OBSERVATION IX
(Due à l’obligeance de M. le professeur Gayet).
Femme de trente-deux ans, opérée en mai 1893 pour iritis séreuse. Anesthésie par le chloroforme. Iridectomie, rien d’anor-
nt de
mal pendant l'opération, la malade est reportée à son lit, réveillée en apparence ; elle ne tarde pas à tomber dans une somnolence profonde dont rien ne peut la tirer, ni les flagellations, ni les douches nasales. La face n’était ni vultueuse, ni eyanosée, la respiration était régulière, mais superficielle et ralentie, le pouls fort et régulier. Cet état se prolongea pendant trois heures environ. La chose n'eut pas d’ailleurs de suites graves ultérieures.
En récapitulant ces quelques observations nous voyons dans les deux premières, empruntées à la littérature, des accidents graves de syncope respiratoire, suivis de mort ; dans les observations II et IV, les accidents ont été suffi: samment graves pour donner de vives inquiétudes sur le sort des malades ; les autres observations se rapportent à-des cas plus bénins sans doute et se sont présentés sous forme d’une narcose prolongée, avec un état subcomateux analogue à celui des alcooliques. On voit que cette gamme d'observations se rapporte à des accidents survenus à la fin de l’anesthésie et, chose un peu spéciale, quelquefois après le réveil des malades. Ces accidents rentrent donc tous dans la classe des accidents tertiaires d’intoxication profonde des éléments nerveux. Cette coïncidence, tout en montrant l'efficacité du procédé contre la syncope réflexe, semble donner prise aux attaques des détracteurs de la méthode mixte.
Au moment de mettre sous presse, nous devons à l’obligeance de M. le professeur agrégé Condamin une note du plus grand intérêt pour nous.
MM. Laroyenne et Condamin ont eu à la Clinique gynécologique l’occasion d'observer au cours de l’anes-
ou
thésie mixte certains accidents de cyanose, et surtout d'arrêt de la respiration. C’est principalement au bout d’un certain temps d’anesthésie qu’ils ont fait cette constatation, quelquefois même après que la malade avait été reportée à son lit. Ceci a été particulièrement remarqué dans un cas où l’on avait pratiqué une hystérectomie, et où la patiente avait reçu par inadvertance de l’externe une dose double de morphine et d’atropine, en tout 2 centigrammes de morphine et2 milligrammes d’atropine. Après l’opération, on a eu grand’peine à réveiller la malade et pendant vingt-quatre heures elle est restée dans un état de torpeur inquiétant.
M. Laroyenne croit que c’est latropine qu’il faut incriminer; aussi, depuis quelque temps, dans son service on n’injecte avant l’opération qu'un quart de milligramme d’atropine.