‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 108 sur 198 · UN TEMPS, DBS TEMPS ET LA MOITIÉ D?UN TEMPS · texte numérisé non relu

UN TEMPS, DBS TEMPS ET LA MOITIÉ D?UN TEMPS

dure jusqu'à un temps des temps et et la moitié d'un temps. Si donc elle leur fait une guerre plus longue que la vie de trois empires , il faut que cette guerre soit horriblement longue.

Cependant , chers enfants , il y a des docteurs en France , chez ce qu'on appelle les catholiques romains , comme par exemple M. l'évêque Bossuet , et , en Angleterre , chez ce qu'on appelle les Puseîtes, comme, par exemple, M. le ministre Newmann ; et, en Allemagne, chez ce qu'on appelle les Néologues, comme, par exemple, M. le professeur Eichhorn , qui veulent n'entendre cette période d'un temps et des temps et la moitié d'un temps, que comme désignant trois années et demie ordinaires , soit 42 mois de trente jours, en d'autres termes, 4,260 jours vulgaires. — Que faudra-t-il penser de cette opinion?

— Qu'elle est absurde.

— Dites plutôt erronée; mais pourquoi erronée?

— Parce que si trois temps et demi ne faisaient qu'autant d'années, il en résulterait qu'un temps et un temps ne feraient non plus que deux années , et qu'ainsi les trois grands empires des Babyloniens , des Perses et des Grecs n'auraient vécu que deux ans ! — C'est ce qui me semblait absurde. Un empire vit plus de deux ans ! trois empires vivent plus de deux ans !

— Cependant, ne pourrait-on pas supposer qu'il ne s'agit pas là du cours entier de leur existence, mais d'une certaine portion de leur vie, portion courte de deux ans, pendant laquelle ces royaumes accompliront certaines destinées ?

— Cela n'est pas possible ! Daniel n'aurait pas dit.de ces deux ans, qu'une longue vie leur fût donnée !

— Il est très vrai (arekah bekhajin) : qu'en faut-il donc conclure, encore une fois?

78 LEÇON XXXIX, — DAM. VHt 44, U, 43, 44.

— Que le roi théologien vivra pendant un temps horriblement long.

— - Très bien, cher enfant; prenez donc note de ce fait pour le signalement de la petite corne. C'est son dixième trait; — car vous vous souviendrez que nous en avons d^jà passé trois en revue dans notre leçon de oe jour. Répétez-lemoi.

— Huitième trait, son affreux langage : il étonnait Daniel ; neuvième trait , durée de ce langage : il va jusqu'au retour de Jésus-Christ ; dixième trait, durée de sa vie : elle est plus longue que la vie des trois premiers empires*

— Très bien. Je ne vous ferai donc plus qu'une question sur ce sujet, et nous terminerons. — Pourriez-vous imaginer dans quel but, au heu de nous dire tout simplement que la vie des trois premières bêtes serait de 790 ou de 540 années, et les fureurs de la petite corne contre les saints de i960 années, le Saint-Esprit a préféré s'exprimer en ces termes : Un temps et un temps ; un temps et des temps et la moitié (fttn temps ? Pouriez-vous m'en dire les raisons ?

— Non.

— Pour moi , chers enfants , j'en conçois deux : la première, une raison de convenance symbolique; la seconde, une raison de prudence prophétique.

Je dis d'abord de convenance symbolique. — Ne comprenez-vous pas que, pour conserver l'harmonie des figures dans ces visions de la nuit , il fallait , puisque chacun des quatre empires est représenté par une bête , que leur durée le fût aussi par la vie d'une bête ? Or, qui jamais , je vous le demande, a fait vivre un lion, un ours, un léopard ou quelqu'autre monstre, 540 ans, 1260 ans?

— Personne.

— Il fallait donc, pour ne pas fausser l'harmonie des sym-

POURQUOI CBS NOMBRES BN TBMPS. 79

boles, que la durée des empires fût exprimée par des termes qui pussent s'appliquer également à la vie d'une béte; par exemple, un temps et un temps; ou un temps et une saison; ou encore, tin temps y des temps et la moitié d'un temps.

Mais j'ai dit , en second lieu , une prudence prophétique. — L'un de vous ne saurait-il pas me dire quels sages motifs de cette espèce pouvait avoir le Saint-Esprit pour laisser pendant de longs siècles une certaine obscurité sur l'époque de ce roi théologien et sur la durée de ses persécutions contre les vrais chrétiens? — Ne voyez-vous pas qu'il convenait à l'église de Dieu de ne pas connaître trop à l'avance la date précise de ces tristes événements? Sans cette précaution, la longueur des temps l'eût exposée ou à s'endormir, ou à se décourager. U fallait donc lui tenir un langage qui ne lui permit pas de comprendre trop tôt les grandes époques prophétiques de la sainte Écriture. — Voulez-vous voir un exemple frappant de cette prudence dont je parle? — Rappelez-vous les expressions voilées sous lesquelles le Saint-Esprit avait voulu prédire aux hommes de l'Ancien Testament la venue du Sauveur. Toutes ces prophéties, sans doute, avaient un sens précis; mais ce sens précis ne devait être compris que très tard par l'Église. Aussi voyons- nous ces anciens fidèles attendre leur Messie de siècle en siècle et d'année en année, comme ai sa venue eût été toute prochaine; bien qu'elle fftt réellement pour eux à la distance d'un grand nombre de siècles. — Ainsi nos premiers parents, comme il parait dans la Genèse, croyaient que ce Rédempteur paraîtrait en leur temps; Lémec aussi, Enoch aussi, Abraham aussi, David aussi. — Eh bien, chers enfant?, comprenez, quant à l'Antichrist, que, par des motifs tout semblables, il convenait que les anciens ne sussent pas trop clairement l'époque de sa venue et la durée de ses méfaits. Ils savaient tous sans

80 leçon xxxix. — dàk. vu, 41, 48, 43, 44.

doute, soit d'après Daniel, soit d'après saint Paul, soit d'après saint Jean, que cette grande apostasie devait précéder « l'avé- « nement du Fils de l'homme et notre réunion avec lui (i); » mais quelle douleur, quel découragement pour eux, s'ils eussent prévu qu'elle n'arriverait que plus de mille ans après Daniel! Quel découragement surtout et quelle douleur, s'ils eussent compris qu'ensuite même sa guerre contre les saints durerait plus de 1,200 années! C'étaient bien là, sans doute, des vérités déposées de leur temps dans les saintes Écritures; mais en germe : et ces germes ne devaient s'épanouir aux yeux de l'Église de Dieu que beaucoup plus tard, sous l'influence des clartés qui s'y répandraient près de l'événement et par l'événement. — Vous comprenez cette pensée, chers enfants? — Ainsi, par exemple, nous devons admirer la sagesse de la réponse que notre Seigneur fit à ses disciples, lorsque ceux-ci, faisant allusion sans doute à la prophétie de Daniel, se mirent un jour à lui demander : a Seigneur, serace alors, » c'est-à-dire, sera-ce d'abord après l'envoi du Saint-Esprit, a que tu rétabliras le royaume pour Israël ? » — a Ce n'est pas à vous, » leur répondit Jésus, a de connaître « les temps et les moments que le Père a réservés à son au- « torité. » — Ce n'est pas à vous ! — En effet, quel coup de foudre c'eût été pour eux, s'il leur eût répondu : « Non, ce ne sera pas alors que je rétablirai le royaume d'Israël; ce ne sera pas même avant mille huit cents ans; car non-seulement je ne dois pas reparaître sur la terre avant que plus de dixhuit siècles se soient écoulés ; mais encore il faut, avant mon retour, que cet Antichrist dont Daniel a parlé fasse la guerre à mon Église et tourmente mes saints pendant i960 années! je ne viendrai qu'après tout cela ! » — Quelle affreuse nou-

(1) 9 Thess. n, 1-5. — Dan. VII, 13, 14. — Apoc. XIII, XVII, XIX.

POURQUOI CBS NOMMUBS, EN TEMPS. 84

velle qu'un tel langage pour les disciples! et quelle tentation c'eût été pour eux à se relâcher, à s'attiédir, à perdre tout courage! — Vous le sentez donc, mes amis, il fallait que ce dixième trait ne se comprît entièrement que beauconp plus tard, lorsque le temps en serait venu; il fallait qu'on pût le soupçonner, sans doute, mais non qu'on en pût compter avec trop de certitude la cruelle longueur. — De là, Terreur des anciens Pères de l'Église sur la petite corne et sur la guerre qu'elle ferait aux saints. — Tous croyaient bien (je parle ici des plus anciens et des plus habiles , qu'on appelle Justin Martyr, Irénée, Origène, Tertullien, Jérôme, Augustin, Chrysostome, Lactance) , tous croyaient bien, sans doute, que cette petite corne serait un roi théologien , qui régnerait à Rome , qui paraîtrait après la division de l'Empire en dix royaumes, qui s'arrogerait les titres du Christ, qui blasphémerait contre Dieu, défendrait le mariage et l'usage des viandes, persécuterait les vrais chrétiens et voudrait changer les temps et la loi; en un mot, tous en parlaient presque de tous points comme nous; mais tous ou presque tous croyaient aussi que cet ennemi de Dieu durerait fort peu de temps et que la guerre qu'il ferait aux saints serait seulement de 42 mois, ou de 1,260 jours ordinaires. Ce n'est que plus tard (c'est-à-dire depuis le douzième siècle) que l'Histoire a fait comprendre aux églises la nécessité de regarder de plus près au texte de Daniel, de compter les trois temps et demi sur une toute autre échelle (comme elles comptaient déjà les 70 semaines du chapitre IX de Daniel), et de reconnaître, en un mot, que ces termes désignent nécessairement un très grand nombre de siècles. — Il y en avait déjà sans doute plusieurs, comme Cyprien, Prosper, Tichonius, Primasius et d'autres, qui, dès les temps les plus anciens, avaient pensé que ces trois temps et demi pouvaient bien désigner des an-

lrço* xxxix. — »ah. vn, 14, 4f, 4 S. 44.

nées prophétiques et que les 1 ,260 jours pourraient bien être 4 ,260 années ; mais il a fallu le cours des siècles pour amener cet objet sous les vives clartés où il apparaît aujourd'hui et où je vous le ferai voir, s'il plaît à Dieu, dans mes leçons prochaines.

On me récitera dimanche le verset 43.

Page 1