiter. S'il désirait ajourner l'exécution du projet contre la Suède, il se montrait du moins disposé à déférer aux vœux du Danemark relativement au duc de Gottorp, ou tout au moins à laisser agir non sans quelque assistance.
Jadis vassaux des rois de Danemark, les ducs de Gottorp possédaient en cette qualité une partie du Slesvig, province danoise, et une partie du Holslein, pays allemand, appartenant à la maison d'Oldenbourg, dont le chef était monté sur le trône danois. Désireux de se rendre indépendants, les ducs de Gottorp s'unissaient clandestinement à la Suède : les victoires de Charles-Gustave leur valurent la souveraineté de leurs Etats stipulée dans les paix do Roeskildc et de Copenhague, 1658 et 1660. Voilà le dommage cruel que le Danemark souhaitait
cher les transports de troupes et de provisions do Suède en Allemag-na. Le Roi Très Chrétien donner» au Danemark, outre les 100,000 rii Jnlcs qu'il s'est engagé de payer annuellement en temps de paix, un autre subside de 1 00,000 riidales par an. Au moyen de cette flotte, le mi de Danemark promet d empêcher le transport ds 6,000 à 8,000 Suédois en Allemagne; et, d&* que la flotte danoise aura attaqué les vaisseaux suédois, le Roi Très Chrétien paiera au roi de Danemark la somme de 600,000 rixdales par an jusqu'à la paii. Si les ducs de Lllnebourg agissent hostilement contre la France, ou prêtent ou vendent aui ennemis de la France un plus grand nombre de troupes que celui auquel monte leur contingent, le roi de Danemark les attaquera avec une armée de 24,000 hommes, et, dis que ce corps sera entré- en campagne, le Roi Très Chrétien paiera au roi de Danemark la somme do 800,000 riidales par an jusqu'i la paii. Si la Suéde veut assister lesdits ducs, ou en quelque autre façon attaquer le Dnnncniark, le Roi Très Chrétien continuera le même subside jusqu'à ce que le roi de Danmark ait obtenu pleine et entière satisfaction. Les Rois contractants tâcheront do faire entrer l'électeur de Brandebourg dans leur alliance ; et, si cela réussit, te roi de Danemark se contentera du subside de 550,000 riïdales stipulé par le traité de 1682.
xuv DROITS DU DUC DE HOLSTEIN
ardemment de pouvoir réparer ; avec un Gottorp hostile sécurité était perpétuellement compromise : il était pris enti deux ennemis si la Suède attaquait. La soumission des ducs Gottorp et la reprise des provinces de Scanie, de Halland Bleking, tel était le double vœu de la cour danoise. Elle a' saisi la première occasion favorable, en 1675, pour forcer duc à renoncer à la souveraineté sur sa part du Slcsvig (c( vention de Rendsbourg); mais, presque aussitôt, 1679, l'inti vention de la Fiance l'avait forcée de nouveau à reconnaître par les deux paix de Fontainebleau (23 aoùt-2 septembre 1679) et de Lund (26 septembre-6 octobre même année), l'indi pendanec do ce prince.
Le traité du 25 mars 1682 avec la cour danoise ayant é confirmé, non seulement par le nouvel accord du 6-16novembro 1683, mais encore par un « traité très secret de neutralité entre le Danemark et la France » signé à Copenhague le 26 mars 1691, Louis XIV crut pouvoir compter sur le cabinet de Copenhague contre la célèbre entreprise du Neuvième électoral, créé par l'Empereur le 22 mars 1692 au profit d'Ernest- Auguste, duc de Hanovre, dont le fils George devait obtenir couronne d'Angleterre en 1714'. Un traité entre le Danemai et la France, signé par le marquis de Bonrepaus le H ma: 1693, eut pour principaux articles ceux-ci : « Le Roi Trè< Chrétien accède à l'alliance que le roi de Danemark a faite avi les ducs de Wolfenbûttel et les autres princes de l'Empire poi s'opposer à l'érection du Neuvième électoral et à la réunion di duché d'Hanovre et de Zell. Si, en haine dudit traité, le roi de Danemark est attaqué, le Roi Très Chrélien l'assistera selon le traité du 27 mars 1691. Le Roi Très Chrétien s'enga faire dédommager les ducs de Brunswick-Wolfenbûttel di pertes qu'ils pourraient subir. » M. de Bonrepaus signait biei tôt un nouveau traité de Copenhague, 5 avril de la même année, par lequel le roi de Danemark promettait qu'aussitôt que les puissances alliées commenceraient la campagne contre la France, il enverrait des troupes pour expulser les ducs
i. V. la ïoluino des Insln,
s pour la Suède, à l'Index.
DROITS Dtl DUC DE HOLSTEIN xlv
Zell et d'Hanovre du duché de Saxc-Lauen bourg. Le Roi de France promettait de nouveau le subside stipulé par le traité du 27 mars 1691. Encore en mars 1695, le roi de Danemark, comme duc de Holslein, contractait union avec l'évéque de Munster, les ducs de Saxc-Cobourg et Gotha, le duc de Brunswick-Wolfenbûtlel, etc., pour tâcher d'empêcher ou de différer l'érection du Neuvième électoral.
Cela n'empêcha pas Christian V, en décembre 1696, défaire alliance avec Guillaume III et les Etats généraux. C'étail un revirement complet; car, entre autres articles secrets, le nouvel accord comprenait des dispositions comme celles-ci : t Sa Majesté danoise fera interdire à ses sujets loul commerce direct ou indirect avec la France ; elle fera fermer ses portes aux vaisseaux de guerre et aux corsaires français ; elle recevra de l'Angleterre et de la Hollande des subsides annuels ; elle ne se mêlera plus de l'affaire de l'érection du Neuvième électorat. » Il parait bien que le cabinet de Versailles, tout en sachant le traitéde 1696, avait ignoré ou voulu oublier ces dispositions quand il faisait rédiger l'Instruction au comte de Chamilly, du 17 mai 1698, où on louait la sagesse du roi de Danemark de persister dans son opposition au Neuvième électorat, où l'on croyait voir se rassurer ceux qui avaient douté des sentiments de la cour de Copenhague. On en savait du moins assez pour se croire délié envers elle des engagements de 1691.
L'année 1697 est la date de l'avènement de Charles XII au trône de Suéde. On sait quelle série de guerres, contre le Danemark au sujet du duc de Goltorp, contre l'électeur de Saxo, roi de Pologne, contre le czar Pierre, allié du Danemark, entraîna Charles, après d'éclatants succès, vers sa ruine. La paix de Nystad entre la Russie et la Suède, 10 septembre 1721, abattit cette dernière puissance, et lui enleva tout ce qu'elle avait acquis de renom glorieux depuis la guerre de Trente ans. Pendant la même période, la France s'était épuisée par la guerre de la succession d'Espagne, et le Danemark n'avait pas dissimulé ses efforts pour se ménager (ligue du 28 juin 1709) les bonnes grâces et éventuellement l'appui des puissances déclarées contre nous. Louis XIV s'était d'ailleurs rapproché
de Charles Xll en 1710 et en 1715. Il y eut même rupture des rapports diplomatiques réguliers entre la France et le Danemark depuis 1702. Le ministre de France, M. de Chamilly, avait donne* asile dans son hôtel à un malfaiteur, sujet danois et qui n'avait aucune sorte de relations avec la France on avec l'ambassade. Les instances du gouvernement danois pour une réparation furent dédaigneusement ropoussées, et Chamilly quitta Copenhague. On accusait aussi notre ministre de fai de la prédication religieuse, ce qui lui attirait de fréquents conflits avec les autorités danoises, obligées par les lois à sauvegarder le strict maintien de l'orthodoxie luthérienne. Cet épisode ne faisait que déterminer une crise que comportait 1. situation créée par le traité de décembre 1696.
La rupture des rapports diplomatiques, de 1702 a 1726, ne fut au reste que partielle. En effet, la politique do la France s'était rapprochée, immédiatement après la mort de Louis XIV, de celle de l'Angleterre, et l'on voulait obtenir à tout prix paix, que Frédéric IV prétendait ne signer qu'au prix d'ui garantie du Slesvig, dont il avait réuni la partie ducale < 1713. Lors donc que le traité de Frédériksborg, du 5 juill 1720. fut conclu entre le Danemark et la Suède, ce fut sous 1: médiation de l'Angleterre et de la France, qui garantirent toutes deux à la couronne danoise cette possession du Slesvig à perpétuité. L'Angleterre n'avait pas fait de difficultés poui accorder celte garantie; le prince Régent de France et i ministre Dubois au contraire avaient cherché à s'y soustraire ne voulant donner la garantie du cabinet de Versailles que s la cession de la partie ducale était consentie par le duc, tandis que le Danemark, soutenu par l'Angleterre, insistait pour fu la garantie fût donnée sans conditions. Pour quels motifs le gouvernement français agissait-il ainsi? On a cru que l'influence du célèbre Ecossais Law, qui détestait L'Angleterre, intrigues de Pierre le Grand, qui favorisait le duc Charles- Frédéric de Gotlorp et le voulait pour gendre, y furent pour beaucoup. A la fin cependant, la persistance du gouvernement danois, la nécessité pour le prince Régent de conserver les bons rapports avec l'Angleterre, peut-être aussi la promesse de
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GARANTIES DU SLESVIG xlvii
rlelerre d'user de son influence pour procurer lo chapeau de cardinal à Dubois, l'emportèrent. La garantie anglaise fut signée le 26 juillet, et celle de la France le 18 août'.
Ces actes solennels devaient être inutiles. Le duc Charles Frédéric n'accepta pas la cession stipulée ; et, comme il épousa plus tard la princesse Anne, fi] le de Pierre le Grand (29 mai 1725), il devint un ennemi fort dangereux pour la couronne danoise. Frédéric IV n'eut de repos qu'après la morl de l'impératrice Calherine \", en 1727. Des rapports amicaux se renouvelèrent alors entre le Danemark et la Russie ; la Russie et l'Autriche garantirent elles-mêmes en 1732 la possession danoise de tout le duché de Slesvig ; la querelle se renouvela pourtant encore, jusqu'à ce que l'échange de 1767 y mit lin. On sait de quel poids ont été, de nos jours, ces prétendues garanties diplomatiques. II est permis de penser que l'Angleterre et la France, lorsqu'elles ont permis à la Prusse, en 1864, malgré leur parole solennellement donnée, de ravir le Slesvig au Danemark, ont singulièrement oublié leurs propres intérêts et ceux de l'Europe.
En accordant sa garantie du Slesvig, l'Angleterre avait repoussé les prétentions du Danemark à conserver ses conquêtes suédoises. La cour de Copenhague, de son côté, trouvait prudent de ne pas chercher un appui exclusivement auprès (b's puissances maritimes. Le moment était d'ailleurs favorable
1, La garantie anglaise s'exprime, en résumé, comme il suit : • Sa Majesté Britannique promet et s'oblige, pour soi, ses héritiers et successeurs, de garantir et conserver à Sa Majesté le roi de Danemark, dans une poaaossion continuelle et paisible, la partie du duché de Schlcswick laquelle -Sa ttijtftl DaaoiM a entre les mains, et de la défendra le mieux possible contre tous cl chacun qui tâcherait de la troubler soll directement ou indirectement, 1b tout en ïertu du traité conclu en 1715 avec Sa Majesté Britannique comme électeur de Brunswick -Lune bourg aussi bien que de la convention faite le 30 octobre de l'année passée. • La garantie française était ainsi conçue : s Louis, par la grice de Dieu, etc.. Sa Majesté ayant été informée des dillicultés qui se ren contrôlent pour la restitution à la couronne de Suède de l'île de Rogen et principauté, de la forteresse do Stralaund, et du reste de la Poméranie jusqu'à la rivière de Penne, occupée par la couronne de Danemark si ella n'estoit asseurée de la possession du Boblanrïofc, llgtttlln Sa Maj.>sié Britannique lui a déjà garantie, Sa Majoré Tira Chrétienne a bien voulu, par toutes ces considérations et sur les instances des rojs de la Orando-Brelagne et de Daunemarc, accorder à cette dernière couronne, comme II luj donne par ces présentes, la garanti» du duché do Schleswick, promettant, eu considération des susdites restitutions, stipulées dans le traité signé ce jourd'huy k Stockholm par MM. les plénipotentiaires de Suéde, do maintenir le roi de Danemark dans la possession paisible de la partie ducale dudit duché... »
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XLVin GARANTIES DU SLESV1G
pour se rapprocher de la France, puisque les desseins ambitieux de l'Empereur avaient amené une entente de cette puissance avec l'Angleterre qui permettait de rechercher l'amitié de l'une sans s'aliéner celle de l'autre. Le nouveau ministre que le roi de Danemark envoya, u la fin de 1723, à Paris, M. de Wederkopp, reçut donc pour instruction, le 8 décemlm d'exprimer le désir de renouer des rapports réguliers, et < tenir qu'on accréditât de nouveau un ministre à Copcnhui Deux années s'écoulèrent avant qu'on s'y décidât, et, quand l comte de Camilly fut envoyé (1726), ce fut probablement un effet des instances de l'Angleterre et des réflexions qu'avaient dû inspirer la situation générale de l'Europe. La chul d'AIberoni en décembre 1719 n'avait pas mis fin à la politiq remuante de l'Espagne. En dépit du congrès de Cambrai < 1721, cette cour avait conclu à Vienne (30 avril 1725) une alliance également menaçante pour l'Angleterre et la France. La réponse à celte démarche fut la célèbre alliance de Hanovre, conclue à Herrenhausen (3 septembre 1725) entre la France, l'Angleterre et la Prusse. Pendant qu'un prince de la famille des Bourbons, devenu roi d'Espagne, s'unissait avec l'ennemi séculaire de la France, l'Empereur, on vit les deux ennemies héréditaires, Angleterre et France, s'unir pour leur défeni commune. Il s'agissait maintenant do faire entrer dans c dernière union les deux puissances du Nord- Le Danemark i pouvait qu'y incliner, menacé comme il l'était par la résolu lion du czar de se servir contre lui du duc de Holstein-( torp, Charles-Frédéric, devenu son gendre, politique ambitieu et perfide que suivit également, nous l'avons dit, l'impératr Catherine I™ après Pierre le Grand. Il ne fut donc difficile aux représentants de la France et de l'Angleterre, aux comtes de Camilly et de Glenorchy, de faire signer à Frédéric IV le traité du 16 avril 1727, conclu pour quatre ai et par lequel les deux cours promettaient d'assister le '. mark contre la Russie. Pour lui assurer la possession I quille du Slesvig en obtenant que le duc y renonçât, on s'effor çait de préparer à ce dernier un dédommagement. Le traité d 1727 stipula par un article secret qu'en ce cas Angleterre e
GARANTIES DU SLESVIG Xt.ix
France supporteraient les deux tiers de ce dédommagement, le roi de Danemark n'y devant pourvoir que pour un tiers.
Heureusement pour le Danemark, le 17 mai de cette même année, Catherine I™, son ennemie acharnée, venait à mourir ; sous ses successeurs, le jeune Pierre II et (à partir de 1730) Anna Ivanowna, la maison de Holstein-Gottorp, perdit tout en-dit auprès de la cour de Russie.
En 1728, Frédéric IV envoya un ambassadeur extraordinaire à Paris, M. de Sehested, et quelques mois après, le chevalier de Camilly était remplacé à Copenhague par le comte de Plélo. Les Instructions rédigées des deux parts et presque simultanées offrent un visible contraste. — D'une part, on exprime une grande confiance dans l'alliance avec l'Angleterre et la France, et dans la garantie concernant le Slesvig. Lors des préliminaires du 31 mai 1727, les deux puissances étaient convenues de réunir un congres à Soissons pour régler quelques litiges avec l'Espagne, et l'on avait invité les autres Etals à s'y faire représenter. M. de Sehested reçut l'ordre de s'y rendre, par déférence d'abord, et puis pour veiller à ce que rien ne fût fixé de dommageable au sujet de la restitution du Holstein ducal, laquelle avait eu lieu en 1720 sur la demande de l'Empereur et le conseil des cabinets de Londres et de Versailles. Quant au Slesvig, on comptait bien, à Copenhague, qu'il ne sérail nullement question, dans le congrès, de ce pays, qui n'appartenait pas à l'empire et qui avait été incorporé au royaume purement et simplement, sans aucune condition, sous la double garantie anglo-française. — Dans les Instructions à Plélo, au contraire, il est dit que les promesses contenues dans le traité du 16 avril 1727 ont été, à ['insu du Danemark, annulées par les préliminaires du 31 mai de cette même année ; il est parlé d'un dédommagement promis au duc ; il semble même qu'on ait songé à porter la question de ce dédommagement au congrès de Soissons, lequel n'avait à s'occuper en réalité que de certains différends entre l'Angleterre et la France d'une part, l'Empereur et l'Espagne de l'autre. Et de lait l'Empereur avait déjà soulevé la question du Slesvig quand le congrès eut le même sort que celui de
RECUEIL DES INSTH. DIPL. Xlll. — (/
ECHEC DES CONGRES DE CAMBRAI ET DE SOIE Cambrai : l'Espagne s'arrangea directement avec la France et l'Angleterre ; l'assemblée de Soissons se sépara sans résultats ; le congrès avait duré du 14 juin 1728 au mois de novembre 1729 '.
Le roi de Danemark, Frédéric IV, mourut le 12 octobre 1730, et son successeur Christian VI nomma ce jour même lvar de Rosencrants son ministre des affaires étrangères. Roscm nuits est le premier de cette série de ministres habiles qui dirigefenl la politique extérieure du Danemark pendant le xvm Son premier soin fut de chercher à s'assurer des alliances, Le traité de 1727 n'avait été conclu que pour quatre ans. Or l'amitié de l'Angleterre lui était suspecte ; la Russie pouvait reprendre ses menées en faveur du duc de Gollorp ; la cour de Vienne n'était rien moins que bienveillante. Le comte de Schulenbourg, qui remplaça M. de Sehested comme ministre de Danemark à Paris en 1731, reçut donc l'ordre de sonder Ii' terrain pour savoir si l'on était disposé à renouveler le traité de 1727, et à quelles conditions. Les négociations, commencées au mois d'août 1731, furent interrompues sans résultat en décembre, la France n'ayant pas consenti au chiffre de subsides que le Danemark croyait nécessaire. Le comte de Plélo Ivait montré en ces circonstances au cabinet danois une cerûne indifférence ; il avait été jusqu'à refuser de présenter à an gouvernement un contre-projet de traité rédigé à Copeitague. Le Danemark était renvoyé a l'alliance de l'Angleterre t de l'Empereur.
Quand éclata la guerre de la succession de Pologne (1733- 1738), le comte de Plélo reçut ordre de tacher d'amener le Danemark à assister le roi Stanislas; mais on répondit, à Copenhague, que, par suite d'autres engagements, on était dans l'impossibilité d'accueillir ces propositions. On ménagerait toutefois autant que possible l'amitié du Roi de France ; on emploierait ses bons offices auprès de l'empereur de la Russie ; on espérait par contre que la France s'abslieudrait de toute voie fait contre l'Empereur et l'Allemagne. Le Danemark ne
TRAITE DE 1742 L l
dévia pas de celte ligne de conduite pendant toute lu guerre. Les deux flottes françaises envoyées dans la Baltique, en 1733 sous le commandement du comte de la Luzerne, en 1134 sous le célèbre marin Baraiih, ne rencontrèrent aucune difficulté dans leur passage du Sund et furent bien reçues à Copenhague '.
De toutes nouvelles perspectives ouvertes dans le Nord même à l'ambition du Danemark allaient enfin modifier profondément sa politique. Le roi de Suéde, Frédéric de Hesse, était vieux et sans enfants. Le trône serait vacant à sa mort, et un grand parti en Suède désirait que son sucesscur fût le prince héréditaire de Danemark. Une alliance avec la Suède augmenterait manifestement ses chances, et la France accueillerait sans doute la nouvelle perspective d'une ferme union du Nord. Des négociations entamées avec la cour de Versailles dans celte vue dès l'automne de 1739 échouèrent d'abord, par suite d'indiscrétions de la cour suédoise. Reprises bientôt après, elles aboutirent au traité du 13 mars 1742 enlrc la France et le Danemark. Ce nouveau revirement de la politique extérieure danoise allait être durable. Pendant vingt-deux ans, L'alliance persista, jusqu'à ce que le Danemark, à cause de la question du Holstein, se crut obligé de se rapprocher intimement de la Russie, pendant que la Fiance modifiait le système général de sa politique, notamment à l'égard de la constitution intérieure de la Suède.
Le traité de 1742 n'était pas seulement une alliance défensive exttM le Danemark et la France, stipulant en faveur du premier des subsides considérables. Il cachait en outre les VUtet projeta danois sur la Suède. Le cabinet de Stockholm venait de déclarer la guerre assez légèrement à la Russie (le 1S juillrt 1741) et les hostilités sévissaient en Finlande. Le Danemark offrit d'y contribuer pour sa part, à la condition que le gouvernement suédois favoriserait la candidature du prince royal danois. A cette candidature une notable partie de la population suédoise, mais non la Finlande et le Norrland,
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part du Holstcin et reconnût l'incorporation de la partie d Slesvig ci-devant gotlorpicnne. Tant que le Danemark aurait tout à côté de lui cette maison de Gotlorp ennemie jurée, il gérait exposé à, être attaqué par dernière en même lemps que la Suéde atlaquerait en avant. Le péril était plus pressant que jamais, puisqu'un prince de cette maison, Adolphe-Fj ■'■ régnait en Suéde, et qu'un autre pouvait être appela, par la mort de la czarine Elisabeth, à régner en Russie. La diète suédoise avait forcé Adolphe-Frédéric, il est vrai, à accepter, par le traité d'avril 1750, un échange du Holstein contre les duchés d'Oldenbourg et de Delmenhorst dans le cas où sa famille viendrait à hériter du Holstein-Gottorp ; mais l'autorilé de la diète pouvait être annulée à Stockholm par un coup d'Etatfavorable à un agrandissement de l'autorité royale : le roi do Suède affranchi voudrait, fût-ce au prix d'une guerre avec le Danemark, faire valoir les droits de sa maison sur le Slesvig, et reprendre les plans de Charles XII sur la Norvège, Ii.'j.'i Charles- Pierre-Ulric, à Saint-Pétersbourg, déclarait qu'aussitôt monté sur le trône de Russie, il ferait tous ses efforts pour se venger du Danemark et lui enlever le Slesvig et le Holstein. La seule possession du Holstein-Gottorp lui permellrait toujours, à lui et à ses successeurs, de tenir le Danemark en inquiétude et de le forcer à des armements ruineux. Amener le grand-duc à céder ses possessions holsteinoises était pour le gouvernement danois une question de vie ou de mort.
Au dehors, la monarchie dano-norvégienne ne pouvait resler isolée. Les combinaisons de la politique générale dépendaient alors beaucoup plus étroitement que de nos jours de la volonté des souverains. Elles étaient volontiers hardies et pouvaient englober les petits États contre leur gré. Ces petits Etats se joignaient donc à un des plus grands par quelque traité de garantie réciproque ou défensive, ou même offensive, que le droit public d'alors faisait moins étroit qu'on ne l'admettrait aujourd'hui. C'était un principe adopté et corrélatif au caractère non national desguerres, qu'un Etat n'était pas considéré précisément comme ennemi parce qu'il accomplissait une obligation contractée par un traité antérieur, exigeant do lui au profit d'un des bclli:;<'-
J.-B.-E. DE BERNSTORFF lv
rants un secours Unité, plus ou moins important. Lfl grande puissance fournissait à son faible allié des subsides annuels, même en temps de paix. — Le comte de Bernstorff, sans avoir de goût pour cette pratique, a la fois périlleuse et humiliante, savait toutefois la difficulté d'y renoncer, ne fût-ce qu'au point de vue des finances nationales. II voulut du moins la restreindre, et se borner à des 'alliances purement défensives. Il se proposaitd'uilleurs de faire valoir l'importance de l'alliance danoise, dans un temps où la Prusse ne comptait encore que cinq millions d'âmes, etquand la Russie n'avait pas commencé d'apprendre û se servir de ses forces. Il y avait moins de distance alors qu'aujourd'hui entre les grands et les petits Etats. L'Europe était partagée en deux camps : d'une part la France avec la Prusse, l'Italie, l'Espagne, la Suéde, et une partie des princes allemands ; d'autre part l'Angleterre, la Hollande, l'Autriche, l'Empire, la Russie. Cependant des sentiments et, des défiances se faisaient jour entre certains de ces alliés. L'initiative prussienne commençait d'inquiéter la France; l'Autriche comprenait qu'elle n'avait pas pour seul objet pressant de contenir l'ambition de Frédéric II en Allemagne, et que l'Angleterre ne lui étaitplus une alliée suflisante s'il lui fallait faire front il la fois contre la France à l'ouest ou au sud, et contrôla la Russie au nord. La monarchie dano-norvégienne appartenait au parti français depuis le traité du 13 mars 1742, sans toutefois que l'Angleterre eût renoncé à l'espoir de la ramener vers elle: on l'avait bien vu lors du renouvellement du susdit traité, 14 août 1719. Dans ces conjonctures, Bernstorff ne songea pas à répudiée les attaches françaises; d'autant moins qu'il crovait lfl Danemark intéressé à ce que la France soutînt en SuèoV la constitution aristocratique de 1720. C'était sous la garantie de la France qu'avait été conclu le traité du 23 avril 1730 ; c'était. à elle qu'étaient dues les fiançailles du prince royal de Suéde, tiuslave. avec la fille du roi de Danemark Frédéric V, Sophie- Madeleine. Dans les articles secrets du traité de 1742 était déjà visée la conclusion d'une triple alliance entre la France, le Danemark et la Suéde. Bernstorff reprit cette pensée, en espérant que l'alliance desdeux États du nord, en même temps qu'elle
Lvi MEDIATIONS FRANÇAISES ENTRE PRUSSE ET DANEMARK
serait efficace en faveur de la France, pour contenir l'Angbterreet la Russie, contiendrait la politique française ellea l'égard du Nord- Le malheur était que la France, de son r pouvait être tentée de considérer une telle combinaison d le sens d'un asservissement du Danemark aussi bien que de I Suède a ses propres vues.
Bernstorff resta l'alliée de la France, mais sans se livrer. On M put juger par sa conduite envers notre alliée, la Prusse, et enver notre ennemie, l'Angleterre. La Prusse avait garanti au roi ( Danemark la paisible possession du Slesvig par le traité i 21 mai 1713 (article 5) ; mais son ambition devenait tre visible, et Frédéric 11 ne dissimulait pas assez ses mauvais & timcnls a l'égard du ministre danois. Malgré les vives instance du ministre des affaires étrangèresde France, Rouillé, le Dar mark évita lout nouveau rapprochement vers la cour de Berlin Il résista lorsque Frédéric revendiqua contre le monart danois la souveraineté de Knyphausen dans l'Oldenbourg ; différend se termina à la satisfaction de Bernstorff KTàœ I médiation de la France 1 . D'autres motifs de mécontenlemei du Danemark furent la prétention qu'éleva Frédéric 11 de Brfl valoir une exemption prétendue des droits du Sund au prol des villes poméraniennes ; puis les encouragements de Frédéric au grand-duc pour éloigner celui-ci d'un accord avec cour de Copenhague. Il résultait de tout cela que, dans 1 affaires intérieures de l'Allemagne, la cour danoise compta infailliblement parmi les adversaires de la Prusse, notre alliéi Quant aux rapports, presque amicaux, du Danemark avec I'Aj gleterre, ils étaient plus encore de nature à mécontenter la coi de Versailles. Le Danemark avait préféré notre alliance en 174! mais il fallait reconnaître que l'équilibre établi en Europe éta dû à l'Angleterre et que la sécurité du protestantisme dépen dait du maintien de la maison de Brunswïck-Luncbourg su le trône britannique. Le Danemark ne se sentait nullemcn intéressé à la restauration des Stuarts par la France, et i souhaitait pas que la politique et les armes de l'Angleterre
t. V. les Instructions au président Ogier, ol les notas.
MÉDIATIONS FRANÇAISES ENTRE PRUSSE ET DANEMARK lvii
cessassent de se faire sentir dans les affaires continentales. Le Hanovre, avec lequel le Danemark avait toujours eu de bons rapports de voisinage, formait aujourd'hui un lien entre les deux royaumes: Frédéric V avait épousé en premières noces une fille de Georges II, et l'on songeait à des fiançailles entre une
I princesse danoise, et le futur Georges III. Bernslorfî d'ailleurs conservait des liens personnels importants avec les hommes d'État hanovriens, en crédit maintenant en Angleterre. Défiant au reste de cecôté aussi, le chef du cabinet danois, toulen offrant sa connivence dans les affaires concernant l'Angleterre ou la famille royale de Grande-Bretagne qui pouvaient se concilier avec les intérêts du Danemark, éludait toute proposition d'alliance plus infime, et s'en tenait au traité de commerce et d'amitié du II juillet 1610.
Même avec la Suède, malgré les velléités d'alliance en partic suggérées par la France, les rapports n'étaient pas tous amicaux. Non seulement Bernstorff ne perdait nulle occasion de déclarer que sa cour ne permettrait pas un changement de la constitution suédoise de 1120 sans l'assentiment des Étals, mais il y avait en outre des difficultés à propos des fiançailles entre te prince Gustave de Suède et la princesse danoise Sophie-Madeleine. Des inquiétudes se manifestèrent surtout à Copenhague quand la Suède fit fortifier son port de Landscrona : le Danemark voulut exiger la promesse que les dépenses de ces travaux ne dépasseraient pas 50,000 thalers par an (avril 1752), et ce fut une occasion d'armements qui pouvaient devenir par eux-mêmes un réel danger.
Enfin les rapports directs avec la France ne manquaient pas eux-mêmes d'être fort délicats. Le traité du 15 mars 1742 avait été, il est vrai, renouvelé par celui du 14 août 1749, qui ne devait échoir que le 15 mars 1756. Sur la demande de Bernstorff, l'envoyé français à Copenhague, l'abbé Lemairc, fut remplacé par le président Ogier d'Enonville, 1753, et dès le 30 janvier de l'année suivante, le traité de 1749, non encore échu, fut renouvelé pour dix ans (jusqu'au 14 mars 1764). Malgré tout cela, le Danemark ne se laissait pas engager dans certains débats étrangers à ses intérêts; il persistait,
Lvui TRAITE DE 1749
dans les affaires de l'Allemagne, à rester du côté des Protestants ; il insistait pour le maintien des règles de l'Empirr Mécontent de tant de réserve, le cabine! de Versailles faisait attendre le paiement, des subsides, paraissait incliner du eût/ de la Suéde, et intervenait même indûment, selon Bernstorff, dans les affaires privées du monarque danois.
L'avènement du comte de Slainville, devenu duc de Choiseul, au ministère des affaires étrangères en France (août 1738) put sembler au comte de Bernstorff une circonstance heureuse; car, pendant son séjour de sept années en Franc*, do 1744 à 1780, il avait formé avec cet homme d'L'tat uni? sérieuse amitié. Choiseul l'avait particulièrement attiré parles éclatantes qualités qui faisaient de lui un des plus fidèles représentants de cette société française encore si brillante. l,:i correspondance qu'ils échangèrent pendant les deux passages de Choiseul au ministère, de novembre 1758 à octobre 17G1 et en avril et mai 1766, et môme duranl l'intervalle, témoigne d'une estime réciproque, d'une très digne f;i mi liante, mais aussi de l'attachement de chacun des deux ministres aux intérêts de son propre gouvernement. M. P. Vedel a rendu un grand service en publiant ces lettres intéressantes, souvent très françaises d'inspiration et de style*.
Un changement complet du système général des alliances en Europe, une guerre maritime entre l'Angleterre et la Franco, la guerre de Sept ans, avec une participation active de la Suède, la grande affaire de la neutralité armée, ces grands événements risquaient fort de dépasser l'action possible des deux hommes d'État et même de leurs gouvnicmrnl- Un réel accord avec quelque allié que ce fût ne pouvait guère, du reste, se réaliser en présence de la résolution inébranlaHfl que Bernstorff avait prisé de maintenir la neutralité du Dane-
. ConcîpoJirfdice entre le comte J.-li-E. Beinttor/f et le dite lie
U58-17&I. C.ipenhnf,'H0, 1871, 1 loi. in-8». — Il ne faut pas séparée ce roluma dt
HUI qi» M. V. Vi:nr:in puljli'.'s: llm aelrircGrrv liernitorffa Ministeritim, 1751-1710,
KjusbeuhaYii, 1SK2, 1 roi. in-8° (en langue danoise) ; et CûrrttpondaitC* i * '
■ielU ilu comte J.-ll -F.. Iterntturff i>ii langue française), ileui vuluriies
penhagne, 1882. — M. P. Vrdel a publié en outre deux éludes d'histoire diplo-
'jue sur les ambassades du comla tuu Ostcn et du comte Lynur (Uistorisk
Irifl, 1870 et 1876).
TRAITE DE MAI 17t>8 lix
mark. I! résista à toutes les offres des grandes puissances qui voulaient L'entraîner vers elles. A l'égard de la France, il ne refusa pas de la servir, soit directement si quelque rôle de médiateur sans trop de péril s'offrait a lui, soit indirectement par des efforts dans le sens de la liberté maritime dont s'accommodaient mal les Anglais; mais son principal désir ne se dissimula pas de travailler surtout à préserver les mers du Nord, à se garder d'interventions forcées dans les affaires du continent, à faire respecter enfin la neutralité danoise. Si parfois il se vît obligé de faire quelque démarche en avant, il fut assez habile pour que celle démonstration, restant quelque peu équivoque, pût paraître et même devenir autant et plus favorable h d'autres qu'à ceux qui avaient le plus travaillé à l'obtenir. Toute cette période donne lieu naturellement à une série de traités, de conventions, d'accords, auxquels nos Instftatùmt font tout au moins des allusions fréquentes, et dont il suffira de rappeler les principaux pour faire comprendre en quels divers sens s'agitait l'action d iplomatique entre la France et le Danemark.
Le traité* du \ mai il'jS est te plus grave de ces épisodes. Il y est dit d'abord que le Danemark entend ne contracter aucun engagement contraire à sa situation de neutralité. Il promet d'entretenir jusqu'à la fin de la guerre en Holsteïn une armée de 18,000 fantassins et 6,000 cavaliers; il considérera toute entreprise contre Hambourg et Liibcek et toute invasion dans le territoire goltorpien du Ilolstein comme dirigée contre l'État -danois ; il ne permettra pas à la Prusse, à l'Anglelerre, au Hanovre ni à leurs alliés de tirer des provinces danoises des recrues, îles vivres, ou des chevaux. En échange de quoi, la France s'oblige : à tenir exactement ses promesses quant au respect des droits de la religion protestante en Allemagne ; k s'employer de tout son pouvoir pour procurer lors de la conclusion de la paix, ou auparavant s'il est possible, un accord durable entre le Danemark et le grand-duc de Russie, en vue d'un échange gratuit du Ilolstein grand-ducal contre les duchés d'Oldenbourg et de Delmcnhorst ; en cas de refus du grandduc, la France assisterait le Danemark en faisant a avancer à