MADAME DE THOMEREL, MADELEINE
M A D E L K I N E , assise à droUea
Eli bien ! qu’avez- vous biit ?
MADAME DE THOMEBKL, allant à Madoleioe.
Tout ce que vous m’aviez conseillé.
MADELEINE
Pauvre enfant ! j’ai beaucoup exigé de vous et de ce pauvre malheureux que je frnppe ain.si sans le connaître, puisque son nom doit rester un mVfrUue pour moi; mai.s it fallait trancher dans le vif. Ah I vous avez dû bien souffrir! (se loran*. ) Chère Louise I vous voilà toute pâlie! Ne relemz pas vos larmes. Je comprends qu’on pleure à ces moments décisifs où la vie réclame une victime! Le premier pas est celui qui coûte le plus, quand on le fait pour quitter ceux qu'on aime ! Maintenant que vous êtes libre, je m’empare de vous. (Eiie» de«renrceut en sc6na. ) Vous habiterez ici et nous irons ensemble dans le Berry, dès que le soleil nous le permettra. Dans trois ou quatre mois, il sentira toute la noblesse de votre conduite, dont il ne peut voir aujourd'hui que le côté déchirant, l’oubli viendra et avec lui le repos.
MADAME DE THOMEREL.
Et moi oublierai-je? L’oubli, c’est la négation, et le bonheur ne se nie pas.
MADELEINE
'L’oubli, c’e.st le pardon que le monde vous refuserait, et que Dieu donne! Pauvre enfant! — S’il avait suffi d’une somme d’argent pour assurer votre bonheur, je vous l’aurais offerte, comme je l’aurais offerte à ma sœur ; car je n’oublie pas que nous avons été élevées ensemble. Mais il arrive un jour pour la femme où l'amour ne suffit plus, un âge où elle a besoin d’affections légitimes.
Ne croyez pas, Louise, que je veuille monter en chaire pour vous prêcher le mariage. La douleur a été l’expiation de votre amour.
HADÂME DE THOMF.REL.
Parlez, parlez ainsi, Madeleine, pour me rendre ce courage dont J’ai besoin I
La vie, pour nous autres femmes, est une lutte continuelle, souffrir est dans notre destinée. Ah ! je vous comprends bien, allez ! Ne plus le revoir! Ne plus revoir" celui auquel on avait donné tout son cœur et toute sa vie ! Ne plus revoir celui qui rendait le fardeau plus léger et la route facile I Faire jouer à la raison le rôle de la mort! Effacer avec ses larmes les plus belles années de sa vie 1 Oh ! oui, je vous comprends. — Vous avez dù bien souffrir l
(Elle passe à gauche'.)
MADAME DE THOMEREL.
Mon Dieul Madeleine, cette émotion, cet accent?
> MADELEINE
La femme a toutes les aptitudes de la douleur. Je vous comprends, Louise, croyez-le. Mais ne croyez que cela.
MADAME DE THOMEREL.
Madeleine, vous ne réussirez pas à me tromper. Il y a là un secret douloureux que vous me cachez.
MADELEINE
Non, Louise, il n’y a pas de secret, car je devine la nature de celui que vous supposez. Un secret de ce genre implique une complicité positive avec un sentiment qu’on admet, qu’on écoute, dans lequel on se complaît à do certaines heures, dont on se repaît dans Sa solitude. Louise, le jour où j’aurais un pareil secret, — j’y suis bien résolue, — la première personne à laquelle j’en ferais l’aveu, c’est M. de Charly !
MADAME DE THOMEREL.
Le comte ?
MADELEINE. -
Oui, le comte. Allez, c’est une grande consolation pour une
i. Madeleine, Mme de Thomerel. I