LES MILLIONS D ANGES
plus tard, quand il vient à Marie, son éclat brille inaltérable. Si l'homme vieillit et meurt, c'est parce qu'il pèche; mais les anges ne vieillissent jamais, parce qu'ils ne meurent jamais; et ils ne meurent jamais, parce qu'ils ne pèchent jamais. Tel eût été, dans Éden , Adam notre père, sans notre rébellion; telle, Eve notre mère; tels aussi leurs enfants; et tels serons-nous encore après la résurrection, si l'Esprit de Christ habite en nous (1) : « Ceux qui seront faits dignes « d'avoir part à ce siècle-là et à la résurrection d'entre les a morts, a dit Jésus, ne pourront plus mourir; car ils seront a semblables aux anges ; ils seront fils de Dieu, étant fils de « la résurrection (2). »
L'Écriture nous a dit encore leurs dignités diverses et mystérieuses. Et quelle idée immense ne nous donne-t-elle pas de tout ce monde inconnu de grandeurs ! Aussi les mots lui manquent-ils pour en parler dans la langue des hommes, et , quand elle veut énumérer leurs ordres sublimes, est-elle obligée, dans l'insuffisance des termes, de ne les distinguer que par ces quatre mots qui , pour nous, sembleraient synonymes : a Et trônes, dit-elle, et dominations, et principautés « et puissances (3). »
L'Écriture aussi nous a dit leur force. Elle les appelle o puissants en force (A) »; elle nous les montre accomplissant en tout temps les jugements du Seigneur, chassant Adam du paradis, détruisait Sodome, faisant mourir les premiers nés de l'Egypte, frappant de mortalité, aux jours de David, toutes las contrées d'Israël, et aux jours d'Ezéchias toute l'armée des Assyriens; et même, quand Hérode Agrippa, revêtu de sa robe d'argent , sur son trône, à Césarée, est atteint
(1) Rom. VIII, 9, 10, 11. — (2) Luc X, 36. Voye* aussi 1 Cor. XV, 22 23 ; 1 Th. IV, 16 ; Apoc. XX, 4,5.— (3) Coloss. I, 16 ; Rom. VIII, 37 ! 1 Pierre HI, 22. — (4) Ps. GUI, 2g.
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tout d'un coup d'une maladie affreuse où déjà les vers k rongent durant cinq jours , elle nous déclare que ce sont eux qui l'ont fait : « Un ange du Seigneur le frappa » , dit saint Luc<t). Et ce seront eux encore, nous dit-efle, qui seront chargés d'exécuter les derniers jugements : « Us viendront à a la fin du monde, a dit Jésus, ils sépareront les méchants « d'avec les justes et ils les jetteront dans la fournaise du « feu (4). »
Mais FÉcriture nous a dit aussi leur étonnante humilité. — Représentez-vous-les, ces êtres si puissants, si glorieux , si vastes d'intelligence, et voyez ce qu'ils sont pour nous ! « Ne a sont-ils pas tous des esprits employés à servir en faveur des « hommes héritiers du sahit (a dit saint Paul) (3) ? d Voyez comment, dans les cieux, il y en a d'établis pour les plus humbles d'entre nous. — « Gardez- vous de mépriser aucun « de ces petits, a dit Jésus (4), car je vous dis que dans les « cieux leurs anges regardent toujours la face de mon Père. » — Voyez ce qu'ifs sont pour un Lazare. Malade, mendiant, affamé, il était couché par terre, et les chiens mêmes venaient lécher ses plaies: il mourut ; mais comment fut-il enseveli? Sur la terre, je ne sais; mais dans le ciel, je le sais, Jésus nous Ta dit : « les anges vinrent le prendre pour le « porter dans le sein d'Abraham (5) ! » — C'est une parabole, direz-vous. — Oui; mais cette parabole est là pour nous apprendre jusqu'où descend la bonté de ces esprits sublimes , dans le profond abaissement de leur charité pour
nous!
0 mes amis, que le ciel doit être beau, avec de tels êtres ! le ciel , où tous oee anges si grands et cependant si bons , se comptent par armées et par milliers de milliers de mil-
(1) Act XII, 23., et Josèphe, Antiq. S2«.— (2) Matth. XUI, SttM*- — (3) Héb. 1 , 14. — (4) MatUi. XVIII, 10. — (*) Luc XVI, 23.
JÉSUS PLUS BfeAtt QTTE +tà& LES ANfcfeS. >M
tiers ! Quel contraste de ses habitants, de ses armées, de ses milliers, de ses héros, avec les héros sanglants dont parlent nos histoires, avec les armées de nos dix rois, avec les milliers de nos Césars et de nos Bonapartes! 0 qu'à la pensée de ces anges (n'estn* pas, chers enfants?) ta terre d'aujourd'hui nous semble laide, et l'homme <f ici-bas, petit et repoussant; l'homme si vain dans sa souillure, si dépravé an bord de son tombeau , si dur et si fier encore à la veille de s'aller coucher a» sépulcre parmi les vers, pour y être rongé dans son cercueil , comme Hérode le Ait dans son lit !
Mais si la terre parait si laide telle que le péché l'a faite , ah 1 que sera donc le ciel , à n'en juger même que par les anges ! Qu'il serait beau déjà , quand il n'y aurait que cela! — Mais, ô mon Dieu, n'y a-t-il que oela?*~Eh, n'y en a-t-il pas un qui s'appelle mon Sauveur, plus beau que tous les anges par sa charité comme par sa grandeur , et plus beau même que le ciel tout entier, Jésus, « héritier de « toutes choses , le resplendissement de la gloire du Père , « l'empreinte de sa substance , celui qu'adorent tous les anges (1) ! » Qu'est-ce encore que le ciel auprès de Jésus- Christ, qui en est le roi , qui en est la joie , la vie et l'éternel flambeau (2) ! — •» Oui , mes enfants , dans ce beau Ciel , au milieu de tous ces êtres si saints, si aimables, si glorieux, il y a un fils d'homme sur le trône; oui , il y eu a un qui porte un cœur d'homme sur le trône de Dieu; il y en a un qui s'appelle notre ami , notre consolateur, et « qui n'a pas « honte de nous appeler ses frères (3) ! » Oui , « nous avons « un souverain sacrificateur, Jésus le fils de Dieu, qui a trait versé les cieux , qui peut sympathiser à nos infirmités , a ayant été tenté en toutes choses à notre ressemblance ,
(1) Hôb. î, 2-4. — (2) Apoc. XXI, 53 ; XIX, 16. — lè*h 1, 4. — (3) fléb.
LEÇON XXXVm. — DAN. YH, 9, 40.
« mais sans péché, et qui nous invite à venir avec assurance a au trône de la grâce, pour recevoir miséricorde et pour « trouver grâce dans un secours opportun (4) ! » Ne le voyezvous pas des yeux de votre foi, chers enfants, au milieu de tous les anges , « couronné de gloire et d'honneur à cause de ja mort qu'il a soufferte (2) ? » Ah ! il est plus beau qu'eux tous en bonté, en douceur, en tendresse de cœur, comme il Test en force, en gloire, en sagesse, en grandeur; il porte encore des marques en ses pieds et en ses mains : car nous l'avons percé et il a été mort, bien qu'il soit « Celui qui vil aux siècles des siècles (3) ! a — Àh ! chers enfants, il a fait, lui, beaucoup plus que de venir comme les anges prendre Lazare dans sa misère pour le porter au sein d'Abraham; car il est descendu lui-même dans cette misère ; il est venu plus pauvre, plus méprisé, plus meurtri, plus souffrant que Lazare ; il est mort abandonné , il est mort nu , il est mort maudit , il est mort couché, non sur le seuil d'un riche avec des ulcères, mais sur le gibet d'un malfaiteur avec des clous plantés dans ses chairs et dans ses os! a Je suis un ver, s'est-il écrié, et non « pas un homme; je suis l'opprobre des hommes et le méa prisé du peuple ! (A) » Ainsi, vous le voyez, vous le voyez, chers enfants, si Jésus est au milieu des anges « comme un a Sinal en sainteté, » pour parler avec l'Écriture (5), ne peuton pas dire également qu'il y est comme un Golgotha en abaissement, en sacrifice, en ineffables compassions ? Ne l' a-ton pas vu sur la terre, pleurant à cause de nous, priant « avec des cris et des larmes , » attaché , souffleté , battu de verges , dépouillé devant tout le peuple de tous ses vêtements, cloué, percé et rendant l'âme , abandonné des hommes et abandonné de Dieu? a Mon Dieu , mon Dieu, pourquoi m'as-tu.
(t) Héb. IV, J4-16. — (2) Héb. II, 9. — (3) Apoc. I, 18. — (è) Ps XXII, 7. — (5) Ps. LXVIII, 17.