A VI
L'empressement de Daniel <V faire l'aveu de son amour ne pouvait avoir de stimulant plus fort que l'assurance donnée par Hans qu'il était nécessaire de délivrer Mirali de la jalousie qui rongeait son cœur. Arrivé chez Kzra, il était déterminé à demander à sa sœur un entretien particulier, et si elle acceptait son amour, il se sentait assez fort pour braver ton es les conséquences; une fois son fiancé, il prendrait une autorité tutélaire qui serait pour elle une protection efficace et désirable dans les ennuis futurs que lui causerait son père. 11 ne faisait que pressentir ces ennuis dont il aurait été plus que convaincu s'il avait su ce qui se passait dans l'esprit de cet être vicieux. Sa turbulence et son inattention mettaient à la torture le pauvre Ezra ; Lapidoth ne se soumettait que parce qu'il nourrissait l'espoir de s'assurer peu à peu une indépendance bien assise. Il se préoccupait surtout des mesures à prendre pour soutirer à Deronda une somme importante; mais, en attendant, il faisait tous ses efforts pour découvrir l'endroit où Mirah enfermait son argent
et ses clefs. Dans son impérieuse passion pour le jeu, il n'aurait pas reculé devant l'infamie de dérober à sa fille une somme qUi en valut la peine. Mais Mirah, avec sa clairvoyance pratique, S3 garait contre toute surprise et contre toute violation de sa promesse à Ezra de ne point confier d'argent à leur père; aussi Lapidoth se considérait-il comme confiné dans un hospice où tout était mis hors de la portée de ses atteintes. 11 allait même jusqu'à se trouver maltraité par sa fille ; mais il se gardait de le laisser voir et, en apparence, se montrait soumis ; car l'indiscrétion qui le tentait le plus, n'était pas d'insister auprès de Mirah, mais de faire un appel à la générosité de Deronda. En dépit de son outrecuidance, Lapidoth, qui avait une certaine peur de l'imposant ami de son fils, différait de jour en jour son projet.
. Celui où Deronda, plein d'un heureux espoir qui rayonnait dans ses yeux et dans son langage, vint chez Ezra, Lapidoth élait dans une crise de mécontentement, et s'efforçait, pour reconquérir sa liberté, de trouver des plans que la nouvelle aménité de Daniel encourageait. Après être demeuré quelque temps assis à refléchir, il sortit pour fumer et se promener dans le square. Mirah n'était pas encore rentrée, mais certainement elle reviendrait avant le départ de Deronda dont les yeux ét incelaient d'une anticipation secrète. 11 se montra même avec Ezra plus affectueux que jamais.
— Cette petite chambre n'est pas assez aérée pour vous» Ezra, lui dit-il en intérrompant sa lecture. La chaleur qu'il fait ici est plus insupportable que celle de Gênes, où l'on peut au moins jouir de la fraîcheur dans de spacieux appartements: Il vous ën faut un meilleur que celui-ci. Du resté, je puis faire de vous ce que je veux* puisque je suis votre plus forte moitié. Il sourit à Ezra qui répondit :