ACTE II
l’imagination pour me présenter des comptes exacts qu’ils savent bien que je ne vérifierai pas. Ils croient à l’argent ; ils en font lo but de leur vie et chaque écu qu’ils dérobent les rend plus heureux que chaque cent francs qu’ils gagnent. Lejouroù je n’éprouverai plus de plaisir à me savoir volé, ce jour-là, je me brûlerai la cervelle. Bien des gens se figurent qu’il n’y a rien de plus aisé que de dépenser son revenu, quelque considérable qu’il soit : mais, si je n’avais pas des serviteurs chargés de famille, je serais fort embarrassé de mon argent dans celte ville sans le sou dont vous avez fait la capitale du monde civilisé.
MADAME DE THOMEREL.
Vous dites cela à des Parisiennes?
LE BARON
Quand vous avez six chevaux dans votre écurie, vingt laquais, trois hôtels, des loges à tous les théâtres, une table ouverte, et qu’il vous reste encore le double de ce que vous dépensez, que faire, je vous le demande? — Placer? — Mais les revenus, en s'accumulant, rendront ma situation plus critique! J’enrichis tous les pauvres que je rencontre — [vourh's punir. Je joue comme un Russe, et pour perdre, je triche comme un Grec. En vérité, je ne sais plus ce que je vais inventer. Il est des moyens sûrs de S3 ruiner, je les connais et ne veux pas m’en servir (»eicT.nt,) car voilà ma devise : fiche, mais honnête I
MADELEINE, se levant ainsi que Louise*
Vous n’êtes donc pas aimé ?
LE BARON
Aimé? Ah! voilà un joli mot, madame la comtesse! mais, selon moi, tous les hommes sont égaux devant l’amour, et c’est la seule chose que je ne veuille pas acheter.
MADELEINE
Fort bien, mais vous êtes amoureux, sans doute.
LE BARON
Oui, madame la comtesse, amoureux fou. Et cet amour insensé, sans espoir aucun, est le charme de ma vie. Mt»s millions- ne peuvent rien pour lui, etjesuis tout fier, moi, l’homme riche, d’aimrr comme le pauvre que j’éclaboussé du haut de ma voiture.
4fi
MADELEINE , remontant rira la ebettiu^e à droite^.
Vous êtes un maniaque, baron.