‹ DanemarkChapitre 6 sur 147 · XXX TENTATIVE DE SCANDINAVISME · texte numérisé non relu

XXX TENTATIVE DE SCANDINAVISME

autre avec la Hollande. On voyait dans ces différents actes tentative de remplacer la Suède par le Danemark dans les affaires allemandes, peut-être même de l'expulser de l'Empire. La perpétuelle jalousie entre les Elats du Nord alla jusqu'à celte fâcheuse extrémité que, dans les négociations avec Ter- Ion, le représentant du ministère suédois, Claes Tott, tout en affirmant l'intention de- la Suède de conserver les meilleurs rapports avec le Danemark, refusa nettement d'accéder au traité de 1063 : la France et la Suède suffiraient amplement, assurait-il, dans l'avenir comme dans le passé, à maintenir la paix de Westphalie ; l'adjonction du Danemark, au contraire, ne manquerait pas de provoquer des soupçons, dont se prévaudraient les malintentionnés pour appuyer les propositions de l'Empereur en vue* d'un armement permanent, sous sa c tion.

Un exemple allait immédiatement s'offrir de l'importanw qu'aurait pu avoir dans l'intérêt de la paix générale une entente commune. Depuis plusieurs années déjà, les rapports étaient fort tendus entre l'Angleterre et la Hollande. 11 y avait lieu de craindre qu'une guerre entre les deux puissances maritimes n'entraînât la ruine de la Hollande et l'excessif triomphe de sa rivale. Le chevalier de Terlon reçut donc des Instructions nouvelles en vue d'amener le Danemark et la Suéde à secourir au besoin la Hollande. Terlon revint à Copenhague, où il séjourna du 12 avril au 1 er septembre lliti;i. Mais la guerre éclatait dès la fin de mars par la déclaration de l'Angleterre. Or le traité que le Danemark avait signé avec la Grande-Bretagne n'était que défensif ; et, de plus, le Danemark était irrité contre la Hollande au sujet de plusieurs questions financières et commerciales. Malgré cela, sur la représentation do Terlon qu'une entière défaite de la Hollande rendrait l'Angleterre maîtresse absolue sur les mers, le Danemark finit par promettre qu'une fois ses demandes satisfaites par la Hollande, il s'associerait à la France pour la médiation d'une paix.

Cependant, h son retour à Stockholm, Terlon trouva l'opp* sîtion du gouvernement suédois encore plus accentuée qu'a

MISSION DE POMPONNE xxxi

paravanl. On persistait d'une part à refuser toute participation du Danemark aux affaires d'Allemagne; et, d'autre part, on était trop hostile à la Hollande, surtout à cause du traité d'Elucidation ', pour vouloir offrir une médiation en sa faveur. On venait même, tout au contraire, de conclure avec l'Angleterre un traité, du 1 er mars 1665, suivant lequel on s'était nuihnllement promis, en cas de besoin, des troupes auxiliaires de 4,000 hommes. Pour la question polonaise aussi, a laquelle Louis XIV tenait beaucoup, — il paraît avoir voulu établir une forte alliance entre fa Pologne, la Suède et le Danemark devant servir ses projets dans le Nord, — le cabinet suédois ne donnait au chevalier de Terloti que des réponses évasives.

Dans ces circonstances, Louis XIV adjoignit à Tcrlon le marquis Arnaud d'Andillyde Pomponne, qu'il chargea, comme ambassadeur extraordinaire, de conduire avec lui les négociations. Une scène nouvelle attendait Pomponne à son arrivée à Copenhague, le 5 février 1666. Le 7, la France déclarait la guerre à l'Angleterre, et le Danemark lui-même, à la date du H février, signait le traité de La Haye avec la Hollande. Frédéric 111, le roi de Danemark, avait opposé à ces négociations son mauvais vouloir ; parent du roi d'Angleterre, il oubliait les services dont il était redevable aux Provinces-Unies, et se montrait disposé à chercher d'autres prolecteurs. Toutefois, les avances empressées du Grand Pensionnaire, les négociations habiles de l'envoyé hollandais, Amerongen, certaines satisfactions pécuniaires consenties par les Etats, décidèrent la conclusion du traité du H février. Dos articles secrets stipulaient une alliance à la fois offensive et défensive, selon les termes de laquelle 40 vaisseaux danois étaient mis à la disposition des Provinces Unies*; ces 40 vaisseaux étaient destinés à fermer le Sund et les Belts aux Anglais, qui liraient leurs provisions maritimes des ports de la Haltique. Le Danemark avait été précipité vers celte alliance avec la Hollande par une violation

1. Voir le volume des Intimations pour la Suéde, Introduction, p. tUXm

2. Antonio tWllIMPlIIIÉIM Vingt annieë de République parlementaire au xvii' tiicle, Jean de Witt, t. I, p. m.

JCXXn INSULTE DE L'ANGLETERRE AU DANEMARK

de son territoire marilime que la floltc anglaise avait commise. Des navires marchands hollandais, se voyant poursuivis pai des vaisseaux anglais, s'étaient réfugiés dans le port de Bergen, c'est-à-dire en territoire neutre ; mais les Anglais avaient pénétré dans le port (2 août 16C5), où leurs adversaires, assistés par les batteries danoises, s'étaient assez bien défendus pour les forcer à la retraite.

En réponse au traité du il février, l'Angleterre déclara la guerre au Danemark, le 14 avril 1 . De son côté, la Suéde affectait d'être très inquiète des armements danois ; elle s'offrait à l'Angleterre. Elle ordonnait au général suédois Wrangel de s'entendre avec Bertrand de Galen, l'évêque de Munster, qui, d'accord avec les Anglais, ravageait les provinces orientales des Etats généraux; les envoyés suédois en Angleterre étaient autorisés à signer, à l'occasion, une alliance avec l'Espagne et l'Empereur. L'hostilité était évidente envers la France; mais

1 . C'est dans ces conjonctures qu'à la suite d'uo manifeste violent du roi d' Angloterre contre le roi de Danemark, celui-ci avait adressé la lettre suivante à Louis XIV. de Copenhague, mars 1067 (Danemark, XIV, p. S'il : ■ Monsieur mon frire. Il ne se peut que vous n'ayei su ia manière injurieuse dont la roi d'Angleterre ■ pris plaisir de me traiter publiquement par ses écrits, et que la générosité de rolre Ame ne tous ait l'ait détester un procédé si indigne et qui n'a point d'exemple entre les rois. Il me seroil facile d'en faire tomber toute la bonté sur celui qui en est l'auteur, et de le convaincre par des raisons invincibles de l'injustice quo par là il m'a faite, si je n'avois pas plus de considération que lui pour le caractère dont nous sommes tous deux revêtus, et si jt; D'étoïl persuadé qu'il s'est déjà assez prostitué lui-même en mo voulant prostituer. Mais comme cette offense est do celles qui ne sont pas permises entre des ennemis mêmes, et qu'il 7 va de l'intérêt de tons les rois qu'une telle brèche faite i leur dignité soit dûment réparée, je ma promets de votre équité et de l'affection sinecro que votïs ni'avet toujours portée Ot dont tous m'avei fait assurer par votre ambassadeur, de vouloir appuyer mes intérêts dans le traité de paix qui se doit tenir. One vous contribuerai volontiers do tout votre pouvoir A me faire recevoir celle juste s s.tisf action, ot ne souffrirez pas que l'on en vienne i aucun acconiinmlMnenl avec li.-dit roi sans qu'il me lasse raison d'une si vilaine calomnie. J'ai commandé 1 mon résident en votre cour de vous communiquer les moyens que je juge les plus propres pour cela, lequel je tous prie d'écouter favorablement li-dessus, et de croire que je recevrai l'assistance que vous mo prêterez en ce rencontre comme une dos plus grandes marques que vous me puissiez jamais donner de votre amitié, et que je suis du profond de mon

Monsieur mon frère, votre bon frère FRgDEiticit.

On trOUTera d'intéressantes informations sur l'épisode do Bergen et BUT les diverses accusations que se renvoyèrent a ce propos les politiques d'Angleterre, de Hollande et de Danemark, dans le second volume do l'ouvrage do M. P. "W. Bëcï eh, Sam linatr lit Denmarks Historié.. . Documents pour l'histoire du Danemark tous le règne Je Frédéric M (1857, în-8»).

PAIX DE BREDA xxxm

Pomponne triompha à Stockholm de cette situation dangereuse. 11 se porta garant que les armement* danois ne visaient pas la Suède, et il alla jusqu'à promettre que, si le Danemark attaquait, la France défendrait la Suède sans réserve. Réciproquement, elle défendrait le Danemark s'il était attaqué par sa voisine. La Suède consentit finalement, par une résolution du 17 juillet, à resler neutre; ce qui n'empêcha pas que l'armée de Wrangel, une fois l'expédition de Bertrand de Galen terminée, restât réunie dans le pays de Brème comme une menace envers les Provinces-Unies. Ce fut contre le vœu de la France que la pais se conclut entre la Hollande et l'Angleterre le 4 juillet 1IÎ67, à Bréda, où la paix entre l'Angleterre et le Danemark fut également signée.

La longanimité peu ordinaire dont Louis XIV, dans ces circonstances difficiles, avait fait preuve à l'égard de la Suéde s'expliquait par ses nouveaux desseins à propos du droit de dévolution et par ses projets sur le trône de Pologne. Une guerre générale pouvait éclater dans laquelle l'assistance de la Suède lui serait d'une grande importance. C'est pourquoi Pomponne avait mission de conclure à Stockholm un nouveau traité, en vue duquel il était autorisé à faire bon marché d'un des intérêts vitaux du Danemark. 11 offrait d'étendre la garantie française non seulement sur les possessions suédoises, mais encore sur celles du duc de Ilolstein, avec cette seule restriction que la construction de la petite forteresse de Chrislianspris, à l'embouchure de la baie de Kiel, ne serait pas regardée comme une infraction au droit du duc. Il promettait en outre des subsides. Cela ne suffisait pas; le gouvernement suédois craignait toujours que le traité entre la France et le Danemark ne contint des articles secrets visant à exclure la Suède de l'Allemagne ; il y avait beaucoup de partisans de l'alliance avec l'Empereur et l'Espagne. Vainement Pomponne promit que nous ne réclamerions le secours stipulé du Danemark qu'avec l'assentiment de la Suède ; vainement il laissa entrevoir une assistance française en faveur des prétentions suédoises sur la ville de Brème, auxquelles s'opposaient le Danemark et la Hollande, Ses négociations n'avancèrent pas. Par contre, la triple alliance était

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