ACTE
FLAMBIER.
Moi?
MADAME DE TIIOMEREL.
Vous n’avez jamais quitté Daniel, et ce n’est pas son ami qu’il doit vous nommer, c’est son frère. Eh bien I il faut faire plus encore.
11 faut, et Je vous le demanderais à genoux, il faut que vous me promettiez de vous attachera Daniel plus fortement, plus entière- ' ment que vous ne l’avez fait jusqu’à ce jour. Vous voyez , je vous demande l’impossible! Vous veillerez sur lui n’est-ce pas? Vous le soutiendrez par vos paroles, vous le fortifierez par votre exemple!
En un mot, vous l’aimerez doublement, d’abord pour vous, et puis pour une personne qui bientôt n’en aura plus le droit.
FLAMBIER.
Je ne vous comprends pas.
MADAME DE TIIOMEREL.
Oh ! vous allez me comprendre. Il est des femmes fatales qui traînent après leur amour les douleurs et les larmes, et je suis de ces femmes-là 1 Pouvais-je prévoir que la pauvreté me chasserait un jour? Je me sens attirée vers toutes les choses belles et bonnes, et une fois qu’elles sont à moi , ces bontés et ces beautés , je les brise comme un enfant colère ! Le bonheur que j’apporte est funeste, les joies que je sème fleurissent en douleurs! C’est une cruelle mission , je vous le dis, que Dieu m’a donnée là, de torturer qui m’aime, de marquer l’épaule sur laquelle je m’appuie! Flambier, dans une heure, j’aurai quitté Daniel pour toujours.
FLAMBIER.
Je le savais.
MADAME DE THOMEREL.
Vous le saviez ! Et vous m’avez accusée? Oh ! non, vous m’avez plainte, n’est-ce pas?
FLAMBIER.
Je n’ai le droit ni de vous plaindre ni de vous accuser. J’ai pu voir par la porte entr’ouverte la chambre de douleurs où vous l’avez conduit; mais moi, qui ne suis rien qu’un ami , une main qu’on serre, j’ai dû rester sur le seuil. Quand vous serez partie, j’y entrerai pour que Daniel ne reste pas seul.
MADAME DE TROUEREL.
Mais, puisque vous saviez mon départ, vous devez en savoir aussi les causes?
FLAMBIER.
Je crois que Daniel me les a dites. Vous lequitU'z parce que — parce qu’il est pauvre. Ai-je bien retenu?
MADAME DE T-IIOMEREL.
Comme vous me dites cela ! Mais vous ne comprenez donc pas?
FLAMBIER.
Je comprends que Daniel a jeté toute la fortune do son cœur sur le lapis vert de l’amour, — un châle de femme, — et qu’il est ruiné. Comme tous les joueurs mallieureuv dont les rêves sont évanouis, il se frappe le front contre la réalité, — un mur solide qui ne bouge pas. Daniel èe brisera le crâne, voilà tout.
MADAME DE THOMEREL.
Se tuer!
FLAMBIER.
Non, je suis là! Mais ^ous ne connaissez pas Daniel. C’est un rêveur, un garçon qui a le cœur sur la main, et qui lient toujours sa main ouverte. Les artistes l’en\ient, il a plus de talent que la plu|iarl d’entre eux ; les gens du monde ne sympathisent pas avec lui, il a trop d’esprit et pas assez de voiture; l’esprit et le talent font beaucoup d’ennemis, avant de donner des admirateurs. Les gens superstitieux disent qu’il faut prendre garde de renverser le sel sur la nappe, Daniel en renverse continuellement, les imbtv elles s’en vengent. — 11 ne voit, il ne songe qu’à l’amour, et vous le quillez!
MADAME DE T II O M E II E L , s’asc^rjant à droite.
Il le faut !
FLAMBIER.
Oui, il ne sait pas, lui, que les femmes sont ainsi faites, qu’après avoir piétiné pendant quelques années sur la jeunesse d’un brave et loyal garçon qui a eu la .sottise de croire en clics, elles s’en vont eu chantonnant, elles ipiittenl et tte atreclion profonde, comme une chambre dont les tentures sont fanées: Aujourd’hui qu’on a