‹ DanemarkChapitre 103 sur 147 · AMBITION DE LA RCSSIB · texte numérisé non relu

AMBITION DE LA RCSSIB

parvenir à unir dans des principes communs le Danemark et la Suède, en sorte que leur union connue puisse être un frein pour les Moscovites. Lorsque, dans le cours de la dernière guerre, on pouvoit encore espérer de faire agir la Suède, un des premiers soins du Roi fut de prendre des mesures pour s'assurer que le Danemark verroit tranquillement les avantages que pourroicnt obtenir les armes suédoises, et l'on eut lien de croire que cette couronne effectivement n'y mettroit point d'obstacle. La Suède même en fut instruite ; maïs le ministère suédois, qui ne voulait point agir, uc se soucia pas de suivre une vue qui auroil encore augmenté le désir presque général que la nation faisoit paraître pour profiter de la conjoncture.

Le sieur de Chavigny doit donc avoir pour objet de parvenir à ce point de réunion sans lequel il ne faut pas espérer que les Moscovites perdent jamais de vue le désir de se rendre maîtres du Nord. 11 ne faut pas se flatter que le succès des soins du sieur de Chavigny puisse être rapide. II verra, par le Mémoire instructif que le sieur de la Noue a envoyé à Sa Mnjeslé", et qu'Elle fait joindre ici, que tant que le mBremve aura un crédit prédominant en Danemark, et que l'union subsistera aussi grande qu'elle a été jusqu'à présent entre les cours de Vienne et de Russie, il ne seroit pas facile de faire natta les dispositions que l'on auroil désirées contre les vues de la Russie ; il ne seroit même pas prudent de le tenter directement, parce que nous devons éviter tout ce qui pourroit aliéner la cour du Vienne et lui donner quelque juste sujet de s e plaindre de nous. Mais le sieur de Chavigny peut toujours disposer d'avance les esprits par les réflexions générales et placées sans affectation sur l'état de puissance des Moscovites. En effet, on doit les considérer aujourd'hui d'un œil bien différent de ce que l'on pouvoit faire avant que la valeur inconsidérée de Charles Xll, roi de Suède, les eût aguerris. 11 ne leur manque pour ainsi dire que des ressources d'argent; et, s'ils parviennent à en acquérir par les progrès qu'ils feroienl contre les Turcs, et qui leur ouvriraient le commerce de l'Orient el àc la Méditerranée, leur puissance deviendrait, avec raison,

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redoutable aux puissances du Nord. Tels sont les principes que le sieur de Chavigny doit travailler à inspirer insensiblement à la cour de Danemark, de manière qu'il y fasse naître la pâmée que pour tous les événemens, à l'avenir, elle n'a rien de mieux à désirer qu'une union sincère avec la Suède. Il faut surtout qu'il efface le préjuge", peut-être encore trop fort en Danemark, que le Roi conserve pour les Suédois aucune prédilection dont la couronne de Danemark puisse justement prendre quelque ombrage. Surtout il est nécessaire que les Danois ne croient point que le Roi veuille les faire servir uniquement à l'accroissement de la Suéde, ni qu'il veuille les conduire a aucune mesure offensive contre les Moscovites. Sa Majesté, loin de vouloir ni porter ni occasionner le trouble dans aucune partie de l'Europe, est persuadée que le maintien de la tranquillité du Nord dépend essentiellement de cette union qu'EUe désire de procurer entre le Danemark et la Suède, et c'est un pur effet de sa prévoyance pour les cas où l'ambition des Mosccvit.es, se réveillant, pourrait donner lieu à des entreprises capables de troubler la tranquillité publique. C'est ce que Sa Majesté ne peut mieux éviter qu'en contribuant à former dans le Nord un autre centre de puissance capable d'en imposer a la Russie.

Les ministres de Danemark ne manqueront pas de parler au sieur de Chavigny sur les deux quartiers de subsides dont ils désirent tant le paiement. L'intention de Sa Majesté n'est pas que le sieur de Chavigny leur fasse, à cet égard, aucun refus ; mais Elle croit convenable de ne pas presser la consommation de cette affaire, et de la réserver pour, à la faveur de cet intérêt, amener plus facilement les Danois aux mesures de prévoyance qui font l'objet de celte Instruction. C'est dans cet esprit que le sieur de Chavigny doit se conduire, en sorte que, sans prendre aucun engagement sur le temps de payer ces deux quartiers de subsides, il fasse connoitre que Sa Majesté sera fort aise d'avoir des motifs de faire ce plaisir au Danemark, qui sait trop bien, par ce qui s'est passé, que ce qui avoil engagé Sa Majesté a les promettre n'a point eu lieu.

Su Majesté, ayant ordonné à tous ceux qui la servent en pays

étrangers de lui envoyer un Mémoire détaillé pareil à celui qu'Elle a fait joindre à cette Instruction, son intention est que Ton continue dans chaque cour ce travail, et que le sieur de Chavigny lui envoie tous les ans un mémoire circonstancié de tous les changemens qui pourroient être arrivés dans l'intérieur de la cour de Danemark. Le sieur de Chavigny sera instruit du détail des autres affaires particulières par les papiers que le sieur de la Noue ' aura ordre de lui laisser, et que le sieur de Chavigny fera remettre à Sa Majesté en même temps que ceux de son ministère en Danemark lorsqu'il quittera ce séjour.

11 aura soin d'entretenir une correspondance très exacte particulièrement avec l'ambassadeur de Sa Majesté en Suède, afin que celui-ci puisse travailler dans les mêmes vues expliquées dans la présente Instruction.

1. Malbran de la None, secrétaire pendant l'ambassade de Plélo, est chargé d'affaires après la mort de cet ambassadeur.

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