Danemark
Le royaume de Danemark est situé au nord de l'Allemagne , et au sud de la Suède et de la Norvège , dont la mer Baltique» le Sund et le Cattegat le séparent.
L'Elbe arrive , dans la partie septentrionale de l'Allemagne, à trente lieues de son embouchure, dans la mer du Nord ; baigne, à droite, le duché de Lauenbourg , et , un peu plus loin, après avoir formé un larçe estuaire, le duché de Holstein , qui tous deux font partie de la monarchie danoise. Le premier de ces pays offre une vaste plaine ondulée, et arrosée par quelques cours d'eau peu considérable ; les uns affluent de la Trave, les autres de l'Elbe; on y voit de petits lacs qui égayent le paysage. Le sol, marécageux le long de l'Elbe, ailleurs gras et fertile dans les terres basses, et souvent bien boisé , est sablonneux et couvert de bruyères dans divers endroits.
Au nord-ouest du Lauenbourg, s'étend le Holstein, pays assez uni ; on n'y remarque qu'une' chaîne de coteaux arides et sablonneux qui , le traversant du sud au nord , forment la ligne de partage entre les eaux qui
l re Livraison. (Danemabk.)
coulent à l'est vers la mer du Nord.
La partie orientale du Holstein est montueuse , coupée de lacs nombreux , et présente des sites pittoresques; la région occidentale au contraire est basse, plate, marécageuse, et exposée le long de l'Elbe et de la mer a des inondations dont on ne les préserve qu'au moyen de digues.
Parmi les rivières, on distingue le Stôr, le Pinau et l'Alster, qui se dirigent vers l'Elbe. L'Eider, qui sort d'un lac de l'est , coule au nord , devient navigable en sortant de celui qu'on nomme le Westen-See, et, continuant son cours à l'ouest, vers la mer du Nord, fait une limite naturelle entre l'Allemagne et le Slesvig qui appartient au Danemark proprement dit.
Le Slesvig est réellement la partie méridionale du -I ut land U yUand] . longue presqu'île qui se dirige du sud au nord; c'est, avec leYucatan, dans l'Amérique septentrionale, la seule qui affecte cette direction , car toutes les autres ont leur extrémité tournée au sud.
La même chaîne de coteaux que l'on a observée au sud de l'Eider, se
L'UNIVERS
prolonge au nord de ce petit fleuve, jusqu'au cap de Skagen, pointé sablonneuse et basse qui termine le Jutiand , au point où les géographes danois placent la limite entre la mer du Nord et le Cattegat.
Ainsi que dans le Holstein, le terrain, dans le Jutiand , est plus bas du côté de la mer du Nord , nommée par les Danois la mer de POuest ( y tttërhavet), que du côté de La mer Baltique (OEstersôen, la mer de t'Est).
Les terres les plus basses, que Ton est obligé de disputer à la mer, sôht appelées Marsklœnder ; le reste, entrecoupé de bois, de champs et de quelques prairies , se nomme par opposition Gecstlœnder.
La chaîne .des coteaux a, dans le Lauenbourg, 18 mètres d'altitude; dans le Holstein, au sommet du Kalkberg , 86 ; au Kniôsberg , dans le Slesvig, 129; au Himmelbierg (Mont- Céleste), en Jutiand, 129.
Le Cattegat est le bras de mer qui s'étend deia mer du Nord au Sund ; la portion de la mer du Nord, comprise entre le Jutiand et la Norvège, est souvent appelée Skagerrak ; quelquefois ce nom est employé comme synonyme de Cattegat.
La Sund donne entrée dans la mer Baltique, entre la Scanie, province de Suède, et l'île de Seeland ( Sjœiland) y la plus grande du Danemark. Celle-ci a dans son voisinage Amak (Àir\cujer\ Môen , Falster , Laaland ; beaucoup plus loin à l'est, dans la mer Baltique, Bornhoim et les îlots de Ertholm, ou Christians-Ofver.
Le grand Belt forme la séparation entre Seeland et Fionie (fyen); et le petit Belt entre cette île et le Jutiand.
Lessôe et Anholt, deux petites îles entourées d'écueils, sont situées dans le Cattegat; Samsoe, au nord; Langenland,au sud-est de Fionie ; yferrôe, au sud -ouest, dans la Baltique; Als etFemern, tout près de la côte du Holstein, dépendent du Slesvig; un grand nombre de plus petites sont éparses de divers côtés.
La côte occidentale de ce duché et
du Jutiand a les îles de Nordstraïul , PellWorm,Amroiri,Foni\ Sylt, Romôe, Fanôe; toutes sont très-basses , et, de même que le continent voisin, doivent être défendues par des digues.
Autrefois ces ouvrages étaient si peu solides et si peu élevés , que les grandes marées de l'automne les rompaient chaque année; aussi les nom mai t.- on digues d'été. Au printemps, il fallait en élever de nouvelles, et souvent on ne parvenait pas à regagner tout ce que la mer avait envahi. On cite , entre autres catastrophes, celle de 1681.
La plus grande partie de Nordstrand fut couverte par les eaux ; le reste n'offre plus que des bancs de sable; plus de sept mille âmes perdirent la vie; des péninsules furent détachées de la terre ferme , et devinrent des îles. Depuis ce temps , les digues, entretenues avec soin , ont opposé un obstacle efUcace aux inondations.
Plus au nord, on reconnaît des traces manifestes de leurs ravages ; des troncs d'arbres, des restes de nâtisses ensevelis sous l'eau -, des (laques d'eau salée qui ne communiquent pas avec la mer, montrent que celle-ci a empiété sur la terre. De vastes bancs longent la côte , et , dans les gros temps, le sable, poussé par les vagues et les vents , y reste quand la marée baisse, forme des dunes, et gagne peu à peu sur les champs cultivés. Aussi, rien ne ressemble plus au désert de la côte occidentale d'Afrique, au nord de l'embouchure du Sénégal.
Les îles ne sont pas exemptes de ce fléau; les sables gagnent Lessôe et Anholt, imprudemmentdégarnies de leurs forêts, et même une partie de la plage septentrionale de Seeland. Heureusement, on a eu recours à une graminée, Yelymus arenarius, qui, comme son épithète l'indique, croit naturellement dans le sable; ses racines , longues et touffues, s'y plaisent, et, par leur entrelacement , le retiennent ; tandis que ses feuilles, s'âtendanl à la surface des dunes, empêchent le Vent d'avoir trop de prise sur la surface de ces monticules. En Jutiand on emploie au même usage cette plante, et le roseau des
sables (arundo arenaria). autre graminée, et quelques arbustes qu'iiest expressément défendu d'arracher, sous des peines très-sévères.
Si la mer empiète en plusieurs endroits sur la côte du Slesvig , on remarque ailleurs des atterrissements qui sont dus au limon et au s.ible que les rivières charrient et déposent à leurs embouchures; parfois ils les obstruent, de sorte que les eaux ne trouvent une issue qu'en se creusant un passage. Les terrains que l'on gagne sur la mer dans le Holsteiu et le Slesvig, en les entourant de digues , sont appelés kogs.
Le peu de largeur du Jutland ne
ftermet pas que de grandes rivières 'arrosent ; la plus considérable est le Gudenaae, qui se jette dans le Cattegat.
Un grand nombre de cours d'eau désignés par des noms particuliers , qui tous se terminent par aae (eau courante), parcourent le pays; c'est à leurs embouchures que se trouvent les ports généralement peu profonds.
Au delà de Fanôe , la cote occidentale du Jutland décrit une ligne continue qui s'avance vers le nord, en suivant un mouvement ondulé, et n'est interrompue que par quelques ouvertures étroites donnant accès dans des baies nommées fiords. On en rencontre de semblables sur la côte de l'est.
Le Liimliord , dans le nord de la presqu'île, va du Cattegat jusqu'à la cote opposée, dont il n'est séparé que par un isthme très-étroit, qui souvent est rompu par l'action des vagues ; mais bientôt les sables bouchent de nouveau ces ouvertures passagères; sa lon-
§ueur est de trente Iieue6, su largeur 'un huitième de lieue à cinq lieues; il reçoit plusieurs rivières , et renferme quelques lies.
Plus au sud , cette côte montre les ouvertures des baies de Manager et de Randers, ensuite elle forme à l'est un renflement considérable, au-dessous duquel .elle est très-découpée par des golfes, des baies et de bons ports , jusqu'à son extrémité méridionale.
La physionomie des îles ressemble à qelle des provinces continentales ; ce
sont des plaines ondulées , de petits lacs, des ruisseaux plutôt que des rivières, des baies plus ou moins profondes , des coteaux peu élevés ; cependant l'altitude du Siùneberg , en Fionie, est de 283 mètres ; celle du Drottningstol , dans Môen . de 125; celle du Veirhôe , en Seeland , de 148.
Ainsi, le terrain est assez uni partout , à l'exception des falaises de Môeu, de celles de Stevensklint ca Seelaud , et de toute l'île de Bornholm.
Cette-Île diffère par sa constitution géologique du reste des provinces danoises , de la plus proche desquelles elle est éloignée de trente-deux lieues.
Bornholm , qui n'est qu'à sept lieues de la Scanie, semble offrir un point de transition visible entre les roches primitives de la Scandinavie et les terrains coquilliers et sablonneux du nord de l'Allem n . Elle est bordée et traversée par des rochers de grès que l'on exploite ainsi que le schiste, le inarbre et d'autres calcaires compactes, entin la houille et d'autres minéraux.
Le terrain du reste du Danemark est un sol d'alluvion. Au-dessous de la terre végétale, on trouve aussi un mélange d'argile, de calcaire, de sable siliceux , de graviers , de galets ; et plus bas, des formations plus anciennes, qui se montrent à jour le long de quelques côtes. Os baacs, de roche calcaire ou de craie, sont séparés quelquefois par des couches de cailioux.
On a même aperçu du grès en un petit nombre d'endroits.
La côte de Mceen présente des rochers de craie; on en voit aussi sur celle de Seeland, dans les petites îles voisines, sur les bords du Liimfiord en Jutland, et ailleurs dans cette péninsule.
Du pied de la montagne gypseuse de Segeberg, en Holstein, coulent des sources salées que l'on exploite à 01deslohe.
Le gravier est souvent mêlé de fragments de roches primitives; mais sur les côtes de Seeland, de même que sur celles du Mecklenbourg et de la.
L'UNIVERS
Poméranie en Allemagne, dans les marais de la Finlande et dans d'autres lieux , on rencontre d'énormes blocs erratiques de granit.
Ou ne connaît d'autre substance métallique en Danemark que du fer limoneux dans quelques marais du J utland; le produit que l'on en tire est peu considérable. Les carrières de pierres calcaires sont plus importantes : partout on remarque dans ees pierres des débris de corps organisés.
La tourbe est fréquente dans toutes les terres basses. On en retrouve en Jutland une variété d'une qualité su-
Sérieure, que l'on découpe en longues andes, dont on fait usage en guise de torches.
Le Danemark est situé entre 5° 45' et 12° 51' de longitude, à l'est de Paris, et entre 53° 2' et 57" 41' de latitude septentrionale» Malgré cette position avancée vers le nord, le climatde cette contrée n'est pas aussi rude qu'on serait porté à le supposer. Le voisinage de la mer diminue la rigueur du froid, mais en même temps rend l'atmosphère brumeuse et très-humide. Les vents d'ouest et de sud-ouest, qui sont les plus fréquents , amènent de la pluie ; le nord-ouest est le plus violent. Ces vents purifient l'air des terres basses du liolstein et de l'île de Laalaud.
En hiver, le thermomètre de Réaumur descend rarement à plus de 12 à 13 degrés au-dessous du point de congélation ; eu été, il monte quelquefois à 20 degrés au-dessus, mais son terme ordinaire est à 15 ou 16. La température moyenne de l'année est à peu près de 6 degrés et demi. Si les détroits qui font communiquer le Cattegat avec la Baltiqne gèlent quelquefois , c'est moins par un effet de l'intensité du froid que par une suite de l'entassement des glaçons, charriés par les courants venant des côtes de Norvège et de Suède.
La chaleur ne commence guère à se faire sentir qu'en mai ou au commencement de juin, et les nuits sont fraîches pendant la plus grande partie de l'été. Le froid est sensible des la fin
de septembre, et souvent il gèle en octobre. Les mois de décembre , janvier et février sont les plus froids.
Quelquefois des dégels occasionnels surviennent et font fondre les neiges et les glaces ; en mars et en avril l'air s'adoucit. On peut dire en somme que l'hiver est ordinairement pluvieux et neigeux , sans gelées très - fortes ; le printemps, peu agréable à cause de la continuité des vents ; l'été très-variable, et l'automne la plus belle saison.
Le climat du Jutland septentrional est le plus âpre de tout le royaume, et se rapproche de celui de la Norvège.
Entretenue par des causes nombreuses, l'humidité de l'atmosphère est favorable à la végétation , que parfois les vents contrarient. Les îles , dont généralement le sol est mamelonné , très-fertile, ombragé par des bocages touffus, coupé par de jolis lacs et des ruisseaux limpides, présentent souvent des aspects très-pittoresques ; cependant, le centre de Seeland et de Fionie n'offre que des plaines monotones.
La côte orientale du Jutland surtout, au-dessous de la baie de Kalôe jusqu'au liolstein, consiste en presqu'îles boisées et en coteaux riants. Quant à la chaîne de coteaux qui se prolonge du sud au nord de la presqu'île , elle ne présente que de tristes landes, couvert» s de bruyères et de broussailles ; le terrain y est tantôt sablonneux, tantôt graveleux , de couleur rougeâtre, et absolument stérile. La côte occidentale se compose de deux parties bien distinctes ; l une , qui s'étend depuis le cap Skagen jusqu'à Fauôe , comprend des terres d'une fertilité moyenne pour l'agriculture, entremêlées d'excellents pâturages, et bordées par des dunes , dont le sable mobile cause souvent de grands dommages, ainsi que nous l'avons dit précédemment ; l'autre partie, offre un sol gras, limoneux , et d'une fécondité prodigieuse ; 1'aiY , très-humide , y est fréquemment insalubre; toute cette contrée participe des Marsklaender du Holstein.
Suivant les récits des vieilles chroniques, des forétsimmenses couvraient
encore ces contrées aux dixième et onzième siècles de notre ère; depuis cette époque elles ont été terriblement éclaircies, car il semble que les landes du flolstein central ont été jadis couvertes de bois; il existe encore des forêts dans les cantons orientaux de ce pays ; dans ceux du sud-est de Fionie, dans l'île de Falster, sur les côtes méridionales de Seeland et sur les rivages du Sund; des vovageurs se sont extasiés avec raison sur la beauté de3 hêtres que l'on y voit; les autres arbres qui les composent communément sont : le chêne , l'orme t le frêne, le bouleau et l'aune; le sapin et le pin sont moins fréquents. Les arbres sont très-rares sur les cotes occidentales du Danemark , depuis l'embouchure de l'Elbe jusqu'au cap Skagen , et ce sont presque toujours des saules et des sureaux.
Si les mers qui entourent le Danemark sont très-poissonneuses et récompensent les efforts des pêcheurs, en revanche elles offrent des difficultés à la navigation par des bancs de sable , souvent d'une grande étendue, épars le long des côtes du Jutland, par des écueils, par des courants trèsrapides; enfin, les lames courtes et précipitées du Cattegat et de la Baltique concourent aussi à multiplier les accidents.
Terminons ce tableau par un aperçu de l'étendue du Danemark en lieues carrées de 25 au degré.
Le Lauen bourg 55.
Le Holstein 425.
Le Slesvig 450.
Le Jutland 1,240.
Les îles 652.