COMTE DE MOLTKE
l'éclairer, ni d attention pour la cacher sous l'apparence des plus grands égards et de la plus grande considération pour lui.
Quant à M. le comte de Berckentin*, son inclination est, à ce qu'on prétend, pour la cour de Vienne ; cependant on hi doit la justice que le véritable intérêt du roi son maître a pin l'emporter auprès de lui sur toute autre considération.
En conséquence, il a toujours montré des dispositions favorables au système de l'équilibre et de l'alliance avec la Frum; et, comme il a beaucoup d'influence dans les affaires fougères, on espère que, dans la circonstance actuelle, il ne rtfcsera pas son appui aux bonnes raisons sur lesquelles se foifc la proposition du renouvellement.
On ne parlera point de M. le comte Holstein *, qui ne se d& que du département de l'intérieur des provinces danoises, dontfl est chargé.
On ne dira rien non plus de M. le baron de Dehn, puisqil paroit avoir peu de crédit et qu'il n'a point de département.
Pour M. le comte de Molck', il mérite bien un article pwticulier par l'avantage qu'il a d'ôtre en possession de la priMpale faveur du roi de Danemark, et d'y tenir les autre ministres subordonnés ; comme il a paru persuadé de la nécessité de soutenir le système établi par M. Schulin, qu'il a mise promis en différents temps d'y contribuer, qu'il a toujows donné des marques d'attachement pour la France, et qu'il a a reçu la satisfaction du Hoi, le sieur président Ogier ne doit pas manquer de lui dire que Sa Majesté a une entière confiuci dans la droiture de ses intentions, qu'Elle regarde le système Jt l'équilibre et l'alliance du Roi avec le roi de Danemark cornai son ouvrage, et qu'elle ne doute pas que, connoissant tori
1. Christian Auguste, comte de Berckentin, né en 1094 en Mecklenbonrg, mort* 1758. 11 entre dans la diplomatie danoise en 1721, est envoyé à Vienne jxnr emportantes négociations, et en Suède en 1743. Comte en 1750. Membre dn corf depuis 1740 jusqu'à sa mort.
2. Le comte Jean Louis de Holstein, président de la chancellerie danâ**
commencement du règne de Frédéric V.
3. Le comte Adam Gottlob Moltkc, intime favori de Frédéric V. Comme le eo*> Holstein, il fut ministre intelligent et libéral, encourageant les réformes intsriss* les lettres et les sciences.
AFFAIRE DE KN1PHACSBS 17»
l'avantage dont ils sont pour Sa Majesté Danoise et Unîtes lea assurances qui ont été données mutuellement là-dessus, il ne H porte fe favoriser le maintien de l'un et le renouvellement de l'autre. On prétend que le génie entreprenant de M. de Bernstorff lui a inspiré de grandes inquiétudes sur la conservation de sa faveur, dont il est extrêmement jaloux ; il n'en faudra pas davantage pour le porter & empêcher l'effet des préventions mjttattt de ce Ministre. En ce cas, le sieur président Ogier ne doit rien oublier de ce qui pourra lui donner des lumières et du Murage ; mais il observera de ne se point déclarer ouvertement contre M. île Bernstortf, afin de se tenir toujours en garde contre les retours.
Après avoir développé au ministre du Roi tout cl- qui peu! contribuer au succès du grand objet de sa commission, qui est te renouvellement de l'alliance avec le Danemark, on finira par iruiifir avec lui deux affaires principales qui regardent Sa ■mise et le roi de Prusse, savoir te différend de Knipliausen, et le projet de la cour de Berlin défaire un traité avec celle de Copenhague.
Quant à la première, il est à présumer que M. de Bernstorff la traitera de nouveau avec le sieur président Ogier, et comme celui-ci en a vu les détails dans la correspondance du sieur l&èë Lemaire, on se contentera de lui tracer un modèle de la réponse qu'il aura a donner au ministre de Danemark.
Il isl certain que le roi n'a pris de part à l'affaire de Kni|i-
liaiistii qu'autant qu'elle regardoit deux princes auxquels il
également par les nœuds de l'amitié et de l'alliance
-ont a lui dans cet esprit. Sa Majesté, toujours dis-
i n' tenir la bonne intelligence entre ses allies, a fait les
plus grands efforts pour amener le différend des deux parties
à une composition amiable. Enfin, Elle étoit venue à bout de
trouver un expédient qui paroissoit répondre à tout; c'étoit
que « l'Empereur, en confirmant l'accommodement de la
comtesse de Bentinck, nommât le roi de Danemark et le roi « de Prusse pour la remettre ensemble et séparément dans la
possession de Kniphausca, au cas que les cautions vinssent ■ a manquer ». Comme cet expédient n'a voit rien que de con-
17* MADAME DE BENTWCK
forme, aux constitutions et usages de l'Empire, et qu'en satisliiisanl les débiteurs et les créanciers, on y écartait toute discussion fâcheuse pour le présent et l'avenir entre les différents princes qui se trouvent compromis dans cette affaire, que l'on éludoit en particulier la répugnance de la cour de Copenhague pour la garantie du roi de Prusse demandée par M" 10 de Benlinck, et qu'enfin le Roi y conaervoit l'impartialité qui lui convient entre deux princes amis, Il croyoit avoir des up&UOM fondées de procurer la conciliation par ce moyen. Cependant, son attente a été trompée par le refus que celle cour a fait de l'accepter; mais, comme on n'en connoît pas de meilleur, si elle veut y acquiescer aujourd'hui, elle peut 6tre persuadée le Roi ne négligera rien pour terminer l'affaire sin M p avec Sa Majesté Prussienne 1 .
-■« de *epl ans, de Frédbiuc II (V.
23), est le commentaire direct de
1 . Un passage do l'IIistoirt dt la gi dos (Eunra, édition de Berlin, 1847,
• En 1753 «Hait survenu un démêlé entre la Prusse et le Danemark. C'était tu sajel d'un procès que la comtesse de Bentinck avait avec son mari. Cette femme, décriée par ses mœurs, avait cédé au comte do Bentinck une terre litnÈe sur U frontière de l'Ost Frise, et depuis elle s'était repentie du contrat formol qu'elle en avait passé. Les juges ordonnèrent le séquestre; le Roi, en qualité de directeur du cercle de Weslphalie, devait en être chargé ; la cour do Vienne en donna 1* commission au roi do Danemark. Ce prince y envoya dos troupos ; les Prussien* le« prévinrent ; le roi de Danemark prît feu, et il aurait employé des modération no l'avait retenu. Cependant celle affaire fut apaisée par la de 1» France, Le roi de Danemark et tout le monde était content ; mils h de Bentinck, qui aimait a chicaner, rompit l'accord qu'on lui avait moyenne; elle alla plaider à Vienne, d'où elle fut chassée depuis, pour avoir favorisé le dessein insensé du duc de Wurtemberg d'enlever l'ardu- duchesse Elisabeth. Celle dame retonrna dans son comté ; et comme elle ne trouva personne disposé a se mêler de son affaire, son procès demeura indécis. . — L'important, c'était que la Prusse avait mis la main, avec promptitude, dès 1744, sur le territoire contesté. Il suffit de jeter les jeui sur la carte pour comprendre l'empressement de Frédéric II i s'établir sur la frontière de l'Ost Frise. La cflle entre le Sud-Ouest du Danemark (Holstein) et le Zuider Zee offre plusieurs estuaires ou baies de grande importance pour une marine militaire ou marchande. C'est d'abord la vaslo embouchure de l'Elbe, puis celle du Weser, puis la baie de la lahde et l'estuaire de l'Enis ou Dollar!, dont la Frise orientale forme toute la cèto orientale. La seigneurie de Kniphsusen devait être précieuse à Frédéric soit par la perspective d'un tel voisinage, étant située, avec la seigneurie de lever, tout prés de la frontière de la Frise orientale, soit parce que la partie septentrionale de l'Oldenbourg, donl elle faisait partie, formait la côte occidentale de la baie de la Jahde. — On sait que les querelles de succession entre les diverses branches de la maison de Bentinck se sont prolongées jusque dans notre temps. On trouvera l'indication des innombrables écrits relatifs h ces procès dans la publication de M. le professeur Dieck, qui a édité le jugement do la faculté de droit de léna (Leipiig, 1843). Un résumé de cette interminable affaire se trouve au t. II du Kotieersations Ltiicon de M «vu (3' édition, Leipiig 1874), à l'article Bentinckichrr Brbfolgrflreil. — Cf. au sujet
que
e cet
le sens dans lequel le ministre du Roi observera de aui questions que celui de Danemark pourra lui faire ce sujet.
A l'égard de la deuxième affaire, concernant le désir du il de Prusse de se lier avec le roi de Danemark, il y a beaucoup d'apparence que la garantie de la Silésie y serait un obstacle invincible. La raison en est sensible. D'ao cûlé la cour de Copenhague sera persuadée qu'il ne pourrait y avoir d Vgaité" dans un traité défenaif avec celle de Berlin, puisque le cas do prêter ses secours à celle-ci serait probablement plus proiain que celui d'en attendre d'elle.
D'un autre côté, la cour de Danemark est fort éloignée de se croire intéressée à concourir à la conservation du degré de luissance que celte conquête donne au roi de Prusse, a quoi il 'aut ajouter l'aversion décidée de M. de Bernstorff pour toute iaison avec ce prince, et qu'il n'a que trop bien su commuîquer à sa cour. On sait que le roi de Prusse n'ignore pas irlout cette dernière circonstance ; mais si, malgré cela, il lisait sonder le sieur président Ogier sur le projet d'entamer 2ttc négociation, il répondra qu'il ne doute pas que Sa Majesté Prussienne ne reconnaisse elle-même que les circonstances y >nt peu propres, et que ce serait compromettre sa dignité, que le hazarder une pareille tentative. Du reste, il assurera le ministre Prussien, qu'il a ordre exprès de veiller aux intérêts u roi son maître, et de faire connoître par sa conduite tous is sentiments de la bonne intelligence et de l'amitié qui subl entre le roi et Sa Majesté Prussienne, et il aura soin de 'ivre avec le Ministre de ce prince dans la meilleure inlelli-
Tous les liens qui unissent le Roi au roi d'Espagne prescri-
répLwxJe suscita par la comtesse de Benûnck, aie comtes** d'Oldenbourg et ti kllice à 1» million rojale de Danemark, une importante dèpét he de Bernstorff I. do Reïeiitlow, ministre de Danemark 1 Parîï, 16 Octobre tVii (Çorrtiponiee de M. de fi-, t. 1", p. 5t). il j est parlé des arrangements concertés par le «net de Copenhague arec l'abbé Lemairo luiquels l'Instruction 1 Ogier (ait ision. — Cf. an premier tolumo de l'Biitoirt de la guerre de trpt an» d'Arnold nr.rr.R, p. (Htt, une antre dépêche du mta ministre a M. Ogier concernant la tseasion de la Frise orientale. Il novembre 17S7. — Cf. dans notre -rolnme l'Ins- Oion a Cunillv.
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* ()ir „i-liT 'lu Roi, et (|ii'il ne peut trop en avoir iggaeT Iwp de marques de l'union qui est entre la
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cour de l'aider de ses lumières et même de !
. ,,,,'i.iurs. s'il en a besoin pour le succès de sa négociation.
\in-i il jugera par lui-même de l'usage qu'il devra faire de c i't îl se conduira avec lui relativement à la eonfiamx ,,jâ l'union qui existent entre les deux couronnes.
Aviv les autres ministres, nommément avec ceux des cours je Russie, Vienne et Londres, il observera d'user de la plu grr=. gronde politesse, et il tâchera surtout de ne leur donner aucunsn^3 sujet fonde - de se plaindre de lui.
Pour ce qui est du caractère particulier des ministres l'Iran — .fft s, d«« principales personnes de la cour, et les liaisons utiles h former à Copenhague, on ne peut mieux faire que de ren- -*voyer le sieur président Ogicr au sïour abbé" Lcmaire qui | sa longue expérience, est plus en état que personne de lu « d donner les «'■claircissemens nécessaires à cet égard.
Sur le cérémonial îi observer tant à la cour de DanemarK ~1> qu'avec les ministres étrangers, l'on joint ici la note que I Me sieur abbé Lomaire a envoyée à ce sujet, avec la réponse qtmz ii lui ;i été l'aile, el dès que l'on aura reçu les éclaircissement^^ qu'on lui a demandés, on lui fera passer les derniers ordre- <l " Roi pour qu'il les remette à l'envoyé de Sa Majesté a son arrivées.
Comme les postes d'Allemagne sont très infidèles, on lui l'a ■' donner, pour assurer le secret de ses correspondant-- l tables et chiffres nécessaires.
r le rôle politique de ci
CHOISBDL AUX AFFAIRES 477
L'intention du roi étant, etc.
Le roi voulant encore, etc. f .
Le retour du duc de Ghoiseul, en avril 1766, à la direction du ministère des affaires étrangères, qu'il avait cédée depuis octobre 1762 à son cousin, coïncide avec une rupture entre la France et le Danemark.
« Tout ce qu'a fait la France en faveur du Danemark, écrit-on de Versailles, 22 avril, est absurde. Cette puissance, foible par ellemême, n'a de politique et d'espérance qu'auprès de nos ennemis, et si elle a recherché et captivé l 'alliance de la France par des apparences de confiance et d'utilité, c'étoit pour que, dans ses affaires particulières, l'influence du Roi n'y nuisit pas, et pour tirer de Sa Majesté des subsides que l'Angleterre ne vouloit pas donner ou ne pouvoit, de sorte que sa politique consiste à ménager l'Angleterre par crainte et par la liaison de parenté que le Danemark a avec elle, à s'abandonner à la Russie par l'espérance du Holstein, et à tromper la France pour en tirer des subsides. Il faut revenir sur nos pas, connoltre la force du Danemark, conserver l'union possible avec lui, sans nous laisser abuser davantage en lui procurant des subsides inutiles au Roi et à son État. >
Le duc de Ghoiseul engageait le président Ogier à faire connaître à la cour de Danemark ce changement de politique, en usant toutefois de quelque ménagement. Ogier déclina cette mission. Il était rappelé, et partait le 28 mai, laissant la correspondance à Le Seurre, chargé d'affaires s .
1. Ce sont les formules ordinaires, pour réclamer de l'agent diplomatique une relation générale à la fin de sa mission, la restitution des papiers, etc. Voir notre ▼atome de Suède, pages 149, 203, 276.
% V. Edouard de Basthélemy, Histoire des relations de la France et du Danesous le ministère du comte de Bernstorff y un vol. in-8% Copenhague, 1887 .
R1CUEIL DES INSTR. DIPL. Xin. — 12
MARQUIS DE BLOSSET