MINISTRE PLENIPOTENTIAIRE, 14 OCTOBRE 1766-43 OCTOBRE
Marquis de Blosset, colonel. Il est en congé du 18 mars 1768 au mots de mars 1769.
Louis XIV n'avait pu réussir à former l'union du Danemark et de la Suède, pour l'opposer comme boulevard h la puissance moscovite; le Roi actuel a obtenu ce résultat. Progrès de l'ambition russe depuis ta mort de Pierre. Le Roi a conclu des traités avec les deux couronnes de Copenhague et de Stockholm ; toutefois, l'accord avec la Suède se trouve interrompu par l'infidélité de cette puissance, de même que l'accord avec le Danemark par la conduite équivoque de e cabinet. — Le marquis de Blosset devra diriger ses observations principales sur les deux objets suivants :
1° Dispositions réelles du Danemark envers la France. Le traité échu le 14 mars 1764 n'a pas été renouvelé. Ne pas donner d'espé- -ances à ce sujet si l'alliance du Roi n'est pas visiblement recherchée.
2" Etendue et nature des liaisons do Danemark avec les cours de Russie, d'Angleterre et de Suède. Y a-t-il eu des stipulations secrètes au traité de 1746 entre le Danemark et la Russie, qui vient d'être renouvelé? Dans son perpétuel désir d'arriver à acquérir par échange la partie du Holstein qui appartient au Grand-duc de Russie, le Danemark aura probablement fait d'importantes concessions à cette cour. Surveiller attentivement la mission de M. de Saldern à Copenhague. — Observer les rapports avec l'Angleterre : récent mariage du roi de Danemark avec une sœur de Georges III. — Observer les rapports avec la Suède : le Danemark paraît faire cause commune à Stockholm, depuis la diète de 1755, avec les partisans de l'Angleterre et de la Russie.
180 MARQUIS DE BLOSSET, 1766-1774
Il y a vraisemblablement un projet de ligne quant aux affaires k Nord entre Russie, Angleterre, Suède, Prusse et Danemark.
Observer la cour. Caractère du nouveau roi ; influence du priât cadet de liesse, son beau-frère, et du comte Danneskiold. Rôle •& du baron de Bcrnstorflf au ministère des affaires étrangères.
Bien vivre avec les ministres d'Espagne, d'Autriche et d'Angbterre.
Cérémonial. Chiffre.
MÉMOIRE POUR SERVIR D INSTRUCTION AD SIEUR MARQUIS DE BLOSD, COLONEL D'UN DE NOS RÉGIMENTS ROYAUX, CHEVALIER DE Mm ORDRE ROYAL ET MILITAIRE DE SAINT-LOUIS, ALLANT A COPŒiflX POUR Y RÉSIDER EN QUALITÉ DE MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE W M AUPRÈS DU ROI DE DANEMARK.
14 octobre 1W.
Dans le système général que le feu Roi Louis XIV formas commencement de son règne relativement aux affaires générales de l'Europe, il y fit entrer l'union de la Suède et à Danemark comme une des circonstances les plus utiles pov le repose! la sûreté du Nord. Mais l'ancienne antipathie et lt haine invétérée de ces deux couronnes Tune pour lantn furent un obstacle invincible aux vues de Sa Majesté. 11 était réservé au Roi d opérer cet ouvrage projeté par son auguste bisaïeul, et dont l'exécution pouvoit seule garantir le Nord di joug de la Russie.
Cette dernière puissance n'avoit, avant qu'elle fût entre te mains de Pierre le Grand, aucune influence dans le reste de l'Europe, et quoiqu'elle ait été agitée depuis la mort de tt prince par de fréquentes révolutions, elle a conservé rimjujsion qu'il lui avoit donnée, et n'a point cessé de se conduire par des principes d'ambition dont le Nord a déjà éprouvé de funestes effets, et dont il a des suites encore plus fâcheuses! craindre.
Ce danger avoit excité la prévoyance sage et éclairée du Roi, et Sa Majesté avoît senti la nécessité d'établir dans celle partie de l'Europe un équilibre capable de contenir au moins la Russie s'il n'éloil pas possible de l'affaiblir. L'union entre les deux anciennes couronnes du Nord parut èlre le moyen le plus naturel et le plus efficace de parvenir â ce but, et pour eet effet, il falloit abattre le mur de séparation qui subsistoit entre la Suède et le Danemark 1 .
Cette difficulté jusqu'alors invincible ne ralentit point le zèle du Roi, de ses ministres, cl Sa Majesté eut enfin la salisfaction d'éteindre par ses soins et sa médiation les haines de nation et lie famille qui divisoïent depuis plusieurs siècles les deux anciennes couronnes du Nord et les deux principales branches de la maison de Holstein.
Les cours de Stockholm et de Copenhague, persuadées des avantages communs et réciproques qu'elles retiroient du système proposé par le Roi, se lièrent sous la garantie de Sa Majesté par des traités pour l'exécution desquels Elle promit son concours le plus efficace et le plus conslanl.
Indépendamment des engagemens stipulés entre ces deux couronnes, et dont le Roi avoit bien voulu se rendre garant. i Majesté en contracta de parliculiers avec chacune d'elles séparément et leur accorda par des traités son alliance, des avantages de commerce et des subsides'. Ces traités ont été ensuite renouvelés. Ceux de commerce subsistent encore; ceux d'alliance et de subsides avec la Suède se trouvent rompus par l'Infidélité de celte couronne à ses engagemens avec le Roi. Le traité d'alliance avec le Danemark ne devoit durer que jusqu'au 14 murs 1764 ] et son renouvellement n'a pas eu lieu,
t. Snr lu projet qu'avait formé le duc de Cboiscul d'élaliHi' une idJîunce permarovnumi'n Scandinaves ella Franco. Voir ta Corivspondanet ministrielle du comte J.-ll.-E. Bemstorff, I, 318.
S. Les plus récents étaient ceui-ci ; Traité priBminiiri BOtn Finléric V, roi de >aneniiirk. et Adolphe-Frédéric, suivis* ■■m- (lésipné au trôna de Suéde, touchant 'échange futur du Holstein par la médiation du la Franco. Copenhague, 27 juillet- 1 août nia ; — Traité d'alliance Bt de subsides entre le Danemark et la France, Copenhague, 11 août 1740 ; — Traité d'alliance de subsides... Copenhague, 30 jan- "er 1754 ; — Cou rention... Copenhague, 4 mai 17M. — Traités entre la France ot Suède, 1754, 17JT, 1158. V. nos Instruction pour la Suéde, p. 42&, 393, B* 307. 3. Voir plus haut, p. 170.
|8i DANEMARK ET RCSSIE
II est moralement cerlain que cette indifférence si peu relie île la cour de Copenhague, et si contraire aux maxime* (jui avoient dirige* jusqu'alors son système politique, avoil pour principe une négociation déjà entamée de sa part à Péursbourg pour le renouvellement de son traité de 1746 avec la Russie. Quoi qu'il en soit, le Roi ne crut pas qu'il fût de si dignité de solliciter l'alliance du Danemark, et ordonna & son ambassadeur de ne point s'expliquer prématurément sur et! objet et d'attendre que cette couronne fit elle-même des propositions. Elle s'y détermina enfin au mois de juillet 1764, et il lui fut répondu par ordre du Roi que Sa Majesté, remplie de fentimens d'eslime el d'amitié pour le roi de Danemark, serait toujours disposée à perpétuer son alliance avec ce prince, et à resserrer les nœuds qui unissoient depuis longtemps les deux cours, mais qu'avant d'entrer dans la discussion : lions d'un nouveau traité, le Roi devoit prévenir la cour d> Copenhague qu'il ne pouvoit pas être question de nouveau subsides, parce que Sa Majesté, ayant pris pour le paiement ancien des arrangemens qui ne seroient exécutés que dans l'intervalle de plusieurs années, Elle ne vouloîl ni prendre J« engagements trop onéreux ni se mettre dans le cas de ot pouvoir pas les remplir. Il n'y a eu depuis celle réponse Qullt demande de la pari du Danemark pour renouveler le traîtf d'alliance, et il est fort vraisemblable qu'on ne fera aucune ouverture à ce sujet au marquis de Blosset ; a ministres danois lui parloient sur cette matière, il se coulatera de les écouter, el leur dira seulement qu'il rendra cotnpb à sa cour de tout ce qui lui aura élé insinué ou proposé » «1 égard. Au reste, il évitera avec l'attention la plus scntpulM) de tenir aucun propos qui puisse faire concevoir aux ministres danois l'espérance la plus légère que le Roi voulu) encore acheter fort chèrement l'alliance de leur maître. Celle de Sa Majesté est assez honorable et assez avantageuse po être ambitionnée et recherchée pour elle-même. La cour tW Copenhague ne peut offrir à la France que des avantages for! , trop douteux el trop indirects pour compenser i le Roi feioit en faveur de celte puissance de somme*
LIAISONS DU DANEMARK AVEC ANGLETERRE ET SUÈDE 183 très considérables, qui peuvent Être appliquées à des usages politiquement plus utiles. H faut que deux cours qui se proposent de contracter ensemble des liaisons réciproques calculent leurs engagements sur les services qu'elles peuvent se rendre usuellement, qu'elles combinent les intérêts avec les circonsinces, et surtout qu'elles ne s'obstinent pas a perpétuer des HlgmlatîonB fort coûteuses qui n'ont été occasionnées que »ar des événemens passagers et de-s besoins momentanés, ^expérience du passé doit servir à la France de leçon pour 'avenir relativement aux alliances avec les puissances du Nord.
Le second objet de la vigilance et des observations du marquis de Blosset doit être la nature et l'étendue des liaisons de la cour de Copenhague avec la Russie, l'Angleterre et la Suède.
On sait en général que le Danemark a renouvelé son traité le 1746 avec la Gz&rine ; mais on ignore s'il y a eu des stipulations secrètes. Le désir extrême que celte couronne a depuis ongtemps de parvenir à se procurer au moyen d'un échange . partie du tlolslein qui appartient au grand-duc de Russie 'aura vraisemblablement déterminée a entrer dans les vues articulièrcs de la cour de Pétcrsbourg ; mais il y a beaucoup i'apparenec que le Danemark se repentira tôt ou lard des iomplaisances excessives qu'il aura marquées à la Russie, qui, lour des sacrifices réels qu'elle aura exigés de lui, ne lui aura onné que des espérances illusoires, qui ne seront peut-être limais justifiées par les événemens. M faut que le marquis de îlosset ne néglige rien pour être instruit le plus exactement [u'il sera possible des motifs do la mission du sieur de Soldera, nouveau ministre de Russie à Copenhague. Les arrangemens oncernant le projet d'échanger le Holstein ne seront vraisemllablement que le prétexte dont on cherchera à voiler le véritable objet qu'il sera chargé de suivre.
Le marquis de Blosset examinera avec le même soin quel est le degré d'influence et de crédit de l'Angleterre en Danenark. Le besoin que cette dernière couronne a de recevoir des subsides, le mariage que son roi vient de contracter avec une
Ml PROJET DE LIGNE DU NORD
sœur ilu roi de la Grande-Bretagne ', l 'attachement connu l,i plupart lies ministres danois à la cour de Londres, donnent lieu do penser que la cour de Copenhague suivra de toute préférence le système qui sera adopté par l'Angleterre.
IJuant aux sentimens et aux dispositions du Danemark par rapport à la Suède, il est évident qu'ils ne sont plus les mênei qu'ils étaient autrefois et qu'ils on! subsisté jusqu'au commencement de 4765. Lu cour de Copenhague parut a'intdresMr dam les premiers mois de la Diète assemblée à Stockholm u maintien des principes alors communs aux deux cours et à lu conservation des vrais patriotes dans les emplois qu'ils occuporeiil dans le ministère suédois. Le baron de Schack, minisire da&ofa en Suède, eut même ordre de sa cour de concerter sur cet objet avec le baron do Bretcuil et d'offrir une sonUM di 100,000 livres pour seconder ses vues et les opérations de l'ambassadeur du Roi. Cette somme a été effectivement fovrak par le Danemark, mais si tard et de si mauvaise graee qu'il l été aisé de s'apercevoir qu'il ne remplissoit qu'a regret l'flH^ gemenl qu'il avoit pris à cet égard. Celle opinion tnl bleoMI confirmée par la conduite du baron de Schack, diamétnlesml opposée à celle qu'il avoit tenue précédemment vis-à-vi* du baron de Bretcuil et des Suédois attachés à la France, là ministre danois a paru depuis cette époque faire oaUM MBmune avec les minisires de Russie et d'Angleterre en Faveur de la fraction qui, par des vues d'ambition et de cupidité 1 . i m des moyens les plus violents, a établi son crédit sur la ruine de celui des anciens administrateurs des affaires de Suéde
Toutes ces circonstances donnent lieu de conjecturer que le bruits répandus depuis quelque temps au sujet d'un projet 'I' ligue formé relativement au Nord par les cours de Péterabowi cl de Londres, et dans lequel on veut Taire entrer la Sm'iliv I Danemark et le roi de Prusse, ne sont que trop fondes, lu pareille ligue ne serait qu'une société léonine, dont tous les avantages seraient pour les principales puissances, et tout le préjudice pour celles du second ordre qui auraient M I-