ACTE I
FLAUBiER.
Je comprends bien que tu me pries seulement de m’en aller 1 (Regardant i« portrait.) G’cst VTdi qu’ü 6st ressemblant, je ne me reconnais plus!
DANIEL
Pourvu que tu le reconnaisses.
Tu m’appelleras?
DANIEL
Dans une heure où...
FLAMBIER.
Ou deux? il faut que j’aille au ministère pour ma commande, des copies, toujours! Du reste, autant vaut que je m’en aille, car, si je restais, je te ferais de la morale. ( Fausse sortie à droite.)
DANIEL
Qui t’en empêche?
FLAMBIER.
A quoi bon? tu ne m'écoutes pas, je suis un camarade, tu me dis oui et tu fais non. Je ne t’aime pas en ami, mais en père ; il me semble parfois que je suis un vieillard et que tu es mon enfant! Tout mon cœur se résume ên toi.
DANIEL, lui serrant U main.
Mon brave Flambier !
FLAMBIER, posant soa portrait au pied du canapé à droite*
Daniel, depuis un an tu n’es plus le même. Cetamour-là te portera malheur. C’est un pressentiment que j’ai et je ne me trompe jamais lorsqu’il s’agit de toi. .
DANIEL
L’amour de Louise?
flaIubier.
Oui, parce que cette Louise-là s’appelle aussi madame de Thomerel. Voilà pourquoi cet amour me fait peur !
Poltron!
FLAMBI ER.
Tu crois ?
DANIEL
Je crois que lu m’aimes, je le sais, mais pourquoi trembler de la sorte?
FLAHBIER.
Daniel...
DANIEL, l'arr^tani.
Qu’ai-je rencontré dès les premiers pas que j’ai faits ? Ma mère, loi, c’est-à-dire le dévouement impassible, l’affection éternelle! puis deux femmes, deux natures d’élite, deux rayonnements qui ont illuminé ma vie. Maurice parlait de la comtesse de Charly tout à l’heure, l’as-tu entendu? Ce cœur chaste et charmant, celle âme enthousiaste, m’a prodigué les trésors do son inaltérable bonté. Ce que je r&ssens pour Madeleine, c’est un sentiment d’amitié exquise, c’est une sympathie innée. La première fois qu’elle m’a parlé, j’ai reconnu sa voix, ma mère m’avait parlé ainsi. La première fois qu’elle m’a tendu la main, j’ai cru serrer la main d’une sœur. Et il demandait si j’avais été son amant ? Je suis mieux que cela, lu le sais, toi, je suis son ami, et ton cœur comprend ce qu’il y -a de pur et de grand dans cette amitié sublime! — Quant à l’autre...
FLAMBIER.
Quant à l’autre ?
Je te l’ai déjà dit, je l’aime! — C’était l’an dernier; on exécutait à la salle Herz une symphonie de M. Daniel Lambert, à laquelle assistait une femme jeune, belle, et mise comme une Parisienne seule sait se mettre. A ses côtés était placé un monsieur d’une soixantaine d’années; grand, maigre, d’un ensemble de vraie noblesse, — quelque chose comme le Tintoret de Cogniet. Ils étaient venus ensemble. La jeune femme avait pour voisin un inconnu qui lui avait déjà ramassé deux fois son mouchoir et qui l’aurait fait tomber une troisième pourentendre encore un : — Merci ! Monsieur, de cette voix vibrante et suave...
FLAMBIER.
Qui tenait si mal son mouchoir.
DANIEL
Le Tintoret était complètement absorbé dans l’audition de la