AFFAIRES DU HOLSTEIN
grands avantages pour leur commerce. Le Roi a bien voulu entrer plusieurs fois dans les moyens d'établir cette parfaite correspondance. Mais, quelque nécessaire qu'elle soit, l'ancienne opposition du Danemark et de la Suède a rendu inutiles les propositions que Sa Majesté leur a souvent faites pour les engager à s'unir dans la vue de leurs propres intérêts.
Ces deux puissances paroissent au contraire prèles à s'armer l'une contre l'autre à la moindre occasion. Les, avantages de l'une sont un sujet de jalousie pour l'autre, et, la défiance étant perpétuelle entre elles, il n'y a pas lieu de croire qu'on puisse jamais les porter à former ensemble des liaisons solides. Ainsi Sa Majesté juge que ce qu'Ellc peut faire pour l'avantage réciproque de ces deux couronnes est de prévenir par ses bons offices les mauvais effets que cette jalousie mutuelle est capable de produire, et son intention est de donner la même application à la tranquillité du Nord qu'Elle veut apporter au maintien de la paix générale.
C'est principalement dans cette vue qu'Elle a pris la résolulion d'envoyer des ambassadeurs auprès du roi de Danemark en même temps qu'Ellc a rappelé de Copenhague le sieur de Bonrepaus pour la servir en la même qualilé auprès des Etats généraux des Provinces unies. Elle a choisi pour cet office le comte de Chamilly, brigadier d'infanterie dans ses armées, et, comme il a déjà donné des marques de sa capacité dans l'emploi qu'Elle lui avoit confié auprès des princes d'Italie, Sa Majesté est persuadée qu'Elle sera très satisfaite de la manière dont il exécutera ses ordres en Danemark, cl les marques qu'il lui douncra de son zèle dans celte ambassade ne seront pas moins agréables au Roi que celles qu'il en a déjà données dans les armées de Sa Majesté.
Le sujet le plus capable d'exciter la guerre entre les deux rois du Nord est la continuation des différends du roi de Danemark avec le duc de Ilolstein. Quoique ces deux princes soient d'une même maison, leur division subsiste depuis longtemps, cl les traités ni les alliances les plus étroites n'ont pu la faire cesser. La souveraineté du duché d'Holslein et de Schleswick, partagée pcndanl une longue suite d'années entre les rois de
86 TRAITÉS ENTRE LE DANEMARK ET LE DUC DE HOLSTEIN Danemark et les ducs d'Holstcin-Gottorp, est la source de cetl* division. Ces duchés avoient été donnés en 1460 à Christian I", roi de Danemark, par le duc Adolphe son oncle, à condition qu'ils demeureroient toujours unis. Les rois de Danemark successeurs de Christian 1" avoient observé cette loi, et, partageanl ces Etats avec leurs frères, ils s'étoient réservé, en commun la souveraineté, les droits sur lu noblesse et sur les ecclésiastiques et s'obligeoien.1 mutuellement à la défense du pays, en sorte que l'argent destiné à cet usage ne pouvoit être employé sans un consentement unanime. Ils s'étoient contentés de partage* entre eux le revenu de quelques bailliages. Us étoient convenu» de la manière de terminer promptement leurs différends, et il paroit par plusieurs exemples que les Danois rapportent qu'on a longtemps observé de ne faire aucune levée dans les deui duchés sans le consentement mutuel des rois de Danemark*;' des ducs d'Holstein. Ces derniers regardoient comme une loi fort dure de ne pouvoir lever ni troupes ni argent dans loin propres États sans le consentement du roi de Danemark, et. comme ils n'attendoient qu'une occasion favorable pour se délivrer de cette contrainte, Frédéric, duc de Holstein. profil 1 la conjoncture qui s'offrit en l'année 1C58 ; il s'unit avec le ni de Suéde, son gendre*, pour faire la guerre au roi de Danemark, et, le succès de cette guerre ayant passe les que les Suédois dévoient raisonnablement en avoir, la souvrraineté du duché de Schleswick fut cédée au duc de Hahtà par les traités de Hoschild et d i Copenhague.
Son fils, appuyé de l'alliance de la Suède, ayant hérité iln Étals de son père, soutint qu'il n'éloit pas juste que le roi de Danemark reçût les taxes et les contributions sur lu partie ilu duché qui appartenoit au duc de Holstein, et, connue k ' de Danemark avoit alors beaucoup de sujets de craindre I nouveaux troubles, ces deux princes convinrent en tfifl par un traité provisionnel, qu'en attendant un traité dé&nitif, ils recevraient chacun la moitié des contributions. I
1. Le roi de Suède Charles X GusUvo [m. 16S0) avait épousé le 21 «rtobi» *• Hedrigc Élôonoro, fille du duo Frédéric 111 de Holstein-Goliorp.
qu'elles seroienl employées aux forliii cations et à la défense des places '.
Ce fut après la conclusion de ce traité que le feu roi de Danemark donna l'une des princesses ses filles en mariage au due d'HoIstein 9 ; mais la tranquillité que ces traités et celte alliance avoient procurée ne subsista que jusqu'en l'année 1674.
Le roi de Danemark qui règne aujourd'hui * avoit dessein de déclarer la guerre à la Suéde ; il crut que le duc d'HoIstein se joindrait à cette couronne, et, pour lui en ôler les moyens, il le fit arrêter à Rendsbourg, l'obligea de lui remettre ses places. et le fil renoncer par un traité à la souverainelé de Schleswick et aux autres avantages que son père avait obtenus par les traités de Rosehildetde Copenhague '.
Ce prince fui rétabli dans la possession de ce qui lui devoil appartenir, et les traités de Poschild et de Copenhague confirmés par le traité signé a Fontainebleau en ItiTJ après la conclusion de la paix de Nimègue. Le Roi fit rendre par ce même traité tel provinces, les îles et les places que le roi de Danemark avoit enlevées à la Suède pendant la guerre.
11 s'éleva bientôt de nouveaux sujets de différends entre le roi de Danemark et le duc d'HoIstein. La manière de lever les subsides dans le duché de Schleswick n'avoit point été réglée par le traité de Fontainebleau. Le due d'HoIstein prétendit que celui de J663 devoil être exécuté. Comme il n'étoit que provisionnel, le roi de Danemark ne voulut pas consentir à le suivre, et fil lever, au contraire, toutes les contributions pour lui seul. Ce fut alors que le duc d'HoIstein, craignant le même traitement qu'il avoit déjà reçu du roi de Danemark, se retira encore à Hambourg, et après celte retraite, arrivée en 1684, son État est demeuré uni à la couronne de Danemark jusqu'en 1689. Le
1. Contention du 5 mai 1663. (V. lu Répertoire de De Reeotz, p. 1 15 ; Dûment, VI, p. il, 4M.)
i. Fr&tériqile- AnnSlie, lïUu de Frédéric 111, toi de Danemark, atait «pousri le ti octobre 1661 I Gliicksiadt In due Christbn Albert de Hnislein-Gollorp, (lis du duc de Holstoin-Gutlorp Frédéric III, ot qui mourut en décembre 16W.