‹ DanemarkChapitre 5 sur 147 · Et non 1662, c du 13 août 1742 eut celte dslB do, H · texte numérisé non relu

Et non 1662, c du 13 août 1742 eut celte dslB do, H

aime marque le recueil de Dumont. Cf. le traita .

a les même» puissances; on y trouve nne référence eipre

- Cf. Dumont, VI, n, 436; Ruun, III, 205.

xvi TRAITE DE COMMERCE

M. Courtîn, de retour de Suéde, pour aller en Danemark avei mission d'obtenir l'introduction dus sels français dans ce à l'exclusion de ceux d'Espagne. La négociation n'aboutit pas. Elle fut reprise par M. Courtin en 1664 ; Louis XIV offrit de prêter 200,000 écus a Frédéric 111 s'il acceptait la clause précédemment rejetée. Sehested, alors ministre de Frédéric III, proposa à Colbert, par une lettre du 19 juillet 1664, de frapper les sels étrangers d'un impôt double de celui que subissaient ceux de France, « afin de faire perdre l'accoustumance que l'on avoit pour les sels de l'Espagne ». Mais il annonçait en même temps que le roi de Danemark ne se déciderait à concéder l'introduction des sels français que si Louis XIV consentait ù augmenter le chiffre du prêt. On en resta là. Il apparut, par un projet de traité de commerce préparé en 1671 par M. Guldenlôvc, et qui sembla obtenir d'abord l'approbation de Colbert, que les Dauois prétendaient ne traiter que sur un pied de réciprocité ; ils entendaient recevoir nos sels et nos vins à condition que les navires français chargeraient en égale quantité les produits danois, beurre, fromages, chair salée, huile de baleine. Ils essayèrent plus lard de faire eux-mêmes du sel '.

Le traité de février fut bientôt suivi d'un traité d'alliance, conclu le 3 août pour dix années, et dont voici les principaux articles. Le roi de Danemark promettait d'entrer dans l'alliance du Rhin pour le maintien de la paix de Westphalie, ou de joindre ses troupes à celles de la France et de la Suède pour soutenir la liberté du corps germanique. En revanche, le Roi Très Chrétien assisterait d'argent et de troupes le Danemark, si cette puissance était attaquée par qui que ce fût, et il continuerait ces secours jusqu'à ce que le Danemark eût obtenu satisfaction. 11 était dit expressément que cette alliance n'était dirigée contre personne ; elle avait pour but de maintenir la paix bien plutôt que de faire la guerre. La Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et les princes de l'Empire, et surtout les Electeurs de Saxe, de Rrandebourg et du Palatinat pourraient

I. Cf. les lettres de Colbert au mttri|iiis dm Arcis, envové i>n Dnnomark MB septembre 1071), lui directeur» de la Compagnie du Nord, u La Rochelle (1070- 1071), etc.

TRAITES DE FEVRIER ET AOUT 1003 xvu

y être compris s'ils en. exprimaient le vœu. — Les articles sccrels contenaient d'assez curieuses conditions stipulées par la France. Si les souverains contractants se voyaient obligés à faire la guerre en Allemagne, chacun d'eux mettrait en campagne au moins deux mille chevaux et six mille fantassins. Le Roi Très Chrétien paierait au roi de Danemark, pour l'entretien de ces troupes, un subside de 300,000 écus. Si le roi de Dane. mark était attaqué par la Suéde, le Roi Très Chrétien ne serait pas tenu de lui donner des troupes ni de faire diversion dans les États du roi de Suéde, mais seulement de lui payer 400,000 écus en subsides annuels. La France prendrait néanmoins l'offensive contre la Suède, si celte couronne attaquait le Danemark dans le temps même où des troupes danoises combattraient en Allemagne pour le maintien de la paix de Wcslphalie.

Les deux traités de février et août 1663 étaient signés pour le Danemark par un personnage important, qui se trouva uielé à des intrigues dont nos Instructions font des mentions fréquentes.

Annibal de Sehestcd, né en 1609, avait marqué comme gouverneur de la Norvège, de 1642 à 1651. Il y avait rendu de grands services, mais s'était fait beaucoup d'ennemis. Disgracié de 1651 à 1657, il devient, avec la permission de son roi, général de l'artillerie en Espagne. De retour en Danemark quand la guerre éclate avec la Suède, il prend part utilement aux négociations de la paix de 1660. Grand trésorier de la couronne danoise, il est enfin envoyé en France eomnu imbamedeur extraordinaire sous le prétexte de féliciter Louis XIV delà naissance d'un dauphin (novembre 1661), mais BD réalité pour ouvrir des négociations. Il avait épousé en 1642 une ûlle du roi de Danemark Christian IV, Christiane, issue du mariage morganatique avec Christine Munk. Il s'était fait le confident de Charles II d'Angleterre exilé. Toutes ces circonstances, et, outre cela, une participation importante à la réaction monarchique et absolutiste accomplie en Danemark pendant l'année 1660, avaient fait de lui, non sans quelques

RECUEIL DES ISSTfl. DIPL. XIII. — b

XI TRAHISON D'L'LFELD

éloigné de me mêler de telles affaires de vouloir bien ou mi juger de l'un ou l'autre monarque. Je suis sur le point de retirer de toutes les affaires de l'État. »

Christian IV étant mort, Corfitz Ulfeld, aussi bien que i beau-frère Annibal Schested, eut son rôle marqué dans 1< menées de l'aristocratie danoise. Il prit une part active à l'accord des nobles pour imposer à Frédéric III élu une sévère capitulation. Sa seconde ambassade en Hollande (1649), en irritant l'Angleterre d'une part, en laissant d'autre part le champ libre de nouveau à ses ennemis, précipita son désastre, qui devint funeste à son propre pays et influa sur les événements politiques du Nord et sur ses alliances extérieures.

Au commencement de 1681, une aventurière suscitée probablement par ses rivaux, parmi lesquels il fallait compter Schested lui-même, l'accusa d'avoir voulu empoisonner le roi. Dina Winhofer, convaincue de calomnie, fut mise à mort; mais, un de ses bas complices ayant été seulement exilé, Corfilz Ulfeld s'en offensa et quitta le royaume avec sa femme et ses enfants. Il se rendit à Amsterdam, ayant toujours sou tenu auprès du ministère danois la cause de l'alliance hollandaise de préférence à l'alliance anglaise; mais il n'y resta pas, et se rendit en Suède. C'était se donner aux vrais ennemis du Danemark. La reine Christine, puis Charles X Gustave, son successeur, lui montrèrent par leur accueil qu'ils prétendaient avoir en lui un instrument contre leurs rivaux danois. Tandis qu'à Copenhague on lui faisait son procès et qu'on le dépouillait de ses dignités et de ses domaines, le gouvernement de Stockholm prélendit prendre sa cause en main. On lui communiquait les dépêches venues de Copenhague ; lui-même faisait connaître les moyens de défense des Danois, l'état de leur flotte et de leur armée, et prêtait même à ses nouveaux maîtres des sommes considérables. Ce n'était pas assez d'exciter la Suède contre sa propre nation; rencontrant à Stockholm Whitelocke, l'ambassadeur de Cromwell, il donna les mêmes informations et les mêmes avis à l'Angleterre. Devenu le conseiller secret de Charles X Gustave, il l'accompagna dans sa terrible campagne de 1688; i! se fit donner par le vainqueur des domaines dans le Julland envahi ; il adressa

TRAHISON D'ULFELD xxi

aux Jutlandais un manifeste pour les engager à se soumettre au monarque suédois. Nommé enfin par le roi de Suède son plénipotentiaire pour la paix, il signa le traité de Roeskilde, qui le rétablissait dans sa patrie, lui rendait ses biens et ses charges, mais en ôtant au Danemark plusieurs de ses plus belles provinces.

C'était le temps où Condé, après avoir intrigué jusqu'en Danemark contre Mazarin, se faisait rappeler et rétablir en France, grâce aux Espagnols, par la paix des Pyrénées, d'une année seulement postérieure à la paix de Roeskilde. Je rencontre a la date de 1650 la mention suivante ' : « Cursor ille ex Gai lia nihil praeter litteras a principe Condaeo attulit lingua gallica, propria istius principis manu exaratas, quïbus, recensitis prius calamitalibus quas Galliae regno ex perversis Cardinalis Mazarinii machinationibus impendere ait, regem nostrum ohtestalur ut datis ad regem et regïnam Galliae litteris, illos hortetur et moneat ut bis incommodis mature obviam eant, nimiamque Cardinalis potentiam, qui... aditum sîbi ad regiam poleslatem paulatïm stravit, ïnlra limites coerceant, ne simile Angliae fatum aliquando Gallia experiatur; communem enim agi regum causam, atque exempli interesse omnibus ut nefarii istius modi conatus reprimantur. »

. En France comme dans le Nord, les gouvernants avaient affaire en ces temps à des habitudes traditionnelles d'indépendance féodale qui primaient encore les sentiments do nationalilé.

La paix de Copenhague, 1660, qui suivit de près la paix de Roeskilde, stipulait encore une garantie générale en faveur de Corfitz Ulfeld ; mais ce fut le dernier regain de son ancienne prospérité. Charles X Gustave, sou protecteur du dehors, venait de mourir, et le coup d'Etat de 166(1 allait raffermir la monarchie danoise. Quand il revint à Copenhague, il se vit arrêté avec sa femme et ses enfants ; il dut faire publiquement une humiliante amende honorable avec une rétractation, et rendre

un CONDAMNATION DULFELD

ses domaines mat acquis. Il reprit alors la route de l'exil, sans renoncer à de nouveaux projets contre sa patrie. De Bruges, où il se réfugia d'abord, il s'agita en se vantant d'avoir assez de crédit pour susciter en Danemark une révolution intérieure ; il la méditait cette fois au profit de l'électeur de Brandebourg ; il s'en ouvrit par des messagers à ce prince, qui se hâta de le dénoncer, et sa perte fut résolue. C'est aussi de Bruges qu'il écrivit à Louis XIV, avec l'espérance de le gagner'. Ces lettres de Bruges, que nos Instructions rappellent, furent simplement transmises par ordre de Louis XIV au roi de Suède, pendant que Charles II livrait Éléonore elle-même ; elle lui avait prêté des sommes d'argent: cette lâcheté dispensa le royal créancier de payer ses dettes. Éléonore devint captive pour vingt-deux années. Quant à Corfitz Ulfeld, il était condamné et sa tête mise à prix. Ce fut, nous l'avons dit, Ànnibal Sehested qui fut chargé d'invoquer de la cour de France toutes les dernières mesures contre le proscrit. Comme le bruit courait que, de Bruges, il voulait passer dans les Flandres, et de là probablement en France, Sehested obtînt de Lionne une circulaire à tous les gouverneurs, afin qu'il ne trouvât aucun refuge et qu'il fût appréhendé pour être livré au roi de Danemark. On enveloppa dans ces poursuites quelques Français accusés d'avoir noué de coupables intrigues avec les chefs de plusieurs garnisons danoises pour livrer aux Suédois ou à la France un cerlain nombre de places. Plusieurs de ces malheureux furent arrêtés et emprisonnés en Danemark, puis enfermés à la Bastille '. Finale-

1 . On peut lire une de ces lettres, do 1" juin 1663, dans le registre Danemark n* XII, folio 11, Archives du ministère des suaires étrangères à Paris. V. notre note ci-dessus, p. m.

2. On emprisonna a Copenhague deui Français desquels on attendait, les supposant complices, des révélations sur un prcUrulu Mmptot uilrrirur dont s'était tort effrayé le gouvernement danois. Le premier était un certain David dus Marrvei, sienr de La Roche Tbudesquiu Domino i 'c second, de moins de consistance, s'appelait Jacques BejttOgar. Voici ce dnnl La Itoche était accusé. En août 1663, en même temps qu'Annihal de Schestod recevait k P;iris les ordres de son gouvernement pour avoir à poursuivre son propre beau-frère Corflut Ulfeld, une certaine Mario-Madeleine Langlois se présenta à lui et l'informa que ce La Roche, depuisquelque temps commandant k Nakskov. avait formé le projet de livrer à une puissance étrangère plusieurs forteresses du royaume danois. Cette Langlois, de vie peu séTére, avait des relations avec tous les grands de la cour de France. L» Roche assura, dans ses dépositions, qu'elle avait un libre accès auprès dv Louis XIV, même qu'elle le gouvernait. Elle, du son coté, déclara dans ses communications i Sehested

SUPPLICE D'ULFELD xxm

ment le tribunal suprême de Copenhague rendît, Io 2i juillet 1663, son an-fit en ces termes ' :

« Puisque le comte Corfice Olfell, au lieu de la grande reconnoissance qu'il devoit avoir du pardon et de la grâce du roi, est malicieusement contrevenu au serment et- hommage par lequel il étoit obligé comme vassal et sujet, aussi bien qu'il a eu de périlleuses entreprises contre la personne du roi et son royaume, lesquelles il alloit communiquer aux seigneurs étrangers, pensant ûter le sceptre et la couronne à son roi et priver ses sujets du repos et tranquillité dont ils jouissent... la haute justice a reconnu et déclaré que, par semblables actions Iraîlreuses, il a commis le crime de lèse-majesté. Pour ses horribles et criminelles actions, il souffrira les peines suivantes : Il sera dégradé de ses rang et dignités, et ses armes seront rompues par le bourreau pour lui, ses enfants et tous les descendants, toutefois sans aucun préjudice des autres de sa maison. — Si on peut en quelque lieu appréhender Corfice jadis appelé le comte Ulfclt, ayant été présenté à la justice, la main droite lui sera coupée comme a un parjure, par après la tête, laquelle sera mise sur une pique en un lieu remarquable, selon que Sa Majesté trouvera expédient, en mémoire d'un crime si horrible. — Le corps dudit Corfice sera mis en quatre parties chacune desquelles seront mises sur un des principaux bastions ici en la résidence royale. — Tous les biens dudit Corfice, comme aussi de ses enfants, après que ses légitimes dettes seront payées, seront confisqués. — Nul des

que La Roche avait (ait un voyage K Puis pour offrir k Louis XIV de lui livrer plusieurs forteresses danoises : Kronborg, Nakskov, Gliicksladt. Elle avait, disaitelle, pic l'ordre eipres du Roi, assisté À une conversation entre le secrétaire d'Etat LeleÛier et La Roche; celui-ci avait présenta l'affaire comme très facile, le roi de Danemark s'élant fait beaucoup d'ennemis par le coup d'Etat de 1660. Elle avait personnellement raconté toute la scène k Louis XIV, et le Roi lui avait ordonné de dire à La Roche nu'il no voulait rien savoir de tout cela. Elle avait vu deui lettres do La Roche au Roi. Quand La Roche était en Hollande, le duc d'Holslein-Gotlorp s'était donne beaucoup do mouvement pour l'attirer a lui... etc. — < Sehcsted s'empressa de transmettre au roi do Danemark toutes ces informations et s'occupa do couper court aui complots. Il obtint en quelques jours de Louis XIV un ordre d'arrêt contre La Roche et Béranger. On trouva les preuves que La Roche, avec quelques officiers, était sur !e point do vendre au dehors vingt canons danois... Il fut arrêté à Bruxelles, le 6 septembre, et conduit prisonnier, avec Béranger, à Copenhague, d'oii, réclamés par le gouvernement français, ils furent tous deui ramenés, emprisonnes à la Bastille, et assez promptement délivrés. — Rien no prouva que Corflti Ulfeld, comme on l'avait dit d'aburd, les eût pour complices. Le roi de Danemark lui-même intervint eu faveur do La Roche ol d'un certain Sorbiére (V. l'Instruction à Terion). J'emprunte la plupart do ces détails & l'ouvrage de M. Bipket Smith, Leonora Christian greoinde Ulfeldti Historié, 2 vol. 8', I879-8Î. Cf, Ravaisson. Les archives de In Ifaslitle. - Il j i un roman historique : Le comte d'Vtfetd... par Rousseau de la Valette, 1878. t. Danemark, XI.

xxiv SEHESTED ET ULFELD

enfants dudit Corfîce entrera ou sera souffert désormais dans les royaumes, principautés et pays de Sa Majesté, sous peine de la rie. Une des maisons dudit Corfice, laquelle Sa Majesté nommera, sera rasée, sans qu'on puisse audit lieu jamais bâtir ; ains on y mettra une colonne, sur laquelle sera gravée la cause de cecy. — En cas qu'on ne se puisse saisir de la personne de ce souventefois mentionné Corfice, l'exécution se fera en effigie en même façon qu'il a été dit, et cependant on assignera une somme d'argent telle qu'il plaira à Sa Majesté pour celui qui l'apprchenderoit vif ou bien le tuera. Le tout pour le bien du royaume. »

Suivent les noms des juges.

Le supplice eut lieu à Copenhague, une effigie en cire tenant lieu du contumace. Quelques mois après, en 1664, Corfitz Ulfeld, traqué en tous sens, fuyant de Bâle, mourait de froid sur le Rhin dans une barque de pêcheur. La colonne d'infamie érigée à Copenhague n'a disparu qu'en 1841.

Le registre Danemark, n° XI, aux archives du ministère des affaires étrangères, à Paris, contient, à la dale du 22 août 1663, une lettre de Louis XIV à Frédéric III pour le féliciter d'avoir échappé « à la conspiration qui le menaçait ». Il donne aussi, à la date du 28 septembre, la lettre circulaire du Hoi, autographe de Lionne, à tous les gouverneurs des provinces et pli du royaume contre le condamné.

Quant a Schested, il comprit bien que sa parenté avec filz (."lfeld, en dépit de son hostilité de famille, servait de prétexte contre lui aux membres (le la noblesse, ses adversaires politiques : on rappelait d'ailleurs certains abus de son administration en Norvège. Il sut pourtant reconquérir son crédit auprès du roi, et ne cessa pas d'intervenir dans le gouvernement intérieur et dans la politique étrangère ; il le fil avec autorité et avec sagesse. Il donna d'utiles conseils dans le sens d'une solide alliance Scandinave. Il recommanda dans son testament politique d'aussi importantes réformes que l'abolition du servage et de la corvée '.

aces Cor-

1. Voici pourlant une étrange information sur lui, dans une dépêcha de Courlin, datée de Copenhague, 23 janvier 1666 (Registre Danemark, SU!, fol. !5j. • M. le grand trésorier de Danemark, remuant ciel et terre pour se rendre nécessaire près du roi (on maître et de la reine de Danemark, qui le bail mortellemen

COMTE GRIFFENFELD ixv

ne partie au moins de ces avis prudents fut recueillie par un autre homme d'Etat danois de la même époque, qui eut finalement affaire, lui aussi, comme Corfitz Ulfeld, avec le bourreau, après une période de toute-puissance éclatante, pendant laquelle il se montra, plus encore qu'Annibal de Sehested, homme de sage gouvernement et d'habile administration, Plus encore qu'avec Sehested et Ulfeld, la diplomatie de Louis XIV eut à compter avec le comte de Griffcnfeld, grand chancelier de Danemark.

Né en 1635 à Copenhague d'un marchand de vin d'origine allemande nommé Schumacher, il est protégé par le roi Frédéric III, qui, après l'avoir fait instruire, le nomme son bibliothécaire, et prend en lui assez de confiance pour lui confier la rédaction de celte Loi royale de 1663 qui conférait l'absolutisme à la monarchie danoise. Il rend après cela de bons services dans la chancellerie, c'est-à-dire au ministère des affaires étrangères, et devient noble et comte sous le nom de GrilTcnfeld eu 1670, après l'avènement de Christian V. A partir de ce moment surtout, et pendant sis années, il exerce dans le gouvernement intérieur et dans la politique étrangère du royaume de Danemark une influence tout u fait dominante, et cela avec une réelle habileté. L'ample biographie de ce véritable homme d'État qu'a écrite M. Otto Vaupell, Rigskansler Greu Grïffen-

a mis dans l'esprit de celte princesse, c'est-à-dire aillant qu'elle en a été capable, ayant l'esprit bon et solide, que si on le laissoil aller en Angleterre, il pourrait prendre occasion, ayant tout pouvoir, comme Ll ae l'imagine, sur l'esprit du roi d'Angleterre, comme sur un prince avec lequel pendant son exclusion il a fait débauche et a eu de grandes privautés, il pourroit, dis-je, lui mettre en la tête de répudier nomma bâtarde U reine d'Angleterre, fille de Portugal, et lui insinuer do prendre en sa place uno des princesses do Danemark. C'est ce que M. Annibal Sehested roule dans sn cervelle, et un certain entretien que j'ai eu avec une personne de considération et qui est dans la plus intime confidence de la cour de Danemark, mo persuade que la proposition d'Annibal Sehested avait fait quelque impression secrète. Car ouvrant ce propos ù celle personne, en lui voulant faire <<.iii[u. ■:,,][.■ l'absurdité do celle entreprise par l'exemple do la Reine mère, qui avoit élo tant d'années sans enfans, dans laquelle cependant, comme dans une autre Sara, Dieu nous avoit par sa grâce permûl d' espérer uno lignée innombrable et infinie, et comme je lui montrai le péril où se meltroit le roi d'Angleterre, offensant par cette répudiation le chancelier beau-perc du duc d'York et celui-ci encore davantage, le ressentiment des Portugais, etc., on me répondit que ces sortes de résolutions se prenaient en particulier, sans consulter personne, et qu'enlln on vcrroil ce qu'opérer oit A. do Sehested • — Courlin écrit dix jours plus tard, le 5 février : • M. Sehested est parti pour l'Angleterre. •

xxvi COMTE GRIFFENFELD

feld (en danois, 2 vol. in-8°, 1880, 1882) porte avec raison ce sous-litre : Et Bidrag lit Nordens Historié i det 17^ Hundredaar : elle est toute une page de l'histoire du Nord pendant le xvn" siècle. (V. notre Index.)

Reprenant quelques-unes des vues exprimées naguères par Annibal Sehested, Grîffenfeld poursuivit pendant plus de trois années le projet d'une alliance intime entre les États Scandinaves. Pendant plus de trois années (1612-1675), sa diplomatie conduisit avec persévérance des négociations à la cour de Stockholm, proposant une défense militaire, cerlaines institutions et une monnaie d'argent communes, tantôt contrecarré, tantôt aidé par les vicissitudes de la politique française, donnant à faire par sa dexlérilé, quelquefois rusée, au cabinet de Versailles, mettant à profit parfois l'admiration presque enthousiaste qu'il avait inspirée à l'excellent Terlon, exploitant une certaine jalousie entre Terlon et Fcuquière, nos ambassadeurs à Copenhague et à Stockholm.

Après que le Danemark eut déchiré la guerre, le 2 septembre 1G75, à la Suède, qui restait notre alliée, Terlon vînt se plaindre à Grîffenfeld de ce que plusieurs de ses dépêches avaient été interceptées. Le ministre danois, qui avait dû acheter le chiffre, fit l'ignorant, et offrit tout simplement d'être lui-même désormais l'intermédiaire de la correspondance française avec le Danemark et la Suède. « Je prendrai soin de vos dépèches comme des nôtres, dit-il. Ne craignez pas ma curiosité. Qu'y verrais-je, sinon la chaude amitié de la Fiance pour la Suède, qui vous coûte des millions sans nul profit jusqu'à ce jour, tandis que nos armements n'ont encore coûté à nos alliés que 200.000 rîxdales? » Le curieux de l'affaire est que le gouvernement français accepta en une certaine mesure, sauf à continuer l'envoi par ses propres courriers des plus importantes dépèches : en général trois exemplaires étaient expédiés de la mémo lettre, par des routes différentes. Beaucoup de celles-là furent interceptées par le3 croiseurs et la police du Danemark. Terlon ayant écrit à Grîffenfeld le 30 octobre pour se plaindre qu'un courrier venu de Stockholm avec des lettres de Feuquière eût été arrêté à Copenhague, et les lettres au

TENTATIVE DE SCANDINAVISME xxvn

Roi de France et à Tcrlon lui-même portées au ministre danois, celui-ci n'hésita pas à répondre que, si on lui demandait sa garantie pour la correspondance française, il fallait bien qu'elle lui fût remise ; qu'il n'était pas vrai d'ailleurs que les dépêches eussent été enlevées de force, et qu'on les remettait fidèlement h Terlon après en avoir pris connaissance '.

Tout cela, que M. Otto Vaupell expose dans son livre (en citant ses autorités), fut fait, assure-t-il, de l'aveu du roi de Danemark, devant qui on lisait ces lettres, mais parut si étrange qu'après la disgrâce de Griffenfeld, on ne voulut ou on ne sut expliquer la présence de ces correspondances étrangères trouvées sous son couvert que par des trames de trahison.

Les motifs du nouvel échec des propositions d'alliance Scandinave renouvelées par Griffenfeld se voient facilement: assistance obstinée de la Suède et quelquefois de la Fiance elle-même au duc de Holstein-Gottorp, l'ennemi intérieur dont le Danemark ne pouvait se délivrer ; jalousie héréditaire excitant la Suède à refuser d'admettre le Danemark sur un pied d'égalité

1. La lettre que voici (Danemark XXIII) (tu roi de Danemark a Louis XIV, 31 mars 1816, confirme en parLie ces singuliers détails :

• Monsieur mon frère, il serait superflu do tous représenter ici les motifs qui m'ont oblige aui engagements que j'ai pris avec les alliés, et a les assister ensuite contre la Suède, puisque tous n'i<.-nureî pas que la mauvaise conduite da cette couronne en mon endroit en a élé la principale cause. Nonobstant quoi, je n'ai pas laissé de prendra un soin particulier pour entretenir avec vous la bonne intelligente qu'il ï a toujours eu entra nos deui couronnas ; et, pour plus grande preuve do la sincérité de mes intentions à cet égard, j'ai consenti que les lettres de vos ambassadeurs ici et en Suède prisassent librement par mes États. Il se trouro cependant qu'un paquet adressant (rie) nu sieur Griffenfeld, que des considération» très importantes et qui regardent In bien de mon Etat m'ont obligé de faire arrêter depuis peu étant arrivé ici do Su.'ido ces jours passés, et avant été ouvert par un de nies lllllll llllîl lis qui. par mégarde, a aussi enlevé l'enveloppe de la dépeclie qu'il contenait pour vous, j'ai appris par lo contenu du mémoire dont elle est accompagnée, aussi bien que par divers autres avis que j'ai reçus d'ailleurs, non seulement que vos ambassadeurs n'usent pas do la permission que je leur ai accordée avec la discrétion qu'ils m'avoient fait espérer, mais aussi quo ia Suéde fait tout son possible pour nous brouiller ensemble. Util comme je ne puis croire que votre intention soit de souffrir que, sous prétexta d'une correspondance innocenta quo j'aî permise, il se trame des choses au préjudice de mon État et de mes intérêts, j'espère quo v?us aurei agréable de donner tels ordres aul dits ambassadeurs qu'a l'avenir ils s 'abs lien ri rut d'uiiv cotTi'Spnri'.laiico si suspecte et si contraire à l'amitié que je désire do conserver invirilableiiicni avec vous. C'est la vérité de laquelle jo tous prie de vouloir être entièrement persuadé, et que je suis do tout mon cœur, Monsieur mon frère, votre bon frère Christian.

« Copenhague, 21 mars 167u. *

Tn TENTATIVE DE SCANDINAVISHE

dans l'alliance franco-suédoise ; répugnance de beaucoup » hauts et nobles dignitaires suédois à s'approcher de la roonar chic danoise, devenue absolue ; enfin, malgré les conseils < Griffenfeld, qui étaient déjà ceux de Sehested, obstination du Danemark à rêver le recouvrement des provinces perdues au delà du Sund, au sud de la péninsule suédoise.

A l'intérieur, Griffenfeld s'était montré sage réformateur de la haute administration danoise, protecteur du commerce i de l'industrie, même aussi des sciences et des lettres. Au eut-il, au dedans el au dehors, quelques années de très éclatant triomphe. Nous avons dit l'admiration qu'avait pour lui Terlon, notre ambassadeur.

Louis XIV, assure-t-on, quant il reçut pendant l'automne de 1674 l'ambassadeur danois Meyerkrone, fit du chancelier Griffenfeld un brillant éloge que les courtisans, au sortir de l'audience, répétèrent à l'envi. Il se serait écrié un jour : ■ Il est notre maîirc à tous ! il nous a trompés ! » On ajoute encore que Louis XIV essaya en vain de le corrompre, qu'il lui fil offrir de l'aider à obtenir la main de la princesse de Tarcnte, propre cousine du Roi de France réfugiée en Danemark, et que Griffenfeld aimait (on se rappelle les lettres de M™" de Sévigné). L'empereur Leopold le créa comte de l'empire, et l'électeur < Brandebourg lui offrit l'Ile de Iîugen en fief, avec un titre i principauté.

Mais les nobles, qui détestaient toujours en Griffenfeld I rédacteur do la Loi Royale de 1665, exploitèrent contre lui s manque de modération en un tel triomphe. Ils parvinrent à 1 renverser en 1676, après qu'il eut augmenté le nombre de se ennemis en rompant un mariage promis avec une princesse alliée de la famille royale. Il fut cruellement condamné sous de vains prétextes. La grâce royale, apportée au moment où, sur l'échafaud, le bourreau levait le glaive, lui infligeait une détention d'où il ne sortit qu'une année avant sa mort en 1699 '.

1. Terlon écrit de Copenhague, le. dernier jour d qu'une des accusations les plus graves contre M. le lolligetice avec la Suède, a quoi l'on croyait que j'a 1 Votre Majesté. Il est bien irai que les □ '

mars 1G76 : « Il m'a été dit mte de Griffenfeld était lïns contribué avec l'argent d* irmemis sont persuadés qu'il

COMTE GIUFFENFELD xxix

Nouvel exemple de la barbarie de ces temps, de la persistance des jalousies mesquines soit entre les divers États, soit entre les différentes classes dans chaque pays, et de l'influence funeste qu'avaient encore sur la politique générale les ambitions et les caprices personnels.

Le gouvernement français s'était rais à l'œuvre tout aussitôt pour tâcher d'obtenir l'accession de la Suéde aux conditions publiques du traité d'août 16G3, conclu avec le Danemark. Le chevalier Terlon avait été envoyé à cet effet en 1664 a Copenhague et à Stockholm. Arrivé dans la première de ces deux capitales le 30 octobre, il y resta jusqu'au 2 décembre, et eut deux audiences du roi Frédéric III. Il le remercia de la médialion danoise, grâce à laquelle Louis XIV* avait pu conclure récemment un traité d'alliance avec l'électeur de Brandebourg. Il exprima en outre le désir de Louis XIV que la couronne danoise ne soutint pas l'élection comme roi de Pologne du duc de Liinebourg, Jean-Frédéric, au détriment du candidat français, le duc d'Enghien, et il obtint à ce sujet une réponse favorable.

Nous avons dit ailleurs 1 que Terlon no rencontra pas à Stockholm un facile accueil. On n'y avait pas oublié l'abandon du traité de 1661 ; on y était offensé de ce que la France avait signé sans avertir le traité récent avec le Danemark et un

étoit bien intentionné pour Votre Majesté, et qu'il étoit entré dans cette guerre comme par force et à l'ùilrémité, l'ayant éïitée tant qu'il avait pu. J'ai dit que Votre Majesté a»oit un traité avec la Suéde qui l'obligeait i la défendre, mais seulement ses provinces d'Allemagne. • — De Hambourg, 12 juin 1676 : « Enfin la sentence du sieur Peter Schumnker, ci-devant comte de GrilTenfcld, grand-enancelier de Danemarck, a été prononcée. Noua saurons aujourd'hui son crime, dont personne que le coi son maître et ses jugea n'a eu jusqu'à présent connoissance. ■ — De Hambourg, 22 juin 1678 : - Grifl'enfeld a eu sa grâce sur le moment de son eiécutïon, mais E ia reçut avec beaucoup d'indifférence, ayant déclaré, étant même aur l'écbsfaud et croyant ne point avoir de grâce, qu'il mouroil innocent, n'ayant

nis aucun crime qui lût contre le roi son maître, et qu'il pardonnoit de bon cœur 4 ceux qui l'avoient mis en l'état où il étoit. Comme c'est un homme qui a

connoiasance parfaite des affaires at do l'État du Danemark, on a conditionné ice d'une prison perpétuelle. On lui a impulé à grand crime une lettre qu'on dit qu'on lui a trouvée de M. le marquis du Feuquioro qui était pour le remercier

ommerce de nos dépêches. Je ferai voir par mus Hémoires qui n'avait rien que d'honntMe et même qui ne fût ;i»aiitaguuï au Danei 1. Voir le volume des Instructions pour la Suéde.

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