‹ Daniel Lambert drame en cinq actes en proseChapitre 102 sur 117 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

DANIEL

Est-<’e que vous pouvez refuser un bonheur assuré, facile, éternel ; un bonheur offert avec des paroles tremblantes de respect cl d’amour? Pourquoi ce refus? Parce que vous vous trouvez tout à coup face à face avec moi ? Le char de la Fortune s’est arrêté à votre porte, vous y étiez déjà montée, il allait vous emporter souriante et légère, vers les régions heureuses, lorsqu’un malheureux piéton est venu se jeter sous les roues, et vous avez eu peuri Écrasez-le donc, madame, et passez!

MADAME DE THOMEREL, acca1>lëe et mr le du canep^.

Accablez-moi, Daniel, j’ai mérité votre colère! ^

DANIEL

Et pourtant, Diim m’est témoin que je vous aimais d’un pur et saintamour ! Aux heures de doute, c’est votre nom que j’invoquais !

Il me semblait que la doiUeur ne saurait m’atu*indre tant que vous veilleriez sur moi 1 Chaque jour je vous attendais. Je croyais toujours vous voir revenir 1 Ah I vous m’auriez chassé, je serais revenu, moi! El je vous aurais si bien implorée, que vous m’auriez pardonné! L’amour, n’esl-ce pas le pardon ?

MADAME DETROMEREL.

IlaïsSez-moi, Daniel, j’ai mérité votre haine !

DANIEL

J’étais seul il y a dix jours dans la chambre de ma mère, la chambre vide ! — Oh ! je crus que j’allais devenir fou I — Je sortis, ‘

je marchai au hasard et mes pas me conduisirent à votre porte. C’est là qu’on devait me consoler, puisqu’un instinct plus fort que ma volonté m’avait conduit là ! J’entrai dans votre chambre, je m’assis à la place même où je m’asseyais autrefois. Votre |)orlrait était là, c’était bien vous, pensive avec un doux sourire! Je le regardai longueineiil, silencieusement, tandis que des larmès coulaient le long de mes joues, et tout notre pas.«é se déroula devant mes yeux, toute ma vio, à moi ! — Ah ! comme je souffrais! On entra ; c elait votre femme de chambre. — Madame a quitté Paris depuis huit jours. — Je me levai machinalement, je pris mon chapeau et je m’éloignai. Peut-être étiez-vous là, peut-être avez-voqs soulevé votre

rideau pour me voir parlir..Oli ! cetlo fois, je ne pleurai pas. En sortant de chez vous, je n’avais plus de larmes.

MADAME DE THOMEREI., d«to«n<!tnt.

Ah!

DANIEL

Hier encore, je relisais vos lettres une à une ; en rapprocliant les dates, je recomposais ainsi ma vie; en rassemblant le bonheur épars de toute une année, il me semblait que j’étais encore heureux! La première lettre disait : M’aimerez-vous? La dernière :

Je t’aime' — Des lettres, un gant oublié, un ruban, un bouquet fané, voilà tout ce qui me reMe de vous aujourd’hui, tout ce qui sait votre nom et qui me le répète! l’auvre bouquet fané! Tes ' fleurs étaient pareilles à celles-ci ! Toi aussi, tu disais à l’oublieuse :

Ne m'oubliez pas! Vous savez bien que je ne vis que par vous, triste et perdu dans l’ombre, ne m'oubliez pas! Dites un mot, et je renais; faites un signe, et .je meurs! Vous qui êtes jeune, je suis la jeunesse, ne m’oubliez pas! Vous qui aimez, je suis l’amour, ne m’oubliez pas! — El l’on t’a oublié, pauvre bouquet fané I MADAME DE T 11 OHE RE L.

De grâce, Daniel!

DANIEL

Oh! vous êtes bien toutes les mêmes, et je vous reconnais à présent. De quelque nom qu’on vous nomme, vous ôtes toujours la même femme sans cœur. Je vous écoutais, il n’y a qu’un instant. Ah! les admirables théories! Quel profond dédain des mésalliances en amour, et que c’était bien là la soudaine éloquence d’une grande âme qui n’a jamais failli 1 — Vous êtes jeune, ce sont vos vingt ans qu’il faut aimer; vous êtes belle, c’est votre beauté qu’il faut vouloir I Quant au jiauvre garçon qui, dédaignant tout cela, veut s’adresser à votre cœur, il faut qu’il sache aujourd’hui qu’il s’est fourvoyé! Il faut qu’il apprenne enfin que vous n’étes pas de ces femmes loyales parmi lesquelles l'âine choisit ses épouses : — héroïne éphémère des romans d’un jour, votre nom est maîtresse I MADAME DE THOMERF. L.

Daniel I — abl

DANIEL

Ainsi, lorsque vous médisiez que vous alliez quitter Paris, — vous

mentiez. Quand vous prétextiez je ne sais quel misérable besoin d’arg.'nt pour m’abandonner, — vous mentiez. Quand vous juriez de n’aimer jamais que moi, — vous mentiez. Voyons maintenant, quel est le nouveau mensonge que vous allez me faire? — Parlez, j’écoute! Mais parlez donc!

madame de THOMEREL •*éloi^Fie k gauche.

Ab! vous êtes sans pitié 1

DANIEL

De la pitié! En avez-vous eu pour moi tout à l’iieure? Il est quelque chose qui survit à l'amour môme : c’est le resp-’ct de celui qui l’a mérité! Il m’insultait, et vous n’avez rien répondu! Pour vous sauve,, quand je croyais pouvoir vous sauver, pauvre fou! j’ai donné mon honneur. Il m’insultait, et vous n’avez rien répondu! Ma mere est morte parce que Dieu a voulu me punir d’avoir mêlé son nom à ma faute. Il m’insultait, et vous n’avez rien répondu! — Pardon 1 vous avez ri I —

MADAME DE THOMEREL.

Daniel, — on vient!

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