‹ DanemarkChapitre 2 sur 32 · PÉRIODE I INCERTAINE · texte numérisé non relu

PÉRIODE I INCERTAINE

On pense que dès les temps les plus reculés les Phéniciens fréquentèrent les côtes du Danemark , pour y faire le commerce du succinouambrejaune, que l'on rencontre encore aujourd'hui sur les rivages de ce pays ; mais ce motif devait aussi les déterminer à

entrer dans la Baltique, où cette substance a été toujours abondante , et s'ils venaient dans ces contrées lointaines, c'était probablement aussi parce qu'ils y achetaient , des indigènes , du poisson et d'autres productions naturelles.

Si les voyages de ce peuple dans les mers du nord de l'Europe sont problématiques, celui de Pythéas est certain. Ce navigateur marseillais , qui vivait dans là première moitié du quatrième siècle avant notre ère , s'étant avancé jusqu'à l'extrémité orientale de la Bretagne ou Albion, aborda, après six jours de route vers le nordest, la côte d'un pays qu'il nomme Thulé ou Thyle* Des savants danois ont pensé que ce pouvait être une

{)artie de la côte nord-ouest du Jutand, près du Liimfiord, nommée encore aujourd'hui Thy et Thyland (*), et dans l'ancien Scandinave Thiuland.

« La description de la nature du pays", « dit Malte-Brun, gui était né dans le « Jutland septentrional , offre la vé- <« rité la plus frappante. Les dunes « sablonneuses du Jutland, ses collines « mouvantes au gré des vents impé- « tueux , ses marais couverts d'une « croûte de sable où le voyageur im- « prudent est englouti, enfin lesbrouil- « lards d'une nature particulière qui « infestent cette contrée, voilà les phé- « nomènes qui firent dire à Pythéas « qu'aux environs de Thulé , la mer, « l'air et la terre semblaient se con- « fondre en un seul élément. Les « nuits , réduites souvent à deux ou « trois heures par de longs crépuscu- « les, la culture du millet dans te « nord, celle du froment dans le midi, « l'abondance du miel, l'usage de l'hy- « dromel, la coutume de dessécher les « blés dans de vastes granges ; tout « ce tableau de Thulé , tracé par Py- « théas , convient éminemment aux « côtes occidentales du Jutland (**). »

La relation de Pythéas est perdue ;

(*) Vr dans les langues Scandinaves a le son de Vu en français.

(**) Précis de la geograplûc universelle , t. I, p. io3 etc., deuxième é.lilion.

L'UNIVERS

des fragments en ont été conservés

Ear Strabon, qui a le grand tort de la lâmer. Le nom de Thulé a ensuite été appliqué à différentes contrées de l'extrême nord, parce que chaque navigateur le donnait à la terre la plus éloignée qu'il apercevait au nord.

Pythéas eonnut aussi d'autres parties du septentrion ; il parle de Basilia (l'île du roi), qui est très-grande.

Pline croit que c'est la même que Baltia d'un autre géographe. Il est difficile de décider quelle partie de la Scandinavie ces anciens ont voulu désigner , puisque le mot de fielt ou Hait paraît avoir signifié autrefois toute étendue de mer parsemée d'îles, quoique par la suite le sens en ait été restreint aux canaux qui donnent entrée dans la mer' Baltique. L'opinion commune est que cette appellation dénotait la Suède méridionale qui , encore longtemps après, fut considérée comme une île, sous le nom de Scandia.

Pline en continuant à citer t peutêtre inexactement , Pythéas, lui fait dire que les Guttones , nation germanique , habitaient , dans un espace de six mille stades, les bords d'un golfe de l'océan nommé Mentonomon. A une journée du pays des Guttones, était l'île ti/fbalus, où l'on recueillait le succin; les habitants le vendaient aux Teutons.

Pline cite encore d'autres écrivains comme ayant donné de nombreux détails sur ces régions septentrionales ; on savait qu'il s'y trouve beaucoup d'îles; les noms de quelques-unes s'expliquent très bien par le Scandinave, mais on reconnaît qu'ils ont été mal compris par les auteurs anciens, ce qui suggère 5 Malte-Brun cette ré- Uexioit : « Des méprises semblables « auraient-elles pu être fûtes autre- « ment que sur les lieux mêmes. »

Il est également question dans Pline d'un golfe Cypselus, avec l'île de Lathris, et du golfe Lagnus. L'île serait elle Seeland où la ville de Léthra fut jadis la résidence des rois?

Pline comprend les peuples Scandinaves dans la classe des Germains.

qu'il nomme Ingevones. Il est le premier qui nomme la Scandinavie comme une île d'une étendue inconnue; il y ■ place les HelletHones. Il nomme, entre autres îles , Scandia et Dumnos ; cette dernière est vraisemblablement le Danemark {Deun Mœrk et Daunmère).

On peut induire des récits de Pline qu'il avait consulté deux relations des pays du Nord ; l'une, venant des marchands de succin , qui avaient eu des rapports avec les nations germaniques ; l'autre , des navigateurs qui allaient de Norvège en Écosse; les noms contenus dans la seconde sont moins corrompus que les autres.

Tacite , qui fut contemporain de Pline, et qui écrivit plus tard , c'est-àdire, vers l'an 100 de notre ère, dit que les Suiones habitaient des cantons garantis par l'Océan contre une invasion subite; que ces peuples étaient puissants sur mer comme sur terre, et qu'ils savaient apprécier les richesses. Ce nom de Suiones se rapproche de Sttear, Suédois, appliqué indistinctement aux peuples vivant dans les contrées baignées par la mer au nord de la Germanie.

Les Ingevones sont une tribu de Germains qui s'étend le long des côtes, de l'Ems à la péninsule Cimbrique ; il est à propos de remarquer à ce sujet qu'en islandais Àigen signifie l'océan.

Tacite nomme aussi , parmi les peuplades de l'ouest et du nord de la Germanie, les Marsi, les Gambrivii, les Suevi et les l'ened^ , les Cimbri , les Gothones et les Longobardi, puis les Fenni, entièrement sauvages, enfin les HeUmiiti les Oxiones, qu il relègue parmi les êtres fabuleux, puisque avec Je visage humain ils sont du reste semblables aux brutes. Il ne peut être ici question que des peuplades des extrémités du Nord, qui, vêtues de peaux de rennes , d'ours et de phoques , ressemblaient plus à des bêtes qu'à des hommes. Les Fenni sont évidemment les Finnois. Ces derniers peuples n'étaient certainement connus que par des traditions plus ou moins altérées.

et qui cependant avaient un fond de

vérité.

Ptolémée , postérieur à Tacite , a fait mention de la Chersonèse eimbrique; c'est dans le coin septentrional de cette presqu'île que les anciens plaçaient les Cimbres. Il est à propos de remarquer que leur nom n'a aucun rapport avec celui des Cimmériens de la mer Noire, ni avec celui des Kymrï, peuple d'origine toute différente , et confiné aujourd'hui dans le pays de Galles, à l'ouest de l'Angleterre, et dans la Bretagne , à l'ouest de la France.

Le nom des Cimbres dérive de Kiemper, qui, dans les langues Scandinaves, correspond à guerrier. Ces Cimbres se distinguaient par une bravoure extraordinaire. Un taureau de cuivre était leur idole principale; on en a trouvé un en Fionie.

A la souche des peuples teuto-scandinaves appartenaient aussi les Lombards (Longobardi) , qui étaient une colonie des f ïniies , vivant dans le Jutland; enfin, les Angles, les Vagriens, lesStormariens, les Ditniarses, dispersés dans le Holstein et le Mecklenbourg. Toutes ces peuplades ou tribus faisaient partie de la nation, ou plutôt confédération des Saxons, dont le nom ne paraît pas avant Ptolémée , c'est-à-dire, vers l'an 150 de notre ère.

Les Gythones et les Gvtae de ce géographe sont les Gothones de Tacite, les Guttones de Strabon , les Gantes de Procope et des chroniques islandaises. Tous ces témoignages annoncent que les peuples qui habitaient la Scandinavie portaient le nom commun de Goths.

Ptolémée ajoute que les Daitkiones sont voisins des Gutae.Ces Daukiones doivent être les Danois qui habitaient primitivement la Scanie , car dans les anciens dialectes Scandinaves, les Danois sont appelées Daunskies ou Danskion.

Quand on réfléchit aux relations de la Scandinavie que les Romains nous ont laissées , on reconnaît qu'elles s'accordent, sur un point important, avec les traditions nationales recueil-

lies par les Islandais. Ces contrées offraient des peuplades plus compactes, des gouvernements plus fixes , et des arts plus avancés que dans la Germanie.

Les chroniques islandaises , appréciées d'après les règles de la saine critique, donnent des indications probables jusqu'à une époque qui remonte à deux cent cinquante ans avant notre ère. A mesure qu'elles rapprochent de celle-ci, on y trouve plus ae certitude; nous allons" voir le parti que l'érudition et la critique en ont tiré.

Les anciennes chroniques mythologiques de l'Islande racontent que les premiers habitants du pays étaient les Jotnes ( géants ) , les Thousses ( magiciens), et les Asest; puis elles parlent de Finnois et de Goths. Ces traditions,

2ui doivent reposer sur un fondement istorique, représentent les Jotnes comme attaqués et vaincus par les A ses ; et sans doute ils furent en grande partie exterminés.

Les historiens du Nord se sont donc accordés à dire, d'après ces documents, que la Scandinavie, ainsi que les Iles de la Baltique et du Cattegat , peut être même une partie du Jutland , furent d'abord habitées par des peuplades laponnes et finnoises, menant la vie nomade; à une époque indéterminée, elles furent repoussées vers le nord et vers l'est dans l'intérieur des terres par des peuples venus du sud , et parlant un idiome absolument différent de celui qui était en usage chez elles. Cette invasion avait eu lieu avant le troisième, siècle qui précéda notre ère, puisque déjà Pvthoas parle des Guttones. M.Molbech, auteur danois, qui a écrit récemment sur l'histoire de son pays, partage l'opinion de ses devanciers ; mais il croit que les Celtes ont aussi laissé des traces de leur séjour dans le Jutland et ailleurs : ce sont leurs tombeaux et d'autres monuments qui rappellent ceux que l'on voit encore en divers endroits de France, d'Angleterre et d'Irlande. Il attribue leur destruction par les Goths à ce qu'ils ignoraient l'usage du fer que ceux-ci connaissaient.

L'UNIVERS

Il résume ainsi son sentiment :

« Nous allons exposer succinctement l'avis qui nous paraît appuyé sur les conjectures les plus vraisemblables relativement aux plus anciens habitants du nord de l'Europe. Les Lapons sont les Finnois, nom qui leur est encore donné en Norvège ; ils composent la famille la plus ancienne et la plus grossière de la nation finnoise qui, venue de l'Asie septentrionale , ait occupé la Finlande, la Suède et la Norvège. Dans la plus haute antiquité, ils se sont avancés plus au sud, mais sans doute toujours comme nomades ou sauvages, errants, vivant de chasse ou de pèche. Ils conservent encore ces habitudes; à la vérité, ils élèvent des rennes, mais ils montrent une aversion invincible pour l'agriculture et la vie sédentaire.

« Il en est tout autrement des Finnois proprement dits, que les Russes nomment Tchoudes (Scythes?). Ceux-ci ne sont venus dans le nord de l'Europe qu'après les Lapons, et peut-être en partie sur des navires, par la mer Baltique; quand ils rencontrèrent des Lapons, ils les repoussèrent vers le nord.

Leur langue prouve qu'à une époque très-reculée, et peut-être avant leur arrivée en Scandinavie, ils connaissaient la navigation à la voile et le labourage, ainsi que la chasse et la pêche, enfin certains métiers simples, tels que celui de forgeron. Ils se sont constamment distingués par leur penchant à éclaircir les forêts par le moyen du feu, et à cultiver les terres qu'ils ont ainsi défrichées, usage qu'ils ont sans doute introduit en Suède et en Norvège, où il subsiste encore.

La langue laponne n'a pas de termes pour ces opérations.

« On peut aussi admettre que , quand il est question dans les vieilles poésies, chants et récits bu saga du Nord , de nains ou sorciers , il s'agit de Lapons remarquables par leur petite taille , et qui , dans l'origine , étaient regardés comme habiles dans la magie noire.

« Il est également vraisemblable que les Jotnes (géants) sont les Finnois ou Quaenes des vieilles chroniques, et que

leurs combats avec les peuples d'origine germanique et gothique ont donné lieu aux récits des guerres entre les géants et les Ases pour la souveraineté.

Il résulte donc de tous ces renseignements que les Jotnes ou les Finnois étaient répandus sur une grande partie de la Suéde et de la Norvège avant l'arrivée des Ases, ou peuples germaniques. Il est parlé aussi , dans les saga et les livres historiques des Islandais, de la race des Jotnes et des Thousses (magiciens), c'est-à-dire, de Finnois en Norvège. On en découvre des traces moins visibles en Danemark et dans les récits qui le concernent; cependant elles ne sont pas entièrement disparues.

« Les poèmes mythologiques du Nord offrent aussi des noms dans lesquels on peut supposer qu'il existe des indications relatives à la race celtique.

Tels sont les Fanes et les Alfes, qui sont fréquemment désignés comme des peuplades ou des tribus différentes des Ases et des Jotnes. On a présumé , et certainement sans -invraisemblance, que les anciens écrivains ont entendu par l'un de ces noms des Celtes qui habitaient le Nord. D'autres personnes regardent comme plus probable que c'est ce peuple qui est appelé les Alfes, souvent nomme dans l'Edda, à côté des Ases , comme d'autres créatures , formant un peuple différant d'eux ainsi que des nains, toutefois moins ennemi des Ases que des géants. Mais penser que les Celtes ont seuls habité la partie la plus septentrionale du Jutland,et la portion de la Norvège méridionale comprise entre le Gœtha-Elv et le R au m- Elv , jadis nommée Alfheim, serait peu raisonnable, d'après les diverses espèces de tombeaux qui ont été trouvés dans le Nord. A peine peut-on supposer que ces deux peuples ont toujours vécu en bonne intelligence, ou paisiblement l'un à côté de l'autre , puisque la race celtique, qui était la plus ancienne, a dû peu a peu faire place à la

Germanique, c'est-à-dire, aux Suéois, aux Goths et aux Danois. En effet , ce fut entre les plus anciens habitants de la Scandinavie, les uns de

race finnoise, venus du nord et de 1 l'est , les autres de race celtique , arrivés par l'ouest et le sud , gue les racei germaniques pénétrèrent dans le Nord a une époque bien moins reculée.

« Quant à ce qui concerne spécialement les Goths , il est évident que leurs courses en Europe se sont dirigées du sud - est au nord • ouest , jusqu'aux rivages de la Baltique, à la presqu'île de Jutland , et aux côtes de la mer du Nord. Il est très-vraisemblable qu'ils arrivèrent en Suède, en partie, en traversant la mer Baltique, car beaucoup de vieilles traditions écrites, et même d'expressions isolées, prises dans les plus anciennes relations étrangères sur le Nord , indiquent dans ce pays un peuple habitué depuis longtemps à la mer, et naviguant sur la Baltique ; cette présomption est corroborées par les navigations et les expéditions maritimes que les habitants du Nord ont faites, de bonne heure, sur la grande mer, et qui sont en partie ce que l'on sait de plus ancien de ces peuples. Mais d'autres tribus germaniques ont indubitablement passé, par terre, dans le Jutland; se sont ensuite répanduesdans les îles danoises, et ont opprimé et anéanti les Celtes établis là avant eux , ou bien se seront tellement fondues avec eux que toute trace de leur langue , de même que de celle des Finnois, s'est évanouie, et que l'histoire n'en a rien conservé. Ces événements se sont passés dans des temps si reculés, qu'ils ont précédé la culture régulière et l'établissement des villages et des villes.

Car, ni en Danemark , ni dans les autres contrées du Nord , les plus anciens noms de lieux n'offrent que de trèsrares vestiges du celtique, et encore moins du finnois (*).

« On sait, par des documents historiques du deuxième siècle de notre ère , que les Goths du Sud étaient d'origine germanique. Le plus ancien monument de leur langue, qui est la tra-

(*) Fortaetlinger og Skildringer af den Danske Historié. (Récits et tableaux de de Danemark.) Copenhague, 1837.

duction de l'Évangile par Ulphilas, montre un dialecte. germanique, qui, par sa structure et la forme des mots, diffère beaucoup de la langue Scandinave, telle qu'elle est encore parlée en Islande , mais cependant a un grand nombre de mots ressemblant à ceux des idiomes du Nord , de même qu'on le voit encore aujourd'hui , dans l'allemand et le danois.

«Or, comme on retrouve chez les Goths du Sud, dans un temps éloigné du nôtre de quinze cents ans, la même ressemblance et la même différence

3ue celles qui existent encore aujour- 'hui entre Vallemand et le Scandinave il en résulte évidemment que les Goths du Nord ont pu avoir été séparés de ceux du Sud depuis plusienrs siècles; car il en faut autant pour produire une différence de langage, telle que celle que l'on reconnaît entre le Scandinave et l'allemand ; par conséquent , la première arrivée des Goths dans le Nord doit être bien antérieure à notre ère.

« Cette époque nous ramène aux récits de Pythéas, qui , dans le quatrième siècle avant cette ère , parle des Guttonesy habitants du Nord dans le voisinage des Teutons. Quelques siècles plus tard , les écrivains romains mentionnent les Gothones comme un peuple demeurant sur les bords de la Baltique, peut-être entre l'Oder et la Vistule;et, depuis le premier et le second siècle, nous trouvons que les migrations des Goths du Sud ont eu lieu non vers le nord , mais d'un pays du Nord vers le sud et le sud-est ; ou des rives de la Vistule vers celles du Don et du Danube. On peut donc présumer avec certitude que, depuis le temps de leur établissement en Scandinavie , les Goths du Nord s'étaient séparés de ceux qui étaient restés sur les bords opposés de la Baltique, ou des Goths du Sud , et que ceux-ci leur devinrent complètement étrangers , excepté sous le rapport du langage.

Les Goths du Nord étendirent donc leur puissance dans la Scandinavie, sans être aidés en rien par ceux du Sud.

ÎO L'UNIVERS.

« Si on ajoute , de plus , que Tacite , qui vivait vers l'an 100 de notre ère, nomme les Suiones,ou Sueones, comme un peuple du Nord (Germain) qui , indépendamment de ses forces de terre, est puissant par ses flottes ; que Ton croit trouver le nom des Danois chez un géographe grec du second siècle; on apprend d'écrivains étrangers que les appellations particulières aux peuples du Nord existaient déjà dans le crépuscule des temps historiques , ou dans l'antiquité la plus reculée.

« Mais on cherche en vain, chez les écrivains étrangers, le plus léger indice sur le chemin que Ie3 Goths ont suivi dans leur migration en Scandinavie. Le Danemark a-t-il reçu les Goths de la Suède, ce qui est le plus probable; ou bien les Goths sont-ils venus du Jutland , par les îles , jusqu'en Suède ? C'est une question sur laquelle les «avants ne sont pas encore d'accord; mais ils regardent comme un fait incontestable que la Norvège a reçu de la Suède les tribus gothiques.

Comme aucune des traditions écrites du Nord ne contient riert qui puisse éclairer sur le point douteux, on peut avoir recours aux suppositions, et dire, avec une certaine apparence de raison et de vérité, que plusieurs migrations, les unes par la mer Baltique, les autres par le Danemark , ont amené les Goths en Scandinavie.

« Les écrits des Islandais n'apprennent rien non plus sur les liaisons qui peuvent avoir existé entre les Goths du Nord et ceux du Sud. Toutefois, les Ostrogoths d'Italie conservaient encore, dans le sixième siècle, une ancienne tradition qui plaçait leur origine en Scandinavie (*). »

Les Saxons formaient une peuplade nombreuse de la nation teutone; il paraît que les premiers auteurs romains, qui ont parlé de la Germanie, n'ont pas connu leur nom. On a dit nlus haut que Ptolomée en avait parlé le premier. On le retrouve cheji Eutrope a la fin du troisième siècle (284 a 304) de notre ère. Cependant les Saxons

O Jordanes , Histoire des Goths.

avaient occupé et habité de vastes territoires du nord et du nord-ouest de l'Allemagne , tels que le Lauenbourg , le Holstein, le Lunebourg, la West* phalie, et d'autres; car le nom de Saxe , appliqué à une grande étendue de pays dans l'intérieur, prouve qu'il* s'y étaient répandus. Mais nous ne devons nous occuper ici que des Saxons du Nord , ou bas Saxons, ainsi qu'il* ont été appelés plus tard. C'est, de tous les peuples voisins, celui qui a eu le plus n'influence sur les affaires du Danemark dans les temps historiques.

Les Danois et les Suédois avaient eu , aux époques reculées , des points de contact avec les Slaves ou Venèdes; avec les Lives (Livoniens) , les Estiens, les Finnois et les Russes; mais ces peuples combattus , et en partie sub-.

jugués par ces habitants du Nord, continuèrent à être pour eux des étrangers barbares ; ils adoptèrent en partie la religion , les lois , les institutions des Danois et des Suédois , sans influer à leur tour sur leurs vainqueurs.

Leur idiome différait trop par la forme et par la structure de ceux des Scandinaves pour pouvoir se fondre avec eux ; tout au plus en pouvaientils recevoir ou y introduire des inot9 isolés. Il en était tout autrement des Teutons du Nord , ou des Saxons et des Frisons; la langue, les institua tions, les mœurs, les usages, tout indiquait une souche commune pour eu* et les Scandinaves, ainsi que l'on vient de le remarquer. Cependant , malgré cette identité d'origine , les Saxons et les Danois s'étaient souvent fait la guerre dès les temps les plus anciens; les hostilités étaient surtout très-vives entre les Saxons et les Danois de l'Est , ou habitants des îles; la domination de ceux-ci sur le Jutland n'ayant été solidement établie que vers la fin du neuvième siècle.

Dans les premiers temps de notre ère, les Norvégiens ou Normans bar bitaient la Norvège. Les Si lèves et les Goths, la Suède ; les Danois , la Scanie êt les îles; enfin, les Jutes, la Chersonèse cirabrique, qui, d'après eux , a été nommée Jutland. Or, puis*

que nous venons de les nomme»* comme une tribu particulière, nous devons faire observer qu'ils ont été désignés ainsi dans les anciens livres historiques , de même que les Saxons et les Angles qui, dans la moitié du quatrième siècle, envahirent la Bretagne.

Plusieurs motifs nous portent à les regarder comme une tribu d'origine germanique, qui, vivant dans la presqu'île , s'est mêlée avec les Goths du Nord ou Danois. Encore aujourd'hui, les Jutlandais parient un dialecte qui , plus que tous fes autres usités en Danemark , ressemble à l'anglais. Celui des Jutlandais du nord-est a plus d'affinité avec le danois; celui des Jutlandais du sud-ouest avec le saxon. ïl est beaucoup plus répandu que l'autre, puisqu'il s'étend non -seulement sur une partie considérable mi Jutland septentrional , mais aussi sur toute celle du Jutland méridional, où l'on parle danois, c'est-à-dire, tout le duché de Slesvig.

Deux autres tribus saxonnes habitaient anciennement le sud du Jutland, c'étaient les Angles et les Frisons. I^s premiers sont placés par les historiens du neuvième siècle comme demeurant dans le Jutland méridional , entre le pays des anciens Saxons, celui des Frisons et celui des Danois, ce qui convient passablement au petit territoire du Jutland méridional , situé entre le golfe de Flensborg , la Balti-

3ue et le Slie , et qui encore aujour- 'hui est appelé Jngélnj mais il est très-vraisemblable, d après le témoignage des anciens écrivains, que \\4nglie s'étendait jadis beaucoup plus à l'ouest et au sud , et peut-être au nord , et que l'Anglie actuelle n'est qu'une petite partie de celle d'autrefois, où existe un reste de la tribu des Angles.

Les Frisons occupaient jadis unç grande étendue de côtes sur la mer du Nord. Leur idiome offre encore aujourd'hui des particularités grammaticales qui le rapprochent du danois et du norvégien. Les Frisons actuels , qui parlent un dialecte particulier de la langue des autres bas Saxons, vivent , comme on le sait, dans la Frise en

Neerlande , et dans POost-Frise en Hanovre, ainsi que dans quelques paroisses du Slesvig , et dans les tles de Sylt, Amrom, Nordstrand et Helgoland. Ceux du Jutland méridional sont appelés Nord -Friser (Frisons du Nord).

Une seconde invasion de Goths fut effectuée plus tard ; les saga racontent qu'elle le fut, comme la première, sous la conduite d'un Odin ; M. Molbech pense que ces Ôdin sont des personnages fabuleux ; nous sommes trèsdisposés à partager ce sentiment Les Goths, qui arrivèrent alors, étaient comme les premiers issus de la même souche que les Teutons; mais leur langue différait en plusieurs points de celle de ces derniers. C'est des Goths que descendent les Suédois , les Norvégiens et les Danois.

On a vu plus haut que les Cimbres vivaient dans le Jutland ; les Teutons dans le Holstein ; toutefois ces noms ne désignent pas des peuples bien distincts ; ils sont du nombre de ces ap pellations collectives et vagues dont l'origine est obscure, la signification mal déterminée, l'application incertaine.

Il paraît que, vers l'an 150 avant notre ère, ils furent chassés de leur pays par une inondation extraordinaire; la mer avait envahi leurs terres, et probablement aussi celles de leurs voisins les Teutons. Réunis par un désir commun de trouver une existence moins hasardeuse hors de leur patrie, ces peuples, auxquels se joignirent sans doute ceux des îles et des cantons voisins, envahirent la Germanie, et poussèrent leur irruption jusqu'en Italie et dans la Gaule méridionale , où cinquante ans plus tard ils furent vaincus, et' en grande partie détruits par une armée romaine que commandait Marins.

C'est vers l'an 70 avant notre ère que les chroniques du Nord font arriver en Scandinavie l'Odin qui se donna ppur l'ancien dieu du même nom, dont il était une émanation. La venue de cet Odin en Suède fut très-pacifique. On a lu , dans l'histoire de ce pays,

tout ce qui concerne sa personne et la religion qu'il apporta sur les rivages de la Baltique. Heimdal,son ami, gouverna, sous son autorité, les Danois établis dans la Scanie. Son lits Skiold lui succéda. Quoique tout ce qui concerne son nom et son origine soit enveloppé de fables, on peut le considérer comme un personnage historique. Il régna, dit-on, en Seeland , dans les fies voisines , et dans une partie du Jutland; et ses descendants furent, d'après lui, appelés Skioldungiens.Mais on ne sait rien de positif sur ces rois, à l'exception de leur nom.

Frode son petit-Ols, surnommé le Pacifique, vécut, dit-on, vers le commencement de notre ère. Balder, qui lui succéda, fit adopter la religion d'Odin aux Angles du Slesvig.

Dans le troisième siècle, Dan Mikillati (le Magnanime ou le MagniGque) fut d'abord roi de la Scanie, puis de Seelande, par son mariage avec la fille du souverain de cette île , et enfin d'une partie du Jutland. On prétend que les Danois et leur pays tirent de lui leur nom ; cette assertion ne paraît guère prpbable , quoique soutenue avec beaucoup d'esprit par des hommes doctes. L'opinion la plus généralement adoptée est que le mot de Danemark signifie pays ou terrain uni et bas {aaun mark y bas pays), appellation qui convient à la Scanie, aux îles, au Jutland , au Holstein. M. Molbech pense que le peuple danois a toujours occupé sans interruption le même pays où il habite aujourd'hui, c'est-à-dire, les îles, la presqu'île du Jutland; et, sur le territoire de la Suède actuelle, la Scanie, la Rlékingie, peut-être aussi le Halland.

Après la mort de Dan, le royaume fut de nouveau partagé. Les événements qui se passèrent jusqu'au sixième siècle sont dénués aintérêt.

Suivant les chroniques, les rois de Seeland, qui résidaient à Leithra, se considéraient comme jouissant de la suprématie , et , en conséquence , se qualifiaient Thiod konger, c'est-à-dire, rois des peuples. Mais M. Molbech fait, au sujet de ces rois, des observations

qu'il convient de présenter au lecteur.

Sans doute il y a eu , dans la dynastie des Skioldungiens, un roi Dan, surnommé Mikillatù Quoique lesTiventures que des chroniques bien postérieures à son temps lui attribuent, soient aussi fabuleuses que la vieille opinion suivant laquelle le Danemark lui doit son nom, on pourrait à la rigueur admettre aussi que, parmi les rois de cette race, il y en a eu cinq du nom de Frode; cependant aucun des événements que Saxo joint à leurs noms et à ceux des autres n'appartient à nul de ces princes. Tout est chez lui un mélange de traditions anciennes et récentes. Il a tout embrouillé, en confondant de simples chefs avec les rois: de sorte que vouloir faire concorder ses récits avec les chroniques islandaises, est prendre une peine inutile.

« Avant que les pays qui composent le royaume fussent réunis, les Danois habitaient la Scanie et les îles, et s'étaient étendus dans la Blekingie et le Halland. Ils combattirent contre les Jutes et les Angles pour la possession du Jutland; ce sonteesderniers peuples que les anciens historiens appellent Saxons. Les Danois, profitant de leur migration en Bretagne, obtinrent des succès en Jutland. Les habitants de cette presqu'île furent alors appelés Danois ; on les distinguait de ceux des îles, en les nommant Danois de l'Ouest (t'est- Danskë). Mais jamais , dans ces temps reculés, les Danois n'ont conquis des terres ni des possessions de quelque durée au sud de l'Eider.

«Jusqu'aux huitième et neuvième siècles, les Danois de l'Ouest, au moins dans le Jutland méridional, avaient leurs rois particuliers, et, pendant longtemps, un royaume indépendant auquel il paraît que la Fionie payait tribut.

« Si l'on demande quelle était l'extension de la puissance et du royaume des Skioldungiens, on voit, d'après ce qui précède, qu'il ne comprenait pas tout le Danemark actuel, et qu'il n'a pas toujours eu la même étendue. Par conséquent, lorsque Saxo nous parle

de la vaste domination et des conquêtes des Danois dans les anciens temps ; de la monarchie de Frode le Pacifique, qui se déployait sur la moitié de l'Europe , depuis la Russie jusqu'aux bords du Rhin ; quand cet historien cite plusieurs centaines de rois qui lui payaient tribut, et raconte d'autres choses merveilleuses, il ne faut pas beaucoup de perspicacité pour apercevoir dans ces récits une preuve de la légèreté excessive de cet écrivain.

«Voici ce qui résulte, comme document historique , de tout ce que son ouvrage contient sur le Danemark, avant Gorm le Vieux. De temps immémorial , les Danois étaient un peuple belliqueux par terre et par mer ; dans leurs expéditions, ils ont ravagé la Suède , la Norvège , la Russie , et même des pays baignés par la mer du Nord. Voila la vérité ; voilà le fonde* ment de ces récits d'immenses entreprises par terre et par mer; enfin de ces conquêtes dont l'impossibilité est évidente.

« Les rois danois de la race skioldungienne ont régné en Soanie et en Seeland , ou sur une portion tantôt plus grande, tantôt moindre de ces pays ; de là ils ont fait des expéditions par mer contre les autres îles et le Jut- Iand ; par terre , contre les Goths et les Svear de Suède ; c'est ce que les récits de Saxo nous apprennent clairement; puis, quand des écrivains modernes ont nommé ces princes rois de Le ire ou Léthra , et leur ont attribué la suprématie sur tout le Danemark , comme rois supérieurs, ils ont mal rempli le devoir de l'historien. Une telle dénomination ne se rencontre dans nul des anciens documents. Il a existé à Leirè, dans les temps du paganisme, un vieux manoir royal, et peut-être aussi un temple d'Odin , ou un lieu destiné aux sacrifices; ce qui , du moins , est raconté dans les chroniques étrangères. C'est ce qui a pu décider ces rois à y demeurer fréquemment; mais , du reste, on ne connaissait anciennement, ni dans le nord, ni dans les autres pays, une résidence constante pour les rois et les princes!

Quand ils faisaient la guerre, ils allaient sans cesse d'un manoir à un autre. Dans la période la plus reculée, Leirè était moins célèbre en Danemark que Lund en Scanie; cette dernière ville est nommée comme une des plus anciennes et des plus considérables du royaume aux jours du paganisme.

Voilà pourquoi , après l'introduction du christianisme, elle devint la capitale ecclésiastique du pays.

« Parmi les rois de Leirè les plus célèbres, se présente Rolf-Kragè. Il y a un fond de vérité dans les récits concernant sa naissance et ses exploits; car les chants des scaldes et les ballades populaires ont perpétué dans le Nord fe souvenir de sa bravoure, de sa magnanimité, de ses hauts faits.

Les chroniques racontent ses guerres en Scanie, en Suède, en Anglie; sa campagne contre Adil, roi d'Upsal ; la manière dont il fut attaqué à Leirè, la nuit , en trahison , par Hiarvard , un des rois ses tributaires , qui avait épousé sa sœur; comment, après une lutte désespérée, Rolf succomba avec la plupart de ses guerriers, et comment il fut vengé quelques jours après, dans un combat loyal ou le traître succomba. Ce récit de la mort de Rolf nous apprend , entre autres , que Ton ne peut pas raisonnablement se figurer les rois ae Leiré comme possédant une armée un peu nombreuse; et, quoique l'on ait dit que ce roi avait toujours à Leiré, auprès de sa personne, une troupe d'au moins huit cents hommes de sa cour, armés, ou de guerriers, ce nombre est sans doute exagéré. Cette circonstance ne s'accorde pas avec le reste de l'aventure dont les autres particularités sont très-naturelles , et qui nous donne dans une grande proportion un pendant aux narrations d'inimitiés de famille, de surprises, d'assassinats et de tueries dont sont remplies les histoires des races royales, écrites par les Islandais.

a Rolf-Kragè vécut vraisemblablement à la fin du sixième et au commencement du septième siècle ; et cependant tout ce que les chroniques ont dit de 6es exploits et de ses vaisseaux

14 L'UJMI

tient plus de la fiction que de l'histoire.

Il en est de même de plusieurs rois de Danemark célèbres, qui ont régné dans les îles, en Scanie, et fait quelquefois des conquêtes en Jutland et dans le pays des Saxons, aux septième et huitième siècles, parmi eux , il faut citer d'abord Ivar Vidfame : les chroniques en font un (ils de Halfdan, chef scanien ou roi tributaire, qui probablement s'était soustrait à la domination des rois de Leiré. Le récit de sa vie et de ses actions , qui ne manque ni de circonstances aventureuses, ni d'exagétion , repose sur plusieurs faits historiques. A ceux-ci appartiennent les détailsde la manière dont il fut débarrassé de deux rois de race skioldungienne,

2ui régnaient en Seelande. Rerik , l'un 'eux, avait épousé Aoudr, fille unique et héritière d'Ivar, du consentement de celui - ci , mais malgré elle.

Excité par la jalousie , Rérik tua son frère Helge ; et Ivar fit périr son gendre, comme coupahle de meurtre. Il avait voulu procurer à son petit-fils Harald la Seeland , avec le reste de son héritage; et le frère de sou gendre, qui est représente» comme brave et belliqueux , lui avait inspiré de la crainte.

Aoudr, ajoutent les chroniques, qui redoutait son père, s'enfuit, malgré lui , avec son fils et beaucoup de trésors dans le Garderigé (la Russie) ou la Finlande. Elle s'y maria avec Redbart , prince auquel Ivar vint faire la guerre. Mais il périt dans cette entreprise. »

Selon Snorro Sturleson,Ivar Vidfame, à qui sesconquêtesvalurentce surnom, qui signifie très-renommé ou voyageur, ajouta à la Scanie l'Ostroçothieet la Vestrogothie en Suède, réunit le Jutland à ses États , et même soumit une partie de la Poméranie et du Brandebourg, ainsi que le Meckleubourg, ou le pays des Vendes ou Venèdes; il porta ses armes jusque dans la Bretagne, déjà occupie par les Angles; il ravagea le Northumberland ; de retour de cette expédition, H en entreprit une contre la Carétie, située à l'extrémité orientale du golfe de Finlande , et y mourut.

Cependant, ni Saxo, ni les autres an-

ciens historiens danois nV>ot fait mention de cet Ivar. Peut-être régna-t-il seulement quelques années sur le Danemark, comme tuteur de son petit* fils.

Harald Hikietand , à la dent guerrière , tut ce petit- fils.

Harald était très-jeuue à la mort de son grand - père ; et, suivant les chroniques , fut d'abord roi de Seeland et de Scanie; ensuite il s'empara de tout ce qui avait été possédé par Ivar, ou au moins d'une grande partie de la Suède (peut-être seulement de la Gothie) , du Jutland et de l'Angleterre.

Une saga islandaise dit qu'il soumit tous les pays du nord , sur lesquels Ivar Vidfame avait régné; et elle ajoute : « Il n'y avait alors en Dane- « mark et en Suéde aucun roi qui ne « lui payât tribut ; » ce qui prouve que l'ancienne forme de gouvernement et le partagedu pays entre plusieurs cheis ou rois itiférieursavaientsubsislé en Danemark après. qu'Ivar et son petit-fils furent parvenus au plus haut degré de leur puissance.

Il est historiquement certain que Harald fut un des plus célèbres rois des peuples de l'ancien Danemark avant la réunion du royaume, et qu'il dut a ses succès dans la guerre et à ses conquêtes une célébrité qui , de son temps, ne s'acquérait pas dans la paix.

Toutefois, il ne perdit rien de sa renommée comme guerrier vaillant et habile , lorsque plus tard il vécut dans le repos ; et sa cour fut fréquentée par tous les chefs qui avaient la passion des combats.

Mais, dans sa vieillesse, un ennemi dangereux s'éleva contre lui dans sa propre famille. Sigurd Ring , son neveu , roi de Suède et de la Gothie occidentale, lui devait le tribut. 11 ne veut plus supporter la puissance et la domination du vieil Harald ; et ce dernier, bien que cassé par l'âge , veut encore une fois risquer tout pour la gloire et la chance «les armes. Il -se prépare donc à ta guerre, et déclare la guerre à Sigurd ; guerre dont l'issue décidera lequel des Goths ou des DanoiB sera • dorénavant le peuple le plus puissant;

Les scaldes ont orné des plus riches ornements poétiques le récit de la lutte qui eut lieu ; et on reconnaît facilement aux vers latins de Saxo, comment il a complété un vieux poème sur la célèbre bataille de Brovalla ; poème qui existait encore de son temps, et qui aujourd'hui est perdu. Tous les détails de la description de ce combat appartiennent à la fiction. Odin y joue un rôle.

Lu dépouillant cet événement des parures dont on l'a surchargé, on voit aisément que Harald Hiidetaud s'était préparé depuis longtemps au combat qui devait décider de la domination entre les Danois et les Suédois; il avait appelé à lui les plus braves guerriers de la Norvège; Sigurd, de son côté, avait également réuni tous les combattants de la Suède et de la Vestrogothie , et avait aussi reçu des secours considérables de Norvège. Harald partit de Seeland avec son armée i traversa le Sund, et marcha à la rencontre de Sigurd , dont la flotte voguait vers Braavigen, tandis que luimême, avec une partie de son armée, s'avançait par terre à travers une forêt.

La bataille se donna dans le voisinage de Braavigen , entre la Sudermanie et l'Ostrogotnie : le nom de Brovalla est aujourd'hui inconnu. Harald avait rangé ses troupes d'après un ordre qu'il avait inventé; Sigurd Ring connaissait cette tactique. Harald, dont la vue était affaiblie, et qui d'ailleurs ne pouvait plus monter à cheval , avait été obligé de laisser à d'autres la conduite de raffaire. Des ofliciers réussirent à rompre Tordre de bataille de Sigurd ; mais, comme cela arrivait très-souvent dans les anciens temps, la bravoure de quelques chefs, ou leur chute, décidait le sort de la journée. Les guerriers danois , qui avaient percé les rangs de Sigurd, rencontrèrent une troupe d'archers norvégiens, et tombèrent sous une grêle de flèches. Cet incident changea tout, et Sigurd remporta la victoire. Harald, s'apercevant delà tournure que prenaient les choses, fit avancer son char au milieu du plus gros de l'année ennemie; et, tenant de chaque main un sabre à lamecotirte,

frappa de chaque côté, jusqu'au moment où te traître qui conduisait son char le frappa mortellement d'une masse d'armes. Le carnage fut effroyable , car les armées étaient nombreuses; et, des deux côtés, on avait combattu avec un courage et un acharnement extrêmes. Aussitôt que Harald Hildetand fut mort, la bataille finit. Ici , se termine la relation que la chronique islandaise a faite de cette bataille; elle porte dans son ensemble un caractère plus historique que celle de Saxo, qui se termine ainsi : « Après que Harald eut été placé sur le bûcher, Sigurd devint roi de toute la Suède et de tout le Danemark ; et, à sa cour, grandit son fijs Régner, qui fut le plus grand et le plus beau des hommes. » On ne peut nier que ce récit de la grande bataille de Btovalla, célébrée par Stârkother dans un poème dont Saxo a laissé un extrait, ne suit un des citants les plus magnifiques que l'on pu sse lire; il fait honneur au génie de l'homme qui l'a conçu et qui l'a écrit; mais, on le répète , la vérité y est altérée continuellement par le mélange des fables.

A la mort de Harald s'éteignit la race des Skioldungiens.

Il fut vengé par un de ses amis, qui tua Sigurd dans le bain.

Régner, surnommé Lodbrok, eêt également fameux dans l'histoire fabuleuse du Nord par ses expéditions maritimes et ses aventures; il conquit la Norvège méridionale et le pays des Venèdes et la Biarmie. Ayant voulu, plus tard , attaquer l'Angleterre, il périt dans cette entreprise. Voilà qui est croyable ; mais que lit-ou dans les vieilles chroniques ? « Régner voulut faire la conquête de l'Angleterre; Ella, roi de îiorthumberland , le vainquit, le prit, ai le Ht jeter dans une caverne ou une fosse remplie de serpents et d'autres animaux venimeux ; Régner périt misérablement de leurs morsures. » Il existe, sous le titre de Krakamal, du nom de Kraka son épouse, un chant de mort qu'un scalde du neuvième siècle a mis dans la bouche de cette princesse; c'est un des plus anciens monuments de l'ancienne langue seau-

L'UNIVERS

dinave. Il a un intérêt historique, parce qu'il donne une idée de la civilisation des peuples du Nord à cette époque , et explique la terreur qu'ils inspiraient à tous les pays où leurs vaisseaux les portaient.

On suppose que Régner Lodbrok mourut en 794.

Observations sur cette période.

Huglcik» beau-frère de Dan Mikillati, fonda, dit-on, un royaume dans le Slesvig, appelé alors f'Anglie. En 449, les Angles, réunis aux Saxons qui habitaient le Holstein, et aux Jutes du Jutland , furent sollicités par les Bretons de les secourir contre les attaques des tribus de l'Ecosse, aux-

Suelles les Romains les avaient abanonnés. Ces auxiliaires, après avoir vaincu les ennemis des Bretons, s'emparèrent peu à peu de la plus grande partie du territoire de ceux-ci , qui ne trouvèrent de refuge que dans le pays de Galles ; quelques troupes de vaincus en cherchèrent un sur la côte de l'Armorique en France. La guerre entre les Bretons et les Angles dura près de deux cents ans.

Les Angles établis en Bretagne, à laquelle ils donnèrent leur nom , embrassèrent le christianisme, cultivèrent les arts de la paix , et perdirent peu à peu leur courage farouche. Bientôt ils lurent exposés aux attaques continuelles des Danois.

L'Anglie, privée d'une bonne portion de sa population , devint une proie facile pour les rois de Scanie et de Seeland; alors la presqu'île entière reçut le nom de Julland.

Vers cette époque, les Vagriens, tribu venède , vinrent se fixer dans un canton oriental du Holstein ; le reste de cette contrée fit partie du pays des Saxons, qui fut de nouveau habité par diverses petites peuplades.

Comme le royaume de Danemark était en partie composé d'îles, il en résulta , dans ces temps reculés, qu'il fut fréquemment partage en plusieurs petits États; le pouvoir du roi était assez borné, et l'aurait même été davantage , s'il n'avait pas joint à sa dignité

celle de grand prêtre. On peut voir, dans Y Histoire de Suède, quelles étaient les fonctions de ces roitelets. Ils portaient des titres différents, suivant qu'ils exerçaient leur autorité sur des provinces ou de simples cantons , quelquefois même sur une seule pointe de terre. Il y en avait, dans le nombre, qui ne possédaient pas de territoire, et commandaient seulement une armée; d'autres une escadre plus ou moins considérable , avec laquelle ils allaient piller les côtes des pays maritimes, la piraterie étant en honneur chez ces peuples, ainsi qu'elle le fut toujours dans tous les temps et partout avant que la civilisation eût imposé un frein aux passions désordonnées des hommes.

Les chroniques rapportent que les États de Skiold comprenaient le fieith- Qothland ( le Jutland et le Holstein ) , VEygotkland (les îles danoises), le Skaney (la Scanie). Le roi vivait du produit de ses domaines et de celui de la piraterie, ainsi que des contributions qu'il levait par force sur les Frisons au Holstein , les Saxons et les Obotrites. On appelait gestir la classe des hommes qu'il employait à pirater pour son compte. Tous les hommes libres portaient le titre de bonde.

Le roi et le gestir n'étaient pas les seuls pirates des mers du Nord. Cette profession , qui était regardée comme infiniment plus noble que le négoce , était exercée par des compagnies ou bandes associées pour la faire avec avantage. On les appelait vikings ou vikingiens , mot dont l'étymologie est douteuse (*) , et leur armée réunie , viking Jlock; les chefs qui les commandaient étaient désignes, en danois, par la dénomination de kiompur; en islandais , par celle de coppar; quand ils parvenaient à se fixer dans une île ou sur une langue de terre, et à s'y maintenir dans l'indépendance, on les qualifiait nœs-konger (rois insulaires).

Les anciens Scandinaves étaient passionnés pour les chants de leurs scal-

(*) Vig ou i\k en danois est une baie.

des. Toutefois, il est douteux qu'il existe réellement quelque production de ces temps anciens. Les poèmes étaient ou religieux ou historiques, pour conserver la mémoire d'un événement remarquable. Peut -être quelques chants de l'ancienne Edda ou de l'Edda de Sômund remontent- ils à cette période reculée. Les scaldes du roi prenaient place parmi les personnages les plus considérables de sa cour , et l'on voyait souvent des hommes d'un rang élevé dans la société se distinguer comme poètes. Les chroniques ont perpétué les nomsdesscaldes Hiarne en Danemark , Staerkodder et Bragge en Norvège. La poésie était toujours accompagnée d'une sorte de musique. L'art médical consistait principalement dans une certaine habileté à panser les blessures; les femmes les possédaient principalement.

On peut considérer comme une espèce d'armée permanente les hommes qui entouraient la personne du roi , car ils le suivaient toujours à la guerre; il leur donnait des vivres, des armes, et quelquefois de l'or, de l'argent et des pièces de monnaie. Ces richesses provenaient des expéditions de rapine.

Le nombre de cette troupe d'élite excédait rarement cent guerriers ; les plus courageux et les plus audacieux étaient les bersexer. Les sabres v les coutelas et les autres armes étaient peut-être jde pierre dans le» premiers temps, car on en trouve souvent de tels en grande quantité dans les tertres funéraires et dans la terre ; ils furent ensuite de cuivre , et enfin de 1er. La princi-

{>ale force des armées consistait dans es hommes pesamment armés, qui étaient pourvus de cuirasses , de cottes de mailles, de casques, de boucliers, de sabres, de bâches, de lances, de massues ; les hommes armés a la légère se servaient de javelots , d'arcs et de flèches. On combattait rarement à cheval. Les navires de guerre étaient pour la plupart petits et non pontés ; il y en avait de plus grands appelés drager (dragons) , parce qu'ils étaient terminés à la poupe par une tête de dragon ou de serpent, et à la proue

2* Livraison. (Danemark.)

par une pointe aiguë. Ils pouvaient contenir cent vingt hommes. Généralement ils marchaient à la raine ; cependant ils allaient aussi à la voile. La navigation avait lieu communément le long des cotes, et quelquefois pendant le séjour seulement. Cependant , les Danois de ces temps-là abordaient non-seulement les côtes de la Baltique, mais aussi celles d'Angleterre et de France.

Alors comme aujourd'hui les habitations à la campagne étaient isolées en Norvège et en Danemark ; en Holstein , faisant partie de la Saxe à cette période , il y avait déjà des villages. L'agriculture était très-peu connue dans ces contrées septentrionales; on y préférait la chasse, la pèche et l'éducation du bétail. Nous avons déjà parlé du penchant nour la piraterie, que Ton peut regarder comme la principale branche d'industrie des peuples du Nord. Le négoce ne leur était pas entièrement inconnu ; il consistait principalement dans l'échange de marchandises, et se faisait surtout entre les trois royaumes de la Scandinavie et avec les pays baignés par Ja mer Baltique. Il parait que, de temps en temps, on abordait d'autres côtes pour y commercer. Les villes de Danemark, nommées dans cette période, sont:

Leithra etRôskilden Seeland, Odeusé en Fionie, Slesvig en Jutland.

Les moeurs et les usages étaient conformes à l'esprit de la religion. On prisait principalement une bravoure farouche, et cependant on montrait aux femmes plus de respect et on leur laissait plus de liberté que chez la plupart des autres peup.es; presque toujours un homme n'avait qu'une seule femme. Les esclaves n'étaient

fias traites aussi durement que chez es autres nations de l'antiquité.

On pense qu'Odin introduisit la coutume de brûler le corps des morts , tandis qu'auparavant on les enterrait sous un amas de terre et de pierres; coutume que l'on reprit en Danemark depuis le temps de Dan Mikillati, quoique l'on n abandonnât pas entièrement celle de consumer les corps

L'UNIVERS

par le feu. C'est pourquoi , dans les histoires du Nord, on établit une différence entre les tertres élevés sur les corps consumés par les flammes, et ceux qui recouvreht des corps enterrés tout entiers. On rencontre encore dans le Nord des traces nombreuses de ces deux manières de disposer des corps; on trouve dans les anciens tertres funéraires beaucoup d'armes, d'ornements et d'ustensiles.

Afin de jouir de la sûreté dans un temps où les lois la garantissaient à peine, deux personnes, ou un plus grand nombre, contractaient ensemble un engagement, accompagné de certaines cérémonies , par lequel elles se promettaient et s'obligeaient de venger respectivement leur mort , et quelquefois même de ne pas survivre les unes aux autres.

Page 1